Marche ou rêve. Luc Fivet

Marche ou rêv1Impossible de ne pas vous parler de ce livre tant il m’a séduite tant par son style que par son sujet. C’est ma maman qui me l’a passé et elle a eu bien raison, je n’ai plus qu’un conseil : lisez-le ! Il mérite d’être découvert et lu.

Marche ou rêve c’est l’histoire d’Abdoulaye et de Boubacar qui quittent le Sénégal, traversent la mer dans un rafiot et débarquent en Europe, rejoignent Paris et vivent dans la clandestinité. Marche ou rêve c’est donc l’histoire qui tous ces migrants prêts à prendre de nombreux risques pour espérer une vie meilleure et digne ailleurs. Marche ou rêve c’est donc ce récit, cette quête d’une dignité dans un pays où l’on n’a aucun droit. Il n’y a ni pathos excessif, ni sentimentalisme mais seulement une odyssée incroyable.

Mais aussi une écriture que j’ai adorée ! Luc Fivet manie l’humour noir avec merveille et joue avec les expressions françaises. Je vous en livre quelques extraits car c’est savoureux : « En traversant le rayon des produits frais j’ai failli tomber dans les pommes, les fruits et les légumes étaient exposés sur des étalages aspergés de petits jets d’eau. Dans mon pays, même les enfants n’ont pas droit à un traitement aussi humanitaire. » (p.54) « Monsieur Raoul nous offrait le gîte et le couvercle. » (p.66) « Boubacar vivait vraiment dans sa tour d’y voir » (p. 130) « Le mouvement a fait tâche d’huile et tous les chantiers de France et de l’Avare ont suspendu leurs activités. » (p.190) « S’ils avaient été plus informés ou moins naïfs, les citoyens ne se seraient pas laissé mener en bateau aussi stupidement. Et c’est un type qui a traversé l’océan en pirogue qui vous le dit. »

Marche ou rêve2Marche ou rêve raconte donc la destinée de ces deux hommes depuis la décision de quitter le Sénégal jusqu’à leur vie parisienne. On suit donc leur traversée de l’océan, leur transport en camion, les premières rencontres et les premières désillusions, la volonté d’obtenir des papiers, leur vie clandestine de sans-papier, leur travail, leur peur du contrôle de police… un roman fort et émouvant

Et pour finir mon article une conclusion avec les mots de l’auteur : « Et ce qui devait chavirer chariva. »

La neuvième heure. Alice Mc Dermott

La neuvième heureUn mois pour lire ce roman… la rentrée est passée par là et je déteste prendre autant de temps pour lire un roman. J’ai le sentiment que ça me fait passer à côté d’une partie de l’histoire. Je me sens beaucoup moins dans un livre quand c’est comme ça, je m’attache moins aux personnages parce que je me sens plus éloignée. Ce fut malheureusement le cas avec cette lecture.

A Brooklyn, dans le quartier irlandais, au début du XXe siècle, Annie, une jeune immigrée enceinte, trouve en rentrant chez elle le corps de son mari qui s’est suicidé. Ainsi début le roman d’Alice McDermott. Venue prendre la relève des pompiers, sœur Saint-Sauveur, épuisée par une journée à faire l’aumône, s’occupe de la jeune femme. Très vite, les sœurs se mobiliser pour aider cette jeune femme à subvenir à ses besoins. Tandis que les sœurs s’occupent de sa fille Sally, Annie travaille dans la blanchisserie du convent. L’enfant grandit dans ce couvent, son éducation est religieuse et soeur Jeanne veille à lui enseigner la vision optimiste de la foi.

La partie que j’ai préféré c’est lorsque Sally, jeune femme, commence à accompagner les sœurs, sœur Lucy et sœur Jeanne, au chevet des malades misérables.  Une plongée alors dans les petites maisons des immigrés et dans leur vie difficile. Les descriptions se font alors très réalistes et les maux décrits sont durs.

Entre l’agrégation, le collège, les enfants et la maison, je pense que mon rythme de lecture va sacrement diminuer. Je vais me concentrer sur mes lectures pour le boulot ou des lectures très courtes.

