Un paquebot dans les arbres. Valentine Goby

Un paquebot dans les arbresJe viens de finir… encore émue et touchée par les lignes… Un roman que j’ai aimé pour sa douceur, pour son atmosphère des années 60 et pour l’écriture de Valentine Goby que j’ai trouvé à la fois travaillée et très douce.

Un paquebot dans les arbres raconte l’histoire de Mathilde Blanc, fille de cafetier du petit village de La Roche-Guyon, adolescente qui se retrouve confrontée à la tuberculose. Son père, Paulot Blanc, joueur d’harmonica lors des bals au Balto, souffre de la tuberculose. Mal détecté, son état empire rapidement, si bien qu’il est envoyé au sanatorium d’Aincourt, grand paquebot blanc au milieu des arbres. Sa mère, Odile, l’y rejoint rapidement. La fratrie est alors séparée. Mathilde est alors placée, séparée de son petit frère Jacques qui est également placé dans une autre famille. Trop jeune, le « petit frère » est épargné des soucis et ne réalise par les drames qui se jouent. Mathilde est seule, confrontée à ses parents, elle doit leur rendre visite les samedis, en stop, à pied… comme elle peut. Mais elle affronte aussi les services sociaux, les difficultés de concilier des études et trouver de quoi vivre… En effet le couple n’a pas d’argent, bon vivants ils ont peu mis de côté. Les économies sont vite dépensées pour les soins et Paulot ne dispose pas de sécurité sociale… Mathilde est donc seule… sa grande sœur Annie quitte vite la famille, mariée puis enceinte, elle a peur de la contagion et évite autant que possible ses parents.

C’est donc un roman sur cette maladie et sur le vide qu’elle entraîne… Paulot est rejeté comme un pestiféré, le monde se méfie de lui, il est exclu… Mathilde lutte pour aider sa famille en détresse et préserver la dignité de ses parents… Alors qu’on est en plein dans les Trente Glorieuses, des drames se nouent, des corps souffrent, une femme, une femme en construction se bat avec adversité face à la maladie. J’ai trouvé l’héroïne, Mathilde, très humaine, très touchante. Son amour filial est au-dessus de tout, prête à tous les sacrifices pour le sourire et la tranquillité de ses parents. C’est un roman que j’ai beaucoup aimé, j’ai appris beaucoup de choses, c’est un roman qui foisonne d’informations sur la maladie, le drame algérien en fond…

« Paul est peut-être malade et contagieux. La maladie a banni les Blanc, la misère les ramène. Ils reviennent en perdants. Ils vont d’une solitude à l’autre. La pire est celle qui vient, celle du paria, paraiyar, hors caste parmi les siens dans la langue tamoule du XVIe siècle. L’exil était moins cruel. » (p.75)

La servante écarlate. Margaret Atwood

La servante écarlateMe voilà bien en peine d’écrire un avis… je ne sais pas ce que j’ai pensé de ce roman… tout d’abord je dois dire que j’avais commencé à regarder la série, du coup je n’ai rien découvert véritablement en lisant le roman. La république de Gilead a mis en place des esclaves sexuelles afin de compenser la chute de la fécondité. Cette république, qui n’a de république que le nom, est fondée sur une hiérarchie très précise et une réduction drastique des libertés individuelles associée à une ferveur religieuse intense. Ce sont les femmes qui sont les premières à être les victimes. Defred, servante au vêtement rouge devient donc l’utérus du Commandant, dont l’union est restée infertile. Elle n’a aucun droit, aucune liberté… néanmoins dans sa chambre à l’atmosphère monacale, elle repense au temps où les femmes avaient le droit de travailler, d’avoir de l’argent, de boire un verre, de fumer, de lire… Elle songe à sa vie d’avant, ses études, sa rencontre avec Luke, leur fille… C’est glaçant… Plus aucun sentiment dans cette république, plus aucun contact humain tendre, affectueux ou amical… glacial… Une population qui semble adhérer, peur et délation règnent…

