Léon. Léon Walter Tillage

LéonVoici un petit récit autobiographique que j’ai découvert grâce à mes 3e. Je voulais leur proposer différentes lectures autobiographiques. J’aime proposer un panel de lecture autour d’un même thème afin que chacun puisse y puiser une lecture qui lui convienne. Donc je cherche des lectures variées, de différents niveaux de difficultés, du classique, du contemporain, parfois des bandes dessinées… bref en fouillant je suis tombée sur ce récit et je me suis tout de suite dit que ça allait leur plaire. D’ailleurs beaucoup on choisit ce titre.

Revenons à Léon. Le sujet est lourd : Léon est petit-fils d’esclave, fils de métayer. Né en 1936, il raconte son histoire. Il se souvient de son enfance en caroline du nord.

« Je me souviens qu’étant petit garçon, je me regardais souvent dans le miroir et je maudissais ce visage noir qui état le mien. Mais à cette époque, on ne nous appelait pas « noir ». on ne parlait pas de « minorité ». On disait « moricaud » ou « nègre ». (p.9)

Il raconte ce que signifie être noir dans les années quarante et cinquante, la discrimination qui ne choque personne, les difficultés financières, les dettes, le travail… Il raconte que sa famille ne comprend pas l’utilité d’une instruction puisque les noirs ne peuvent pas exercer certains métiers. Mais lui, ne voit pas les choses de la même manière « Donc ils ne voyaient pas l’utilité de recevoir une instruction. C’est un des moyens qu’employaient les Blancs pour dominer les Noirs : les priver d’instruction. » Il se souvent  que ses parents disaient : « Ç’a été voulu comme ça. C’est comme ça que ça doit être. Vous n’obtiendrez jamais d’être les égaux des Blancs » mais Léon a refusé cette fatalité. Léon évolue avec son époque et il préfère écouter les paroles de Martin Luther King. Il raconte alors les marches pacifiques.

Ce très court roman autobiographique est très beau, aucune haine, aucune rancœur, aucun pathos… il raconte, il décrit des situations assez simplement ce qui rend ce texte très accessible à des enfants dès 12 ans et parler avec eux des discriminations et des injustices.

« Les Blancs apprenaient à leurs enfants que les Noirs n’avaient pas de sentiments, qu’ils n’avaient pas d’âme. Ce qu’on leu faisait n’avait donc pas d’importance : on pouvait les frapper ou pire, sans jamais pouvoir réussir à leur faire mal. Voilà pourquoi ils nous traitaient comme ça : ils croyaient ce qu’on leur avait dit. »

Douze nouvelles contemporaines

Douze nouvelles contemporainesVous savez que je ne suis pas très adepte des nouvelles mais cette fois-ci j’ai plutôt bien adhéré à ce recueil, que j’ai proposé à mes troisièmes d’ailleurs. Les nouvelles sont vraiment courtes et certaines, à chute, sont vraiment captivantes. Il y a bien sûr Pauvre Petit garçon ! de Dino Buzzati, nouvelle que j’adore pour sa chute justement mais aussi pour les questions qu’elle pose sur l’Histoire, un regard teinté d’humour… J’ai découvert également La Rédaction d’Antonio Skarmeta. Moi qui ai du mal à éprouver quelque chose pour les personnages d’une nouvelle, là ce ne fut pas le cas. Ce petit garçon m’a touché et j’ai admiré sa lucidité, sa clairvoyance et son courage lorsqu’il comprend l’objet réel du sujet de rédaction. C’est un très bel hommage à la résistance dans un pays totalitarisme.

Ensuite il y a quelques nouvelles qui dénoncent notre société de consommation comme Le Credo de Sternberg ou encore J’ai soif d’innocence de Romain Gary. Toutes les nouvelles ne sont pas aussi passionnantes, toutes ne se valent pas. Je suis restée un peu dubitative devant une d’entre elles, une autre m’a ennuyée.

Un dernier mot sur Le Reflet de Didier Daenincks que j’aime beaucoup et que les élèves aiment beaucoup. Après un portrait sans concession, la chute est exceptionnelle et permet d’amorcer un travail de réflexion autour des préjugés.