Les complicités involontaires. Nathalie Bauer

Les complicités involontaires1Voici un roman assez déroutant du début à la fin. je ne saurais dire si j’ai aimé ou pas. J’ai adoré certaines parties. J’ai été plus résistante avec d’autres.

Tout d’abord le style m’a gêné. Sans trop comprendre pourquoi j’ai eu du mal à accrocher avec les phrases de Nathalie Bauer, souvent je me suis surprise à les relire, voire à relire un court passage.

Ensuite le roman est construit par croisement d’histoires et de temporalité, d’habitude j’apprécie mais là cette alternance m’a parfois dérangée, sûrement l’envie d’en savoir plus et le sentiment d’être frustrée…

Il y a trois moments dans ce roman: le présent : Corinne, psychiatre reçoit une nouvelle patiente, Zoé B., souffrant d’une mélancolie dont elle estime être née avec. Il s’agit en fait d’une ancienne camarade, lien que Corinne ne rappelle pas à sa patiente, transgressant ainsi un premier interdit. Et voilà le second temps : le passé, celui de la jeunesse de Corinne et Zoé (qui formaient un trio de copines avec une dénommée Agathe), période qui n’a pas su me conquérir. Le troisième temps expliquerait la mélancolie actuelle de Zoé : celle-ci est persuadée de souffrir à cause d’un secret familial qu’elle cherche (grâce à l’analyse psychiatrique) à élucider, ce secret remonterait à ses grands-parents à l’époque de la seconde guerre mondiale. Ces chapitres sont construits sont forme de mémo que Zoé envoie à Corinne, ce sont ces mémos que j’ai préféré dans le roman : remonter le passé, démêler les fils de l’histoire, voir émerger les secrets, mémo parsemé de quelques photos… Je m’attendais à une fin captivante et subjuguant mais quelle déception.. bref la fin m’a déçue, pas de découverte renversante…

Les complicités involontaires2Dans ce roman, certes c’est Zoé qui est la patiente mais cela n’est pas sans conséquence sur Corinne, des images du passé reviennent également et surtout interrogent le présent et le remuent faisant surgir une envie de transgression et de liberté : « Une chose était certaine : le plaisir que j’éprouvais depuis le début de cette histoire à transgresser les interdits, à piétiner les règles mêmes de ma profession, m’emportait sans remords. Il me semblait qu’une autre femme avait surgi en moi, une femme légère, sûre d’elle, bien différente de celle que j’avais toujours été. Et, au lieu de m’effrayer, cela m’enivrait affreusement. » (p. 106-107)

Les complicités involontaires, Nathalie Bauer, Edition Philippe Rey (août 2017)

A la grâce des hommes. Hannah Kent

A la grâce des hommes 1A la grâce des hommes d’Hannah Kent est un roman qui m’a emmenée dans une Islande glaciale (un vrai roman à atmosphère !) mais c’est surtout un roman qui gagne en puissance tout au long de sa lecture, j’ai terminé avec quelques frissons. La fin (même si on la devine aisément) fait froid dans le dos.

Islande, mars 1868. Agnes Magnusdottir est reconnue coupable du meurtre de Natan Ketilsson, son amant, et est condamnée à mort. En attendant l’exécution, la prisonnière est placée comme servante dans une ferme reculée. Le fermier, Jon, sa femme Margret et leurs deux filles, Lauga et Steina sont bien évidemment très réticentes et craintives d’accueillir une criminelle chez eux. Face à l’effroi et à la méfiance de ses hôtes, Agnes se fait discrète. Servante efficace, elle passe également de longs moment à se confier au révérend Toti, nommé pour la guider jusqu’à l’exécution. Peu à peu, Agnes se fait accepter de la famille, la peur diminue et Margret écoute les confessions d’Agnès. Vous l’aurez compris, ce huis-clos, A la grâce des hommes 2renforcé par le silence ou les rafales du vent du Nord, par la neige et la solitude de la ferme, est oppressant.

Ce roman construit à partir d’un fait réel, Agnes Magnusdottir fut la dernière femme condamnée à mort en Islande, laisse donc une large place aux confidences mais également à l’Islande, personnage central du roman. Un roman agréable et fluide bien que l’écriture n’ait rien de particulier, un roman idéal pour les longues soirées d’hiver !

