Une poignée d’étoiles. Rafik Schami

Une poignée d'étoilesSur les conseils d’une collègue et en cherchant un livre abordant le thème du journalisme, j’ai lu Une poignée d’étoiles de Rafik Schami. Ce roman est en fait un journal intime, celui d’un jeune syrien, fils d’un boulanger de Damas qui raconte la vie de son quartier et dresse le portrait de son oncle Salim, de sa mère, de son amoureuse Nadia, de son copain Mahmud.

Le narrateur a une ambition : devenir journaliste. C’est sans compter sur son père qui le fait arrêter l’école pour l’aider à la boulangerie. Lors d’une des livraisons de pain, il rencontre un vieil homme, Habib, journaliste, opposant au régime avec qui il se lie d’amitié. C’est alors que cet adolescent syrien, épris de justice, est convaincu de la nécessité d’informer. Il rêve de liberté d’expression. Avec Habib, il comprend ce que le pouvoir cache, ce que les journalistes ne peuvent évoquer, il lui faut donc s’engager, trouver un moyen de lutter contre les injustices sociales et humaines mais aussi dénoncer le régime répressif.

Au début, j’ai trouvé ça un peu lent… et puis petit à petit le récit prend de l’envergure; on suit les idées du jeune adolescent et ses aventures journalistiques, Ce roman est sûrement en partie autobiographique : l’auteur, qui écrit en allemand, est né à Damas au milieu des années 1940. Il a donc mêlé à son récit des petits faits et des réflexions sur le rôle des journalistes et la manière et la nécessité d’exercer son métier dans un pays répressif. C’est donc un roman intéressant, sensible et instructif, à placer entre les mains de vos adolescents ou entre les vôtres.

 » Oh, un journaliste, a soupiré oncle Salim, c’est quelqu’un de futé et de courageux. Avec une feuille de papier et un crayon, il peut faire trembler un gouvernement entier, y compris la police et l’armée.
– Avec du papier et un crayon ?»
Je n’en revenais pas : papier et crayon, tous les élèves en ont à l’école, et ça n’impressionne même pas le portier.
«Oui, il fait trembler le gouvernement, car il est toujours à la recherche de la vérité, alors que tous les gouvernements s’efforcent de la cacher. Le journaliste est un homme libre, comme un cocher, et vit comme ce dernier en perpétuel danger. »

Comme des frères – Claudine Desmarteau

Comme des frèresJe viens de lire la dernière ligne… j’ai dévoré ce roman en deux jours et je crois que j’aurais pu le lire en une journée si je n’avais pas dû travailler… j’ai été comme happée par cette histoire et par cette écriture rude, sèche, crue et tendre.

Comme des frères c’est l’histoire d’un groupe de collégiens, un groupe de garçons qui se connaissent depuis toujours, le narrateur, Kevin, Ryan, Idriss, Thomas, Lucas et Saïd… un groupe de garçons donc avec toutes les questions et les préoccupations qu’ils se posent. Evidemment ça parle beaucoup de sexe, ça se questionne plutôt à se sujet… mais ce roman raconte aussi la cruauté des adolescents lorsque Quentin, surnommé « Queue-de-Rat » arrive dans leur collège. Les taquineries deviennent harcèlement, violence, Quentin est le bouc émissaire. Le groupe de copains se met en valeur en rabaissant ce nouvel arrivant. Pendant toute la lecture, j’ai senti sent la tension dramatique monter, le danger arriver, l’issue fatale. Le narrateur, Raphaël, raconte cette année de 3e quelques années après, on comprend donc rapidement qu’un drame s’est produit. La puissance dramatique est haletante, j’ai imaginé plein de choses (sauf ce qui arrive, même si je n’étais pas trop loin). Le roman se concentre autour de leur vie, leur soirée à fumer des joints et à faire des barbecues (cette liberté est un des points qui m’a un peu gênée, comment en 3e peuvent-ils « emprunter » la voiture des parents le soir sans que personne ne s’en rende compte ?), les petits vols, les rivalités amoureux, les défis… ils s’ennuient, traînent, s’amusent et s’entraînent sans mesurer les prises de risque… Ce qui m’a marquée dans ce roman, c’est l’absence d’adulte… ils sont présents de loin, évoqués plus que présents… des parents absents… aucun grand frère… des professeurs malmenés voire débordés, le monde des adultes semble bien insignifiant et incompétent. En revanche, le monde de l’adolescence masculine est violente, crue, terrible et dangereuse, c’est une bande qui bascule vers le drame sans en prendre conscience. Petit bémol (très léger) : pour moi cette histoire se déroulait dans les années 2000 voire avant, or ils ont des portables, ils ont accès à YouTube, bref le roman se déroule de nos jours et du coup les petits rappels à notre époque m’ont gênée… côtoyant au quotidien des adolescents du même âge que les personnages principaux, j’ai le sentiment qu’ils sont moins libres que dans le roman, qu’ils s’occupent différemment, qu’ils peuvent moins facilement se procurer alcool et joint, qu’ils ne peuvent pas « conduire » pour aller passer des soirées dans un cabanon de jardin… peut-être est-ce mon regard sur des adolescents de ville ou de cité (les discussions, défis et relations entre ado en revanche sont bien les mêmes que celles que j’entends dans les couloirs !! et ça c’est très réaliste).

