De beaux jours à venir. Megan Kruse

De beaux jours à venirUn titre prometteur… c’est exactement ce que raconte ce roman, la promesse d’un lendemain meilleur. Car c’est un roman sombre, un roman sur les souffrances physiques et psychologiques d’une femme, un roman sur la lutte de cette femme pour reprendre sa vie en main.

Cela fait des années qu’Amy subit la violence de son mari, souvent devant ses enfants. Mais Amy en a assez et elle parvient à s’échapper avec Jackson, dix-huit ans et Lydia, treize ans. Cachés dans un motel comme refuge, Jackson est persuadé de l’amour que son père éprouve, il retourne chez lui et trahit sa mère et sa sœur. Amy comprend alors qu’elle va devoir agir autrement, fuir plus loin, changer d’identité, laisser Jackson en qui elle ne peut pas avoir confiance…

Chaque chapitre du roman est pris en charge par un membre de la famille (sauf Gary). Parfois Amy revient sur son enfance, sur sa rencontre avec Gary…  et elle analyse avec le recul leur relation mais surtout elle comprend l’aveuglement dont elle a fait preuve. Lydia parle assez peu, elle évoque surtout sa relation avec son frère et ses peurs lorsqu’elle entend les disputes, voit les gestes de violence. Les chapitres concernant Jackson sont assez longs (parfois trop) : c’est un être complexe, celui qui est le plus complexe, il est tiraillé entre la construction de sa personnalité avec notamment la recherche de l’amour paternel mais aussi ses relations amoureuses, son homosexualité (aspect que j’ai trouvé finalement beaucoup développé sans que ça apporte quelque chose à la trame principale). Jackson cherche l’amour et la reconnaissance, il a trahi sa mère et sa sœur et porte cette culpabilité en lui. C’est un être déchiré.

C’est donc un roman dur mais qui ne tombe pas dans le déprimant, l’auteur n’abuse pas du pathos. On s’attache à cette famille, à Amy et on espère pour elle des lendemains meilleurs.

Pique-nique à Hanging Rock. Joan Lindsay

Pique-nique à Hanging RockJe crois que c’est la première fois que je lis de la littérature australienne. J’étais tombée sur ce roman par hasard dans une brocante et la 4e de couverture m’avait attirée : en février 1900, dans un pensionnat anglais en Australie est organisé un pique-nique pour ces jeunes filles en robe mousseline, elles se rendront au pied du mont Macedon, un immense massif rocheux. L’atmosphère anglaise est très présente dans ce roman à la limite du fantastique. Mrs Appleyard tient ce pensionnat. Elle a autorisé ce pique-nique et même les jeunes filles à retirer leurs gants s’il fait chaud, en revanche interdiction d’aller escalader les rochers ou d’aller à l’aventure. Les jeunes filles sont de toute façon accompagnées de Miss McCraw et de Mademoiselle de Poitiers, institutrice française. L’excitation règne, il fait beau, les jeunes filles s’assoupissent dans l’herbe, certaines dessinent, d’autres lisent… un petit groupe de jeunes filles obtient l’autorisation de faire une promenade. Il fait beau, malgré les robes la promenade est agréable et elles sont galvanisées par le paysage, elles franchissent le ruisseau au pied du mont puis disparaissent dans les hauteurs. Elles ne réapparaîtront plus.

« Une telle escalade représentait une entreprise périlleuse même pour des alpinistes expérimentées. Si Albert disait vrai et qu’elles n’étaient encore que des écolières de l’âge de ses sœurs restées en Angleterre, comment avaient-elles pu recevoir l’autorisation de partir seules, à la fin d’une après-midi d’été ? Il se rappela qu’il était maintenant en Australie : l’Australie où tout était possible. » (p.46)

Le mystère est complet… qu’a-t-il pu arriver ? les recherches commencent alors mais aucune piste, aucun corps, aucune nouvelle. L’enquête tourne en rond. Le récit est envoûtant et mystérieux, les personnages énigmatiques. Mrs Appleyard m’a fortement troublée, femme sèche, inquiète pour la réputation de son établissement, elle est rigide et se montre très froide cependant est-elle si insensible à cette disparition ? est-ce seulement l’inquiétude de son établissement qui se vide ? On assiste en parallèle aux recherches à la chute de sa pension pour bonnes familles.

