De Pierre et d’os. Bérengère Cournut

De pierre et d'osVoici un roman qui m’a happée… Le dépaysement est absolu. J’ai voyagé au pays des Inuits, j’ai dormi dans des igloos, j’ai regardé la nuit sans fin et j’ai marché sur la banquise dans le froid piquant et la pénombre des jours d’hiver. Grâce à cette plongée chez le peuple Inuit, j’ai découvert quelques coutumes et traditions et surtout cette omniprésence des esprits.

J’ai suivi avec passion le parcours de Uqsuralik, jeune femme Inuit qui, alors que la banquise se brise, se retrouve séparée de sa famille. Livrée à elle-même, elle va devoir survivre afin de rencontrer d’autres êtres vivants. L’entraide et la solidarité occupent une place primordiale sur la banquise. Les saisons se succèdent, on passe de l’iceberg à la toundra, tour à tour, Uqsuralik cohabite avec d’autres tribus, mais au fil de ses rencontres, elle poursuit sa quête intérieure. Peu à peu elle se perfectionne dans ses techniques de chasse, apprend les traditions chamaniques, se découvre ses désirs de maternité. Je ne connaissais rien des chasseurs nomades de l’Arctique, leurs conditions de vie est fascinante. Proche de la nature, associée avec elle, ils subissent de plein fouée les conditions climatiques, le réchauffement et les modifications de la nature sont évoqués très discrètement. Ce n’est pas le sujet du roman, le centre du roman c’est cette vaillante héroïne. Uqsuralik chasse le phoque dans les fjords, quette le renard sauvage ou l’ours, cueille des baies dans la toundra mais il faut aussi construire un abri et lisser les peaux pour s’en faire des habits. C’est aussi une belle plume que j’ai découverte, une plume de conteuse, une plume de poétesse car le roman est parsemé de différents chants chamaniques.

Ce roman est aussi un très bel objet. Je ne connaissais pas les éditions Tripode mais je suis séduite. La couverture est magnifique, les tonalités correspondent parfaitement à ce que j’imagine de l’histoire et surtout ce recueil est assorti d’un dossier photo en noir et blanc sur les Inuits.Un récit emprunt d’écologie, de spiritualité et de féminité.

Compartiment pour dames. Anita Nair

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Voici un roman que je voulais lire depuis très longtemps et j’avais bien raison d’avoir conservé ce titre dans un coin de ma tête car ce roman m’a conquise, les pages défilaient presque toutes seules.

Dans une société indienne moderne mais régie par des traditions rigides, Ahkila, célibataire, décide de partir, d’aller réfléchir, de choisir son chemin… Elle qui n’a jamais pris de décision personnelle, elle qui a porté sa famille puis celle de sa sœur, prend alors un train à destination du sud de l’Inde, aux confins de l’océan indien, de la baie du Bengale et de la mer d’Arabie. Ahkila a le sentiment de ne pas avoir mené sa vie, d’avoir été sans cesse sous l’emprise de sa mère, de ses sœurs, de ses frères à qui elle doit toujours se référer pour prendre des décisions. Dans cette vie, elle s’est oubliée. Ce voyage en train est l’occasion de rencontres aussi intenses que brèves, le temps d’une nuit, entre six femmes. Dans ce compartiment pour dames, six destinées féminines vont se dévoiler et aider Ahkila à réfléchir : un homme est-il nécessaire à l’épanouissement d’une femme ? grande question pour notre héroïne. Le confinement entraîne des confessions intimes de chacune sur des vies de frustration et de renoncement. Ce roman évoque la question de la liberté, Ahkila doit refuser le cloisonnement de la société (symbolisé par le wagon) pour devenir maîtresse de sa destinée. Le voyage devient initiatique et grâce au récit de chacune, Ahkila prend conscience de l’oubli de soi dont elle a fait preuve.

J’ai aimé ce roman pour ce personnage d’Ahkila mais aussi pour ce message d’indépendance et la question de la liberté, chacun doit prendre sa vie en main.

Vagabonds, Knut Hamsun

Vagabonds

Beaucoup de difficultés pour entrer dans ce roman (j’ai même songé arrêter) et puis d’un coup tous les fils se rejoignent, tout s’éclaircit et j’ai pu suivre les déambulations d’August et d’Edevart. C’est un roman qui parle d’errance : les deux héros ne cessent de quitter Doppen, leur terre natale pour d’autres terres ou d’autres mers lors des nombreuses campagnes de pêche qu’ils effectuent. Ils voyagent à travers la Norvège : Bergen, les îles Lofoten, Trondhjem cependant malgré cette ivresse du voyage, de la découverte et de l’aventure, ils reviennent toujours dans leur village.

C’est aussi la vie de ce village de la côté Nord norvégienne, pauvre et perdu qui est racontée en second plan avec une galerie de personnages qu’on voit évoluer puisque le roman se déroule sur plusieurs années : Karolus le bourgmestre, le marchand juif Papst, Teodor et Joakim, le patron du comptoir Knoff, Kraaro, la petite Ragna et deux grands personnages de femmes Ane-Maria et surtout Lovise Magrete, attachante mais qui finira aussi par être séduite par ce goût du voyage et émigrera en Amérique.

