L’enfant perdue. Elena Ferrante

L'enfant perdue J’attendais cet été pour ouvrir ce quatrième tome de la série. Comme un petit rituel estival… J’ai commencé cette série il y a quatre ans sur mon lieu de vacances et depuis chaque été j’ai lu un des tomes. Quel plaisir une fois encore de retrouver Elena et Lila !

Dans ce dernier tome, Elena et Lila sont adultes. Comme le sous-titre l’indique, il s’agit de suivre la maturité et la vieillesse des deux héroïnes. Elena est en passe de devenir une écrivain célèbre et reconnue. Sur le plan personnel et amoureux, c’est plus compliqué. Elle vit d’escapades avec son amant Nino Sarratore entre Naples, Florence et quelques excursions en France pour voir ses éditrices. Elle vit sa passion amoureuse en laissant ses filles Dede et Elsa à sa belle-mère ce qui entraîne une confrontation immédiate avec  la famille de Pietro. Au fur et à mesure du roman, la vie d’Elena se stabilise et elle trouve une forme d’apaisement. Elle s’installe à Naples dans son ancien quartier, Pietro se révèle finalement un père attentionné, Elena est indépendante et épanouie parvenant à renouer avec ses filles et à vivre de son écriture. Cependant le roman soulève aussi (de manière discrète tout de même) les difficultés d’être une femme écrivain en Italie entre jalousie, rôle de la presse et revenus aléatoires.

« A ce moment-là, que pouvais-je désirer de plus ? Mon nom, le nom d’une moins-que-rien, était définitivement devenu celui de quelqu’un. » (p.376)

Lila, qui cherche à rentrer en contact avec Elena, reste un personnage ambigu. Difficile de savoir ce qu’elle a derrière a tête. Elle essaie d’avertir Elena du caractère de Nino mais sans dire tout ce qu’elle sait. Elle est toujours dans l’arrière -plan d’Elena mais le drame ultime qui va bouleverser la vie de deux amies la remet au centre de l’intrigue et fait revenir l’histoire de deux poupées perdues de leur enfance.

Ce tome est beaucoup plus sombre que les précédents, il est marqué par la perte. Perte de l’enfant comme son titre l’indique, perte des proches (de nombreux personnages décèdent, d’autres partent en Amérique), et surtout perte des illusions. l’amour pour Nino se révèle décevant.

Je me suis délectée de ce roman mais je reconnais que je suis un peu triste de les quitter et de me dire que c’est terminé, elles ont traversé mes quatre étés et si vous n’avez pas déjà lu cette saga, je vous la conseille fortement. Et vous pouvez relire mes avis sur les premiers volumes : Le nouveau nom , L’amie prodigieuse et enfin Celle qui fuit et celle qui reste.

Celle qui fuit et celle qui reste. Elena Ferrante

IMG_5287Aujourdhui j’ai tourné les dernières pages de ce troisième tome de L’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante. Après avoir lu L’amie prodigieuse il y a deux ans et Le nouveau nom l’été dernier, j’avais patienté pour lire le troisième tome cet été. De jolies retrouvailles… et déjà l’envie de lire la suite. Elena Ferrante a décidément le don de savoir terminé ses histoires pour donner de lire la suite.

Dans ce troisième volume on retrouve Lenu, bientôt mariée avec Pietro Airosa, un enseignant de l’université de Florence où elle compte s’installer après ses noces. Le quartier la rebute et elle est ravie d’en partir. Les affaires du quartier sont devenue une trame de fond dans ce tome, les évolutions politiques sont régulièrement évoquées comme les événements de 1968 et l’émergence des mouvements féministes ou protestataires. La première partie du roman m’a un peu laissée sur ma fin : Lenu face aux problèmes d’usine, Lila, assez absente ou distante de ce IMG_5460roman, les débuts de la lutte prolétaire de certains anciens du quartier. Lila et Lenu se croisent à peine dans ce roman, quelques rencontres, beaucoup de coups de téléphone et des pensées. Leur amitié doit évoluer. Elles ont du mal à se comprendre et ne parviennent pas à s’aider, à se parler, à s’expliquer. Lenu continue de vivre en pensant à Lila, en se comparant à elle. Entre réussite de son premier roman et maternité, Lenu mène sa vie sans trop savoir où aller. Plâne toujours l’ombre de Nino Sarratore, son aura, sa prestance, sa personnalité attirante. La deuxième partie est passionnante, j’ai eu beaucoup de mal à lâcher le livre dans les dernières pages. Lenu est face à un moment décisif de sa vie. Une écriture passionnante, haletante, IMG_8362un roman captivant et fascinant; bref vivement la lecture de la suite !!

