Comme des frères – Claudine Desmarteau

Comme des frèresJe viens de lire la dernière ligne… j’ai dévoré ce roman en deux jours et je crois que j’aurais pu le lire en une journée si je n’avais pas dû travailler… j’ai été comme happée par cette histoire et par cette écriture rude, sèche, crue et tendre.

Comme des frères c’est l’histoire d’un groupe de collégiens, un groupe de garçons qui se connaissent depuis toujours, le narrateur, Kevin, Ryan, Idriss, Thomas, Lucas et Saïd… un groupe de garçons donc avec toutes les questions et les préoccupations qu’ils se posent. Evidemment ça parle beaucoup de sexe, ça se questionne plutôt à se sujet… mais ce roman raconte aussi la cruauté des adolescents lorsque Quentin, surnommé « Queue-de-Rat » arrive dans leur collège. Les taquineries deviennent harcèlement, violence, Quentin est le bouc émissaire. Le groupe de copains se met en valeur en rabaissant ce nouvel arrivant. Pendant toute la lecture, j’ai senti sent la tension dramatique monter, le danger arriver, l’issue fatale. Le narrateur, Raphaël, raconte cette année de 3e quelques années après, on comprend donc rapidement qu’un drame s’est produit. La puissance dramatique est haletante, j’ai imaginé plein de choses (sauf ce qui arrive, même si je n’étais pas trop loin). Le roman se concentre autour de leur vie, leur soirée à fumer des joints et à faire des barbecues (cette liberté est un des points qui m’a un peu gênée, comment en 3e peuvent-ils « emprunter » la voiture des parents le soir sans que personne ne s’en rende compte ?), les petits vols, les rivalités amoureux, les défis… ils s’ennuient, traînent, s’amusent et s’entraînent sans mesurer les prises de risque… Ce qui m’a marquée dans ce roman, c’est l’absence d’adulte… ils sont présents de loin, évoqués plus que présents… des parents absents… aucun grand frère… des professeurs malmenés voire débordés, le monde des adultes semble bien insignifiant et incompétent. En revanche, le monde de l’adolescence masculine est violente, crue, terrible et dangereuse, c’est une bande qui bascule vers le drame sans en prendre conscience. Petit bémol (très léger) : pour moi cette histoire se déroulait dans les années 2000 voire avant, or ils ont des portables, ils ont accès à YouTube, bref le roman se déroule de nos jours et du coup les petits rappels à notre époque m’ont gênée… côtoyant au quotidien des adolescents du même âge que les personnages principaux, j’ai le sentiment qu’ils sont moins libres que dans le roman, qu’ils s’occupent différemment, qu’ils peuvent moins facilement se procurer alcool et joint, qu’ils ne peuvent pas « conduire » pour aller passer des soirées dans un cabanon de jardin… peut-être est-ce mon regard sur des adolescents de ville ou de cité (les discussions, défis et relations entre ado en revanche sont bien les mêmes que celles que j’entends dans les couloirs !! et ça c’est très réaliste).

Comme des frères, c’est donc un roman parfois vulgaire (les conversations autour des filles sont bien crues, bien représentatives d’un certains discours adolescents) mais aussi tendre, je pense à Raphaël qui découvre ce que c’est qu’être amoureux… sans l’assumer, sans développer son côté sensible (le regard des copains est quand même omniprésent)… j’ai aimé ce roman, j’ai aimé cette puissance dramatique, j’ai aimé ce dénouement, j’ai aimé cette réflexion sur la culpabilité qu’on porte en nous… Lisez-le, il sort demain en librairie ! Merci aux Editions Iconoclaste pour l’envoi

L’hiver où j’ai grandi. Peter van Gestel

Lhiver où j'ai grandiVoici un roman acheté uniquement à cause de la couverture du titre… la quatrième de couverture a confirmé cette bonne impression et voilà. L’hiver où j’ai grandi raconte l’histoire de Thomas. Au sortir de la seconde Guerre Mondiale, il se promène dans Amsterdam, encore marquée par la guerre. Les vacances touchent à leurs fins et il se souvient de l’hiver dernier, un hiver déterminant car il a rencontré Piet Zwann. Thomas n’avait pas encore compris à quel point cette rencontre serait déterminante et qu’une amitié profonde naîtrait entre les deux jeunes garçons.

