Deux soeurs. D. Foenkinos

Deux soeursAprès en avoir entendu beaucoup parler, j’ai lu moi aussi Deux Sœurs, le dernier roman de David Foenkinos, sorti en mars dernier. J’ai laissé passer la vague médiatique et ma mémoire étant sympa, j’avais oublié ce que j’avais entendu sur ce roman.

Je dois dire que ce n’est pas mon roman préféré de Foenkinos et que plus ma lecture avançait, plus j’ai été déçue. Je trouve que l’histoire est trop rapide, que les personnages manquent d’étoffe, que la transformation de l’héroïne ne paraît pas crédible… j’ai eu le sentiment de lire une ébauche, une trame de roman (au sujet intéressant) mais il manquait pour moi de l’épaisseur. Je n’ai pas été enthousiasmé comme cela m’était arrivé pour Charlotte (qui reste pour moi le plus beau).

Pourtant je trouve que le sujet est intéressant : une femme, professeur de français de surcroît, est quittée du jour au lendemain pour son compagnon. Pour Mathilde, c’est l’univers qui s’écroule. Peu à peu, tout lui glisse entre les doigts et elle ne maîtrise plus sa vie. Elle se sait pas faire le deuil de cet amour perdu, elle ne sait pas comment avancer avec cette perte, ce vide, ce fantôme… Elle est alors recueillie par sa sœur, Agathe, son mari et leur petite fille. C’est à partir de là que Mathilde change, que la femme douce et bienveillante se métamorphise. C’est à partir de là que j’ai commencé à ne plus y croire. C’est à partir de là que j’aurais aimé que les personnages prennent de l’ampleur, que le roman s’étoffe afin de découvrir ce huis-clos familial autrement. J’aurais aimé que la psychologie soit davantage développée afin d’adhérer plus facilement à cette histoire. Malgré ce manque d’épaisseur, ce roman reste agréable à lire et je sais déjà quel projet livre de Foenkinos je lirais (en espérant qu’il me plaise davantage).

 

Inséparables. Sarah Crossan

InséparablesPour sortir de ma panne de lecture, j’ai puisé dans des romans plus faciles d’accès et plus courts. J’avais noté ce titre jeunesse depuis quelques temps mais l’occasion ne s’était pas encore présenté de le lire.

Ce roman a tout d’abord une disposition particulière, comme des vers… il se lit donc très vite. Cependant je n’ai pas bien saisi ce que cette manière d’écrire apportait. Cela ne m’a pas semblé très intéressant. Le rythme du roman est assez rapide, les événements s’enchaînent tout comme les émotions. Comme c’est là le point fort de ce roman, l’émotion procurée par cette histoire si originale. Grace et Tippi sont deux sœurs inséparables, au sens propre du mot puisqu’elles sont siamoises. Lorsqu’elles entrent au lycée pour la première fois, elles découvrent l’amitié mais également les premiers émois amoureux or elles s’étaient jurées de ne pas tomber amoureuses. Chacune a sa personnalité bien affirmée, et ce roman appelle à la fraternité et à la tolérance mais également à l’acceptation de soi. Les soeurs siamoises ne vivent pas leur pathologie comme une tragédie au contraire elles offrent une manière particulière de voir le monde. C’est un beau roman, lisez-le. Je le conseillerai à mes élèves !

 

L’homme de la montagne. Joyce Maynard

L'homme de la montagne1Mon troisième roman de Joyce Maynard, après Les filles de l’ouragan et Long week end,  j’ai adoré L’homme de la montagne ! Après un début difficile, je n’ai pas réussi à lâcher les cents dernières pages. Patty, onze ans, et sa sœur Rachel, la narratrice, treize ans, vivent au pied de la montagne. Durant l’été 1979, elles attendent avec impatience les vacances pour arpenter les chemins de randonnées qu’elles aiment tant. Ce sont deux sœurs inséparables. Il faut dire que leur mère est plongée dans son monde, souvent absente. Leur père ne vit plus avec elles, il passe de temps à autre mais est très occupé par son métier de policier. Rachel et Parry passent leur temps libre dans la montagne, à regarder la télé par la fenêtre des voisins, à aller se promener dans les sommets ou à s’inventer des tas d’histoires. 