Cette dystopie fait froid dans le dos, le même effet que m’avait fait la série d’ailleurs les images étaient encore bien ancrées dans ma tête. Je suis déçue car je m’attendais (et j’espérais) trouver davantage de détails, je suis restée sur ma faim quant aux explications. Je voulais savoir comment un tel régime avait pu être instauré, j’aurais aimé savoir ce que pensent les Epouses mais surtout quelles sont les intentions du Commandant… que pense-t-il de tout cela ? Ce qui m’a déçu c’est la fin du roman… l’épilogue m’a vraiment gêné voire ennuyé… je n’ai pas trouvé les réponses à mes questions et surtout je me suis posée encore plus de questions ! que se passe-t-il par la suite ? comment évolue cette société ? qu’est-ce devenu Nick ? et Luke ? et Moira ? Malgré ce (gros) bémol, ce roman fait réfléchir à la place de la femme dans la société mais aussi à la prise d’un pouvoir qui arrive à priver une population de toutes les libertés les plus évidentes. Il faut donc le lire ! et moi je crois que je vais poursuivre la série !

Une journée d’automne. Wallace Stegner

DSC06605Petit roman parfait en ce moment ! J’ai adoré le lire en quelques heures, un vrai délice et un privilège qui ne m’arrive que rarement. Ce n’est pas la lecture inoubliable mais ce fut un très joli moment de lecture.

Margaret, mariée à Alec, accueille, après la mort de leur père, sa sœur, sa cadette de quelques années Elspeth dans leur magnifique ferme de l’Iowa. Toutes deux sont très différentes : Margaret est très attachée aux conventions, aux respects des traditions, à la convenance. Elle s’occupe de son foyer avec délice et dévouement et prend soin de son époux Alec, fermier émouvant et tendre. Ils forment un couple attachant. Lorsqu’Elspeth quitta l’Ecosse pour venir s’installer avec eux, elle ne comprend pas trop la rigueur de sa sœur. Elle aime se promener dans la nature, elle aime rire et prendre la vie avec légèreté, s’émerveillant de tout et de rien.

Une journée d’automne c’est donc cette journée où tout bascule, où les relations dans ce trio évoluent, où les apparences doivent être sauvées, où l’avenir est modifié… une journée qui suivit à bouleverser la paisible vie campagnarde cependant personne ne doit être au courant et le secret devra être préservé coûte que coûte. Après l’irréparable, chacune se transforment, se décharnent, vieillissent prématurément ravagée par le pêché et par la froideur de son âme… cependant la fin est touchante et pleine d’espoir. L’écriture de Wallace Stegner est douce. Les personnages sont d’une sérennité incroyable, d’une maîtrise d’eux-même que j’ai trouvé tellement admirable. Pas de pathos, pas d’envolée lyrique, pas d’effusion… mais un récit âpre et bref, une virtualité qu’on pourrait comparer aux nouvelles de Maupassant.

Bravo aux éditions Gallmeister d’avoir édité ce premier roman de Wallace Stegner écrit en 1937. Première fois que je lis un roman des éditions Gallmeister : les couvertures sont toutes plus belles les unes que les autres et j’ai apprécié le format et le papier qui est très agréable, j’ai beaucoup aimé la typographie. Une édition qu’il est fort confortable de lire !

Simone de Beauvoir. Une jeune fille qui dérange

Simone de BeauvoirL’an passé, vous le savez, j’ai découvert (ou redécouvert plutôt) les Mémoires d’une jeune fille rangée, un énorme coup de cœur qui s’est confirmé au fil de mes différentes lectures. Cette bande dessinée de Sophie Carquain et d’Olivier Grojnowski ne reprend pas les mémoires mais s’en inspire largement pour raconter la vie de Simone de Beauvoir. La trame est similaire puisqu’elle découvre l’enfance de Beauvoir jusqu’à la rencontre avec Sartre, voire un peu au-delà. J’ai trouvé que la formation et l’éducation de Beauvoir sont particulièrement bien rendues et on comprend comment la jeune Beauvoir s’inscrit en décalage de son époque et des principes de ses parents. La bande dessinée montre clairement comment elle s’affirme peu à peu, comment elle prend son indépendance face à ses parents et face à son milieu et comment elle compte mener sa vie de femme.