Pique-nique à Hanging Rock est un roman étrange que j’ai beaucoup aimé, ces montagnes rocheuses, ce pensionnat anglais, ces jeunes filles en mousseline, ces cochers… j’aurais aimé que certains personnages sont plus fouillés (le jeune Michael Fitzhubert par exemple) ou encore connaître davantage les pensées de Mrs Appleyard mais cela participe au mystère. J’aurais aimé rester davantage avec certains personnages, ne serait-ce que les jeunes filles qui disparaissent : connaître leurs passés, leurs intentions, leurs personnalités… Cela ne gêne nullement ni la compréhension, ni l’attachement mais uniquement ma curiosité qui n’a pas été assez assouvie. En revanche je n’ai pas du tout aimé la fin, alors que je m’attendais à une révélation finale vu les dernières pages, quelle déception ! dommage c’est le gros bémol de ce roman pénétrant très agréable et très envoûtant ! Si vous le croisez, n’hésitez pas, je dirais que c’est un roman idéal pour des vacances, une écriture agréable et des mystères.

Comme des frères – Claudine Desmarteau

Comme des frèresJe viens de lire la dernière ligne… j’ai dévoré ce roman en deux jours et je crois que j’aurais pu le lire en une journée si je n’avais pas dû travailler… j’ai été comme happée par cette histoire et par cette écriture rude, sèche, crue et tendre.

Comme des frères c’est l’histoire d’un groupe de collégiens, un groupe de garçons qui se connaissent depuis toujours, le narrateur, Kevin, Ryan, Idriss, Thomas, Lucas et Saïd… un groupe de garçons donc avec toutes les questions et les préoccupations qu’ils se posent. Evidemment ça parle beaucoup de sexe, ça se questionne plutôt à se sujet… mais ce roman raconte aussi la cruauté des adolescents lorsque Quentin, surnommé « Queue-de-Rat » arrive dans leur collège. Les taquineries deviennent harcèlement, violence, Quentin est le bouc émissaire. Le groupe de copains se met en valeur en rabaissant ce nouvel arrivant. Pendant toute la lecture, j’ai senti sent la tension dramatique monter, le danger arriver, l’issue fatale. Le narrateur, Raphaël, raconte cette année de 3e quelques années après, on comprend donc rapidement qu’un drame s’est produit. La puissance dramatique est haletante, j’ai imaginé plein de choses (sauf ce qui arrive, même si je n’étais pas trop loin). Le roman se concentre autour de leur vie, leur soirée à fumer des joints et à faire des barbecues (cette liberté est un des points qui m’a un peu gênée, comment en 3e peuvent-ils « emprunter » la voiture des parents le soir sans que personne ne s’en rende compte ?), les petits vols, les rivalités amoureux, les défis… ils s’ennuient, traînent, s’amusent et s’entraînent sans mesurer les prises de risque… Ce qui m’a marquée dans ce roman, c’est l’absence d’adulte… ils sont présents de loin, évoqués plus que présents… des parents absents… aucun grand frère… des professeurs malmenés voire débordés, le monde des adultes semble bien insignifiant et incompétent. En revanche, le monde de l’adolescence masculine est violente, crue, terrible et dangereuse, c’est une bande qui bascule vers le drame sans en prendre conscience. Petit bémol (très léger) : pour moi cette histoire se déroulait dans les années 2000 voire avant, or ils ont des portables, ils ont accès à YouTube, bref le roman se déroule de nos jours et du coup les petits rappels à notre époque m’ont gênée… côtoyant au quotidien des adolescents du même âge que les personnages principaux, j’ai le sentiment qu’ils sont moins libres que dans le roman, qu’ils s’occupent différemment, qu’ils peuvent moins facilement se procurer alcool et joint, qu’ils ne peuvent pas « conduire » pour aller passer des soirées dans un cabanon de jardin… peut-être est-ce mon regard sur des adolescents de ville ou de cité (les discussions, défis et relations entre ado en revanche sont bien les mêmes que celles que j’entends dans les couloirs !! et ça c’est très réaliste).