Comme des frères, c’est donc un roman parfois vulgaire (les conversations autour des filles sont bien crues, bien représentatives d’un certains discours adolescents) mais aussi tendre, je pense à Raphaël qui découvre ce que c’est qu’être amoureux… sans l’assumer, sans développer son côté sensible (le regard des copains est quand même omniprésent)… j’ai aimé ce roman, j’ai aimé cette puissance dramatique, j’ai aimé ce dénouement, j’ai aimé cette réflexion sur la culpabilité qu’on porte en nous… Lisez-le, il sort demain en librairie ! Merci aux Editions Iconoclaste pour l’envoi

A crier dans les ruines. Alexandra Koszelyk

A crier dans les ruinesCoup de cœur pour ce roman ❤ Lena et Ivan sont deux adolescents, 13 ans, inséparables, doux rêveurs amoureux, amoureux de la forêt bienveillante, de leur liberté et de leurs légendes… mais en avril 1986 un drame vient interrompre leur enfance… Ce drame c’est celui de Tchernobyl, l’accident de la centrale nucléaire, dont ils sont voisins. Leur ville, Pripiat, est alors une zone contaminée, une zone dangereuse, une zone à fuir mais chaque famille prendra des décisions différentes. Les parents de Léna fuient le plus à l’ouest possible, ils traversent l’Europe et émigrent en France. L’Ukraine est alors un souvenir, un passé dont plus personne ne parle pourtant Léna aurait besoin d’avoir des mots sur ce passé, sur cette ville enchanteresse condamnée sans qu’elle ne comprenne trop bien pourquoi. Mais ses parents ne parleront pas, n’expliqueront pas, n’évoqueront plus l’Ukraine. Alors elle se réfugie dans les contes et légendes celtes, dans les histoires de sa grand-mère et grandit tant bien que mal avec la conscience que son arrachement à Pripiat a été trop violent, qu’une racine est restée là-bas.

« Le roman répondait à des questions laissées en suspens, une brèche s’ouvrait. Les livres n’étaient pas seulement des outils pour apprendre le français ou pour s’évader : ils comblaient cette absence qui la dévorait et étaient un pont de papier entre les rives de ses deux vies. » (p.86)

La famille d’Ivan n’a pas fui, elle a été contrainte par les autorités à abandonner la zone, à survivre dans des logements de fortune… mais la centrale a rendu fou son père, lui qui ne peut vivre que grâce à la forêt, la centrale a désuni leur famille, a provoqué des catastrophes, des morts, des maladies. Ivan est témoin des changements et des transformations… mais il reste, surtout il veut rester et attendre le retour de Léna car il est persuadé qu’elle reviendra sur leur terre, celle de leurs ancêtres.

