Le journal d’Anne Franck

Anne FranckVoici un des premiers romans que j’ai lu, un des premiers que j’ai relu aussi, un des premiers où je me suis identifiée au personnage (ce qui fait que j’avais peur de le lire le soir mais en même temps j’étais captivée)… en revanche impossible de savoir où je l’ai lu, quand, ni pourquoi (sûrement conseillé au collège…).

Plus besoin de raconter ce roman autobiographique, un des romans les plus lus au monde et les plus traduits. Anne est jeune, Anne est juive. Anne passera deux ans cachée dans l’annexe située dans le bureau de son père, à Amsterdam, avant l’occupation des Pays-Bas par les nazis. Depuis des années je n’avais pas touché ce journal. Pas relu une ligne… et puis cette année je l’ai conseillé à mes 3e, certains ont lu le journal intime et on fait une présentation dessus. Beaucoup ont dit que c’était intéressant, que le récit était simple mais effrayant quand on connaît le contexte historique toutefois ils ont souvent évoqué des passages assez longs, des passages assez ennuyants où elle était dans une réflexion un peu répétitive… j’étais étonnée car je ne me rappellais pas du tout de cet aspect du roman. La dimension historique les a intéressés, les conditions de vie et son parcours aussi bien évidemment… J’ai rouvert alors Le Journal D’Anne Franck… « Kitty, je vais pouvoir, j’espère, te confier toutes sortes de choses, je n’ai encore pu le faire à personne, et j’espère que tu me seras d’un grand soutien. » (12 juin 1942).

Alors me voilà, j’ai repris mon vieil exemplaire, je l’ai parcouru et j’ai emprunté la bande dessinée au CDI du collège.

Ce soir, c’est de cette BD dont je souhaite vous parler. J’étais heureuse de relire ce roman autobiographique sous cette forme, de retrouver l’Annexe, Anne, Margot, sa mère, son père et Peter… de relire ces pages sur sa relation avec sa mère, ces émulations amoureuses et ses peurs, ses craintes, sa vie au quotidien, les corvées de papates… je me rappelais assez fidèlement du texte. J’ai aimé cette association avec le dessin. Moi qui, jeune fille, avait eu du mal à comprendre l’Annexe, les étages dans la cachette notamment. En revanche, je confirme que j’ai trouvé qu’il y avait des longueurs… d’ailleurs dans la bande dessinée, les moments très réflexifs sont écrits en une page entière, pas de planches, pas de bulles à ces moments-là, les mots d’Anne uniquement… Mais il faut lire ce texte, le relire, le passer, le transmettre en roman, en bande dessinée pour que cette page d’histoire ne soit pas oubliée.

Lettre d’une inconnue. Stefan Zweig

Lettre d'une inconnue« C’est depuis cette seconde que je t’ai aimé. Je sais que les femmes t’ont souvent dit ce mot, à toi leur enfant gâté. Mais crois-moi, personne ne t’a aimé aussi fort – comme une esclave, comme un chien –, avec autant de dévouement que cet être que j’étais alors et que pour toi je suis restée. »

Je pense que c’est la troisième fois que je lis cette nouvelle de Zweig, sûrement une de mes préférées. Le temps d’une pause déjeuner, j’ai relu cette nouvelle et j’en ai été bouleversée.  Je ne me rappelais plus que c’était si beau. J’admire la sincérité de cette lettre bouleversante, j’aime cette passion éternelle sans aucune attente en retour, ce dévouement extrême. Et enfin j’aime cette plume, un petit bijou !

Rien n’est si beau que cet amour d’une enfant, que cet amour désintéressé . Petite fille, elle sacrifie tout pour son nouveau voisin, le célèbre écrivain R. Toute sa vie, elle restera fidèle à cet amour et à cet homme, sans jamais qu’il soupçonne quoi que ce soit. Elle vit pour lui et en fonction de lui toute sa vie. Comment ne pas avoir le coeur serré lorsqu’elle décrit que petite fille, elle dormait devant sa porte pour l’entendre rentrer ou qu’elle passait ses journées pour l’épier derrière le judas de se porte… Zweig décrit si bien l’amour, la psychologie et les tourments. Cette lettre est une lettre d’amour si tendre, si intense mais aussi si tragique. Une confession, une mise à nu libératrice…

Une femme à Berlin. Journal.

Une femme dans BerlinVoici un livre que je suis ravie d’avoir découvert et que je vous conseille fortement. C’est un récit autobiographique, le journal qu’une jeune femme, une jeune berlinoise a rédigé sur une courte période, d’avril à juin 1945. Ce témoignage autobiographique, publié de manière anonyme en 1954, relate la chute de Berlin lorsque la ville tombe aux mains des Soviétiques. Berlin est alors occupé par les russes, puis ils fuient, les soldats allemands commencent à rentrer. Il faut survivre… c’est un récit de survie, une lutte contre la mort. Berlin est bombardé, il faut se réfugier dans les caves à chaque alerte en laissant le peu qu’on a aux mains des pilleurs d’appartement. Berlin est une ville en ruines qu’arpente la jeune femme en quête d’eau, d’orties, de quoi que ce soit pour manger. Berlin est assiégé. Les habitants, surtout des habitantes en réalité,  manquent de tout : d’informations, d’eau, de logements, d’hygiène… Ils côtoient la mort à chaque instant. Ils vivent dans les appartements des morts car le leur est détruit, ils vivent avec des gens qu’ils ne connaissent pas… il forme une grande population.

