Valet de pique. Joyce Carol Oates

Valet de piqueOh Joyce Carol Oates, une magicienne ! Une fois de plus, l’effet Joyce Carol Oates a fonctionné avec moi et à merveille ! Une fois de plus j’ai été embarquée dans ce roman, un thriller, une fois de plus j’ai été saisie et captivée, surprise et avide de lire.

Dans ce thriller, Oates brosse le portrait d’un écrivain, Andrew J. Rush, un homme touchant et affreux, un auteur de romans policiers perturbé par ses succès et dont la folie s’empare. La faute à son pseudo littéraire qui prend peu à peu trop de place prenant ainsi le pouvoir sur lui. Andrew Rush est un personnage touchant car un peu « pépère » avec ses vieilles manies et sa vie tranquille, cependant l’intensité est croissante et il ne faut finalement pas se fier aux apparences. Cet écrivain se révèle plus intéressant qu’il n’a en l’air. Son âme est torturée, en souffrance… Son pseudo littéraire représente la part sombre d’un individu, le mal. Sous pseudo il est l’auteur de romans policiers violents, vulgaires et immoraux mais pas seulement… J’ai été impressionné par l’excellence du récit qui montre comment le double d’Andy progresse dans sa vie, comment il détruit son quotidien et surtout comment la croissance de la paranoïa est racontée.

Oates dresse le portrait d’un homme atteint de folie et réfléchit à la question du mal. C’est saisissant et haletant, difficile à lâcher et à présenter sans dévoiler l’intérêt du récit. Donc mes excuses pour ce billet mal construit mais je ne veux pas trop en dire !

Une chose est sûre, lecture après lecture ma fascination et mon admiration pour cette auteur se confirme. Chaque fois, elle parvient à me séduire tout en adoptant des styles, fullsizerenderdes formes narratives et des thèmes très différents. Ce fut le cas avec ma toute première lecture d’Oates, Bellefleur (pas encore chroniquée) puis ensuite avec La légende de Bloodsmoor.  J’ai ensuite dévoré Nous étions les Mulvaney, qui restera un de mes grands souvenirs et un de mes coups de cœur éternels. De même pour Les Chutes mais aussi plus récemment Fille noire, fille blanche ou encore Mudwoman tout en oubliant d’autres (que je vois sur mes étagères mais dont j’ignore si j’avais un blog au moment de leur lecture…). En tout cas une auteur que je lis chaque année et dont je ne me lasse pas !

Il était un capitaine, Bertrand Solet

Il était un capitaineUne fois encore, une lecture pour mes élèves mais j’ai été assez surprise. Bon c’est très facile à lire, peu de recherches stylistiques et pas de grandeur littéraire mais l’intérêt est ailleurs.

Ce roman permet de découvrir un contexte historique, une époque, une atmosphère, celle de la fin du XIXe siècle. Quelques grandes figures historiques sont évoquées, Gauguin, Zola et bien sûr Dreyfus puisqu’il s’agit de l’histoire de l' »Affaire Dreyfus ». En parallèle de cette histoire, il y a la part romanesque du roman, le « héros », Maxime Dumas est un jeune journaliste qui doute de la culpabilité de Dreyfus mais on perçoit comment ceux qui doutent seront mis à l’écart (il sera envoyé à Madagascar) pour préserver l’armée et les responsables. Ce qui est donc intéressant c’est qu’on découvre le poids de la presse, son influence grandissante et la responsabilité qu’elle a dans cette affaire. On prend aussi conscience du poids de l’opinion publique et on comprend pourquoi cette affaire a tant marqué les esprits, une des premières affaires « médiatisées ». L’atmosphère antisémite de l’époque est bien transcrite, on perçoit les suspicions, les rancœurs, la vengeance. J’ai trouvé intéressant de voir et de comprendre comment l’affaire Dreyfus est montée, comment la manipulation est mise en place mais aussi pourquoi, malgré les doutes (voire les certitudes quant à son innocence) l’état-major a continué à l’accuser et à participer en créant des preuves accablantes. L’intervention de Zola et sa lettre ouverte, « J’accuse », font partie de ce roman et on perçoit le rôle important de cette lettre, à partir de là, l’affaire est comme « démontée ». Chaque élément est repris, analysé, expertisé à nouveau et le roman s’achève lors de la réhabilitation en juillet 1906.

