La Bête et la Belle. Thierry Jonquet

La Bête et la BelleAllez autant le dire rapidement, je n’ai pas aimé cette lecture… pourtant elle aurait dû me plaire. C’est ma collègue qui nous a suggéré le titre lorsque nous réfléchissions aux lectures qu’on donnerait à nos élèves pendant l’été, pour les futurs 3e. « Allez c’est une réécriture de La Belle et la Bête » « allez c’est un récit policier un peu déroutant mais dont la fin est géniale. » Bon ben voilà, j’ai été tellement déroutée que j’en ai quitté la route. Perdue…

D’abord l’écriture est assez particulière. Je ne sais pas pourquoi mais elle m’a fortement rappelé La Fée Carabine de Daniel Pennac, que j’avais,- moi-même élève de 3e lu. Je me rappelle que le vocabulaire familier voire grossier voire imitant l’oralité m’avait chamboulé et que j’avais demandé à ma mère de le lire parce que je ne comprenais pas vraiment… une des rares fois où elle a dû faire le travail à ma place. Bref depuis j’aime Pennac mais là j’ai vraiment eu du mal. Du mal à suivre qui étaient les personnages : le Coupable, l’Emmerdeur, le commissaire, Léon, le commis boucher… Du mal à suivre les intentions de l’auteur… Du mal à comprendre les actions des personnages…

Je dois reconnaître la force d’écriture de Thierry Jonquet puisque je n’ai pas compris qui était le coupable, jusqu’à la fin joli suspense mais voilà ma lecture fut laborieuse jusqu’à la fin et je reconnais que j’ai lu en diagonale les dernières pages (oups). Du côté de mes élèves, les avis étaient tranchés, certains n’ont rien compris et ont détesté, d’autres ont adoré le suspense, la révélation finale et l’écriture totalement atypique. Maintenant à vous de vous faire un jugement !

L’homme de la montagne. Joyce Maynard

L'homme de la montagne1Mon troisième roman de Joyce Maynard, après Les filles de l’ouragan et Long week end,  j’ai adoré L’homme de la montagne ! Après un début difficile, je n’ai pas réussi à lâcher les cents dernières pages. Patty, onze ans, et sa sœur Rachel, la narratrice, treize ans, vivent au pied de la montagne. Durant l’été 1979, elles attendent avec impatience les vacances pour arpenter les chemins de randonnées qu’elles aiment tant. Ce sont deux sœurs inséparables. Il faut dire que leur mère est plongée dans son monde, souvent absente. Leur père ne vit plus avec elles, il passe de temps à autre mais est très occupé par son métier de policier. Rachel et Parry passent leur temps libre dans la montagne, à regarder la télé par la fenêtre des voisins, à aller se promener dans les sommets ou à s’inventer des tas d’histoires. 

Mais cet été-là, le quotidien des deux sœurs est bouleversé par une affaire de meurtre en série : l’Etrangleur du crépuscule tue des jeunes filles dans la montagne. La traque commence et c’est leur père, l’inspecteur Torricelli qui est chargé de l’enquête.

L'homme de la montagne2L’homme de la montagne mélange entre roman policier et roman d’apprentissage. Rachel et Patty sont au coeur du roman ainsi que l’époque charnière qu’elles traversent, surtout Rachel d’ailleurs, à savoir l’adolescence. Dans un portrait très juste, Joyce Maynard peint cette peur de grandir, les interrogations sur le corps qui change, la crainte de devenir une femme et celle de ne pas le devenir, l’envie d’être « comme les autres » et surtout la découverte du monde des adultes. Découverte que Rachel fait en réfléchissant aux liens qui l’unissent à son père : de l’admiration qu’elle éprouve pour ce père enquêteur à la déception et le constat du changement, des premiers signes de l’âge. Trente ans après, Rachel, devenue romancière, raconte cet été qui a bouleversé leur vie. 

L’homme aux cercles bleus. Fred Vargas

L'homme aux cercles bleusIl aura fallu que ce titre soit un programme des lectures estivales de mes 4e pour que je lise mon premier Fred Vargas. Je dois reconnaître que j’ai eu du mal à accrocher au début. L’intrigue policière n’en est pas vraiment une (je m’attendais à quelque chose de plus classique) et le roman démarre assez doucement : le commissaire Adamsberg est intrigué par des cercles bleus tracés la nuit sur la chaussée parisienne, cercle au centre duquel il y a toujours un objet avec une inscription « Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ? ». Il est persuadé que c’est annonciateur de quelque chose jusqu’au jour où la découverte d’un corps de femme au centre du cercle lui donne raison.

