Mari et femme. Wilkie Collins

Mari et femmeJe termine un roman que j’ai commencé il y a presque un mois… bon 752 pages tout de même… j’ai un petit faible pour Wilkie Collins mais je dois reconnaître que ce n’est pas le meilleur… l’intrigue démarre rapidement, tout de suite on est embarqué. J’ai vite voulu savoir le sort des personnages… mais il y a des longueurs. L’intrigue aurait sûrement gagné à être densifiée. Malgré tout c’est un roman très agréable à lire et le côté enquête policière fonctionne très bien (notamment tau début du roman, on perd un peu cet aspect au fur et à mesure).

Fille d’une épouse déchue et abandonnée, Anne Silvester est élevée par la meilleure amie de sa mère, et devient la préceptrice de Blanche. Blanche et Anne s’aiment comme des sœurs et sont inséparables jusqu’au moment où la chance semble enfin sourire à Anne. Celle-ci s’attache au beau Geoffrey Delamayn, jeune athlète aussi séduisant qu’arrogant. Malheureusement, Geoffrey est aussi un homme de peu de paroles. Il lui promet le mariage mais n’a aucune intention d’honorer sa promesse. Il souhaite plutôt s’unir à Mrs Glenarm, une riche veuve. Collins met en cause la législation des mariages en Ecosse qui pénalise et fragilise grandement les femmes. En effet, cette législation défavorable mas aussi l’absence de scrupules de Geoffrey, ses mensonges et ses tromperies entraînent Anne dans le désespoir. Seule la vérité pourrait lui permettre de retrouver sa dignité… encore une fois Geoffrey, personnage bien sombre et bien malintentionné, ne compte pas se laisser faire. Anne trouvera peut-être une aide (bien inattendue) en la personne d’Hester Dethridge, personnage énigmatique qui pourrait se révéler une surprenante alliée, incarnation de l’impossibilité de la femme à échapper à un mauvais mari…

Mari et femme 1L’intrigue est donc bien ficelée, les thématiques intéressants mais il m’a manqué un petit quelque chose pour être totalement enthousiastes, peut-être une intrigue trop étirée ou trop de personnages secondaires mais sûrement aussi des personnages féminins, les héroïnes, Anne et Blanche, qui, bien que réfléchies et tenaces,  manquent de saveur, de force, de personnalité… C’est bien dommage, j’aurais aimé un personnage féminin, fort ou qui s’affirme, une grande héroïne féminin, un caractère bien trempé…

L’enfant perdue. Elena Ferrante

L'enfant perdue J’attendais cet été pour ouvrir ce quatrième tome de la série. Comme un petit rituel estival… J’ai commencé cette série il y a quatre ans sur mon lieu de vacances et depuis chaque été j’ai lu un des tomes. Quel plaisir une fois encore de retrouver Elena et Lila !

Dans ce dernier tome, Elena et Lila sont adultes. Comme le sous-titre l’indique, il s’agit de suivre la maturité et la vieillesse des deux héroïnes. Elena est en passe de devenir une écrivain célèbre et reconnue. Sur le plan personnel et amoureux, c’est plus compliqué. Elle vit d’escapades avec son amant Nino Sarratore entre Naples, Florence et quelques excursions en France pour voir ses éditrices. Elle vit sa passion amoureuse en laissant ses filles Dede et Elsa à sa belle-mère ce qui entraîne une confrontation immédiate avec  la famille de Pietro. Au fur et à mesure du roman, la vie d’Elena se stabilise et elle trouve une forme d’apaisement. Elle s’installe à Naples dans son ancien quartier, Pietro se révèle finalement un père attentionné, Elena est indépendante et épanouie parvenant à renouer avec ses filles et à vivre de son écriture. Cependant le roman soulève aussi (de manière discrète tout de même) les difficultés d’être une femme écrivain en Italie entre jalousie, rôle de la presse et revenus aléatoires.

« A ce moment-là, que pouvais-je désirer de plus ? Mon nom, le nom d’une moins-que-rien, était définitivement devenu celui de quelqu’un. » (p.376)

Lila, qui cherche à rentrer en contact avec Elena, reste un personnage ambigu. Difficile de savoir ce qu’elle a derrière a tête. Elle essaie d’avertir Elena du caractère de Nino mais sans dire tout ce qu’elle sait. Elle est toujours dans l’arrière -plan d’Elena mais le drame ultime qui va bouleverser la vie de deux amies la remet au centre de l’intrigue et fait revenir l’histoire de deux poupées perdues de leur enfance.