Va et poste une sentinelle. Harper Lee

Va et poste une sentinellePas de bilan de lecture estivale, l’été fut peu propice à la lecture cependant il est grand temps d’écrire mon avis sur celle qui ma dernière lecture de l’été. Je suis mitigée sur cette lecture, j’ai eu du mal à entrer dedans, à retrouver l’univers que j’avais aimé dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. En réfléchissant je me dis que même si on retrouve l’héroïne, Scout, les deux romans n’ont absolument rien à voir. Le monde de l’enfance est bel et bien terminé. Indépendante et émancipée, Scout a quitté l’Alabama et sa petite ville de Maycomb pour vivre à New York. Va et poste une sentinelle raconte son retour sur les terres de son enfance et sa confrontation avec son père Atticus au milieu des années 50.

Ce roman propose une réflexion sur l’évolution de la société et notamment la question raciale. Confrontée à une société new yorkaise plus ouverte, Scout découvrir ses proches sous un nouveau jour…  Scout découvre qu’Atticus, cet homme intègre et défendeur des opprimés, siégeant au conseil des citoyens à côtés de ceux qu’il détestait. La question ségrégationniste est donc au cœur de ce roman. Et c’est d’ailleurs après un démarrage que j’ai trouvé assez lent ce qui relance le roman, lui donne son rythme et son intérêt.

« Je ne comprends pas comment tu peux vivre là-bas avec eux.

– Mais on n’a pas conscience de leur présence. On travaille avec eux, on ange avec eux et grâce à eux, on prend le bus avec eux, et on ne les remarque pas, à moins de le vouloir. Je ne me rends jamais compte qu’un gros type noir est assis à côté de moi dans le bus jusqu’au moment où je me lève pour descendre. On ne les remarque pas, tout simplement.

– Oui, eh bien moi je t’assure que je les ai remarqués. Tu dois être aveugle ou je ne sais quoi.

Aveugle, oui, c’est exactement ce que je suis. Je n’ai jamais ouvert les yeux. Je n’ai jamais pensé à regarder les gens au fond de l’âme, je n’ai jamais regardé que leur visage. Aveugle comme les pierres…  » (p.213)

Pour finir une petite citation de saison : « Même la rentrée des classes était grosse de promesses – les vieilles querelles ranimées, les amitiés renouées, les semaines passées à devoir réapprendre tout ce qu’on avait oublié durant l’été. L’automne était la saison des soupers chauds, où l’on pouvait profiter des vrais repas pour lesquels, trop engourdi de sommeil au matin, on n’avait pas d’appétit. » (p. 174)

Un enfant du pays. Richard Wright

Un enfant du paysJe me suis faite totalement surprendre avec ce roman. Le début ne m’a pas plu, je trouvais cela confus surtout parce que je ne savais à quel personnage m’attacher, je ne comprenais pas qui allait être central. Et puis d’un coup, le roman se pose sur son héros, ce sera Bigger Thomas, jeune homme noir qui doit prendre une place de chauffeur chez des blancs, la famille Dalton, pour éviter que sa famille ne perde de précieuses aides financières. Bien sûr il aurait préféré continuer à vivoter, à traîner dans les rues de son quartier noir, à rire et monter des coups avec ses copains mais il est raisonnable et qui c’est, cette place est peut-être une place en or.

Il entre dans cette famille où tout le monde prend soin de lui et s’intéresse à lui… sensation nouvelle et étrange pour lui. Et puis tout bascule lorsqu’un soir il doit emmener Mary, la fille unique du couple, à l’université. Il s’avère qu’elle lui demande d’aller dans un bar noir, d’aller chercher son copain Jan, qu’elle souhaite dîner avec Bigger et Jan à la même table, que Jan prend le volant pour conduire Bigger, qu’elle l’invite à boire avec eux… une soirée où Bigger est obligé d’obéir et de transgresser de nombreux interdits… Jan et Mary discutent avec lui de politique, eux communistes veulent montrer à Bigger qu’il est considéré comme un blanc, la couleur ne devant pas être discriminante. Moment très difficule pour Bigger car il va à l’encontre de tout ce qu’il a appris, de tout ce qu’il sait des attentes des blancs… Ultime transgression, Mary est tellement ivre que Bigger doit la porter jusque dans son lit.