Thomas a 10 ans, il vit seul avec son père depuis que sa mère est morte du typhus. Ayant trouvé un petit travail en Allemagne (en « Bochardie ») son père le confie à sa tante Fie. C’est à l’école qu’il rencontre, enfant silencieux, mystérieux et solitaire. Quand sa tante se casse la jambe, il habite quelques jours chez son ami et découvre alors une famille juive avec ses secrets et ses blessures. Le roman aborde la question de l’antisémitisme, des séquelles de la guerre sur des enfants qui n’ont pas bien pris ce qu’il s’était passé, à la fois épargné et touché de manière indirecte.  Durant cet hiver, Thomas, Piet et la cousine Bet (dont Thomas est « éperdument amoureux »)  jouent, rient et apprennent à vivre malgré l’absence des êtres qui leur sont chers.

Le style est un peu déroutant, on suit les pensées d’un garçon de 10 ans et parfois j’ai eu du mal à suivre. Les dialogues sont plein de sous-entendus, d’implicites, d’ignorances liées à leur âge. J’ai aimé les références à la littérature notamment Tom Sawyer ou encore Le Jardin secret de Frances H. Burnett… J’ai trouvé le père de Thomas très touchant dans son rôle, très pudique, un père seul dont on sent qu’il ne sait pas faire, qu’il tâtonne, qu’il hésite, qu’il ne trouve pas sa place… la lettre qu’il écrit à son fils m’ a touché, une des plus jolies scènes « Je pense souvent à maman, Thomas. Si souvent qu’il serait plus juste de dire : « Parfois, il m’arrive de penser à autre chose. » Je t’en parlerai un jour, mais passe d’abord tes épreuves de natation, on verra après. Oui, je dis des bêtises. Tu sais, si le clown s’évertue à faire rire, c’est pour ne pas passer son temps à pleurer. »

Ma plus grande déception vient du titre, je m’attendais à trouver une ambiance hivernale, une atmosphère d’ouate et de silence,de blancheur et en réalité il est peu fait mention de l’hiver… mais c’est de ma faute, entre le titre et la couverture je m’étais imaginée quelque chose or l’hiver n’est que la saison où leur amitié se noue, une période où la vie de Thomas est bouleversée.

Une petite princesse. Frances Hodgson Burnett

Une petite princesseIl y a des histoires qui sont comme des petits bonbons que l’on déguste et qui sont de plus en plus savoureux. Une fois terminé, on aurait en reprendre un autre… Une petite princesse fut de ces lectures-là… un petit goût délicat plus les pages tournaient… Une histoire que j’aurais aimé faire découvrir à une petite fille, une histoire je conseillerais facilement à mes petites élèves (parce que, oui, c’est une lecture féminine, pas sûre du tout qu’un garçon adhère). Et surtout une histoire parfaitement de saison puisqu’une partie se déroule à Noël.

Une petite princesse est un conte : Sarah Crewe est la fille d’un riche anglais installé aux Indes qui s’occupe d’une mine de diamants. Habillée des plus beaux vêtements, fourrure et hermine, Sarah ne manque de rien et est parfaitement éduquée. C’est d’ailleurs pour parfaire son éducation que son père décide qu’elle sera pensionnaire à Londres dans une maison pour jeunes filles de bonne famille, tenue par Miss Minchin. Sarah est la pensionnaire la plus choyée du pensionnat, rien ne lui est refusé. Cependant elle a des qualités de princesse, attentive aux autres, elle est empathie, bienveillante et partage volontiers ce qui lui vaut de belles amitiés mais une rancune inconditionnée de Miss Minchin. Jusqu’au jour où son père meurt, Miss Minchin devient alors injuste et cruelle, sa pensionnaire lui riche, devient un poids financier. Hors de question que cette petite ne lui serve à rien, Sarah devient alors une servante misérable, une petite fille de la mansarde marchant dans la neige et le froid, souffrant de faim… c’est sans compter sur l’attention des autres, une boulangère, un indien… La magie entre dans sa mansarde pour une fin digne d’un conte de fée. Cette dimension féérique m’a souvent fait penser à La Petite fille aux allumettes d’Andersen, conte que j’aime beaucoup. L’écriture de Frances Hodgson Burnett est proche de celle d’Andersen, un conte à la fois merveilleux mais aussi cruel car réaliste. J’ai aussi pensé à Dickens et à son Conte de Noël…  

L’enfant perdue. Elena Ferrante

L'enfant perdue J’attendais cet été pour ouvrir ce quatrième tome de la série. Comme un petit rituel estival… J’ai commencé cette série il y a quatre ans sur mon lieu de vacances et depuis chaque été j’ai lu un des tomes. Quel plaisir une fois encore de retrouver Elena et Lila !