C’est un récit très poignant, très émouvant, glacial… Cette femme décrit cette vie, le quotidien de son « immeuble », les rares petits bonheurs mais également les atrocités de la guerre et notamment les viols et les morts. Elle pose des mots simples, des mots parfois sarcastiques. Elle a un regard humain sur cette vie misérable, sur la honte et l’effroi qui traversent les survivants.  C’est un Berlin perdu et tétanisé, des habitants laissés à eux-mêmes… Ce récit doit être lu. C’est un regard différent, le regard d’une femme, le regard d’une allemande sur cette guerre perdue, le regard d’une civile qui souffre et tente de survivre.

« Toutes ces silhouettes sont pitoyables, ce ne sont plus des hommes qu’on voit là. Ils sont à plaindre. Il n’y a plus rien à attendre ou à espérer d’eux. Ils ont l’air d’avoir déjà perdu, d’être déjà captifs. A nous qui sommes sur le bord du trottoir, ils nous lancent des regards absents et hébétés. » (p.43)

« A l’époque, je me faisais constamment la remarque suivante : mon sentiment, le sentiment de toutes les femmes à l’égard des hommes, était en train de changer. Ils nous font pitié, nous apparaissent affaiblis, misérables. Le sexe faible. Chez les femmes, une espèce de déception collective couve sous la surface. Le monde nazi dominé par les hommes, glorifiant l’homme fort, vacille – et avec lui le mythe de « l’Homme ». A la fin de cette guerre-ci, à côté des nombreuses défaites, il y aura aussi la défaite des hommes en tant que sexe. » (p. 77)

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme. Stefan Zweig

Vingt-quatre heures de la vie d'une femmeJ’ai besoin de relecture en ce moment. Quel bonheur de retrouver Zweig ! Cette nouvelle doit faire partie d’une des premières que j’ai lue de lui et je dois reconnaître que ce n’est pas celle que je préfère, j’en avais gardé un souvenir plus intense mais je suis heureuse de l’avoir relue (du coup j’ai envie de relire Zweig maintnant, c’est malin !)

Stefan Zweig est un génie de la description des émotions et des sentiments. En quelques mots, les personnages ont toute une constitution, une psychologie, une humanité, un présent, un passé. On plonge dans l’univers des passions et de l’intimité des personnages. Il n’y a rien de trop, c’est une bribe de vie qui nous parvient mais une bribe tellement intense, tellement dense, tellement passionnelle ! Sa prose est souple, légère, poétique, délicate. J’ai corné un bon nombre de pages.

Dans une pension de famille de la Côté d’Azur, c’est le scandale. Mme Henriette, la femme d’un client, s’est enfuie avec un jeune homme qu’elle ne connaît que depuis une journée… Seul le narrateur tente de comprendre cette femme « il était absolument impossible qu’une honnête femme, après simplement deux heures de connaissance, filât ainsi au premier coup de pipeau. Voici que je m’amusai à être d’un autre avis. » (p.22). Le narrateur est alors bientôt soutenu par Mrs C…, une vielle dame anglaise très distinguée qui se met à lui faire une confession toute surprenante. Elle raconte alors la désillusion de sa vie mais la passion intense d’un jour, un amour fugace, un abandon absolu pour un homme dévoré par la passion du jeu ! Stefan Zweig est un admirable conteur.

« Cette pauvre Mme Henriette n’est certainement pas une héroïne : elle n’a même pas une nature d’aventurière et elle n’est rien moins qu’une grande amoureuse. Autant que je la connaissance, elle ne me paraît qu’une femme faible et ordinaire, pour qui j’ai un peu de respect parce qu’elle a courageusement suivi sa volonté. » (p. 28)

« […] il ne se passe pas une journée, à peine une heure, sans que je pense à cet événement; et vous pouvez en croire la vieille femme que je suis, si je vous dis qu’il est intolérable de rester le regard fixé, sa vie durant, sur un seul point de son existence, sur un seul jour. Car tout ce que je vais vous raconter occupe une période de seulement vingt-quatre heures, sur soixante-sept ans. » (p.37)

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme. Stefan Zweig. Le Livre de Poche (édition 2001)

La mort à Venise. Thomas Mann

La mort à VeniseJe vais avoir du mal à parler de cette nouvelle car j’ai eu du mal à la lire. C’est une nouvelle dans laquelle il ne se passe pas grand chose : un vieil écrivain, Aschenbach, en plein renommée, décide de se rendre à Venise. Il y croise le regard d’un beau Polonais,  un jeune adolescent, Tadzio, dont il tombe éperdument amoureux. Malgré l’épidémie de choléra qui sévit à Venise, il décide de rester dans cette ville qui se vide de ses touristes.

