Le Roman Comique. Scarron

le roman comiqueAutant le dire tout de suite, je ne serais jamais allée seule vers ce roman. Pourtant il m’a assez surprise. J’ai pris plaisir à le lire. Il faut tout de même reconnaître des longueurs notamment lors des nouvelles espagnoles, nouvelles enchâssées dans l’esprit du Don Quichotte. Pendant ma lecture, j’ai souvent pensé à Rabelais (pourtant lecture très ancienne), mes souvenirs seraient trop imprécis pour me dire le lien que j’y ai vu, le côté « banquet ; soûlerie ; tripot », l’aspect grivois. Il y va aussi de Molière pour l’évocation de la « charrette » de la troupe de théâtre qui arrive au Mans (comment ne pas avoir en tête certaines scènes du film d’Ariane Mouchkine) et puis les nombreuses scènes de farce (coup de bâton, chutes en tout genre, pieds coincés dans un pot de chambre). Le rythme est assez haletant, les rebondissements s’enchaînent, c’est complètement improbables (notamment en terme de hasard et de retours des personnages).

Le Destin, la Rancune, Mademoiselle de l’Etoile et Mademoiselle de la Caverne forment les principaux comédies de la troupe de comédiens ambulants que l’on suit. Ils errent sur la route et fréquentent de nombreuses hôtelleries dans lesquelles ils vivent de nombreuses aventures. A cela s’ajoutent donc des récits secondaires pris en charge par certaines personnages comme Ragotin ou Inézilla. Ragotin c’est le petit drôle, un « assez mauvais poète », celui à qui il arrive des « disgrâces » et dont tout le monde rit. C’est le double ridicule du personnage principal, le Destin.

Scarron intervient de nombreuses fois dans son récit, tantôt ironique, tantôt commentateur, tantôt moqueur… c’est assez drôle et assez moderne. Voici pour ce roman inachavé, Scarron n’a pas eu le temps d’écrire/ de publier la troisième partie.

Le Roman Comique, Scarron, Folio (1985)

La Dame aux camélias, Alexandre Dumas fils

Dame aux camélias

Ce roman est troublant : par son style (très épuré, très beau), par sa construction (un récit proche de la confession), par son intrigue (très classique, une histoire d’amour, mais originale et touchante), par son histoire (un roman à clé inspiré par la courtisane, Marie Duplessis, adorée du tout-Paris et de l’auteur lui-même qui a dû renoncer à elle par manque de richesse ; un drame qui a ensuite inspiré Verdi pour son opéra, La Traviata).

Dès le début on connaît la destinée de Marguerite ; son histoire est narrée par Armand au narrateur. La Dame aux camélias, sublime surnom pour la courtisane Marguerite Gautier, est adorée et entretenue par de riches amants. Lorsque Armand Duval la voit à l’opéra puis la rencontre brièvement, il est charmé et intimidé par cette femme qu’il ne parvient à l’oublier. Cette femme entretenue  ne peut compter que sur ses amants pour assouvir ses envies et ses caprices, impossible donc de prendre un amant pauvre tel Armand Duval mais quand l’amour s’en mêle cela peut conduire à des drames. Cette histoire d’amour est belle car sincère et impossible. Marguerite se voudrait indépendante, quant à Armand il ne supporte pas l’idée qu’elle soit entretenue par d’autres, il veut en être capable.

C’est un texte très riche que je trouve aussi très puissant. Armand est parfois (souvent) excessif d’amour mais il est émouvant car éperdument amoureux. J’ai senti Marguerite enfermée dans son rôle, elle aspire à une autre vie mais ne s’y résout. Au départ elle paraît capricieuse et arrogante mais elle est finalement un personnage tragique et malheureux. Elle est condamnée à être une courtisane. Dans le récit d’Armand on suit les errements du cœur, les quelques moments de bonheur mais on découvre surtout la tragique destinée de Marguerite réhabilitée par l’amour. Ce portrait est délicatement dressé par Armand, amant souffrant et endeuillé.

« Si fort que l’on aime une femme, quelque confiance que l’on ait en elle, quelque certitude sur l’avenir que vous donne son passé, on est toujours plus ou moins jaloux. Si vous avez été amoureux, sérieusement amoureux, vous avez dû éprouver ce besoin d’isoler du monde l’être dans lequel vous vouliez vivre tout entier. Il semble que, si indifférente qu’elle soit à ce qui l’entoure, la femme aimée perde de son parfum et de son unité au contact des hommes et des choses. Moi, j’éprouvais cela bien plus que tout autre. Mon amour n’était pas un amour ordinaire ; j’étais amoureux autant qu’une créature ordinaire peut l’être, mais de Marguerite Gautier, c’est-à-dire qu’à Paris, à chaque pas, je pouvais coudoyer un homme qui avait été l’amant de cette femme ou qui le serait le lendemain. »

Challenge Gé

C’était une relecture  faite dans le cadre du challenge Myself 2016 organisé par Romanza.