Dans ce dernier tome, Elena et Lila sont adultes. Comme le sous-titre l’indique, il s’agit de suivre la maturité et la vieillesse des deux héroïnes. Elena est en passe de devenir une écrivain célèbre et reconnue. Sur le plan personnel et amoureux, c’est plus compliqué. Elle vit d’escapades avec son amant Nino Sarratore entre Naples, Florence et quelques excursions en France pour voir ses éditrices. Elle vit sa passion amoureuse en laissant ses filles Dede et Elsa à sa belle-mère ce qui entraîne une confrontation immédiate avec  la famille de Pietro. Au fur et à mesure du roman, la vie d’Elena se stabilise et elle trouve une forme d’apaisement. Elle s’installe à Naples dans son ancien quartier, Pietro se révèle finalement un père attentionné, Elena est indépendante et épanouie parvenant à renouer avec ses filles et à vivre de son écriture. Cependant le roman soulève aussi (de manière discrète tout de même) les difficultés d’être une femme écrivain en Italie entre jalousie, rôle de la presse et revenus aléatoires.

« A ce moment-là, que pouvais-je désirer de plus ? Mon nom, le nom d’une moins-que-rien, était définitivement devenu celui de quelqu’un. » (p.376)

Lila, qui cherche à rentrer en contact avec Elena, reste un personnage ambigu. Difficile de savoir ce qu’elle a derrière a tête. Elle essaie d’avertir Elena du caractère de Nino mais sans dire tout ce qu’elle sait. Elle est toujours dans l’arrière -plan d’Elena mais le drame ultime qui va bouleverser la vie de deux amies la remet au centre de l’intrigue et fait revenir l’histoire de deux poupées perdues de leur enfance.

Ce tome est beaucoup plus sombre que les précédents, il est marqué par la perte. Perte de l’enfant comme son titre l’indique, perte des proches (de nombreux personnages décèdent, d’autres partent en Amérique), et surtout perte des illusions. l’amour pour Nino se révèle décevant.

Je me suis délectée de ce roman mais je reconnais que je suis un peu triste de les quitter et de me dire que c’est terminé, elles ont traversé mes quatre étés et si vous n’avez pas déjà lu cette saga, je vous la conseille fortement. Et vous pouvez relire mes avis sur les premiers volumes : Le nouveau nom , L’amie prodigieuse et enfin Celle qui fuit et celle qui reste.

Celle qui fuit et celle qui reste. Elena Ferrante

IMG_5287Aujourdhui j’ai tourné les dernières pages de ce troisième tome de L’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante. Après avoir lu L’amie prodigieuse il y a deux ans et Le nouveau nom l’été dernier, j’avais patienté pour lire le troisième tome cet été. De jolies retrouvailles… et déjà l’envie de lire la suite. Elena Ferrante a décidément le don de savoir terminé ses histoires pour donner de lire la suite.

Dans ce troisième volume on retrouve Lenu, bientôt mariée avec Pietro Airosa, un enseignant de l’université de Florence où elle compte s’installer après ses noces. Le quartier la rebute et elle est ravie d’en partir. Les affaires du quartier sont devenue une trame de fond dans ce tome, les évolutions politiques sont régulièrement évoquées comme les événements de 1968 et l’émergence des mouvements féministes ou protestataires. La première partie du roman m’a un peu laissée sur ma fin : Lenu face aux problèmes d’usine, Lila, assez absente ou distante de ce IMG_5460roman, les débuts de la lutte prolétaire de certains anciens du quartier. Lila et Lenu se croisent à peine dans ce roman, quelques rencontres, beaucoup de coups de téléphone et des pensées. Leur amitié doit évoluer. Elles ont du mal à se comprendre et ne parviennent pas à s’aider, à se parler, à s’expliquer. Lenu continue de vivre en pensant à Lila, en se comparant à elle. Entre réussite de son premier roman et maternité, Lenu mène sa vie sans trop savoir où aller. Plâne toujours l’ombre de Nino Sarratore, son aura, sa prestance, sa personnalité attirante. La deuxième partie est passionnante, j’ai eu beaucoup de mal à lâcher le livre dans les dernières pages. Lenu est face à un moment décisif de sa vie. Une écriture passionnante, haletante, IMG_8362un roman captivant et fascinant; bref vivement la lecture de la suite !!

