Avant la télé. Yvan Pommaux.

Avant la télé 1Une découverte à la bibliothèque. En cherchant des romans premières lectures pour mon petit de CP, je suis tombée sur ce roman, cette bande dessinée plutôt.  La couverture m’a tout de suite attirée, elle m’a rappelé la Guerre des boutons. J’aime Yvan Pommaux, son graphisme, ses idées, ses albums sur la mythologie, je n’en connais pas plus mais à chaque fois que je tombe sur un de ses titres, j’aime.

J’ai adoré cette idée : raconter la vie d’un enfant né après la seconde guerre mondiale. j’ai adoré voir les illustrations et lire le récit assez présent tout de même. Pommaux raconte l’école autrefois, les conditions de vie, la vie quotidienne, les prénoms, les tenues, le cinéma… C’est très parlant et je vais m’empresser de l’acquérir pour mes élèves… eux qui ont du mal à comprendre comment on vivait sans téléphone portable, sans internet… Ce petit ouvrage, par son visuel, est vraiment touchant, on est plongé dans les années 50 et on peut se représenter certaines scènes de vie. Mon fils a regardé notamment les pages sur l’école (car il a travaillé sur l’école d’autrefois). On a discuté de comment c’était la génération de papé et mamie et encore plus celle des arrières grands-parents. Maintenant j’aimerai trouvé le même genre d’ouvrage qui évoque le XIXe siècle, si vous avez des idées, je suis preneuse !

La goûteuse d’Hitler. Rosella Posterino

La gouteuse d'HitlerLa goûteuse d’Hitler, c’est l’histoire de Rosa Sauer, inspirée de l’histoire de Margot Wölk,  choisie pour être goûteuse d’Hitler. Mais elle n’est pas la seule, elles sont un peu groupe que les SS viennent chercher chez elles, ils les emmènent dans le réfectoire du quartier général d’Hitler, situé en Prusse orientale pour qu’elles goûtent. Ensuite elles restent une heure afin de vérifier qu’il n’y a pas de poison puis les SS les raccompagnent chez elles. Être goûteuse d’Hitler c’est, pour Rosa, se dire qu’elle peut mourir à tout moment mais c’est aussi avec des repas quotidiens. Lors de ces repas, les femmes se livrent un peu, se dévoilent très légèrement, des amitiés naissent mais aussi des rivalités. Ces femmes sont unis à un même sort.

« Mon estomac ne bouillonnait plus : il s’était laissé coloniser. Mon corps avait absorbé la nourriture du Führer, la nourriture du Führer circulait dans mon sang. Hitler était sain et sauf. Et moi, de nouveau affamée. » (p.18)

Rosa vient de Berlin, elle est « l’étrangère », un peu isolée dans ce groupe, elle est la proie d’Elfriede, personnage mystérieux que Rosa ne comprend pas. Rosa est venue en Prusse habiter chez ses beaux-parents qui tiennent une ferme. Son mari, Gregor, s’est engagé dans l’armée comme Allemand, pas comme nazi, se remémore-t-elle souvent. Elle l’attend en songeant à leur unique année de mariage qu’ils ont connu. Elle a hâte de pouvoir reprendre sa vie. La solitude, le poids du secret, les doutes, le manque d’amour… Etre goûteuse c’est aussi être en contact avec le cuisinier d’Hitler, Kümmel mais aussi les différents SS qui travaillent dans ce quartier général, notamment Ziegler. Le roman montre la guerre du poids de vue des Allemands mais surtout du peuple allemand, c’est intéressant mais j’aurais aimé que cet aspect soit plus étoffé.

« Le Führer est resté seul, or la mort est à l’affût, un phénomène qui échappe à tout contrôle, un adversaire qu’on ne peut pas mater. J’ai peur. De quoi, petit loup ? De la grosse Hollandaise qui a essayé de m’embrasser devant tout le monde aux Jeux Olympiques de Berlin. Que tu es bête. J’ai peur des traîtres, de la Gestapo, du cancer de l’estomac. Viens ici, mon petit, je vais te masser le ventre, tu verras, ces coliques vont disparaître. Tu as mangé trop de chocolat. Le poison, j’ai peur du poison. Mais, je suis là : tu ne peux pas avoir peur. Je goûte ta nourriture comme une maman verse sur son poignet le lait du biberon. […] Je suis là, petit loup. Grâce à mon dévouement, tu peux te sentir immortel. » (p.238)

Il s’agit d’un plus d’un roman que d’un récit historique. L’Histoire sert de contexte mais n’est finalement que peu traité. Je regrette la construction de la fin du roman : écrit uniquement par prolepse, j’aurais aimé connaître plus précisément la manière dont Rosa a vécu la fin de la guerre, comment elle a réappris à vivre (je ne peux rien dévoiler des événements) mais on la retrouve en 1990, vieille femme, et on découvre des bribes de vie à rebours.