Fort comme la mort, Maupassant

Fort comme la mort2

Ce roman je l’ai découvert il y a une dizaine d’années et il m’avait profondément marqué. Au fur et à mesure de ma lecture, l’histoire m’est revenu dans ses détails néanmoins cela n’a en rien altéré le plaisir ni l’intensité du récit.

Olivier Bertin, peintre mondain, tombe amoureux de son modèle, la comtesse Anne de Guilleroy. Cette passion réciproque devient au grès des années et des séances de pose une amitié et une complicité amoureuses. Leur routine va cependant être chamboulée par le retour d’Annette, la fille de la comtesse. Celle-ci a grandi à la campagne et revient jeune fille pour une union à venir.

Fort comme la mort1 Très vite, le peintre est marqué par la ressemblance entre les deux femmes. Tout d’abord, Any est flattée de ressembler à sa fille, elle y trouve un regain de jeunesse allant même jusqu’à cultiver cette ressemblance. Pourtant elle acceptera de moins en moins cette concurrence. Elle ne peut en effet rivaliser avec sa fille qui devient une femme tandis qu’elle-même vieillit et que le temps laisse des traces sur son corps. Any ne se doute pas que cette ressemblance provoque un véritable trouble chez son ami Olivier. Lorsqu’elle prend finalement conscience des changements de sentiment chez son ami, le mal est fait.

« De cette ressemblance naturelle et voulue, réelle et travaillée, était née dans l’esprit et dans le cœur Challenge Gédu peintre l’impression bizarre d’un être double, ancien et nouveau, très connu et presque ignoré, de deux corps faits l’un pour l’autre avec la même chair, de la même femme continuée, rajeunie, redevenue ce qu’elle avait été. Et il vivait près d’elles, partagé entre les deux, inquiet, troublé, sentant pour la mère ses ardeurs réveillées et couvrant la fille d’une obscure tendresse. »

Les trois protagonistes sont touchants : la comtesse, grande amoureuse flattée puis désemparée ; Annette, le miroir de sa mère mais insouciante et naïve et puis Olivier, un être passionnée en manque d’inspiration qui cherche à revivre une passion disparue… trois personnages parfaitement peints par Maupassant qui analyse si bien les émotions et les sentiments.

Dans ce roman si agréable à lire, Maupassant évoque le monde de la peinture par petites touches et propose surtout une réflexion sur l’usure des sentiments, sur les effets du temps et sur la passion qui peut-être destructrice lorsqu’elle n’est pas partagée. Quelques lignes très drôles aussi sur la bourgeoisie (notamment la question de la minceur féminine et des régimes !).

J’adore ce roman, un magnifique moment de lecture, des mots si précis, si justes, si beaux, un roman d’amour splendide même s’il s’agit d’une tragédie. Parfois les mots manquent pour dire à quel point une lecture est belle, c’est le cas pour ce roman. Quelque chose d’indicible se passe avec cette lecture si simple mais néanmoins si magique pour moi.

Challenge Myself 2016

Challenge Gé Romanza recommence cette année son challenge, Challenge Myself 2016.  Le principe est simple : chacun imagine son défi et le nombre de livres à lire durant l’année. Si vous voulez plus de renseignements, vous pouvez aller sur son blog.

Cette année je poursuis un peu dans la lignée de l’an passé où j’avais décidé de relire de la littérature classique. En effet en relisant des classiques, j’ai eu l’envie et j’ai ressenti le besoin de relire des œuvres lues il y a plusieurs années mais qui m’ont profondément marquée et qui m’ont fait découvrir de grands auteurs. J’ai donc réfléchi aux romans qui m’avaient bouleversée et dont j’avais un souvenir fort ou émouvant, j’en ai sélectionnés six (j’ai encore d’autres titres en tête, mais mon année risque d’être occupée et je n’ai pas envie de ne faire que relire des œuvres déjà connues).

  • Au Bonheur des Dames d’Emile Zola : mon premier Zola lu en quatrième, un souvenir marquant. Notre professeur nous avait donné une liste de romans « à connaître », il fallait en choisir un et faire une fiche de lecture. Ce fut en fait un coup de cœur et le début d’une belle histoire d’amour entre Zola et moi.
  • Fort comme la mort de Guy de Maupassant : un roman lu sur mon bureau d’étudiante à Noël 2005 (cadeau de ma grand-mère).
  • Cent ans de solitude de  Gabriel Garcia Marquez : je me souviens encore de son achat avec mes petits sous de baby-sitting, dans une librairie à côté de la fac. Mais surtout un grand souvenir de lecture pour cette saga familiale.
  • La Mère de Pearl Puck : un cadeau de Romanza lors de nos années fac, une histoire émouvante, un style tout en sobriété et en émotion et la découverte de cette grande dame.
  • La Peste d’Albert Camus : un roman lu sur mon canapé dans le mini studio que nous occupions avec mon homme à l’époque de nos études, je me souviens de mes sensations de lecture, un livre que j’avais vécu de l’intérieur.
  • La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils : je me souviens peu de ce roman mais je me souviens de mon émotion en le refermant !

Voilà mon challenge. J’ai hâte de commencer !