Comme des frères, c’est donc un roman parfois vulgaire (les conversations autour des filles sont bien crues, bien représentatives d’un certains discours adolescents) mais aussi tendre, je pense à Raphaël qui découvre ce que c’est qu’être amoureux… sans l’assumer, sans développer son côté sensible (le regard des copains est quand même omniprésent)… j’ai aimé ce roman, j’ai aimé cette puissance dramatique, j’ai aimé ce dénouement, j’ai aimé cette réflexion sur la culpabilité qu’on porte en nous… Lisez-le, il sort demain en librairie ! Merci aux Editions Iconoclaste pour l’envoi

A crier dans les ruines. Alexandra Koszelyk

A crier dans les ruinesCoup de cœur pour ce roman ❤ Lena et Ivan sont deux adolescents, 13 ans, inséparables, doux rêveurs amoureux, amoureux de la forêt bienveillante, de leur liberté et de leurs légendes… mais en avril 1986 un drame vient interrompre leur enfance… Ce drame c’est celui de Tchernobyl, l’accident de la centrale nucléaire, dont ils sont voisins. Leur ville, Pripiat, est alors une zone contaminée, une zone dangereuse, une zone à fuir mais chaque famille prendra des décisions différentes. Les parents de Léna fuient le plus à l’ouest possible, ils traversent l’Europe et émigrent en France. L’Ukraine est alors un souvenir, un passé dont plus personne ne parle pourtant Léna aurait besoin d’avoir des mots sur ce passé, sur cette ville enchanteresse condamnée sans qu’elle ne comprenne trop bien pourquoi. Mais ses parents ne parleront pas, n’expliqueront pas, n’évoqueront plus l’Ukraine. Alors elle se réfugie dans les contes et légendes celtes, dans les histoires de sa grand-mère et grandit tant bien que mal avec la conscience que son arrachement à Pripiat a été trop violent, qu’une racine est restée là-bas.

« Le roman répondait à des questions laissées en suspens, une brèche s’ouvrait. Les livres n’étaient pas seulement des outils pour apprendre le français ou pour s’évader : ils comblaient cette absence qui la dévorait et étaient un pont de papier entre les rives de ses deux vies. » (p.86)

La famille d’Ivan n’a pas fui, elle a été contrainte par les autorités à abandonner la zone, à survivre dans des logements de fortune… mais la centrale a rendu fou son père, lui qui ne peut vivre que grâce à la forêt, la centrale a désuni leur famille, a provoqué des catastrophes, des morts, des maladies. Ivan est témoin des changements et des transformations… mais il reste, surtout il veut rester et attendre le retour de Léna car il est persuadé qu’elle reviendra sur leur terre, celle de leurs ancêtres.

Un jour, le retour vers la terre de l’enfance devient une évidence pour Léna, un besoin vital. J’ai adoré cette partie, la voir redécouvrir ce que sa ville est devenue, sa forêt… Ce lien à la forêt et à la nature est très beau, très poétique dans les descriptions. J’ai adoré tout le roman, un roman d’amour, un roman sur l’exil, un roman sur les ruines. Je me suis rendue compte que je ne connaissais pas réellement l’histoire de Tchernobyl, l’histoire de ces hommes sacrifiés pour éteindre les premiers feux de la centrale, l’histoire des conséquences sur les populations environnantes et sur l’environnement. J’aurais aimé rester davantage auprès d’Ivan et de Léna mais à la fin du roman, j’ai senti cet apaisement salvateur, tout le monde est à sa place et j’ai pu fermer le roman avec sérénité.