« Il ne s’était pas attendu à la chère apparition ; elle venait à l’improviste et il n’avait pas eu le temps d’affermir sa physionomie, de lui donner calme et dignité. La joie, la surprise, l’admiration s’y peignirent sans doute ouvertement quand son regard croisa celui dont l’absence l’avait inquiétée, et à cette seconde même Tadzio lui sourit, lui sourit à lui, d’un sourire expressif, familier, charmeur et plein d’abandon, dans lequel ses lèvres s’entrouvrirent lentement. C’était le sourire de Narcisse penché sur le miroir de la sourire, ce sourire profond, enchanté, prolongé. (p. 90)

IMG_5114Il faut lire cette nouvelle en ayant en tête la mythologie. Les références à la culture hellénistique sont très nombreuses et même si le sujet traité ressemble de très près au roman de Sandor Marai, Le Premier Amour , le traitement est totalement différent. Ici l’écriture est très complexe, tout est dans le détail, dans l’analyse psychologique et les multiples interférences culturelles. C’est une langue savante qui est utilisée (ce qui m’a parfois perdue d’ailleurs mais que j’ai aussi beaucoup admirée).

 

La Résistible Ascension d’Arturo Ui. Bertholt Brecht

Irrésistible ascension d'Arturo UiUn peu de théâtre… voici une pièce qui décrit les mécanismes de la montée au pouvoir d’Hitler. Bertholt Brecht en transposant les événements aux Etats-Unis, plus précisément à Chicago décrit l’accession au pouvoir d’Hitler. Dans ce milieu de gangsters, une crise sans précédent règne. Les marchands de chou-fleurs tente d’obtenir des subventions de la ville. De son côté, Arturo Ui, gangster en manque de reconnaissance, chercher à s’introduire dans le trust. A la fin de nombreuses scènes, un panneau explicatif vient préciser et mettre en parallèle les événements se déroulant en 1933 en Allemagne. Cette pièce est donc une fable acerbe sur le nazisme et le personnage d’Hitler.

Arturo Ui est un être en mal de reconnaissance : « Je veux juste une chose : ne pas être méconnu ! ». Brecht montre la manipulation, la violence, les mensonges répétés, les pressions exercées auprès de la justice par exemple… l’arme aux poings, les gangsters n’hésitent pas à enlever quiconque les dérange ou pourrait les déranger. Ui prend de l’ampleur, prend des cours de maintien et de diction afin de parler aux peuples car « il va de soir que c’est pour les petites gens » (scène 6) qu’il fait tout cela. Chaque personnage a son modèle historique que l’ont reconnait : Goring, Ernest Röhm, Goebbles…

La pièce est étouffante… chacun y va de son petit intérêt et les quelques marchands de légumes qui se révoltent « Personne n’arrête cette peste ? » (scène 9) sont vite contraint au silence. Ui est un petit être souffrant et calculateur qui se sent investi d’une mission faisant sans cesse référence à cette foi « Ce qu’ils n’ont pas, c’est la foi profonde, qu’ils sont prédestinés à être le guide ».

IMG_4779Je sors de la représentation à la Comédie Française. La mise en scène de Katharina Thalbach, est saisissante : le monde de Chicago est pris dans cette toile d’araignée maîtrisée par le grand banditisme américain. Voir cette pièce la fait percevoir autrement, les mécanismes sont encore plus clairs et Arturo Ui fait encore plus peur ! Les discours qu’il fait sont effrayants, encore gestuels, tonalité, décor… l’univers des gangsters disparaît dans ces passages et on est plongé en pleine Allemagne nazie.

Prologue

Apprenez donc à voir au lieu de rester béats et agissez au lieu de parler encore et encore. Sur le monde ça aurait presque imposé sa loi ! Les peuples se sont montrés les plus forts. que personne ne triomphe trop vite toutefois – Le ventre est encore féconds d’où ça sort. »

La Résistible Ascension d’Arturo Ui. Bertholt Brecht, L’Arche

Bataille de femmes. Vicki Baum

Bataille de femmeVoici un titre particulièrement révélateur de l’histoire, un condensé parfait, on assiste effectivement à l’affrontement de deux femmes : Grace Cowles et Vida Pachuela, deux femmes radicalement différentes et qui cherchent à séduire Glenn Hammers. Mais finalement n’est-ce pas lui plutôt qui hésite entre ces deux femmes ? N’est-ce pas de son dilemme intérieur dont il est question ?

Entre histoire de pêche de requins, de prince hongrois, de commandement de yatch, d’ouragan et de guerre, cette histoire m’a semblé parfois confuse et n’a pas su Bataille de femmes1grandement m’emporter si ce n’est par intermittence. Je préfère retenir de cette auteur Grand Hôtel dans lequel elle peint majestueusement l’aristocratie des années 20.

« Elles s’affrontaient, ces deux femmes, toutes deux amoureuses du même type, jalouses à en mourir, pleines de tempérament toutes les deux bien qu’aussi différentes que le jour de la nuit. » (p. 228)

Vicki Baum, Bataille de femmes, Livre de Poche (1972)