« Nous avions toutes deux besoins d’une épaisseur nouvelle et de corps, mais nous nous étions trop éloignées l’une de l’autre et n’arrivions plus à combler ce manque. » (p. 407)

Celle qui fuit et celle qui reste, Elena Ferrante, Folio

A comme aujourd’hui. David Leviathan

A comme aujourd'huiQuelle surprise ! Sans douter de ma conseillère et super copine Bab, en lisant la quatrième de couverture, je n’étais pas emballée. Elle m’a assurée que c’était super pour mes 4e, que c’était un récit percutant et palpitant et je dois avouer qu’une fois de plus elle avait raison !

A la lecture de la quatrième de couverture, je m’attendais à un récit de science-fiction, un récit futuriste voire fantastique, genres auxquelles je ne suis pas du tout adepte. Mais pas du tout, j’ai adoré et c’est finalement beaucoup plus réaliste que le résumé le laisse penser.

A comme aujourd’hui est un récit captivant et rapide à lire (de courts chapitres, des journées et des actions qui s’enchaînent, une écriture assez simple), idéal donc pour des adolescents.

Chaque matin, A se réveille dans un corps différent, un corps qu’il doit apprendre à gérer. Il est dur de changer chaque jour de corps, de famille, de maison, d’amis… A ne peut rien garder, n’avoir aucune attache, aucun lien. Pourtant A tient parce qu’il a une conscience et parce qu’il s’est imposé des règles : il ne veut pas bouleverser la vie de ceux à qui il emprunte le corps.  Mais lorsque A rencontre Rhiannon, tout est différent, il tombe amoureux… il veut rester dans sa vie : « Aujourd’hui, la situation est plus grave. C’est une chose de tomber amoureux. C’en est une autre de prendre conscience que quelqu’un tombe amoureux de vous, et de se sentir une responsabilité envers cet amour. » (p. 41).

A comme aujourd’hui est donc une belle histoire d’amour qui insiste sur la différence entre l’intérieur, notre personnalité, et l’extérieur, notre enveloppe corporelle. C’est une réflexion sur l’identité mais aussi un récit sur la tolérance car A occupe différents corps, Rhiannon les accepte. A travers ces différents corps et ces différentes vies d’adolescents, le roman aborde différents thèmes : la drogue, l’amitié, la dépression, le suicide, l’homosexualité…

« Quand on est cantonné dans le même corps, il est difficile de se faire vraiment une idée de ce qu’est la vie. Chacun demeure enfermé dans sa propre perspective. Tandis que lorsqu’on change soi-même chaque jour, on accède plus facilement à l’universel. Et cela à travers les détails les plus ordinaires. On se rend compte que les cerises n’ont pas le même goût en fonction de celui qui les mange, qu’un bleu n’a pas la même teinte selon qui le regarde. On découvre tous les rituels étranges auxquels les garçons ont recours entre eux afin de se témoigner de l’affection sans en avoir l’air. On apprend que si un parent vous lit une histoire le soir, c’est qu’il est sans doute un bon parent, car tant d’autres n’ont jamais le temps de ça. On apprend à reconnaître la valeur de chaque journée, car elles sont toutes uniques. Observer le monde à partir d’une multitude de points de vue m’a permis d’en éprouver toutes les dimensions. » (p. 148)

Seul petit (mais petit) bémol, je dois reconnaître que la fin m’a quelque peu déçue, certes c’est d’une grande générosité et un sacrifice extrême de la part de A mais j’ai trouvé ça un peu facile comme solution.

A comme aujourd’hui, David Laviathan, Edition Gallimard-jeunesse, octobre 2017

 

C’est l’hiver

IMG_3131Premier jour d’hiver, nous avons fêté ça à notre façon en lisant des histoires d’hiver 😉 Parmi les quelques titres que nous avions sur ce thème, mon grand a choisi Petite taupe ouvre-moi ta porte ! d’Orianne Lallemand illustrée par Claire Frossard (Collection Mes P’tits albums Edition Auzou). Et comme ils ont droit à une histoire chacun, ils ont choisi une histoire de Noël mais pas sans lien : Joyeux Noël Petite taupe !