 

Une petite princesse. Frances Hodgson Burnett

Une petite princesseIl y a des histoires qui sont comme des petits bonbons que l’on déguste et qui sont de plus en plus savoureux. Une fois terminé, on aurait en reprendre un autre… Une petite princesse fut de ces lectures-là… un petit goût délicat plus les pages tournaient… Une histoire que j’aurais aimé faire découvrir à une petite fille, une histoire je conseillerais facilement à mes petites élèves (parce que, oui, c’est une lecture féminine, pas sûre du tout qu’un garçon adhère). Et surtout une histoire parfaitement de saison puisqu’une partie se déroule à Noël.

Une petite princesse est un conte : Sarah Crewe est la fille d’un riche anglais installé aux Indes qui s’occupe d’une mine de diamants. Habillée des plus beaux vêtements, fourrure et hermine, Sarah ne manque de rien et est parfaitement éduquée. C’est d’ailleurs pour parfaire son éducation que son père décide qu’elle sera pensionnaire à Londres dans une maison pour jeunes filles de bonne famille, tenue par Miss Minchin. Sarah est la pensionnaire la plus choyée du pensionnat, rien ne lui est refusé. Cependant elle a des qualités de princesse, attentive aux autres, elle est empathie, bienveillante et partage volontiers ce qui lui vaut de belles amitiés mais une rancune inconditionnée de Miss Minchin. Jusqu’au jour où son père meurt, Miss Minchin devient alors injuste et cruelle, sa pensionnaire lui riche, devient un poids financier. Hors de question que cette petite ne lui serve à rien, Sarah devient alors une servante misérable, une petite fille de la mansarde marchant dans la neige et le froid, souffrant de faim… c’est sans compter sur l’attention des autres, une boulangère, un indien… La magie entre dans sa mansarde pour une fin digne d’un conte de fée. Cette dimension féérique m’a souvent fait penser à La Petite fille aux allumettes d’Andersen, conte que j’aime beaucoup. L’écriture de Frances Hodgson Burnett est proche de celle d’Andersen, un conte à la fois merveilleux mais aussi cruel car réaliste. J’ai aussi pensé à Dickens et à son Conte de Noël…  

Une journée d’automne. Wallace Stegner

DSC06605Petit roman parfait en ce moment ! J’ai adoré le lire en quelques heures, un vrai délice et un privilège qui ne m’arrive que rarement. Ce n’est pas la lecture inoubliable mais ce fut un très joli moment de lecture.

Margaret, mariée à Alec, accueille, après la mort de leur père, sa sœur, sa cadette de quelques années Elspeth dans leur magnifique ferme de l’Iowa. Toutes deux sont très différentes : Margaret est très attachée aux conventions, aux respects des traditions, à la convenance. Elle s’occupe de son foyer avec délice et dévouement et prend soin de son époux Alec, fermier émouvant et tendre. Ils forment un couple attachant. Lorsqu’Elspeth quitta l’Ecosse pour venir s’installer avec eux, elle ne comprend pas trop la rigueur de sa sœur. Elle aime se promener dans la nature, elle aime rire et prendre la vie avec légèreté, s’émerveillant de tout et de rien.

Une journée d’automne c’est donc cette journée où tout bascule, où les relations dans ce trio évoluent, où les apparences doivent être sauvées, où l’avenir est modifié… une journée qui suivit à bouleverser la paisible vie campagnarde cependant personne ne doit être au courant et le secret devra être préservé coûte que coûte. Après l’irréparable, chacune se transforment, se décharnent, vieillissent prématurément ravagée par le pêché et par la froideur de son âme… cependant la fin est touchante et pleine d’espoir. L’écriture de Wallace Stegner est douce. Les personnages sont d’une sérennité incroyable, d’une maîtrise d’eux-même que j’ai trouvé tellement admirable. Pas de pathos, pas d’envolée lyrique, pas d’effusion… mais un récit âpre et bref, une virtualité qu’on pourrait comparer aux nouvelles de Maupassant.