Ce roman est époustouflant car on s’attache à Bigger, j’ai compris sa panique absolue quand on lui demande de ne plus agir comme il doit le faire, j’ai compris sa rancœur face IMG_3075aux blancs qui le cantonnent à devenir comme les blancs imaginent un noir (violent, alcoolique, irrespectueux et j’en passe). Durant tout le roman on se demande comment cela fut possible, comment a-t-on pu en venir à un tel racisme, à une telle ségrégation ? Richard Wright nous montre l’Amérique raciste des années 40, celle qu’il a connue, celle dans laquelle un noir n’a aucune chance, celle dans laquelle un noir est condamné dès sa naissance : « Nous, on vit d’un côté et eux de l’autre. Ils font des choses et nous on ne peut pas les faire. C’est exactement comme si on était en prison. La moitié du temps, j’me figure qu’on m’a mis à la porte du monde et qu’j’ai juste le droit de lorgner par un trou de la clôture… » (p.25).

Des pages saisissantes, des lignes savoureuses lors des interrogatoires de police mais aussi choquantes. Et puis ce fond de réflexion communiste et cette peur qu’inspirait alors les rouges… Bref je vous recommande chaudement cette oeuvre magistrale !

Un enfant du pays, Richard Wright, Livre de poche (édition 1969)

 

Victoria et les Staveney. Doris Lessing

Déçue par ma première rencontre avec Doris Lessing (et ma lecture Carnet d’or), je ne voulais pas rester sur ce sentiment. A l’occasion d’un tour en librairie, j’ai trouvé ce court roman et je dois dire que j’ai été très agréablement surprise.

Victoria et les StaveneyC’est une lecture que m’a prise avec surprise, petit à petit, je me suis laissée embarquer au point que j’ai eu le sentiment que les dernières pages se sont volatilisées. La quatrième de couverture m’a induite en erreur et je m’attendais à une fin plus dramatique ce qui n’est absolument pas le cas cependant une ombre plane et la fin est ouverte. Le roman commence donc doucement voire tranquillement : personne ne vient chercher à l’école, Victoria, petite fille noire issue d’un milieu modeste. Elle est alors accueillie pour la nuit chez les Staveney, riche famille blanche de Londres. Pour elle, c’est un choc. Le souvenir de cette nuit restera gravée à jamais jusqu’à entamer quelques années plus tard avec leur fils, Thomas. Mary naîtra de cette liaison mais Victoria poursuit sa vie sans en informer le père. Ce n’est que lorsqu’elle perdra son mari, Sam, et père de son fils, qu’elle s’inquiète pour l’avenir de sa fille : doit-elle rencontrer son père ? pourra-t-il lui offrir une éducation ? voudra-t-il d’une petite fille métisse ? Victoria laisse les Staveney s’immiscer dans la vie de Mary sans se douter des conséquences.

A la fois sobre et efficace, Doris Lessing étudie avec finesse la psychologie des personnages. Il n’y a aucun jugement de valeur, seulement des constats et des faits. Le style n’est pas du tout le même que dans Le Carnet d’or, beaucoup plus simple, plus accessible, plus facile.  C’est un court roman qui pousse à réfléchir sur la question des préjugés sociaux et raciaux, heureuse de l’avoir découvert !

Victoria et les Staveney, Doris Lessing, Le Livre de Poche, 2017

Il était un capitaine, Bertrand Solet

Il était un capitaineUne fois encore, une lecture pour mes élèves mais j’ai été assez surprise. Bon c’est très facile à lire, peu de recherches stylistiques et pas de grandeur littéraire mais l’intérêt est ailleurs.

