De Pierre et d’os. Bérengère Cournut

De pierre et d'osVoici un roman qui m’a happée… Le dépaysement est absolu. J’ai voyagé au pays des Inuits, j’ai dormi dans des igloos, j’ai regardé la nuit sans fin et j’ai marché sur la banquise dans le froid piquant et la pénombre des jours d’hiver. Grâce à cette plongée chez le peuple Inuit, j’ai découvert quelques coutumes et traditions et surtout cette omniprésence des esprits.

J’ai suivi avec passion le parcours de Uqsuralik, jeune femme Inuit qui, alors que la banquise se brise, se retrouve séparée de sa famille. Livrée à elle-même, elle va devoir survivre afin de rencontrer d’autres êtres vivants. L’entraide et la solidarité occupent une place primordiale sur la banquise. Les saisons se succèdent, on passe de l’iceberg à la toundra, tour à tour, Uqsuralik cohabite avec d’autres tribus, mais au fil de ses rencontres, elle poursuit sa quête intérieure. Peu à peu elle se perfectionne dans ses techniques de chasse, apprend les traditions chamaniques, se découvre ses désirs de maternité. Je ne connaissais rien des chasseurs nomades de l’Arctique, leurs conditions de vie est fascinante. Proche de la nature, associée avec elle, ils subissent de plein fouée les conditions climatiques, le réchauffement et les modifications de la nature sont évoqués très discrètement. Ce n’est pas le sujet du roman, le centre du roman c’est cette vaillante héroïne. Uqsuralik chasse le phoque dans les fjords, quette le renard sauvage ou l’ours, cueille des baies dans la toundra mais il faut aussi construire un abri et lisser les peaux pour s’en faire des habits. C’est aussi une belle plume que j’ai découverte, une plume de conteuse, une plume de poétesse car le roman est parsemé de différents chants chamaniques.

Ce roman est aussi un très bel objet. Je ne connaissais pas les éditions Tripode mais je suis séduite. La couverture est magnifique, les tonalités correspondent parfaitement à ce que j’imagine de l’histoire et surtout ce recueil est assorti d’un dossier photo en noir et blanc sur les Inuits.Un récit emprunt d’écologie, de spiritualité et de féminité.

Une petite princesse. Frances Hodgson Burnett

Une petite princesseIl y a des histoires qui sont comme des petits bonbons que l’on déguste et qui sont de plus en plus savoureux. Une fois terminé, on aurait en reprendre un autre… Une petite princesse fut de ces lectures-là… un petit goût délicat plus les pages tournaient… Une histoire que j’aurais aimé faire découvrir à une petite fille, une histoire je conseillerais facilement à mes petites élèves (parce que, oui, c’est une lecture féminine, pas sûre du tout qu’un garçon adhère). Et surtout une histoire parfaitement de saison puisqu’une partie se déroule à Noël.

Une petite princesse est un conte : Sarah Crewe est la fille d’un riche anglais installé aux Indes qui s’occupe d’une mine de diamants. Habillée des plus beaux vêtements, fourrure et hermine, Sarah ne manque de rien et est parfaitement éduquée. C’est d’ailleurs pour parfaire son éducation que son père décide qu’elle sera pensionnaire à Londres dans une maison pour jeunes filles de bonne famille, tenue par Miss Minchin. Sarah est la pensionnaire la plus choyée du pensionnat, rien ne lui est refusé. Cependant elle a des qualités de princesse, attentive aux autres, elle est empathie, bienveillante et partage volontiers ce qui lui vaut de belles amitiés mais une rancune inconditionnée de Miss Minchin. Jusqu’au jour où son père meurt, Miss Minchin devient alors injuste et cruelle, sa pensionnaire lui riche, devient un poids financier. Hors de question que cette petite ne lui serve à rien, Sarah devient alors une servante misérable, une petite fille de la mansarde marchant dans la neige et le froid, souffrant de faim… c’est sans compter sur l’attention des autres, une boulangère, un indien… La magie entre dans sa mansarde pour une fin digne d’un conte de fée. Cette dimension féérique m’a souvent fait penser à La Petite fille aux allumettes d’Andersen, conte que j’aime beaucoup. L’écriture de Frances Hodgson Burnett est proche de celle d’Andersen, un conte à la fois merveilleux mais aussi cruel car réaliste. J’ai aussi pensé à Dickens et à son Conte de Noël…  