Il est finalement dur pour moi de parler de ce roman où l’action est en réalité une accumulation de moments de vie, de vagabondage et de rencontre.

Vagabonds lecture

« Edevart s’étonnait de sentir en lui ce désir de s’exiler. Avait-il déjà trop erré par le monde et acquis l’étoffe d’un vagabond ? Pour lui désormais, un endroit en valait un autre ; il ne s’y trouvait ni mieux, ni moins bien. Le sentiment de la patrie s’effaçait peu à peu en lui. » (p. 249)

Moby Dick, H. Melville

Moby Dick

Parfois, pour oser lire certaines œuvres, il vaut mieux être deux. C’est ce que nous avons fait avec Romanza, une lecture en parallèle donc pour ce monument de la littérature d’aventures.

Récit écrit en 1851, Melville s’est servi de son expérience de marin et de sa passion pour les baleines (qu’on ressent vraiment) pour raconter cette histoire inspirée d’un fait réel.  Il faut tout d’abord dire que j’apprécie les récits de mer (j’ai un souvenir ému de ma lecture de Pêcheur d’Islande de P. Loti). J’ai aussi un lien particulier avec la mer et les animaux marins. Mon homme est passionné d’animaux marins et d’aquariophilie. On a visité tous les aquariums possibles, regardé des centaines de reportages, croisé des animaux magnifiques lors de nos plongées et observé des baleines au cours d’un voyage. Il a transmis sa passion à son fils ; maintenant on lit de nombreux documentaires et albums sur les animaux marins et notre fils distingue les différentes espèces de baleines : baleine franche, baleine à bosse, baleine bleue, narval, cachalot… Du coup les nombreux chapitres presque encyclopédiques sur les cétacés ne m’ont pas gênée. Au début je trouvais cette alternance récit / explication plaisante, cependant dans la deuxième partie du roman j’ai trouvé ces passages documentaires excessifs, ils ralentissent considérablement le rythme de l’aventure et j’avais envie de rester plongée dans cette aventure. C’est donc, vous l’avez compris, un roman d’aventures assez lent. Dans cet avis, j’ai choisi de ne pas évoquer les références bibliques. En effet, je me suis prise à l’histoire sans chercher à les analyser. Avant d’aborder le roman, je dois dire que j’ai été surprise par la fluidité et la modernité de l’écriture de Melville avec quelques touches d’humour (comme lorsqu’Adam et Eve sont désignés comme « des voleurs de feu » p. 31 ou cette belle formule « la lune de miel de notre amitié » p. 87) mais aussi une forme de poésie assez étonnante pour évoquer ce monde rude.

A Nantucket, grand port baleinier, Ishmaël rencontre Queequeq, un harponneur cannibale qui deviendra son ami. Ensemble, ils embarquent à bord du Péquod gouverné par un capitaine intimidant. Le capitaine Achab, jambe d’ivoire taillée dans une mâchoire de cachalot, se dévoile progressivement. On sait peu de chose sur lui, hormis qu’il cherche à se venger à  tout prix d’une baleine blanche qui lui a volé sa jambe. Achab est égoïste, seule compte sa vengeance avec Moby Dick et son équipage lui importe peu. On connaît également très peu le narrateur, Ishmaël. C’est ce qui m’a déçue. J’aurais aimé le connaître davantage, découvrir ses sentiments, connaître ses émotions. Il reste très mystérieux et se contente vraiment de narrer ses trois ans de mer auprès du capitaine Achad. De même pour les autres hommes d’équipage qui sont peu décrits. Ces hommes m’ont impressionnés, l » »héroïsme » de ces hommes qui chassent de si grands animaux, des animaux si majestueux et si puissants avec de simples harpons. Ces chapitres sur les personnages, la vie des marins, leur quotidien dans ces baleinières m’ont manqué pour m’attacher à tous ces hommes mais pour Melville, là n’était pas l’essentiel. Le véritable héros de Moby Dick est bien cette baleine blanche, ce cachalot ; l’essentiel est de raconter la quête de cet animal quasi mystique. Et c’est finalement à lui qu’on s’attache.

DSC03247« Cette force étonnante n’empêche nullement la gracieuse flexibilité de ses mouvements ; une aisance enfantine joue dans le titanisme de cette puissance. Au contraire, ses mouvements y puisent même leur plus terrible beauté. La force véritable ne gâche jamais la beauté ni l’harmonie; souvent même elle les suscite et, en chaque chose d’une imposante beauté, on trouve beaucoup de force alliée à la magie ». (p. 464)

Avril enchanté, Elisabeth von Armin

Avril enchanté

Tout débute par une envie de quitter les bus bondés et la pluie londonienne, un désir de vacances et une petite annonce « A tous ceux qui aiment les glycines et le soleil. (…) Particulier loue petit château. » Mrs Lotty Wilkins se dit que c’est pour elle, elle qui rêve de repos et de solitude. Mais elle ne peut pas s’offrir cela seule (d’autant qu’elle ne veut pas en parler à son mari) alors elle propose à sa seule amie Mrs Rose Arbuthnot de l’accompagner. Finalement elles « recruteront » deux autres dames, Mrs Fisher et lady Caroline Dester. Le séjour au château de San Salvatore s’annonce prometteur ! Dans ce lien enchanteur, la magie espérée par Mrs Wilkins va-t-elle opérer ?