Merci Romanza pour cette découverte.

A la grâce des hommes, Hannah Kent, Pocket édition, octobre 2016

La Tresse. Laetitia Colombani

La tresseUn livre que je voyais sur beaucoup de blogs mais dont je n’ai lu aucun billet… pas intriguée jusqu’au moment où ma voisine me dit « Tiens, je viens de finir un bon bouquin, ça s’appelle La Tresse, je te le prête ? »

Alors voilà une histoire, cella de Smita, Intouchable, qui souhaite pour sa fille une autre vie que la sienne. Elle refuse pour elle la servitude dont elle est l’objet, le mépris et la vie de misère qu’elle mène, vider les excréments des castes supérieures. Tout de suite cette destinée m’a touchée.

Et puis il y a Sarah Cohen, l’avocate réputée, une femme forte et laborieuse, une femme à qui rien ne résiste….

Enfin Guilta, jeune femme sicilienne, qui travaille dans la confection de perruques de son père. Suite à un accident grave de celui-ci, elle va devoir s’imposer tout en découvrant l’amour, celui qui décuple les forces et qui permet de s’affirmer.

Trois femmes déterminées, trois femmes qui se battent, trois âges, trois pays, trois histoires, trois destins. Je me demandais quels liens allaient être tissés et ce fut une surprise car il est très tardif, quelques chapitres avant la fin j’ai deviné le lien entre elles. Je m’attendais à un lien romanesque mais non ce fut un lien métaphorique et symbolique et finalement c’est bien pus joli aussi.

Une belle lecture donc !

La Tresse, Laetitia Colombani, Grasset (mai 2017)

Les filles de l’ouragan. Joyce Maynard

 Voici un joli petit roman bien agréable à lire traitant d’un thème que j’affectionne : les liens familiaux. Ruth Plank et Dana Dickerson sont nées le même jour, le 4 juillet 1950, dans un petit bourg de deux familles différentes. Ruth Plank est la cinquième fille d’un couple de fermiers. Dana est le second enfant d’un couple d’artistes. A priori, tout les oppose, pourtant la mère de Ruth, année après année, maintient le lien entre les deux familles, entre les deux « sœurs d’anniversaire ».

Les filles de l'ouragan

Ruth est mon personnage préféré : physiquement très différente de ses sœurs plus âgées, elle s’intéresse à la terre (contrairement à ses sœurs) et surtout à l’art. Elle dessine, griffonne partout. J’ai aimé le lien qu’elle noue avec son père, un lien de complicité (les baignades dans l’étang) et de partage sur la gestion de la ferme et des plantations. On sent qu’il s’agit de sa préférée et qu’il souhaite lui transmettre l’amour de sa terre, ce que Ruth a en elle aussi. Avec sa mère, c’est plus compliqué. Elle se sent mal à l’aise, pas à sa place, incomprise. Elle voudrait que sa mère la câline, lui coiffe les cheveux avec tendresse mais elle sent une distance et n’ose être elle-même avec sa mère.

Dana ne se sent pas proche du tout de ses parents, faut dire que c’est une famille assez désunie et instable. George, le père, est un farfelu. Sa mère, Val, est une artiste. Le couple déménage sans cesse et n’offre pas un cadre rassurant ni protecteur à ses enfants. D’ailleurs, Ray, l’aîné, que Dana admire et qui représente le seul membre de la famille dont elle se sent proche, quitte le foyer familial rapidement.