« Nous avions toutes deux besoins d’une épaisseur nouvelle et de corps, mais nous nous étions trop éloignées l’une de l’autre et n’arrivions plus à combler ce manque. » (p. 407)

Celle qui fuit et celle qui reste, Elena Ferrante, Folio

Le nouveau nom. Elena Ferrante

Un an après avoir aimé L’amie prodigieuse, me voici retrouvant Lila et Lenu. Très vite Le nouveau nomtout m’est revenu et j’ai plongé dans ce nouveau pan de leur amitié (et j’ai déjà hâte de me précipiter sur la suite, j’attends avec impatience sa sortie en poche [d’ailleurs quelqu’un connaît la date ?]). Ce tome est centré sur la nouvelle vie, on quitte l’enfance et l’adolescence. Chacune prend sa route, c’est une phase importante de leur amitié : Lila s’est mariée avec Stefano Caracci. Mais le soir de son mariage elle comprend que son mari l’a trahie en s’associant avec les Solara. Donc, le mariage à peine consommé elle comprend son erreur. La vie avec Stefano est désagréable. Bien que goûtant au luxe et à une vie plus confortable, elle conserve son caractère bien entier :  excessive, caractérielle et exigeante…. Quant à Lenu, elle continue à se comparer à Lila, à essayer de se surpasser, à essayer d’être remarquée et remarquable quoiqu’elle ait conscience que cette concurrence lui est nuisible et qu’elle doit prendre ses distances Le nouveau nom 2avec Lila. Elle étudie alors avec avidité.

Les deux amies se croisent régulièrement ou au contraire s’évitent. Leur amitié est en accordéon. Le temps d’une pause estivale, on les retrouve à la plage mais entre la sage et timide Lenu et l’affranchie Lila, les histoires de cœur prennent le pas sur leur histoire d’amitié qui demeure sulfureuse voire destructrice. J’ai aimé voir l’évolution d’Elena, obstinée et déterminée, elle se libère quelque peu grâce à ses études. J’aime ces deux femmes-ado au caractère si tranché, j’admire Lenu et sa soif d’apprendre. Les 500 et quelques pages ont défilé sans que je m’en rende compte rencroisant tous les personnages du premier tome, notamment Nino Sarratore qui a un rôle prépondérant auprès de deux petites napolitaines mais aussi Enzo, Carmen et quelques nouveaux personnages comme Pietro. Pour finir, je crois que j’ai encore mieux aimé que le premier tome ! Que j’étais bien dans ce roman !

Le nouveau nom, Elena Ferrante, édition FOLIO 2017

L’amie prodigieuse, Elena Ferrante

IMG_9473L’amie prodigieuse est une petite pépite qu’on est heureuse de découvrir, qu’on prend plaisir à lire mais qu’on est triste de quitter et de se dire que ça y est, on a découvert ce beau roman.

Il s’agit d’une plongée dans l’Italie des années 50. Dans un quartier populaire de Naples vivent les deux héroïnes, Lila et Elena (qui mène le récit). Elles se rencontrent sur les bancs de l’école primaire et on les suit jusqu’à l’adolescence. Le récit nous fait sentir la chaleur écrasante de l’Italie, le poids du quartier et des traditions et l’importance du passé mais aussi l’opposition entre le quartier où l’on s’applique à reproduire ce qu’on a connu enfant et le reste de l’Italie qui tend vers la modernité. On sent aussi les rivalités entre les familles et les unions.