Ce tome est beaucoup plus sombre que les précédents, il est marqué par la perte. Perte de l’enfant comme son titre l’indique, perte des proches (de nombreux personnages décèdent, d’autres partent en Amérique), et surtout perte des illusions. l’amour pour Nino se révèle décevant.

Je me suis délectée de ce roman mais je reconnais que je suis un peu triste de les quitter et de me dire que c’est terminé, elles ont traversé mes quatre étés et si vous n’avez pas déjà lu cette saga, je vous la conseille fortement. Et vous pouvez relire mes avis sur les premiers volumes : Le nouveau nom , L’amie prodigieuse et enfin Celle qui fuit et celle qui reste.

Né d’aucune femme. Franck Bouysse

Né d'aucune femmeJe ne savais pas du tout à quoi m’attendre avec ce roman à la couverture si particulière. J’en suis ressortie chamboulée, c’est un roman très fort. Je l’ai terminé il y a plusieurs semaines et cette impression demeure. C’est un roman qui continue de tournoyer dans ma tête, c’est un roman vibrant parce que la vie de Rose est tellement poignante. C’est un roman dans lequel la noirceur m’a surprise, c’est un roman dans lequel je me suis laissée surprendre par la violence, la folie des hommes et en même temps cette beauté des mots et de l’écriture.

Né d’aucune femme est le récit bouleversant de Rose. Petite fille de la campagne, elle vit avec ses trois sœurs et leurs parents une vie de paysanne simple. Mais la misère est là. Rose est vendue pour quelques pièces par son père. Une nouvelle vie l’attend aux Forges. Rose raconte ce qu’elle vit aux Forges, elle travaille, elle subit son sort sans comprendre qu’elle a été vendue. Elle est confrontée à la violence des adultes, à la cruauté, à l’innommable. Rose se réfugie dans un couvent où elle écrit sa vie, l’écriture lui permet de se soulager, d’apaiser son esprit et son corps qui ont tant souffert. Elle réfléchit à la question de la maternité, s’interroge, pose des mots sur sa douleur.

« Devoir un jour emmener ma fille au cimetière, avant que j’y sois rendue, ça, je pourrais jamais le supporter.

C’était rien qu’un stupide accident, tout va bien maintenant…

Une mère, c’est fabriqué pour s’inquiéter, y a rien à faire contre. »

Ce roman c’est donc Rose, mais aussi Gabriel le prête qui récupère le manuscrit de Rose, qui lit mais c’est également Edmond, le colosse fragile et émouvant.

Avec Né d’aucune femme j’ai découvert une oeuvre vibrante et une écriture, une plume sensible, poignante, sombre, une écriture que je ne suis pas prête d’oublier.

« Il m’a saisi le poignet, m’a déplié les doigts un par un, puis il a déposé le couteau dans ma main, et a replié mes doigts par-dessus, tous à la fois ce coup-ci. Je me suis lassé faire. Il a lâché mon poignet. Je savais pas quoi dire. Je comprenais pas ce que signifiait ce cadeau qu’il me faisait, pas un outil, plutôt une arme pour me défendre, et ça m’a noué encore un peu plus la gorge. Ce n’est pas de moi qu’il faut te méfier, petiote, c’est pas de moi, il a répété avant de tourner les talons. » (p.90)

Une femme à Berlin. Journal.

Une femme dans BerlinVoici un livre que je suis ravie d’avoir découvert et que je vous conseille fortement. C’est un récit autobiographique, le journal qu’une jeune femme, une jeune berlinoise a rédigé sur une courte période, d’avril à juin 1945. Ce témoignage autobiographique, publié de manière anonyme en 1954, relate la chute de Berlin lorsque la ville tombe aux mains des Soviétiques. Berlin est alors occupé par les russes, puis ils fuient, les soldats allemands commencent à rentrer. Il faut survivre… c’est un récit de survie, une lutte contre la mort. Berlin est bombardé, il faut se réfugier dans les caves à chaque alerte en laissant le peu qu’on a aux mains des pilleurs d’appartement. Berlin est une ville en ruines qu’arpente la jeune femme en quête d’eau, d’orties, de quoi que ce soit pour manger. Berlin est assiégé. Les habitants, surtout des habitantes en réalité,  manquent de tout : d’informations, d’eau, de logements, d’hygiène… Ils côtoient la mort à chaque instant. Ils vivent dans les appartements des morts car le leur est détruit, ils vivent avec des gens qu’ils ne connaissent pas… il forme une grande population.