Bien que je n’ai pas retrouvé la splendeur de Véra, ce fut une agréable lecture, souvent drôle, très optimiste et plutôt osée (pour l’époque) avec le retour des fameux maris. Les descriptions du jardin sont sublimes, la nature, les fleurs, les odeurs printanières… ce livre donne envie d’être dehors, de profiter d’un jardin fabuleux, de se promener sous un rayon de soleil dans un lieu féérique.

« En mai, le temps était trop sec; en mars il était incertain, voire froid. Avril, lui, survenait avec douceur, comme une bénédiction, et était si beau qu’on ne pouvait manquer d’en être touché, ému, transformé. » (p. 202)

Le livre des secrets, Fiona Kidman

Le livre des secrets

Je crois que je ne suis pas faite pour les romans d’aventures et malgré une partie « histoire de famille » (c’est d’ailleurs ce qui me l’avait fait acheter), je ne suis pas entrée dedans (j’ai même lu en diagonale les dernières pages). Pour moi ce fut une lecture confuse, trop de secrets, de voyages… et pas d’avancée, j’ai eu l’impression de tourner en rond lors de ma lecture, de lire plusieurs fois les mêmes aventures.

On suit trois générations de femmes, Isabelle, la grand-mère écossaise partie vivre en Nouvelle-Zélande, Annie, la mère bigote et Maria, la petite fille qui a retrouvé le journal de sa grand mère qui raconte sa découverte d’un nouveau monde. Le mystérieux McLeod, pasteur, qui fascine les femmes de cette communauté émigrée, est resté, pour moi, trop « mystérieux », en fait j’ai eu le sentiment qu’aucun secret ne se dévoilait, qu’aucune intrigue ne se nouait ou se dénouait d’où la sensation de ne pas avancer. La partie sur Isabella alternant récit et extrait de journal intime m’a plu (ma préférée), j’aurais aimé qu’elle soit plus longue afin de m’attacher davantage au personnage.

Dommage, je suis complétement passée à côté (en revanche toujours autant de bonheur de lire cette édition, un vrai régal !).

L’épouse hollandaise, Eric McCormack

Epouse hollandaiseAutant le dire tout de suite, je ne m’attendais pas à cela en achetant ce roman mais la surprise fut bonne ! Un roman multiple aux multiples échos : roman d’amour, roman d’aventures, récit enchâssé…

Le narrateur du premier récit, écrivain, loue une maison à côté de celle de Thomas Vanderlinden. Celui-ci est hospitalisé et demande à son voisin de lui rendre visite à l’hôpital. Débute alors un long récit enchâssé dans lequel Thomas raconte l’étonnante vie de sa mère, Rachel. Trois mois après le départ de son mari pour une expédition à l’étranger, un homme frappe à sa porte en se présentant comme « Rowland Vanderlinden », nom de son mari. Aussi bizarre que cela paraisse, elle lui ouvre sa porte. S’en suit une très belle histoire d’amour. Rachel ne posera jamais de question à cet homme. Mais voilà qu’âgée, elle demande à son fils de retrouver le vrai Rowland car lui seul pourra savoir qui était le faux Rowland. Commence alors le début du récit d’aventures : voyage dans des contrées éloignées pour retrouver Rowland puis récit de Rowland racontant les années écoulées : expéditions maritimes, tribus lointaines, coutumes étranges, malédictions… Les secrets se nouent puis se dévoilent au fil des pages mais agrémentés de nouvelles interrogations : pourquoi le vrai Rowland n’est-il jamais rentré ? comment a-t-il rencontré le faux Rowland ? qui est ce Rowland ? pourquoi avoir échangé les rôles ? pourquoi Rachel a-t-elle accepté ? pourquoi n’a-t-elle jamais posé de questions ?

C’est un roman dont la construction est complexe, on se perd parfois dans les récits d’aventures (celles de Rowland puis celles de Thomas cherchant Rowland), le tout avec des allers-retours dans la chambre d’hôpital de Thomas (âgé) ou dans la chambre de Rachel lorsque Thomas (jeune alors) lui raconte son voyage et sa rencontre mais c’est passionnant, exaltant et on se laisse porter !! Tour à tour transportée sur les mers, puis inquiète pour la destinée de cette famille, j’ai été sensible à la très belle histoire entre Rachel et le faux Rowland mais aussi à la relation retrouvée entre les deux époux.

Lisez-le, vous serez surpris !