Swap 2019

IMG_0750Chaque année, avec ma chère et tendre Romanza du blog Près de la plume,  nous organisons notre SWAP de rentrée, d’automne, de vacances… bref en septembre et octobre on s’organise un petit rendez-vous pour venir nous rebooster en cette période souvent difficile. On parvient à se retrouver un petit créneau similaire pour ouvrir nos paquets. Auparavant on avait défini un thème, cette année, c’était La littérature, au-delà de la réalité… les contes, les récits merveilleux ou fantastiques… toute littérature qui se risque à développer un univers bien particulier.

Mercredi dernier, après de multiples rebondissements de créneaux, nous avons finalement trouvé un petit moment d’ouverture simultanée. Dès l’ouverture du paquet, je suis heureuse. Elle soigne ces emballages ❤ et tout est fait avec amour. Un mot m’attendait, il me guidait dans l’ouverture des différents paquets, sur chacun d’eux un verbe inscrit qui menait à un autre… j’ai adoré !

Au fur et à mesure, ce ne fut que joie. La sélection des ouvrages est PARFAITE ! Quant aux différents petits cadeaux, de la tisane, du chocolat, une tasse trop mignonne, des carnets, des marques-pages, une bougie, un joli magnet et du masking tape rose pailletée, c’était parfait aussi ! Un brin girly et de quoi profitez de cette saison automnale ! Et oui la saison des plaids, des tisanes, des bougies et des lectures au coin du feu va commencer ! j’ai hâte de passer de douces soirées à lire! Parlons donc des livres : j’ose avouer, je n’ai jamais lu Harry Potter, j’ai vu quelques unes des adaptations mais je n’ai jamais lu le roman. Honte à moi, mais bientôt j’aurais comblé cette lacune. Vient ensuite la dystopique La servante écarlate de Margaret Atwood. J’avais commencé la série et puis je m’étais dit que j’aimerais mieux lire d’abord! Ce sera bientôt chose faite. Je trouve l’édition, Robert Laffont, très agréable en plus. Ensuite un conte qui m’a l’air tout doux Une petite princesse de Frances Hodgson Burnett, une princesse qui devient une servante misérable. Et enfin La passe-miroir, les fiancés de l’hiver de Christelle Dabos. Cela semble être un coup de cœur général, j’espère à mon tour plonger dans ce roman ! Alors elle n’est pas belle cette sélection ? Il n’est pas parfait ce colis ?

 

Tant que nous sommes vivants. Anne-Laure Bondoux

Tant que nous sommes vivants 2« Tu crois qu’il faut toujours perdre une part de soi pour la vie continue ? » Voici la question fondamentale que se posent Hama et Bo, les héros de Tant que nous sommes vivants. Une question qui est au centre de ce roman d’aventures, de ce conte, de ce voyage initiatique.

Tout commence dans une usine. Bo, ouvrier de jour, aime Hama, ouvrière de nuit. Leurs moments communs sont rares mais intenses. Ils pensent constamment l’un à l’autre. Cependant « le cœur de l’usine battait plus fort que celui des amoureux » (p.28), l’usine est plus forte et va déterminer leur avenir. Suite à une catastrophe, ils sont contraints de fuir en laissant une part d’eux. Laisser le vieux Melkior et ses prophéries, laisser le théâtre d’ombre, laisser Le Castor Blagueur et son cirque… Bo et Hama incarnent la jeunesse et l’amour. Ils doivent fuir leur société désenchantée et désabusée. Le bonheur perdu est à reconstruire au bout du chemin.

Commence alors une autre partie : l’errance. L’aventure, des rencontres improbables dans des grottes, de magie et de la grâce, un fabuleux péripleTant que nous sommes vivants 1 (semé de références cultures aux contes, aux textes religieux), de la culpabilité et cette question : comment réparer l’irréparable ? Leur amour survivre-t-il à cette épreuve ? Trouveront-ils une place dans ce monde ?