« Comment elle disait la chanson déjà ? Dix petits râleurs : même les enfants la connaissaient. Si tu n’es pas sage, je t’envoie à Dachau, menaçaient les parents. Dachau au lieu de l’ogre ; Dachau, le lieu de l’ogre. » (p.259)

Boris Godounov. Alexandre Pouchkine

Boris GodounovJ’ai toujours aimé la littérature russe même si j’en lis beaucoup moins qu’à une époque. J’ai donc pris plaisir à lire cette pièce de théâtre de Pouchkine dont j’avais lu, il y a plusieurs années, l’excellente biographie écrite par Henri Troyat. J’avais adoré découvrir la vie si rocambolesque de cet auteur.

Boris Godounov est un drame historique. Le Tsar Boris Godounov est au pouvoir mais il est soupçonné d’avoir acquis le pouvoir de manière illégitime. Il aurait été mêlé à la mort suspecte de l’héritier du trône, Dimitri. Le pouvoir est donc décadent, une fragilité s’immisce. Ce sont les conséquences de cette mort qui sont mis en scène ici. Un jeune moine, Grigori Otrépiev, se fait alors passer pour Dimitri. Soutenu par les polonais, il arrive jusqu’à Moscou. Débute alors le « temps des troubles », une période de guerre à la fois civile et à la fois extérieure avec les polonais.

Dans cette pièce, Pouchkine se pose la question de la légitimité du pouvoir ainsi que celle de l’incertitude quant aux périodes de succession. Pouchkine réfléchit également au destin de l’homme et au destin de la nation. Les différents tableaux montrent le parcours de Dimitri vers le pouvoir, dans son ascension jusqu’à sa pleine puissance. La pièce, inspirée de Shakespeare que Pouchkine admire, a un style mélangé: de nombreux lieux, de nombreux tons différents. Il s’agit plutôt d’une chronique historique, de petits tableaux présentant cette arrivée au pouvoir.

« L’ombre d’Ivan a fait de moi son fils, m’a baptisé Dmitri d’outre la tombe, m’a désigné pour détrôné Boris, m’a fait lever les peuples pour qu’il tombe. Je suis le tsarévitch. […]Assez, je pars – la mort ou la couronne m’attendent en Russie, vais-je mourir comme un guerrier sur le champ de bataille, ou comme un criminel sur l’échafaud. » (p. 75)

L’Education sentimentale. Gustave Flaubert

L'éducation sentimentalePar où commencer ? Ce roman est à la fois incroyablement foisonnant et incroyablement plat. Il ne se passe finalement pas grand chose du point de vue du héros en revanche beaucoup du point de vue de l’Histoire (Paris et la révolte de 1848). Flaubert s’attache donc au détail, au quotidien, aux petits faits et fait surtout attention au style, très épuré, une vraie recherche de perfection. J’avais déjà lu ce roman mais je ne me rappelais finalement de très peu de choses et j’ai vraiment eu le sentiment de le découvrir, très agréable ! J’ai mis beaucoup de temps à le lire, plusieurs mois. Impossible de le lire d’une traite, je le prenais et puis le délaisser avant d’y revenir. Je dois reconnaître que certains passages par méconnaissance historique ou politique me sont très obscurs…

« Elle ressemblait aux femmes des livres romantiques. il n’aurait voulu rien ajouter, rien retrancher à sa personne. L’univers venait tout à coup de s’élargir. Elle était le point lumineux où l’ensemble des choses convergeait ; – et, bercé par le mouvement de la voiture, les paupières à demi closes, le regard dans les nuages, il s’abandonnait à une joie rêveuse et infinie. » (p. 53)

Dans ce roman, on croise un foisonnement de personnages : le héros, Frédéric et son ami Deslauriers, Mme Arnoux, cette femme dont tombera amoureux Lucien, une femme inaccessible et inatteignable. Frédéric, cet anti-héros un peu mollasson, ne réussissant à vivre son désir avec l’objet de ses pensées, le fera avec une lorette, Rosanette. Et puis il y a les nombreux amis ou connaissances de Frédéric, les Dambreuse, le peindre Pellerin (ce qui vaut de nombreuses réflexions sur l’art), Sénécal, Dussardier et bien d’autres.

Etudiant Illusions perdues de Balzac avec mes 4e, je n’ai pas pu m’empêcher d’y penser très souvent et de faire des liens entre les deux héros, Frédéric Moreau et Lucien de Rubempré et leur désir de s’accomplir à Paris. C’est d’ailleurs très agréable de lire deux livres qui se font écho par leur construction, la période d’écriture, la personnalité des héros.

Je suis contente d’avoir pris mon temps pour lire cette oeuvre considérable, c’est beaucoup qu’une histoire d’amour, c’est bien l’histoire d’une génération, celle de Flaubert qu’il revit à travers son héros.

L’Education sentimentale, Gustave Flaubert, Le livre de poche 2017

Un bûcher sous la neige, Susan Fletcher

Un bûcher sous la neige

Ma dernière lecture de 2015 fut une petite déception. J’avais envie d’un livre hivernal, sur ce point ce roman ne m’a pas déçu. L’hiver est là, la neige est abondante et le froid est rude. C’est davantage l’intrigue qui ne m’a pas emballée. Je ne suis pas entrée dedans.