Ce roman permet de découvrir un contexte historique, une époque, une atmosphère, celle de la fin du XIXe siècle. Quelques grandes figures historiques sont évoquées, Gauguin, Zola et bien sûr Dreyfus puisqu’il s’agit de l’histoire de l' »Affaire Dreyfus ». En parallèle de cette histoire, il y a la part romanesque du roman, le « héros », Maxime Dumas est un jeune journaliste qui doute de la culpabilité de Dreyfus mais on perçoit comment ceux qui doutent seront mis à l’écart (il sera envoyé à Madagascar) pour préserver l’armée et les responsables. Ce qui est donc intéressant c’est qu’on découvre le poids de la presse, son influence grandissante et la responsabilité qu’elle a dans cette affaire. On prend aussi conscience du poids de l’opinion publique et on comprend pourquoi cette affaire a tant marqué les esprits, une des premières affaires « médiatisées ». L’atmosphère antisémite de l’époque est bien transcrite, on perçoit les suspicions, les rancœurs, la vengeance. J’ai trouvé intéressant de voir et de comprendre comment l’affaire Dreyfus est montée, comment la manipulation est mise en place mais aussi pourquoi, malgré les doutes (voire les certitudes quant à son innocence) l’état-major a continué à l’accuser et à participer en créant des preuves accablantes. L’intervention de Zola et sa lettre ouverte, « J’accuse », font partie de ce roman et on perçoit le rôle important de cette lettre, à partir de là, l’affaire est comme « démontée ». Chaque élément est repris, analysé, expertisé à nouveau et le roman s’achève lors de la réhabilitation en juillet 1906.

Je pense qu’ado j’aurai adoré ce roman, un peu policier, un peu réaliste, un peu historique (le tout avec une petite intrigue amoureuse 😉 il y en a pour tous les goûts !

« J’admets que mon départ de Madagascar soir une faute professionnelle. J’étais prêt à m’en expliquer avec vous. Mais, ce que je trouve inadmissible, moi, c’est que vous ayez dénaturé systématiquement mes dépêches. Que vous ayez transformé ou tu, tout ce que j’ai vu et ressenti de douloureux là-bas. Que vous ayez manifesté comme venant de moi, une approbation béate de faits inadmissibles… Je ne suis pas un scribe accroupi, monsieur, pour reprendre votre expression… J’ai des yeux, un cœur, une conscience… » (p.139)

Il était un capitaine, Bertrand Solet, Livre de poche jeunesse (1986)

Fille noire, fille blanche. Joyce Carol Oates

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Lire Joyce Carol Oates est toujours pour moi un délicieux moment et une découverte tant elle me semble inépuisable d’idées et de talent.

Ce fut une lecture dérangeante, une lecture dans laquelle je me suis sentie parfois mal à l’aise et finalement ce roman traitant de la question raciale m’a moins plu que d’autres notamment toute l’histoire familiale de Genna qui certes nous aide à mieux comprendre le personnage mais finalement cet « hors campus » ne m’intéressait guère.

Minette Swift et Genna Meade se partagent une chambre dans un collège prestigieux. L’une est blanche, elle est la descendante du fondateur du collège, l’autre est noire, elle est boursière, fille d’un pasteur afro-américain. Genna se sent rongée par la culpabilité : celle d’appartenir à une élite, celle d’être une privilégiée. Elle s’impose alors une mission : protéger Minette des autres étudiants et du racisme naissant sur ce campus des années soixante-dix. Cette relation amicale (sororale pour Genna) est pourtant à sens unique : Minette a une attitude très froide, extrêmement détachée (ce qui m’a déplu) mais en même temps je l’ai sentie seule et en souffrance. Minette est bien étrange : solitaire, animée d’un fanatisme religieux, orgueilleuse, antipathique… Elle souffre d’une violence « discrète » qui s’insinue par petites touches dans sa vie et que Genna ne parvient pas à défendre jusqu’au drame final qu’elle ne parviendra à éviter.

« Nous étions camarades de chambre et amies. Peu à peu nous étions devenues amies. Mais Minette demeurait distante, réservée. On aurait pu dire que notre amitié était à sens unique, mais il me semblait que Minette m’aimait bien et m’acceptait. Son unique amie ! Son unique amie au Schuyler College. » (p. 201).