Un jour, le retour vers la terre de l’enfance devient une évidence pour Léna, un besoin vital. J’ai adoré cette partie, la voir redécouvrir ce que sa ville est devenue, sa forêt… Ce lien à la forêt et à la nature est très beau, très poétique dans les descriptions. J’ai adoré tout le roman, un roman d’amour, un roman sur l’exil, un roman sur les ruines. Je me suis rendue compte que je ne connaissais pas réellement l’histoire de Tchernobyl, l’histoire de ces hommes sacrifiés pour éteindre les premiers feux de la centrale, l’histoire des conséquences sur les populations environnantes et sur l’environnement. J’aurais aimé rester davantage auprès d’Ivan et de Léna mais à la fin du roman, j’ai senti cet apaisement salvateur, tout le monde est à sa place et j’ai pu fermer le roman avec sérénité.

 

Nos étoiles contraires. John Green

Nos étoiles contraires« De toute façon, les véritables héros ne sont pas les gens qui font les choses; les véritables héros sont les gens qui remarquent les choses, qui y prêtent attention. »

Bon tout le monde a lu ce roman… sauf moi… l’an passé quand j’ai avoué à quelques élèves de 4e que je n’avais jamais lu John Green, elles n’en sont pas revenues… et puis j’ai croisé ce roman sur une brocante… et puis des semaines se sont écoulées et là j’ai eu envie de le lire.

Autant le dire tout de suite, le sujet n’a rien de bien réjouissant, deux adolescents atteints de cancers… chimio, cercle de discussion… bref ce n’est pas joyeux… les copains meurent ou se rendent visite aux urgences… et pourtant je n’ai pleuré que dans les dernières pages ! J’ai trouvé que les dialogues manquaient de simplicité ou de spontanéité (on se doute que dans la « vraie » vie, des ado ne parlent par métaphore constamment), un peu à l’américaine mais j’ai apprécié ce roman que je pourrais maintenant conseiller en connaissance de cause.

Hazel, 16 ans, est atteinte d’un cancer, bien que son dernier traitement semble avoir arrêté la maladie, elle se sait condamnée. Munie de sa bouteille d’oxygène, elle se rend quand même à quelques cours à la fac et au groupe de soutien. C’est là qu’elle rencontre Augustus, un garçon en rémission. Les deux adolescents partagent leur humour et leur goût de la littérature. Rapidement ils deviennent inséparables et émerge une intrigue amoureuse.

A la fois roman sur le cancer, roman sur le combat contre la maladie, roman d’amour, roman d’adolescent, c’est sensible, c’est touchant, c’est séduisant…

« La sienne : être trop malade. La vôtre: être trop bien portant. Fût-ce le contraire, vos étoiles n’auraient pas été aussi contrariées, mais c’est dans la nature des étoiles d’être contrariées. »

Avant la télé. Yvan Pommaux.

Avant la télé 1Une découverte à la bibliothèque. En cherchant des romans premières lectures pour mon petit de CP, je suis tombée sur ce roman, cette bande dessinée plutôt.  La couverture m’a tout de suite attirée, elle m’a rappelé la Guerre des boutons. J’aime Yvan Pommaux, son graphisme, ses idées, ses albums sur la mythologie, je n’en connais pas plus mais à chaque fois que je tombe sur un de ses titres, j’aime.

J’ai adoré cette idée : raconter la vie d’un enfant né après la seconde guerre mondiale. j’ai adoré voir les illustrations et lire le récit assez présent tout de même. Pommaux raconte l’école autrefois, les conditions de vie, la vie quotidienne, les prénoms, les tenues, le cinéma… C’est très parlant et je vais m’empresser de l’acquérir pour mes élèves… eux qui ont du mal à comprendre comment on vivait sans téléphone portable, sans internet… Ce petit ouvrage, par son visuel, est vraiment touchant, on est plongé dans les années 50 et on peut se représenter certaines scènes de vie. Mon fils a regardé notamment les pages sur l’école (car il a travaillé sur l’école d’autrefois). On a discuté de comment c’était la génération de papé et mamie et encore plus celle des arrières grands-parents. Maintenant j’aimerai trouvé le même genre d’ouvrage qui évoque le XIXe siècle, si vous avez des idées, je suis preneuse !

Léon. Léon Walter Tillage

LéonVoici un petit récit autobiographique que j’ai découvert grâce à mes 3e. Je voulais leur proposer différentes lectures autobiographiques. J’aime proposer un panel de lecture autour d’un même thème afin que chacun puisse y puiser une lecture qui lui convienne. Donc je cherche des lectures variées, de différents niveaux de difficultés, du classique, du contemporain, parfois des bandes dessinées… bref en fouillant je suis tombée sur ce récit et je me suis tout de suite dit que ça allait leur plaire. D’ailleurs beaucoup on choisit ce titre.