Mais cet été-là, le quotidien des deux sœurs est bouleversé par une affaire de meurtre en série : l’Etrangleur du crépuscule tue des jeunes filles dans la montagne. La traque commence et c’est leur père, l’inspecteur Torricelli qui est chargé de l’enquête.

L'homme de la montagne2L’homme de la montagne mélange entre roman policier et roman d’apprentissage. Rachel et Patty sont au coeur du roman ainsi que l’époque charnière qu’elles traversent, surtout Rachel d’ailleurs, à savoir l’adolescence. Dans un portrait très juste, Joyce Maynard peint cette peur de grandir, les interrogations sur le corps qui change, la crainte de devenir une femme et celle de ne pas le devenir, l’envie d’être « comme les autres » et surtout la découverte du monde des adultes. Découverte que Rachel fait en réfléchissant aux liens qui l’unissent à son père : de l’admiration qu’elle éprouve pour ce père enquêteur à la déception et le constat du changement, des premiers signes de l’âge. Trente ans après, Rachel, devenue romancière, raconte cet été qui a bouleversé leur vie. 

Dans la forêt. Jean Hegland

Dans la forêtJe l’ai enfin lu ! Depuis sa sortie, je le voulais et voilà c’est fait, et je ne suis pas déçue ! En le commençant, j’ai beaucoup repensé aux Les enfants de Noé de Jean Joubert. Effectivement on retrouve les mêmes éléments : une famille bloquée dans sa maison isolée qui doit apprendre à se débrouiller et à vivre sans aucune aide extérieure. Le huis-clos est haletant. Dans la maison en bordure de forêt vivent un père passionnée de littérature, une mère qui transmet l’amour de la danse à sa fille Eva (d’ailleurs les pages dans lesquelles elle décrit sa relation à la danse sont splendides), la deuxième fille est Nell, la cadette, qui se réfugie dans la lecture. C’est elle qui raconte. On ne sait pas pourquoi mais l’essence se raréfie, l’électricité est de plus en plus aléatoire, les avions ne passent plus dans le ciel, les magasins ne sont plus alimentés… bientôt la petite famille ne peut plus se rendre en ville avec son véhicule, ils vivent en vase clos et constatent que les coupures sont de plus en plus longues…. il faut vivre et trouver des solutions, heureusement il y a les conserves de maman, le potager et les encyclopédies de papa.

« En juin dernier, quad la lune a briller toute rouge à cause des incendies d’Oakland, on aurait dit un avertissement nous enjoignant de ne pas nous éloigner de la maison, et les nouvelles que nous avions les samedis soirs ont confirmé ce message. » p.30

Peu à peu la civilisation disparaît, les parents meurent (j’ai pleuré pour le père, scène atroce !), elles sont seules et doivent survivre. Le temps coule, impossible de dire combien de temps, un hiver, un printemps, un été, un automne et puis tout recommence. Il faut apprendre à grandir, à vaincre la peur en attendant… L’extérieur est cruel ou attirant, Nell succombe mais l’attachement à sa sœur est trop fort. Elles restent ensemble, soudées ou en colère l’une contre l’autre. La forêt c’est le lieu des prédateurs, des araignées, des ours, des sangliers… mais la forêt c’est le refuge de Nell. De là elle trouvera la force de s’en sortir, les ressources nécessaires. Du moment qu’elles comprennent qu’un « retour à la normale » est impossible, elles prennent leur destin en main. Et si la solution c’était de faire confiance à la nature ? d’abandonner ses conditions civilisées pour retourner à la nature ? vivre en harmonie avec elle ? cette souche, lieu de leurs jeux d’enfants, des émois amoureux, des pleurs, refuges et lieu de naissance, ne peut-elle pas être comme une grotte ?