Nous sommes dans les Highlands au XVIIe siècle. Corrag, une jeune fille accusée de sorcellerie croupit dans un cachot en attendant d’être brûlée sur un bûcher. Elle reçoit les visites du pasteur Charles Leslie qui l’interroge sur les massacres du clan MacDonald à Glencoe dont elle a été témoin (fait réel dont l’auteur s’est inspiré). Ce récit de Corrag est entrecoupée de brèves lettres du pasteur à sa femme. Dans ces lettres, on voit qu’il évolue, la « sorcière » devient peu à peu à ses yeux une jeune femme épris de liberté et de connaissances en botanique.

Voilà dur d’en écrire plus… je retiendrai de ce roman les pages où Corrag décrit la nature et son lien avec l’hiver qui est « sa » saison.

« Il y a des gens qui parlent du destin. Moi, je n’utilise pas ce mot. Je pense que nous avons des choix à faire. Je pense que c’est nous qui traçons le chemin de notre vie et qu’il ne faut pas mettre tous nos espoirs dans les songes et les étoiles. Peut-être pourtant que les songes et les étoiles peuvent nous guider. Et la voix du cœur est forte. Toujours.

L’écouter, voilà mon conseil. » (p. 189)

Le collier de la reine, Alexandre Dumas

Collier de la reine

Alexandre Dumas appartient, pour moi, à ces grands auteurs que j’aime retrouver régulièrement parce qu’ils m’enchantent toujours (comme Zola, Maupassant, Dickens, Zweig…). Il a cette force et ce talent de m’entraîner dans l’Histoire (même si tout n’est pas historique puisque Dumas, en 1849, ne dispose pas de tous les éléments). L’affaire du collier de la reine éclate en 1785, c’est une escroquerie éclaboussant la réputation de Marie-Antoinette et ayant pour victime le cardinal de Rohan.

Dès le prologue, Dumas fait éclater ses talents de romancier : lors d’un dîner chez Richelieu, le comte Cagliostro lance des prédictions funestes aux différents invités. On entre immédiatement dans l’Histoire avec cette galerie de personnes ayant réellement existées mais aussi dans le romanesque. Vient ensuite une fresque éblouissante de Paris gelé, des congères, de la glace, des fiacres qui dérapent, du patinage à l’étang des Suisses de Versailles pour la Cour, des traîneaux…un contraste saisissant entre ces « loisirs monarchiques » et le peuple parisien qui meurt de faim et de froid. Un Paris dans lequel on découvre la reine emmitouflée et cachée qui erre avec Andrée de Taverney, future comtesse de Charny. C’est alors qu’intervient le collier pour la première fois, cadeau du roi Louis XVI à sa femme.

« Alors, avec un sourire plein de bonté, le roi fouilla dans sa poche, en y mettant cette lenteur qui double la convoitise, cette lenteur qui fait trépigner d’impatience l’enfant pour son jouet, l’animal pour sa friandise, la femme pour son cadeau. Enfin, il finit par tirer de cette poche une boîte de maroquin rouge artistement gaufrée et rehaussée de dorures. » (p. 145)

Malgré la beauté de ce collier, la reine refuse le présent devant son luxe et face à la situation du pays, elle préfère que le roi utilise son argent (celui du royaume) autrement qu’en futilité.

« Je refuse de me pendre un million, […] et je refuse de pendre à mon cou un million et demi quand les coffres du roi sont vides, quand le roi est forcé de mesurer ses secours et de dire aux pauvres : « Je n’ai plus d’argent, Dieu vous assiste ! »  » (p. 149)

Malgré les bonnes intentions, son désir et son envie sont réels. La comtesse de La Motte l’a bien remarqué. Après différentes tractations, la comtesse persuade alors le Cardinal de Rohan de l’offrir à la reine afin d’obtenir ses faveurs. Marie-Antoinette accepte en s’engageant à le payer elle-même aux joaillers Boehmer et Bossange. Mais le roi (involontairement) et le comte Galiostro (indirectement) empêcheront la reine de solder son prêt courant ainsi à sa perte.

« La reine m’a dit qu’un vaisseau vaut mieux que des joyeux. La reine pense que si la France emprunte pour nourrir ses pauvres, nous autres riches nous devons prêter à la France. Donc, si la reine a besoin de cet argent, son mérite sera plus grand de l’attendre. » (p. 628)

Impossible de raconter les multiples intrigues de la cour et les affaires de cœur qui se jouent dans ce roman foisonnant. Chaque personnage intervient selon ses propres motivations, parfois égoïstes ou hypocrites. Dumas montre ainsi une monarchie à bout de souffle, prête à tomber où certains manœuvrent pour ternir la réputation de Marie-Antoinette et celle du roi.

Une incroyable fresque historique lue dans le cadre du Challenge Myself de  Romanza. Merci ma copine, sinon je crois que je n’aurais pas osé ouvrir ce pavé. Et j’ai déjà mon idée de Challenge pour l’an prochain !