J’ai aimé retrouver ce personnage, cette personnalité en construction et cela m’a donné envie de lire la suite de son autobiographie, La force de l’âge qui est sur mes étagères depuis l’an passé.

Cette bande dessinée est une belle oeuvre, une jolie approche pour se replonger et se remémorer les mémoires mais aussi une belle première approche, je pense particulièrement à mes élèves de 3e. Cette bande dessinée est une manière agréable de compléter une étude d’un extrait des Mémoires et de leur donner envie de lire les Mémoires.

Les dessins sont soignés, tout en noir et blanc. Chaque chapitre commence par une citation extraite des œuvres de Beauvoir. On croise Zaza, Sartre, on suit les années difficiles, puis les années à la Sorbonne. Les traits de Simone de Beauvoir s’affinent au fur et à mesure des pages, on voit nettement les évolutions de son visage et on reconnaît bien ses traits une fois l’adolescence passée. 

Lambeaux. Charles Juliet

LambeauxComment parler de ce roman ? Tout en douceur mais tellement fort et puissant… Tellement beau… Tellement humain… Les mots de Charles Juliet me sont allés droit au cœur.

« Ni l’une ni l’autre de tes deux mères n’a eu accès à la parole. Du moins à cette parole qui permet de se dire, se délivrer, se faire exister dans les mots. Parce que ces mêmes mots se refusaient à toi et que tu ne savais pas t’exprimer, tu as dû longuement lutter pour conquérir le langage. […] Tu songes de temps à autre à Lambeaux. Tu as la vague idée qu’en l’écrivant, tu les tireras de la tombe. »

Dans ce roman autobiographique, Charles Juliet a voulu rendre hommage à ses deux mères : celle qui lui a donné le jour et celle qui l’a élevé. Il donne la parole à ses mères et leur parle directement, le texte est parsemé de « tu », ce qui m’a donné l’impression que le personnage était proche une moi, une proximité s’installe ainsi entre nous et le personnage de la mère. Charles Juliet dresse le portait sensible d’une femme qui se sacrifie pour sa famille, ses enfants mais dont les grossesses répétées et la solitude l’entraînent vers une mélancolie profonde. Peu à peu elle tombe dans une dépression puis un désespoir existentiel. C’est alors que l’enfant, le dernier-né, l’auteur est confié à une nourrice. C’est elle qui l’élèvera comme son propre fils. Dans ce récit, Charles Juliet mesure la chance qu’il a eu. Il donne la parole à ses deux mères, si opposées mais en même temps si proche.

Les mots sont simples mais la plume est poétique. J’aime ces tutoiements aux personnages, j’aime cette utilisation de l’article défini pour désigner les personnages. Allez, Je vous livre quelques passages (j’ai eu du mal à faire une sélection et j’ai corné de très nombreuses pages).

« Tournent les saisons, passent les années.

Tes rapports avec le père se sont compliqués. Tu t’emploies à donner entière satisfaction, travailles autant que tu le peux, mais il semble que ce ne soit jamais assez. » (p.42)

Je vous laisse avec ces sublimes lignes sur l’amour de l’école et la tristesse de la mère qui ne peut poursuivre ses études, elle dont la famille de fermiers ne juge pas l’intérêt de scolariser leurs enfants :  « C’est alors que tu ne peux plus te cacher ce que jusque là tu as obstinément refusé de voir : tu vas quitter l’école pour n’y jamais revenir. Pour ne plus jamais rencontrer celui dont tu as tant reçu. Ne plus jamais passionnément t’abandonner à l’étude. et ce monde que tu vénères, ce monde des cahiers et des livres, ce monde auquel tu donnes le plus ardent de toi-même, ce monde va soudain ne plus exister. Tes muscles se raidissent, es mains se nouent âprement dans ton dos, mais tu ne peux rien contre ce sentiment d’effondrement qui te submerge, et à ta grande honte, deux lentes traînées brillantes apparaissent sur tes joues. » (p.19)

L’an prochain, c’est sûr, je proposerai ce roman à mes élèves car je le trouve d’une grande sensibilité.