Je pense qu’ado j’aurai adoré ce roman, un peu policier, un peu réaliste, un peu historique (le tout avec une petite intrigue amoureuse 😉 il y en a pour tous les goûts !

« J’admets que mon départ de Madagascar soir une faute professionnelle. J’étais prêt à m’en expliquer avec vous. Mais, ce que je trouve inadmissible, moi, c’est que vous ayez dénaturé systématiquement mes dépêches. Que vous ayez transformé ou tu, tout ce que j’ai vu et ressenti de douloureux là-bas. Que vous ayez manifesté comme venant de moi, une approbation béate de faits inadmissibles… Je ne suis pas un scribe accroupi, monsieur, pour reprendre votre expression… J’ai des yeux, un cœur, une conscience… » (p.139)

Il était un capitaine, Bertrand Solet, Livre de poche jeunesse (1986)

Seule contre la loi, W. Wilkie Collins

Seule contre la loiJe ne sais pas par où commencer car ce roman se vit de l’intérieur en retenant sa respiration. J’ai été happée dès les premières lignes et j’ai suivi l’enquête de Valeria Woodville page après page.

Difficile de parler de ce roman sans en dévoiler l’intrigue et donc sa saveur. Valeria épouse Eustace Woodville cependant au lendemain de ses noces, elle découvre un secret concernant son mari. Eustace se terre alors dans le silence et préfère la fuite aux explications. Mais c’est sans compter sur le caractère bien trempé de Valeria qui décide de découvrir la vérité. Malgré les mises en garde, les craintes, les reproches de son entourage, elle devient un véritable détective. C’est une femme à la personnalité forte, libre et indépendante, obstinée et persévérante mais aussi une femme passionnément amoureuse qui se jette à corps perdu dans une enquête pour percer le secret de son époux (un très beau portrait de femmes). Entre mensonges, faux-semblants, passions et révélations, l’intrigue prend dès les premiers chapitres, les questions fussent dans notre tête (et dans celle de Valeria) : pourquoi Eustace adopte-t-il ce comportement ? Que peut-il cacher ?

DSC04117 Bien que le rythme ralentisse au cours du roman pour céder la place à une analyse précise des tourments et des interrogations de Valeria, l’intrigue est construite merveilleusement et la révélation ultime m’a surprise et secouée. Décidément Willian Wilkie Collins sait me surprendre à chaque lecture, un vrai bonheur que cet auteur !

Double assassinat dans la rue morgue, Edgar Allan Poe

Double assassinat dans la rue Morgue

Je lis rarement des romans policiers pourtant j’aime en lire. Dans ce recueil, j’ai nettement préféré Double assassinat dans la rue Morgue au Mystère de Marie Roget que j’ai trouvé un peu long et de ce fait moins captivant. Le mystère est aussi moins passionnant que l’assassinat de Mme L’Espanaye et celui de sa fille.

Je suis subjuguée par la construction de l’intrigue et sa résolution : un double meurtre à éclaircir, une pièce fermée de l’intérieur (me rappelant une lecture de jeunesse, Le mystère de la chambre noire), peu d’indices et une police défaillante… mais M. Dupin à partir d’infimes détails élabore des hypothèses. C’est cela qui m’épate, comment à partir de détails présentés comme normaux ou en tout cas non suspects, l’enquêteur prouve qu’ils sont suspects et qu’ils permettent d’éclairer le mystère de ce double assassinat. Toutes les hypothèses de M. Dupin (qui paraissent parfois fantasques), mises bout à bout, conduisent à la vérité. Quelle prouesse ! Un petit bémol quant à l’identité du criminel qui m’a paru peu réaliste mais je reste ébahie pour cette enquête rondement menée.

Mr.Ashenden agent secret, Somerset Maugham

Mr Ashenden7

Une fois n’est pas coutume un recueil de nouvelles policières (6 en tout), des nouvelles inspirées des années d’expérience d’agent secret de l’auteur pendant la guerre mais le réalisme est lointain (dans l’évocation du contexte surtout, la première guerre mondiale). Ces nouvelles sont bien romanesques, en effet les péripéties s’enchaînent de manière incroyable, beaucoup de situations sont comiques et prêtes à sourire tant cela paraît rocambolesque. Malheureusement (comme souvent avec les nouvelles) même si j’ai pris plaisir à les lire, une semaine après avoir terminé ma lecture je ne me souviens parfaitement que de la dernière, « Le linge de Mr Harrison » dont le dénouement m’a laissée sans voix.