J’apprécie beaucoup les livres de cette collection qui traitent chacun d’un thème particulier, ici la solidarité et l’amitié. Alors qu’il neige à gros flocons, Petite taupe est tranquillement installée. Mais voilà que quelqu’un frappe à la porte. Qui est-ce ? Petit à petit, Petite Taupe accueille les animaux de la forêt et leur offre un petit réconfort. Tous les animaux défilent sans éviter l’inconditionnel loup mais je vous laisse découvrir l’histoire. J’apprécie beaucoup les illustrations, les petits tasses de thé, la bougie, la théière qui fume… Plein de détails qui font que j’aime l’intérieur. Mon petit Arthur aime le côté répétitif de l’histoire et rit aux éclats à chaque nouvel « TOC TOC TOC ». Quant à mon grand Isac, il aime observer les ombres des animaux dans la forêt et deviner le suivant.

Dans Joyeux Noël Petite Taupe ! on retrouve le même principe de la répétition. Petite taupe s’ennuie mais chaque animal de la forêt (on retrouve les mêmes animaux) passe chez elle pour lui apporter quelque chose : un sapin, un conte de Noël, de jolies décorations… Une jolie soirée festive s’annonce mais voilà qu’arrive le dernier animal et pas le moindre, le loup ! Une belle histoire d’amitié, Petite Taupe ne fêtera pas Noël seule mais entourée de ses amis.

Deux albums tendres et qui fonctionnent à tout âge !

Bel hiver et belles lectures de Noël à vous !

Au revoir là-haut. Pierre Lemaître

Il y a des lectures qui nécessiteraient d’être seule, seule trois jours et de ne pouvoir faire que lire. Au revoir là-haut fut un de ses romans addictifs, un de ceux où je grignotais la Au revoir là-hautmoindre minute pour lire la moindre page.

Avant de lire, mes collègues m’avaient donné les grandes lignes de l’intrigue : deux poilus liés, la fin de la guerre, les ratés de la démobilisation, une arnaque aux monuments aux morts, une gueule-cassée, un scandale dans la gestion des cimetières et des dépouilles… certes mais c’est bien plus beau et bien plus compliqué, bien plus savoureux ai-je envie de dire. Tout d’abord je dois dire que je n’aime pas les romans évoquant les guerres mondiales (cela me met mal à l’aise, me fait presque « peur ») d’où ma réticence à lire ce roman. Mais on m’a assuré que la guerre n’était pas le sujet dominant donc j’y suis allée et j’en suis bien heureuse.

Les scènes de tranchées se concentrent effectivement au début du roman. Tout de suite j’ai été happée par l’écriture sublime et sobre. J’ai été charmée par la plume de Pierre Lemaître. Son écriture est sans artifice, parfois sarcastique ou décalée. Il n’a pas besoin de mettre beaucoup d’effets pour créer de l’émotion.

Je ne vais pas dire grand chose sur l’histoire. La trame romanesque est magnifiquement construite. Pas une minute de repos, le rythme est haletant. Et puis construire un duo avec un personnage qui ne parle pas et qui passe ses journées à ne rien faire, c’est tout même une prouesse. Les deux héros sont touchants dans leur amitié et dans leur dépendance. Il m’a semblé qu’Albert Maillard a beaucoup plus de séquelles psychologiques que son camarade Edouard Péricourt, pourtant défiguré à jamais. En cela ils se complètent. Quant au capitaine d’Aulnay-Pradelle, il est détestable au possible, cynique, cruel, arriviste… je le visualisais parfaitement… un homme grand, froid, inhumain.

Dans ce roman, j’ai compris ce qu’Albert et Edouard ont pu ressentir : ils reviennent dans une société (pour laquelle ils se sont battus) mais où pourtant ils n’ont plus de place et surtout dans laquelle ils ne peuvent se faire une place à cause des séquelles de la guerre,  on ne veut plus voir les démobilisés, c’est d’une cruauté effroyable. Ils se sentent maltraités et rejetés par la France qui érigent les soldats morts en héros sans prendre en considération ses poilus survivants : « Le pays tout entier était saisi d’une fureur commémorative en faveur des morts, proportionnelle à sa répulsion vis-à-vis des survivants. » (p. 332)

Je pourrais évoquer encore plein d’éléments tant ce roman foisonne : la personnalité d’Edouard, son père l’homme d’affaires M. Péricourt ou encore le petit inspecteur des cimetières, M. Merlin, par qui tout le scandale va éclater mais je vous laisse découvrir. Une chose est sûre, pendant toute ma lecture, je me suis demandée comment l’histoire pouvait se terminer. Maintenant je sais et je ne suis pas déçue !

Ce soir, je vais le voir au cinéma ! En attendant jetez-vous sur ce roman si touchant et si saisissant !