Le commissaire Adamsberg, renommé, arrive dans son nouveau commissariat. Adamsberg est lent, énigmatique, intuitif ce qui déstabilise son adjoint, Danglard, gentil alcoolique habitué à fonder ses enquêtes sur des preuves et non des intuitions. Bref un binôme étrange… d’ailleurs l’ensemble des personnages est un peu étrange. Je ne suis pas parvenue à apprécier un personnage sans pour autant les trouver désagréable mais ils m’ont laissées indifférente. Si le rythme s’accélère un peu suite au meurtre, l’ensemble reste assez lent et je reste sur ma fin. Je m’attendais à autre chose, surtout à davantage de rythme et de rebondissement et à des personnages plus attachants ou moins « mous ». Cette lenteur m’a vraiment gênée pourtant je lisais avec plaisir. Sentiment assez paradoxal donc pour cette lecture. Il faudra que je retente ma chance avec un autre roman, peut-être Dans les bois éternels (une élève m’avait présenté une boîte de lecture merveilleuse sur ce roman il y a quelques années) ou autres, si vous avez des conseils, je prends !

L’homme aux cercles bleus. Fred Vargas. Le Livre de Poche (édition 2016)

Le trésor des Benevent. Patricia Wentworth

Le trésor des beneventDans la demeure familiale de Underhill, propriété des Benevent depuis plusieurs générations, se dissimule un trésor mais quiconque le trouve, trouvera également la mort.

Candida Sayle doit emménager chez ses vieilles tantes, la glaçante Miss Olivia et l’émotive Miss Cara. La jeune Candida découvre ses tantes mais aussi cette demeure, ses secrets et ses légendes.

Entre passages secrets, poussière et toiles d’araignée, Candida ressent le poids du passé et la pesanteur du secret. J’ai adoré cet univers, cette demeure débordant de légendes, ces passages secrets et ces couloirs dérobés… Assez rapidement, il y a une mort suspecte. Le récit s’accélère alors (et mon plaisir de lecture aussi !). J’ai assez vite compris mais il restait à percevoir les subtilités et les rouages de ce meurtre. J’ai trouvé que le personnage de Miss Silver n’apportait pas grand chose. Bien que ce soit mon premier Patricia Wentworth, je sais bien qu’il s’agit de son personnage d’enquêtrice,IMG_3418 petite dame âgée tricotant et sirotant du thé, mais dans ce roman son rôle est mineur et finalement l’enquête menée par les membres de la famille était possible. Le huis-clos était d’ailleurs intéressant.

Voici donc une lecture qui délasse, l’écriture est simple mais charmante et j’ai passé un bon moment (sans trop frisonner) avec ce roman.

Le trésor des Benevent, Patricia Wentworth, éditions 10/18, avril 1997

Dans les eaux du grand Nord. Ian McGuire

Dans la mer du Nord1Un roman haletant… Dès le début (avant même de le commencer), cette lecture m’a rappelé Moby Dick d’Herman Melville. Un baleinier, le Volunteer, s’apprête à partir vers le grand Nord à la recherche des baleines et de la si précieuse huile bien que nous soyons à la fin du XIXe siècle signant la fin de la grande époque de la chasse à la baleine. Les scènes de pêche sont bien dans la lignée de Melville mais la comparaison s’arrête là. Pour le reste, il s’agit d’un récit dur et violent, un vrai roman d’aventures dans lequel les personnages ont des caractères bien trempés.

Dans l’ensemble les marins sont violents, brutaux, à bord bagarres et jurons sont fréquents. Ce sont des êtres sans pitié, des crapules sanguinaires et sans cœur, des ivrognes brutes et bestiales… Seul être à se détacher un peu, Patrick Summer. Ancien chirurgien de l’armée britannique, au passé trouble, il s’est engagé pensant être tranquille : « Le poste de médecin sur un baleinier était un point de détail, une exigence juridique à satisfaire, mais qu’en pratique il n’y a qu’à se tourner les pouces. » (p. 36). Le voyage sera loin d’être paisible, en effet voici qu’est découvert le meurtre d’un mousse, ce violent assassinat bouleverse le cours de l’aventure. S’ensuivent enquête, soupçons et surtout le Dans la mer du Nord3dévoilement des personnalités et des intentions de chacun : entre celui qui veut cacher ses désirs coupables, celui qui souhaite l’échec de l’aventure, celui qui désire couler le bateau pour toucher des assurances… que des figures cupides et cruelles. Cette pêche à la baleine prend alors des allures de chasse à l’homme et de lutte pour la survie sur ces eaux gelées du grand Nord et sur la banquise.

C’est une oeuvre intéressante. Ian McGuire fait revivre le monde des baleiniers qu’il décrit avec détail, ce monde revit devant nos yeux. L’écriture est crue et féroce. Les péripéties s’enchaînent dans ce roman noir à la tension dramatique forte.