C’est un récit très poignant, très émouvant, glacial… Cette femme décrit cette vie, le quotidien de son « immeuble », les rares petits bonheurs mais également les atrocités de la guerre et notamment les viols et les morts. Elle pose des mots simples, des mots parfois sarcastiques. Elle a un regard humain sur cette vie misérable, sur la honte et l’effroi qui traversent les survivants.  C’est un Berlin perdu et tétanisé, des habitants laissés à eux-mêmes… Ce récit doit être lu. C’est un regard différent, le regard d’une femme, le regard d’une allemande sur cette guerre perdue, le regard d’une civile qui souffre et tente de survivre.

« Toutes ces silhouettes sont pitoyables, ce ne sont plus des hommes qu’on voit là. Ils sont à plaindre. Il n’y a plus rien à attendre ou à espérer d’eux. Ils ont l’air d’avoir déjà perdu, d’être déjà captifs. A nous qui sommes sur le bord du trottoir, ils nous lancent des regards absents et hébétés. » (p.43)

« A l’époque, je me faisais constamment la remarque suivante : mon sentiment, le sentiment de toutes les femmes à l’égard des hommes, était en train de changer. Ils nous font pitié, nous apparaissent affaiblis, misérables. Le sexe faible. Chez les femmes, une espèce de déception collective couve sous la surface. Le monde nazi dominé par les hommes, glorifiant l’homme fort, vacille – et avec lui le mythe de « l’Homme ». A la fin de cette guerre-ci, à côté des nombreuses défaites, il y aura aussi la défaite des hommes en tant que sexe. » (p. 77)

Les dames de Kimoto. Sawako Ariyoshi

La dame de Kimoto 1Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de littérature asiatique et plus spécifiquement japonaise. D’habitude je trouve leurs mots crus, parfois secs mais là ce fut tout le contraire. Sawako Ariyoshi use de mots doux et de délicatesse dans son expression. Elle insiste sur de nombreuses valeurs pour montrer l’importance de la tradition nippone dans l’éducation des filles (puisque le roman se concentre autour des personnages féminins).

Les dames de Kimoto raconte l’histoire de trois générations de femmes japonaises issues de cette famille ancienne et aisée. J’ai beaucoup aimé la relation entre Hana et sa grand-mère Toyono, cette grand-mère dévouée à sa petite fille mais surtout qui cherche à lui apprendre tous les codes, toutes les superstitions, tous les rites, toutes les coutumes nippones pour en faire une femme japonaise parfaite. Le mariage de Hana l’éloigne de sa grand-mère mais elle n’oublie jamais tout ce que la vieille femme a appris et tout ce qu’elle lui doit. Hana devra ensuite vivre dans la famille de son mari et élever ses enfants, notamment sa fille Fumio. A une époque charnière du Japon, à l’aube de la première guerre mondiale, Fumio refuse le rôle de femme soumise de sa mère. Fumio est une jeune fille brillante et rétive à l’apprentissage des arts traditionnels. Elle choisit ses études et milite pour la libération des femmes se mariant avec l’homme de son choix. Hana souffre de cette fille mais elle renoue et retrouve de l’apaisement avec sa petite-fille Hanako. Décidément les relations grand-mère petite-fille m’ont attendries.

La dame de Kimoto 2Ce roman retrace donc l’évolution de la condition féminine, du Japon traditionnel de l’ère Meiji de la fin du XIXe siècle jusqu’après la seconde guerre mondiale à travers la figure centrale de Hana. Une belle saga familiale nippone.

« Depuis plus de vingt ans,sa vie et celle de Hana ne faisaient qu’un. Mais à présent, elles ne seraient plus jamais unies, pas même dans le tombeau familial. Hana se sentait étroitement liée à sa grand-mère. La conscience de leur commun destin féminin les rapprochait plus que jamais. » (p.25)

La goûteuse d’Hitler. Rosella Posterino

La gouteuse d'HitlerLa goûteuse d’Hitler, c’est l’histoire de Rosa Sauer, inspirée de l’histoire de Margot Wölk,  choisie pour être goûteuse d’Hitler. Mais elle n’est pas la seule, elles sont un peu groupe que les SS viennent chercher chez elles, ils les emmènent dans le réfectoire du quartier général d’Hitler, situé en Prusse orientale pour qu’elles goûtent. Ensuite elles restent une heure afin de vérifier qu’il n’y a pas de poison puis les SS les raccompagnent chez elles. Être goûteuse d’Hitler c’est, pour Rosa, se dire qu’elle peut mourir à tout moment mais c’est aussi avec des repas quotidiens. Lors de ces repas, les femmes se livrent un peu, se dévoilent très légèrement, des amitiés naissent mais aussi des rivalités. Ces femmes sont unis à un même sort.