Au revoir là-haut, Pierre Lemaître, Le Livre de Poche, mars 2016

Le nouveau nom. Elena Ferrante

Un an après avoir aimé L’amie prodigieuse, me voici retrouvant Lila et Lenu. Très vite Le nouveau nomtout m’est revenu et j’ai plongé dans ce nouveau pan de leur amitié (et j’ai déjà hâte de me précipiter sur la suite, j’attends avec impatience sa sortie en poche [d’ailleurs quelqu’un connaît la date ?]). Ce tome est centré sur la nouvelle vie, on quitte l’enfance et l’adolescence. Chacune prend sa route, c’est une phase importante de leur amitié : Lila s’est mariée avec Stefano Caracci. Mais le soir de son mariage elle comprend que son mari l’a trahie en s’associant avec les Solara. Donc, le mariage à peine consommé elle comprend son erreur. La vie avec Stefano est désagréable. Bien que goûtant au luxe et à une vie plus confortable, elle conserve son caractère bien entier :  excessive, caractérielle et exigeante…. Quant à Lenu, elle continue à se comparer à Lila, à essayer de se surpasser, à essayer d’être remarquée et remarquable quoiqu’elle ait conscience que cette concurrence lui est nuisible et qu’elle doit prendre ses distances Le nouveau nom 2avec Lila. Elle étudie alors avec avidité.

Les deux amies se croisent régulièrement ou au contraire s’évitent. Leur amitié est en accordéon. Le temps d’une pause estivale, on les retrouve à la plage mais entre la sage et timide Lenu et l’affranchie Lila, les histoires de cœur prennent le pas sur leur histoire d’amitié qui demeure sulfureuse voire destructrice. J’ai aimé voir l’évolution d’Elena, obstinée et déterminée, elle se libère quelque peu grâce à ses études. J’aime ces deux femmes-ado au caractère si tranché, j’admire Lenu et sa soif d’apprendre. Les 500 et quelques pages ont défilé sans que je m’en rende compte rencroisant tous les personnages du premier tome, notamment Nino Sarratore qui a un rôle prépondérant auprès de deux petites napolitaines mais aussi Enzo, Carmen et quelques nouveaux personnages comme Pietro. Pour finir, je crois que j’ai encore mieux aimé que le premier tome ! Que j’étais bien dans ce roman !

Le nouveau nom, Elena Ferrante, édition FOLIO 2017

Où est ours ?

DSC03398Comme je le disais la semaine dernière, l’été pour moi est synonyme de vacances et de famille, la lecture personnelle a été reléguée au second plan depuis quelques années… plus d’heures à flâner au parc à bouquiner ou à lire dans une chaise longue, encore moins sur la plage (surveillance d’enfants oblige !) cependant je grappille quelques pages le matin pendant leur « grasse matinée » (ce qui nécessite que je mette mon réveil en vacances mais bon on ne peut pas tout avoir) et quelques pages à la tombée de la nuit… malgré tout aucune journée ne se passe sans que nous ne lisions et aujourd’hui je fus Où est ours ? d’Emily Gravett, un album tout en douceur que mon bébé brun a reçu à sa naissance.

C’est un album idéal pour mon petit bébé devenu « grand », de belles illustrations et un principe de répétition qui fonctionne à merveille, sans oublier le jeu du cache-cache qui le fait tant rire ! C’est l’heure de la fameuse partie de cache-cache pour les deux amis, Lièvre compte tandis DSC03401qu’Ours se cache mais celui-ci ne fait pas preuve de beaucoup d’imagination. Lièvre se montrera plus ingénieux en terme de cachette à ses dépends !

J’aime beaucoup les illustrations, un joli coup de crayon, un style épuré que j’apprécie et des couleurs douces. Mon grand lit à haute voix les chiffres et on pointe tous du doigt pour montrer DSC03402où est caché l’ours ! Un joli moment à partager ! Mon bébé brun ne perçoit pas les différentes émotions que traverse Lièvre, pour l’instant je laisse l’effet « répétition » fonctionner. Je vois son petit regard qui cherche Ours puis Lièvre et c’est adorable ❤ Une tendre partie de cache-cache entre deux amis inséparables !

Il existe deux autres albums avec ces deux compères (sous la neige et à la pêche), j’espère un jour les découvrir !

Lièvre et Ours, Où est ours ? Emily Gravett, édition Kaléidoscope, mars 2016.

 

 

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Et mon pavé délaissé ce matin…. allez je vais le rejoindre !