J’ai aimé ces histoires de famille. Joyce Maynard alterne un chapitre sur Ruth, un chapitre sur Dana. On suit leur enfance jusqu’à l’âge adulte et même si j’avais compris le secret bien avant sa révélation, cela ne m’a pas gâché ma lecture (il faut dire que j’avais encore des doutes concernant une partie du secret). Joyce Maynard égraine moultes indices au fil de sa narration qui traite des différents sujets : l’agriculture moderne vs l’agriculture traditionnelle et notamment la culture des fraises (lisez ce roman en mangeant des fraises, j’en salivais !), la guerre du Vietnam, l’homosexualité…

Je dois dire que c’est assez perturbant comme secret mais j’ai aimé que l’auteur arrive à maintenir une harmonie. Les vies parallèles de Ruth et Dana se croisent et se frôlent, chacun rencontre des difficultés mais le ton et l’atmosphère demeurent paisibles, un calme règne dans ce roman. Je n’ai pas ressenti d’urgence, de révolte exagérée… les émotions sont canalisées et c’est très agréable à lire. Une lecture idéale pour le printemps (sans oublier le bol de fraises !)

Les filles de l’ouragan, Joyce Maynard, 10/18 (mai 2013)

L’amour dans l’âme. Daphné du Maurier

J’ai adoré ! Quel bonheur de découvrir ce roman paru en 1950 sous le titre La chaîne d’amour (d’ailleurs ce titre est parfaitement adapté, c’est vraiment l’idée d’une chaîne qui unit cette lignée… cela dit, le titre L’Amour dans l’âme est également totalement cohérent avec l’intrigue).

l'amour dans l'âme 1Dès les premières lignes, j’ai été plongée dans cette histoire (ce que les pages suivantes ont vite confirmées), une magnifique fresque familiale comme je les aime. Ce fut une lecture immersion, un véritable bonheur à lire.

Daphné du Maurier nous entraîne auprès d’hommes et de femmes installés à Plyn, un port de la côte sud des Cornouailles. La mer est un personnage à part entière de cette famille, tant elle attire, fascine, rebute, captive, effraie chaque membre. Elle a un impact sur chacun d’eux. Sur quatre générations, on découvre la famille Coombe, des navigateurs, des charpentiers de marine, des notaires, des femmes fortes. Alors évidement le décor était là pour me séduire : la Maison de Lierre isolée, un peu à l’écart du village de Plyn, la Cornouailles, des falaises balayées par le vent, la mer en contre-bas… Mais ce n’est pas seulement le décor qui m’a plu, ce sont surtout les différents personnages de cette lignée.

J’ai tout particulièrement aimé le personnage de Janet Coombe qui vit pour la mer : « Janet Coombe se tenait debout sur la colline surplombant Plyn, le regard fixé sur le port.[…] Il semblait à Janet que la colline était devenue son univers, un petit monde d’ineffable l'amour dans l'âme 2clarté où tous les troubles du cœur venaient s’estomper et mourir. » (p.11). Cette jeune femme, qui rêve de devenir un garçon pour pouvoir voguer sur les flots, a un caractère bien affirmé, elle est entière, déterminée mais sait se montrer sensible et tendre avec son mari, Thomas, ou encore ses enfants. Elle tisse un lien particulier avec Joseph en lequel elle se reconnaît. La mer semble vibrer en eux, je ne sais comment dire mais j’ai aimé ce que Janet dégageait, c’est un personnage fort qui restera gravé dans ma mémoire. Et puis sa relation avec son fils Joseph est unique, obsédante, viscérale. Christopher, son petit-fils, est également un personnage que j’ai beaucoup apprécié (bon en fait ils ont tous leur particularité et je crois que je les ai tous beaucoup aimé…). Personnage tourmenté et inquiet, il a un parcours compliqué et semé d’embûches. Dans ses égarements et tergiversations, je l’ai trouvé très attendrissant. Et puis je ne puis m’empêcher de penser à Jennifer, personnage qui gagne en intensité au fil de sa vie.

Daphné du Maurier dresse donc ici une splendide peinture de la passion humaine, le destin des membres de la famille Coombe si ancré à la mer.

« Janet, Joseph, Christopher, Jennifer : ils demeuraient tous unis par un étrange et même amour, par un même esprit d’inquiétude et de souffrance, par une semblable et intolérable passion pour la beauté et l’indépendance. Ils avaient tous rêvé de mystérieuses aventures et de chemins inconnus, mais n’avaient trouvé de paix qu’à Plyn et les uns par les autres. » (p.445)

L’amour dans l’âme, Daphné du Maurier, édition Le Livre de Poche (janvier 2014)