« Mon estomac ne bouillonnait plus : il s’était laissé coloniser. Mon corps avait absorbé la nourriture du Führer, la nourriture du Führer circulait dans mon sang. Hitler était sain et sauf. Et moi, de nouveau affamée. » (p.18)

Rosa vient de Berlin, elle est « l’étrangère », un peu isolée dans ce groupe, elle est la proie d’Elfriede, personnage mystérieux que Rosa ne comprend pas. Rosa est venue en Prusse habiter chez ses beaux-parents qui tiennent une ferme. Son mari, Gregor, s’est engagé dans l’armée comme Allemand, pas comme nazi, se remémore-t-elle souvent. Elle l’attend en songeant à leur unique année de mariage qu’ils ont connu. Elle a hâte de pouvoir reprendre sa vie. La solitude, le poids du secret, les doutes, le manque d’amour… Etre goûteuse c’est aussi être en contact avec le cuisinier d’Hitler, Kümmel mais aussi les différents SS qui travaillent dans ce quartier général, notamment Ziegler. Le roman montre la guerre du poids de vue des Allemands mais surtout du peuple allemand, c’est intéressant mais j’aurais aimé que cet aspect soit plus étoffé.

« Le Führer est resté seul, or la mort est à l’affût, un phénomène qui échappe à tout contrôle, un adversaire qu’on ne peut pas mater. J’ai peur. De quoi, petit loup ? De la grosse Hollandaise qui a essayé de m’embrasser devant tout le monde aux Jeux Olympiques de Berlin. Que tu es bête. J’ai peur des traîtres, de la Gestapo, du cancer de l’estomac. Viens ici, mon petit, je vais te masser le ventre, tu verras, ces coliques vont disparaître. Tu as mangé trop de chocolat. Le poison, j’ai peur du poison. Mais, je suis là : tu ne peux pas avoir peur. Je goûte ta nourriture comme une maman verse sur son poignet le lait du biberon. […] Je suis là, petit loup. Grâce à mon dévouement, tu peux te sentir immortel. » (p.238)

Il s’agit d’un plus d’un roman que d’un récit historique. L’Histoire sert de contexte mais n’est finalement que peu traité. Je regrette la construction de la fin du roman : écrit uniquement par prolepse, j’aurais aimé connaître plus précisément la manière dont Rosa a vécu la fin de la guerre, comment elle a réappris à vivre (je ne peux rien dévoiler des événements) mais on la retrouve en 1990, vieille femme, et on découvre des bribes de vie à rebours.

« Comment elle disait la chanson déjà ? Dix petits râleurs : même les enfants la connaissaient. Si tu n’es pas sage, je t’envoie à Dachau, menaçaient les parents. Dachau au lieu de l’ogre ; Dachau, le lieu de l’ogre. » (p.259)

Tenir jusqu’à l’aube. Carole Fives

Tenir jusqu'à l'aubePetit passage par la littérature contemporaine le temps d’un week-end. Voici un roman que j’aurais pu dévorer d’un coup, lire d’une traite. J’ai beaucoup aimé ce roman même si je dois reconnaître que la fin m’a un peu déçue, peut-être trop abrupte pour moi.