J’ai envie de lire cet auteur, vous ne conseillez quoi d’autre ?

Le canapé rouge. Michèle Lesbre

Le canapé rougeJ’adore la plume de Michèle Lesbre que je trouve d’une pureté incroyable. Cependant la magie n’a pas totalement opéré. Séduite par la plume, que je trouve tellement fine, délicate, sensuelle, l’histoire ne m’a pas conquise. Je dois reconnaître que j’ai eu un peu de mal à accrocher. Je dois même reconnaître que je suis un peu embêtée pour écrire un article.

« Je ne l’avais jamais croisée dans le hall de l’immeuble, ni dans les escaliers. Je connaissais tous les autres habitants, du moins les noms et les visages, mais Clémence Barrot restait un mystère. » (p. 25). Trouvant un prétexte, la narratrice parvient à rencontre Clémence Barrot et à pénétrer dans son appartement. désormais elle viendra lui faire la lecture sur le petit canapé rouge. Davantage qu’une séance de lecture, les deux femmes se prêtent à des confidences et voyagent à travers leurs souvenirs, leurs peines et leurs doutes.

« Le canapé rouge et les portes closes de son appartement n’étaient qu’une apparence trompeuse, une lubie de vieille dame, une pose pour oublier les tracasseries physiques, les empêchements. Elle me manquait. Je trouvais en sa compagnie une complicité tout à fait singulière, malgré nos univers différents, notre différence d’âge. »

Un roman sur la vieillesse, la complicité, l’amitié, la vie, la tendresse…

Va et poste une sentinelle. Harper Lee

Va et poste une sentinellePas de bilan de lecture estivale, l’été fut peu propice à la lecture cependant il est grand temps d’écrire mon avis sur celle qui ma dernière lecture de l’été. Je suis mitigée sur cette lecture, j’ai eu du mal à entrer dedans, à retrouver l’univers que j’avais aimé dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. En réfléchissant je me dis que même si on retrouve l’héroïne, Scout, les deux romans n’ont absolument rien à voir. Le monde de l’enfance est bel et bien terminé. Indépendante et émancipée, Scout a quitté l’Alabama et sa petite ville de Maycomb pour vivre à New York. Va et poste une sentinelle raconte son retour sur les terres de son enfance et sa confrontation avec son père Atticus au milieu des années 50.

Ce roman propose une réflexion sur l’évolution de la société et notamment la question raciale. Confrontée à une société new yorkaise plus ouverte, Scout découvrir ses proches sous un nouveau jour…  Scout découvre qu’Atticus, cet homme intègre et défendeur des opprimés, siégeant au conseil des citoyens à côtés de ceux qu’il détestait. La question ségrégationniste est donc au cœur de ce roman. Et c’est d’ailleurs après un démarrage que j’ai trouvé assez lent ce qui relance le roman, lui donne son rythme et son intérêt.

« Je ne comprends pas comment tu peux vivre là-bas avec eux.

– Mais on n’a pas conscience de leur présence. On travaille avec eux, on ange avec eux et grâce à eux, on prend le bus avec eux, et on ne les remarque pas, à moins de le vouloir. Je ne me rends jamais compte qu’un gros type noir est assis à côté de moi dans le bus jusqu’au moment où je me lève pour descendre. On ne les remarque pas, tout simplement.

– Oui, eh bien moi je t’assure que je les ai remarqués. Tu dois être aveugle ou je ne sais quoi.

Aveugle, oui, c’est exactement ce que je suis. Je n’ai jamais ouvert les yeux. Je n’ai jamais pensé à regarder les gens au fond de l’âme, je n’ai jamais regardé que leur visage. Aveugle comme les pierres…  » (p.213)

Pour finir une petite citation de saison : « Même la rentrée des classes était grosse de promesses – les vieilles querelles ranimées, les amitiés renouées, les semaines passées à devoir réapprendre tout ce qu’on avait oublié durant l’été. L’automne était la saison des soupers chauds, où l’on pouvait profiter des vrais repas pour lesquels, trop engourdi de sommeil au matin, on n’avait pas d’appétit. » (p. 174)