Je me suis beaucoup demandé ce qui allait se passer et puis comment aller se terminer ce huis-clos, je pensais savoir mais je me suis trompée. Voici un livre puissant, un hymne à la nature et une réflexion sur la fin de la société de consommation, un roman sur la fin du monde dans une version réaliste et émouvante.

« Elle avait pris l’habitude de se mettre à danser dès que les lumières clignotaient. même s’il était minuit, même si elle avait juste fini de manger ou prenait un bain, lorsque l’électricité revenait, elle se levait d’une bond, courait à son studio, mettait la musique et dansait.  » p.47

Quatre sœurs. Malika Ferdjoukh

Quatre soeurs 1Ah la famille Verdelaine, quelle famille ! Je serais bien restée un peu plus avec les cinq sœurs Verdelaine (et oui elles sont cinq !). J’ai l’impression de les abandonner un peu en les quittant, comme une impression d’inachevée. C’est seulement parce que je me sentais bien dans ce roman et en leur compagnie. Elles vont me manquer.

Suite à la mort accidentelle de leur parent, les cinq sœurs vivent dans leur grande maison familiale, la Vill’Hervé, en bord de falaise : la sage et responsable, Charlie, l’aînée de 23 ans, la surprenante Geneviève, 16 ans, l’espiègle Bettina, 14 ans, la sérieuse  et féminine Hortense, 11 ans et la rêveuse Enid, 9 ans. Loin d’être isolée, la maison est un vrai cocon dans lequel vivent les animaux apprivoisés d’Enid, les fantômes des parents, les amis dont le touchant amoureux transit Basil, les cousins, la vieille tant Lucrèce et tant d’autres provoquant quelques scènes cocasses. C’est une maison accueillante où les sœurs se retrouvent souvent dans la cuisine à boire du lait. Chacune a les préoccupations Quatre soeursde son âge, chacune dispose d’une grande liberté pour mener ses aventures, chacune a ses rêves mais toutes essaient de vivre, d’aimer et d’affronter ensemble les épreuves.

Un livre qui se vit davantage qu’il ne se raconte ! Seul petit, tout petit bémol qui m’a dérangé(mais finalement surtout au début) : l’histoire se déroule à l’époque actuelle et ça m’a gênée car certaines situations m’ont semblé bien trop improbables et réalistes.

Quatre sœurs, Malika Ferdjoukh, Ecole des loisirs, août 2014

Les filles de l’ouragan. Joyce Maynard

 Voici un joli petit roman bien agréable à lire traitant d’un thème que j’affectionne : les liens familiaux. Ruth Plank et Dana Dickerson sont nées le même jour, le 4 juillet 1950, dans un petit bourg de deux familles différentes. Ruth Plank est la cinquième fille d’un couple de fermiers. Dana est le second enfant d’un couple d’artistes. A priori, tout les oppose, pourtant la mère de Ruth, année après année, maintient le lien entre les deux familles, entre les deux « sœurs d’anniversaire ».

Les filles de l'ouragan

Ruth est mon personnage préféré : physiquement très différente de ses sœurs plus âgées, elle s’intéresse à la terre (contrairement à ses sœurs) et surtout à l’art. Elle dessine, griffonne partout. J’ai aimé le lien qu’elle noue avec son père, un lien de complicité (les baignades dans l’étang) et de partage sur la gestion de la ferme et des plantations. On sent qu’il s’agit de sa préférée et qu’il souhaite lui transmettre l’amour de sa terre, ce que Ruth a en elle aussi. Avec sa mère, c’est plus compliqué. Elle se sent mal à l’aise, pas à sa place, incomprise. Elle voudrait que sa mère la câline, lui coiffe les cheveux avec tendresse mais elle sent une distance et n’ose être elle-même avec sa mère.