Tenir jusqu’à l’aube, c’est le récit d’une mère célibataire qui tente d’élever son enfant, de boucler les fins de mois, de travailler en free lance avec un petit de 2 ans dans les pattes, de se moquer des remarques alentour sur l’éducation qu’elle propose à son fils (et le grand-père y va de ses remarques, la voisine, la dame du pôle emploi…). Mais c’est surtout le récit de l’épuisement et de la solitude, celle que la vie de maman engendre (et d’autant plus quand on est une maman solo), personne ne l’aide, personne ne lui prend son petit qui ne va pas encore à l’école, elle est isolé, ne parle qu’avec un enfant de 2 ans, ne fréquente plus que les parcs et les airs de jeux. Et se ressent le besoin de vivre. Tenir jusqu’à l’aube, c’est la difficulté de concilier vie de maman et éducation tout en préservant une vie personnelle autre que celle professionnelle : c’est se dire qu’on n’est pas allé au ciné depuis…. (on ne s’en souvient même pas), c’est vivre sans se dire « ah je dois aller le récupérer » « ah c’est l’heure », c’est gérer, maison, enfant, travail en s’oubliant…

Dans ce roman, cette mère souffre malgré tout l’amour et l’attention qu’elle porte à son enfant. Elle fouille les forums espérant trouver des solutions. A toutes les difficultés d’autorité, d’éducation, de solitude viennent s’ajouter celle financièrement et les questions du petit « où est papa ? », petit fort perturbé auquel elle se dévoue… c’est donc une mère avide de liberté qui commence à sortir seule la nuit quand l’enfant dort, prendre l’air, respirer, marcher à son rythme sans chanter « une souris verte »… malgré la culpabilité, elle prend de plus en plus goût à ses échappées nocturnes. Plusieurs fois je me suis dis que ce roman allait tourner au drame, je m’attendais à un récit tragique… non c’est incisif, c’est direct, c’est prenant, c’est révélateur. Un très joli roman sur cette maman « solo », cette maman courageuse

« Qu’est-ce qu’on ferait sans eux ? Tout ce qu’on faisait avant, voyons! Travailler, se préparer une retrait à peu près digne, dormir sept heures d’affilée, retrouver une vie sociale, faire du sport, aller au cinéma, lire et bien sûr, rêver… rêver, n’est-ce pas la chose la plus agréable au monde. » (p.32)

 

Une mort très douce. Simone de Beauvoir

Une mort très douceMe revoici avec Simone de Beauvoir ! Je crois qu’elle me plait de plus en plus et j’ai envie de tout lire d’elle. Après Mémoires d’une jeune fille rangée, j’ai voulu en découvrir plus sur sa relation avec sa mère Françoise et ce court texte vient clore sa relation puisqu’il s’agit de raconter la mort de sa mort. Cette mort est une agonie, des semaines où Simone a vécu auprès de sa mère, a essayé de l’aider, de la soutenir et a réfléchis à leur relation,  une relation complexe qu’elle qualifie de « dépendance chérie et détestée ».

Suite à une chute, les médecins décèlent un cancer à la mère de Simone et de Poupette. Chacune des sœurs prend le relais auprès du chevet de leur mère, voit le corps se dégrader, constate l’avancée de la maladie sur le visage de leur mère mais elles lui taisent et préfèrent la conforter dans son idée qu’il ne s’agit que d’une convalescence.

C’est un récit tendre, émouvant à la fois pudique et intime. Les sœurs prennent soin de leur mère, veillent sur ses nuits cauchemardesques, la rassurent… la relation est inversée dans ces dernières journées de vie qui s’éternisent. La vitalité de Françoise étonne les médecins. Ces lignes sont marquantes, elles ont trouvé un écho en moi. Simone de Beauvoir évoque aussi ce qu’elle ressent, ses sentiments face à ses rémissions, puis les rechutes puis les améliorations, son besoin d’être présente toute en étant épuisée d’y être, sa peur de ne pas être là quand il faudra, son angoisse de ne pas avoir tout dit à sa mère mais son impossibilité de lui dire.

« Le samedi, maman a dormi tout le temps: « C’est bien, lui a dit Poupette. Tu t’es reposée. » Maman a soupiré: « Aujourd’hui, je n’ai pas vécu. » Dur travail de mourir, quand on aime si fort la vie. » p.93

« Quand quelqu’un de cher disparaît, nous payons de mille regrets poignants la faute de survivre. Sa mort nous découvre sa singularité unique ; il devient vaste comme le monde que son absence anéantit pour lui, que sa présence faisait exister tout entier; il nous semble qu’il aurait dû tenir plus de place dans notre vie : à la limite toute la place. » (p.110)

Mémoire de filles. Annie Ernaux

Mémoire de filleDans cette autobiographie, Annie Ernaux centre son récit autour d’un événement, cet été 1958 où elle est monitrice. C’est la première fois qu’elle est en « vacances » sans ses parents. Jeune fille à lunettes, toute en naïvement, elle tente de s’intégrer à une nouvelle niche sociale et aux groupes de mono. Annie Ernaux raconte donc « sa première fois » avec le mono H, mono qui répond à tous les stéréotypes : blond, prof de sport, dragueur…