Revenons à Léon. Le sujet est lourd : Léon est petit-fils d’esclave, fils de métayer. Né en 1936, il raconte son histoire. Il se souvient de son enfance en caroline du nord.

« Je me souviens qu’étant petit garçon, je me regardais souvent dans le miroir et je maudissais ce visage noir qui état le mien. Mais à cette époque, on ne nous appelait pas « noir ». on ne parlait pas de « minorité ». On disait « moricaud » ou « nègre ». (p.9)

Il raconte ce que signifie être noir dans les années quarante et cinquante, la discrimination qui ne choque personne, les difficultés financières, les dettes, le travail… Il raconte que sa famille ne comprend pas l’utilité d’une instruction puisque les noirs ne peuvent pas exercer certains métiers. Mais lui, ne voit pas les choses de la même manière « Donc ils ne voyaient pas l’utilité de recevoir une instruction. C’est un des moyens qu’employaient les Blancs pour dominer les Noirs : les priver d’instruction. » Il se souvent  que ses parents disaient : « Ç’a été voulu comme ça. C’est comme ça que ça doit être. Vous n’obtiendrez jamais d’être les égaux des Blancs » mais Léon a refusé cette fatalité. Léon évolue avec son époque et il préfère écouter les paroles de Martin Luther King. Il raconte alors les marches pacifiques.

Ce très court roman autobiographique est très beau, aucune haine, aucune rancœur, aucun pathos… il raconte, il décrit des situations assez simplement ce qui rend ce texte très accessible à des enfants dès 12 ans et parler avec eux des discriminations et des injustices.

« Les Blancs apprenaient à leurs enfants que les Noirs n’avaient pas de sentiments, qu’ils n’avaient pas d’âme. Ce qu’on leu faisait n’avait donc pas d’importance : on pouvait les frapper ou pire, sans jamais pouvoir réussir à leur faire mal. Voilà pourquoi ils nous traitaient comme ça : ils croyaient ce qu’on leur avait dit. »

Le jeu des sept familles. Anne Fine

Le jeu des sept famillesEn ce moment, j’ai envie de renouveler les lectures que je propose à mes élèves alors je pioche un peu au hasard parce que je ne sais pas trop quoi choisir. J’ai ce roman depuis plusieurs années dans mon armoire mais je ne l’avais jamais ouvert. Sans être un grand succès, ce ne fut pas non plus une déception. Disons que je ne sais pas trop quoi en penser, sûrement suis-je trop âgée pour avoir été emballée… j’en parlerais donc à mes élèves, plutôt pour les petits donc mes sixièmes.

Le jeu des sept familles commence comme un roman d’aventures. J’ai souvent pensé au club des cinq (sans trop me souvenir de ces romans) mais il y a cet effet de troupe, puisque les héros sont un groupe d’adolescents. Claudia, Colin, Ralph, Pixie et Robbo sont partis en minibus avec M. Plumey au lieu de prendre le car avec leurs camarades. En route pour un château hanté, ils arrivent avant les autres et s’installent dans leur chambre. Un orage éclate. Entre deux éclairs, ils découvrent une pièce secrète à côté de leur chambre, dedans se trouve un vieux journal intime qui leur fera comprendre qu’ils ont un point commun et qu’ils n’ont pas été choisi au hasard.

Malgré ces petits clichés de départ, Anne Fine traite avec finesse de la question des familles, en effet aucune famille n’est idéale et chaque enfant se confesse et se libère de ses soucis familiaux. Ce roman évoque donc les familles séparées, les familles recomposées et la difficulté de trouver sa place. Un sujet qui peut donc intéresser mes élèves. En revanche, je n’ai pas été sensible à l’écriture, j’ai trouvé qu’il y avait parfois des longueurs et que ça pouvait être confus. Dernier bémol : la fin… ça tombe un peu d’un coup, ils n’est plus question du château hanté, de leur voyage scolaire… tout cela n’était qu’un prétexte et c’est dommage, j’aurais aimé que le roman prenne plus d’envergure.