Dana ne se sent pas proche du tout de ses parents, faut dire que c’est une famille assez désunie et instable. George, le père, est un farfelu. Sa mère, Val, est une artiste. Le couple déménage sans cesse et n’offre pas un cadre rassurant ni protecteur à ses enfants. D’ailleurs, Ray, l’aîné, que Dana admire et qui représente le seul membre de la famille dont elle se sent proche, quitte le foyer familial rapidement.

J’ai aimé ces histoires de famille. Joyce Maynard alterne un chapitre sur Ruth, un chapitre sur Dana. On suit leur enfance jusqu’à l’âge adulte et même si j’avais compris le secret bien avant sa révélation, cela ne m’a pas gâché ma lecture (il faut dire que j’avais encore des doutes concernant une partie du secret). Joyce Maynard égraine moultes indices au fil de sa narration qui traite des différents sujets : l’agriculture moderne vs l’agriculture traditionnelle et notamment la culture des fraises (lisez ce roman en mangeant des fraises, j’en salivais !), la guerre du Vietnam, l’homosexualité…

Je dois dire que c’est assez perturbant comme secret mais j’ai aimé que l’auteur arrive à maintenir une harmonie. Les vies parallèles de Ruth et Dana se croisent et se frôlent, chacun rencontre des difficultés mais le ton et l’atmosphère demeurent paisibles, un calme règne dans ce roman. Je n’ai pas ressenti d’urgence, de révolte exagérée… les émotions sont canalisées et c’est très agréable à lire. Une lecture idéale pour le printemps (sans oublier le bol de fraises !)

Les filles de l’ouragan, Joyce Maynard, 10/18 (mai 2013)

L’homme du verger. Amanda Coplin

IMG_1682Cet homme du verger, c’est Talmadge, un jardinier vieillissant, absorbé par ses arbres, un homme solitaire et silencieux. Vivant en communion et en paix avec la nature, sa vie est rythmée par la saison des fruits. Ce verger d’abricotiers, cette pommeraie et sa petite rivière au fond de la vallée sont le cadre de ce roman. Amanda Coplin développe l’art du portrait et étudie les sentiments avec simplicité et justesse. La tranquillité de Talmadge est interrompue lorsque deux gamines, enceintes, surgissent dans son domaine. Talmadage, bienveillant, va prendre soin de ces deux êtres fragiles au passé sordide. Malgré ce cadre rassurant, apaisant et harmonieux, le drame les rattrape… décès, suicide, fuite… Jane, Della, la fille perdue, incapable de pardonner et d’oublier, Angelene, la fille abandonnée et Caroline Middey, la douce amie… une galerie de femmes, chacune a sa personnalité, ses félures. Talmadge tente de transmettre et fera les efforts nécessaires pour préserver la famille qu’il se crée quitte à laisser Della vivre sa vie comme elle l’entend. Pour moi, c’est un homme pur, toujours calme, il laisse chacune prendre ses décisions en les respectant même s’il ne les partage pas toujours.

« Quand il traversait le verger aux abricots, il était surpris de voir la maison remplie de silhouettes mouvantes ; des formes féminines passaient devant les fenêtres, la cheminée laissait échapper en permanence une fumée épaisse. […] Tout ça était nouveau – la compagnie, les bruits – mais en même temps il avait le sentiment que cela durait depuis longtemps. Il était, pensa-t-il – une découverte qui le bouleversa-, heureux. » (p. 107)

IMG_2628Je suis entrée très progressivement dans cette épopée, presque surprise par l’intensité que prenait le roman. C’est un roman tout simplement beau empreint de poésie où la question de la transmission est essentielle. La famille n’est pas seulement celle du sang, c’est aussi celle qu’on se choisit, celle qu’on défend, les liens du cœur sont tout aussi sacrés que ceux du sang.