L’écriture d’Annie Ernaux m’a fort surprise. voici quelques extraits : « Plus je fixe la fille de la photo, plus il me semble que c’est elle qui me regarde. Est-ce qu’elle est moi, cette fille ? Suis-je elle ? […] La fille de la photo n’est pas moi mais elle n’est pas une fiction. Il n’y a personne d’autre au monde sur qui je dispose d’un savoir aussi étendu, inépuisable. » (p.20-21) ou encore ce passage « cette fille-là de 1958, qui est capable à cinquante ans de distance de surgir et de provoquer une débâcle intérieure, a donc une présence cachée, irréductible en moi. Si le réel, c’est ce qui agit, produit des effets, selon la définition du dictionnaire, cette fille n’est pas moi mais elle est réelle en moi. » (p.24), enfin un dernier extrait : « Explorer le gouffre entre l’effarante réalité de ce qui arrive, au moment où ça arrive et l’étrange réalité que revêt, des années après, ce qui est arrivé. » (p.165). Ecrire cet épisode de sa vie est donc un projet compliqué, cette difficulté est palpable, et est confiée au lecteur, à travers l’alternance entre les pronoms « je » et « elle ». Dès lors le récit se construit à l’aide des souvenirs de l’épisode estival traumatisant, mais aussi de l’analyse que l’écrivain en fait après ces décennies, des conséquences immédiates mais aussi du rôle fondateur des traces profondes de cet événement.

Lisant, relisant avidement les Mémoires d’une jeune fille rangée, j’avais évidemment cet intertexte de Simone de Beauvoir en tête d’ailleurs dès le titre avec le terme « Mémoire » on remarque le lien, il faut noter qu’Annie Ernaux évoque souvent Simone de Beauvoir. Ensuite ce fut davantage pour les distinguer, Annie Ernaux intervient énormément dans son récit autobiographique : elle commente, elle mentionne des oublis, des interrogations, elle porte un jugement, elle se moque, elle ajoute une explication. Mais j’ai trouvé aussi qu’elles avaient un point commun : leur milieu dont elles s’échappent et la condition de la femme et des filles (les références au milieu social sont beaucoup moins marquées chez Annie Ernaux que chez Beauvoir) cependant ces références existent : « R est la seule de mes « amies de jeunesse », autrement dit avant l’installation sociale, mariage et métier. » (p.143)

Quel autre titre d’Annie Ernaux me conseillez-vous après celui-ci ? J’aime les récits autobiographiques et j’ai ensuite de continuer ma belle découverte.

La neuvième heure. Alice Mc Dermott

La neuvième heureUn mois pour lire ce roman… la rentrée est passée par là et je déteste prendre autant de temps pour lire un roman. J’ai le sentiment que ça me fait passer à côté d’une partie de l’histoire. Je me sens beaucoup moins dans un livre quand c’est comme ça, je m’attache moins aux personnages parce que je me sens plus éloignée. Ce fut malheureusement le cas avec cette lecture.

A Brooklyn, dans le quartier irlandais, au début du XXe siècle, Annie, une jeune immigrée enceinte, trouve en rentrant chez elle le corps de son mari qui s’est suicidé. Ainsi début le roman d’Alice McDermott. Venue prendre la relève des pompiers, sœur Saint-Sauveur, épuisée par une journée à faire l’aumône, s’occupe de la jeune femme. Très vite, les sœurs se mobiliser pour aider cette jeune femme à subvenir à ses besoins. Tandis que les sœurs s’occupent de sa fille Sally, Annie travaille dans la blanchisserie du convent. L’enfant grandit dans ce couvent, son éducation est religieuse et soeur Jeanne veille à lui enseigner la vision optimiste de la foi.

La partie que j’ai préféré c’est lorsque Sally, jeune femme, commence à accompagner les sœurs, sœur Lucy et sœur Jeanne, au chevet des malades misérables.  Une plongée alors dans les petites maisons des immigrés et dans leur vie difficile. Les descriptions se font alors très réalistes et les maux décrits sont durs.

Entre l’agrégation, le collège, les enfants et la maison, je pense que mon rythme de lecture va sacrement diminuer. Je vais me concentrer sur mes lectures pour le boulot ou des lectures très courtes.