Tant que nous sommes vivants est un beau texte, un roman poétique original, un parcours compliqué mais où chacun avance avec une pointe de magie pour faire rêver et sublimer cette histoire parce qu’il faut bien « se relever et avancer ». Une belle surprise ! Merci Bab pour ce nouveau conseil ❤

Tant que nous sommes vivants, Anne-Laure Bondoux, Gallimard jeunesse (nov. 2017)

Watership Down. Richard Adams

Watership Down (2)Voici un roman étonnant, une fable, un conte, une épopée… c’est beaucoup de choses en fait ce roman. C’est un roman où les animaux sont les héros, ce n’est pas forcément les romans que je préfère et auxquels j’adhère le plus, j’aime mieux le réalisme en littérature cependant je me suis laissée gagner par ce côté enfantin et ce conte.

Deux frères, le valeureux Hazel et le surprenant Fyver décident de fuir leur garenne menacée, ils sont suivis d’une poignée de lapins. Débute alors un trajet semé d’embûches pour trouver une nouvelle plaine plus accueillante, que de difficultés ! Et puis il faudra ensuite trouver des hases pour peupler cette nouvelle garenne. C’est donc une véritable épopée qui commence : que de dangers pour ces lapins, les renards, la pluie et les ruisseaux, les rapaces, les hommes… Ce récit met en avant la persévérance, la solidarité et le courage qu’il faut pour poursuivre son chemin. Une belle leçon donnée par ces lapins !

« La troupe était devenue plus méfiante, plus maligne ; les lapins savaient ce qu’ils voulaient, se comprenaient et travaillaient dans un esprit de solidarité. Plus de disputes. Ils s’étaient rapprochés les uns des autres, s’appréciant désormais avec moins de retenue, et comptaient davantage sur les compétences de chacun. Ils avaient conscience que leur survie dépendait entièrement de leur cohésion, et ils étaient bien décidés à ne rien gâcher de leurs atouts. « 

Watership Down, Richard Adams, Monsieur Toussaint Louverture (sept. 2016)

La maîtresse des épices. Chitra Banerjee Divakaruni

La maîtresse des épicesTilottama est maîtresse des épices, elle travaille dans une vieille épicerie poussiéreuse (un véritable antre) dans un quartier d’immigrés d’Oakland en Californie. Tilo est investie du pouvoir des épices et aide les hommes à bien se porter. Être maîtresse des épices suppose respecter certaines obligations et obéir à des règles, elle y consacre toute sa vie mais un jour, une rencontre ébranle ses certitudes et bouleverse sa vie. Un américain, Raven, va la fragiliser. Tilo se lance alors dans une histoire et un désir interdits…

« Sur le trajet du retour dans le bus, mes épaules luisent et brûlent aux endroits où elle les a touchées. La peau de mon visage me tire un peu de là où elle a posé les mots du désir qu’elle n’a pas formulés : Les gens que j’aime le plus au monde, faites en sorte qu’ils s’aiment les uns les autres. Les yeux sont aussi légèrement douloureux quand je regarde la photographie, les deux amoureux si jeunes, souriant largement avec une foi déchirante comme si je pouvais tout arranger, moi Tilo qui suis dans un pétrin bien plus grave que le leur. » (p.147)

Ce roman est en réalité un conte, Tilo est un personnage de sorcière mais une douce sorcière, une sorcière qui vend des épices pour amoindrir les maux des hommes. On oscille entre les légendes indiennes, le maniement des épices et les réflexions sur la difficulté pour les Hindous de s’intégrer à la vie américaine. Enfin c’est une lecture qui foisonne d’odeurs, de saveurs et de couleurs: « A l’épicerie chaque jour a sa couleur, son odeur. Et si vous savez écouter, sa mélodie. » (p. 72)

La maîtresse des épices, Chitra Banerjee Divakaruni, Picquier poche (édition 2002)