Dans les eaux du grand Nord, Ian McGuire, éditions10/18, mai 2017

Un enfant du pays. Richard Wright

Un enfant du paysJe me suis faite totalement surprendre avec ce roman. Le début ne m’a pas plu, je trouvais cela confus surtout parce que je ne savais à quel personnage m’attacher, je ne comprenais pas qui allait être central. Et puis d’un coup, le roman se pose sur son héros, ce sera Bigger Thomas, jeune homme noir qui doit prendre une place de chauffeur chez des blancs, la famille Dalton, pour éviter que sa famille ne perde de précieuses aides financières. Bien sûr il aurait préféré continuer à vivoter, à traîner dans les rues de son quartier noir, à rire et monter des coups avec ses copains mais il est raisonnable et qui c’est, cette place est peut-être une place en or.

Il entre dans cette famille où tout le monde prend soin de lui et s’intéresse à lui… sensation nouvelle et étrange pour lui. Et puis tout bascule lorsqu’un soir il doit emmener Mary, la fille unique du couple, à l’université. Il s’avère qu’elle lui demande d’aller dans un bar noir, d’aller chercher son copain Jan, qu’elle souhaite dîner avec Bigger et Jan à la même table, que Jan prend le volant pour conduire Bigger, qu’elle l’invite à boire avec eux… une soirée où Bigger est obligé d’obéir et de transgresser de nombreux interdits… Jan et Mary discutent avec lui de politique, eux communistes veulent montrer à Bigger qu’il est considéré comme un blanc, la couleur ne devant pas être discriminante. Moment très difficule pour Bigger car il va à l’encontre de tout ce qu’il a appris, de tout ce qu’il sait des attentes des blancs… Ultime transgression, Mary est tellement ivre que Bigger doit la porter jusque dans son lit.

Ce roman est époustouflant car on s’attache à Bigger, j’ai compris sa panique absolue quand on lui demande de ne plus agir comme il doit le faire, j’ai compris sa rancœur face IMG_3075aux blancs qui le cantonnent à devenir comme les blancs imaginent un noir (violent, alcoolique, irrespectueux et j’en passe). Durant tout le roman on se demande comment cela fut possible, comment a-t-on pu en venir à un tel racisme, à une telle ségrégation ? Richard Wright nous montre l’Amérique raciste des années 40, celle qu’il a connue, celle dans laquelle un noir n’a aucune chance, celle dans laquelle un noir est condamné dès sa naissance : « Nous, on vit d’un côté et eux de l’autre. Ils font des choses et nous on ne peut pas les faire. C’est exactement comme si on était en prison. La moitié du temps, j’me figure qu’on m’a mis à la porte du monde et qu’j’ai juste le droit de lorgner par un trou de la clôture… » (p.25).

Des pages saisissantes, des lignes savoureuses lors des interrogatoires de police mais aussi choquantes. Et puis ce fond de réflexion communiste et cette peur qu’inspirait alors les rouges… Bref je vous recommande chaudement cette oeuvre magistrale !

Un enfant du pays, Richard Wright, Livre de poche (édition 1969)

 

La curiosité est un péché mortel. Ann Granger

Deuxième lecture d’Ann Granger, j’ai retrouvé avec plaisir Elisabeth Martin et Ben Ross, mais également cette Angleterre victorienne ; néanmoins j’ai été moins passionnée que lors de ma lecture d’Un intérêt particulier pour les morts.

Curiosité péché mortel 1La mise en place de l’intrigue m’a semblé bien plus considérable que la partie « enquête » de ce roman. Cependant le plaisir fut là et c’est bien le principal.

Dans ce tome, Lizzie Martin est envoyée par sa tante comme dame de compagnie chez la jeune Lucy Craven, mélancolique et dépressive suite à la perte de son bébé et à l’absence de son mari (en Inde pour son travail). Lizzie est plongée dans une demeure du Hampshire tenue par les austères sœurs Roche, Christina et Phoebe. Peu accueillantes et peu avenantes, les sœurs sont toujours vêtues de la même manière, ce sont de vieilles bigotes chez qui la respectabilité est à l’honneur. Curiosité péché mortelToujours curieuse, Lizzie essaie d’en découvrir davantage sur cette jeune mère qui nie la mort de sa fille. Troublée psychologiquement, très sensible, la jeune Lucy semble très fragile et empreinte aux délires mais si elle avait raison… Un meurtre, celui d’un chasseur de rats, vient alors troubler le calme relatif de la maisonnée. L’affaire dépassant les capacités de la police locale, Ben Ross arrive de Scotland Yard et rejoint sa chère Elisabeth pour résoudre ce(s) mystère(s).

Une lecture idéale pour se faire plaisir, à savourer sur une plage ou autour d’un thé pour un délicieux moment de détente.

Ann Granger, La curiosité est un péché mortel, 10/18 Grands détectives, mai 2014

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