Elena Greco est la fille du portier de la mairie et Nina Cerullo, la fille du cordonnier. Tout les oppose. Lila est petite, menue mais fougueuse, arrogante, déterminée parfois allant jusqu’à être méchante ; quant à Elena, elle est calme, posée, réservée et souvent gênée. Chaque héroïne a su me charmer à sa façon. Elena (appelée Lenu) est fascinée par son amie. Cette admiration se confine en compétition et rivalité. Toutes deux très intelligentes, leur institutrice, Mme Oliviero, les pousse à poursuivre au-delà de l’école primaire. Cependant Lila devra suivre la voix qui lui est tracée et se mettra à travailler rapidement tandis qu’Elena poursuivra ses études jusqu’au lycée. Ainsi les deux amies suivent des chemins différents, elles s’éloignent puis se retrouvent au quartier le temps de vacances ou le temps d’un été. En réalité, chacune admire l’autre et rêve d’être à sa hauteur. A leur manière, elles tentent aussi de s’émanciper l’une de l’autre. Dans ce roman il est beaucoup question aussi de l’opposition entre ce quartier populaire où l’on parle un dialecte tout en travaillant et l’Italie des bourgeois, celle hors du quartier où l’on parle justement « italien » en se détendant.

J’ai tout aimé ! C’est une fresque vibrante et vivante, avec de nombreux personnages cependant le récit y est mené parfaitement avec fluidité et délice. Je suis très frustrée voire énervée pour la dernière page, je suis restée bouche béé : comment va réagir Lila ? Quelle sera la réaction de Stefano ? Que dira Marcello ? Et que va-t-il advenir de Nino et d’Elena ? Je serai bien restée en leur compagnie, moi. Vivement que je lise la suite !

20160731_161607
Pause thè vert et gâteau basque

« J’expérimentai pour la première fois la force d’attraction que mon corps exerçait sur les hommes, mais surtout je me rendis compte que Lila agissait comme un fantôme exigeant, non seulement sur Carmela mais aussi sur moi. Dans une circonstance comme celle-ci, si j’avais dû prendre une décision dans le désordre total de mes émotions, qu’est-ce que j’aurais fait ? Je serais partie en courant. Et si j’avais été avec lila ? Je l’aurais tirée par le bras en murmurant « On s’en va » et puis comme d’habitude je n’aurais pas bougé, simplement parce qu’elle aurait décidé de rester, comme elle le faisait toujours. En revanche, en son absence, après une brève hésitation je m’étais mise à sa place. Ou plus exactement, je lui avais fait de la place en moi-même. » (p.120)

« C’était une vieille crainte, une crainte qui ne m’était jamais passée : la peur qu’en ratant des fragments de sa vie, la mie,,e ,e perde en intensité et en importance. Et le fait qu’elle ne me réponde jamais accentuait cette inquiétude.  » (p. 271)

Avril enchanté, Elisabeth von Armin

Avril enchanté

Tout débute par une envie de quitter les bus bondés et la pluie londonienne, un désir de vacances et une petite annonce « A tous ceux qui aiment les glycines et le soleil. (…) Particulier loue petit château. » Mrs Lotty Wilkins se dit que c’est pour elle, elle qui rêve de repos et de solitude. Mais elle ne peut pas s’offrir cela seule (d’autant qu’elle ne veut pas en parler à son mari) alors elle propose à sa seule amie Mrs Rose Arbuthnot de l’accompagner. Finalement elles « recruteront » deux autres dames, Mrs Fisher et lady Caroline Dester. Le séjour au château de San Salvatore s’annonce prometteur ! Dans ce lien enchanteur, la magie espérée par Mrs Wilkins va-t-elle opérer ?

Bien que je n’ai pas retrouvé la splendeur de Véra, ce fut une agréable lecture, souvent drôle, très optimiste et plutôt osée (pour l’époque) avec le retour des fameux maris. Les descriptions du jardin sont sublimes, la nature, les fleurs, les odeurs printanières… ce livre donne envie d’être dehors, de profiter d’un jardin fabuleux, de se promener sous un rayon de soleil dans un lieu féérique.

« En mai, le temps était trop sec; en mars il était incertain, voire froid. Avril, lui, survenait avec douceur, comme une bénédiction, et était si beau qu’on ne pouvait manquer d’en être touché, ému, transformé. » (p. 202)