Bravo aux éditions Gallmeister d’avoir édité ce premier roman de Wallace Stegner écrit en 1937. Première fois que je lis un roman des éditions Gallmeister : les couvertures sont toutes plus belles les unes que les autres et j’ai apprécié le format et le papier qui est très agréable, j’ai beaucoup aimé la typographie. Une édition qu’il est fort confortable de lire !

Couleurs de l’incendie. Pierre Lemaître

Couleurs de l'incendieQuel bonheur de retrouver Madeleine Péricourt et l’écriture de Pierre Lemaître!

J’avais adoré Au revoir là-haut, j’avais découvert une plume teintée d’humour, de légèreté, de sarcasme pour évoquer des sujets graves et sérieux. J’ai moins retrouvé cela dans ce roman mais tout de même, j’ai apprécié cette lecture. C’est plus l’intrigue qui m’a moins captivée. Néanmoins j’ai lu ce roman presque d’une traite donc c’est plutôt bon signe !

Le roman commence en 1927, on assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. On retrouve différents personnages d’Au revoir là-haut, j’ai apprécié les retrouver même si je reconnais que parfois j’avais du mal à resituer le personnage, à m’en rappeler et je trouvais que Pierre Lemaître ne redonnait que peu d’indices. Les romans gagnent certainement à être lus à la suite (et pas avec presque deux ans d’intervalle comme moi). Donc suite aux obsèques, c’est Madeleine, divorcée de d’Aulney-Pradelle, qui doit hériter de l’empire financier de son père. Cependant son fils, Paul, dans un geste tragique, inattendu et déroutant, va modifier les plans et le destin de sa mère.

C’est là que l’histoire s’enclenche et que Madeleine devient tout autre. Désir de vengeance, volonté de fer, manigances, corruption, déclassement, trafic d’influence, faillite, corruption,  le roman fourmille de rebondissements et c’est savoureux! La narration est menée à un rythme endiablé, il n’y a jamais de temps perdu, on reprend à peine son souffle, jubilatoire. Ce que j’aime aussi ce sont les personnages. Ils sont tous extrêmement forts, soit détestable, soit touchant… leurs traits sont campés avec force et ils possèdent une véritable individualité. Tandis que Madeleine apparaissait comme un être fragile dans Au revoir là-haut, elle acquiert ici un vrai statut, elle gagne en profondeur, en liberté et en dignité. Sa personnalité s’affirme. Seule, elle navigue dans cette crise des années 30 que peint l’auteur. Car Couleurs de l’incendie c’est aussi une fresque historique qui raconte l’affirmation du capitalisme, la montée du fascisme et la menace nazie qui s’apprête à gagner l’Europe. Plus j’écris et plus je me rends compte que ce roman est savoureux, que le ton truculent est un petit bonheur, que ce roman est un bonbon acide et doux à savourer pleinement.

 

Deux soeurs. D. Foenkinos

Deux soeursAprès en avoir entendu beaucoup parler, j’ai lu moi aussi Deux Sœurs, le dernier roman de David Foenkinos, sorti en mars dernier. J’ai laissé passer la vague médiatique et ma mémoire étant sympa, j’avais oublié ce que j’avais entendu sur ce roman.

Je dois dire que ce n’est pas mon roman préféré de Foenkinos et que plus ma lecture avançait, plus j’ai été déçue. Je trouve que l’histoire est trop rapide, que les personnages manquent d’étoffe, que la transformation de l’héroïne ne paraît pas crédible… j’ai eu le sentiment de lire une ébauche, une trame de roman (au sujet intéressant) mais il manquait pour moi de l’épaisseur. Je n’ai pas été enthousiasmé comme cela m’était arrivé pour Charlotte (qui reste pour moi le plus beau).

Pourtant je trouve que le sujet est intéressant : une femme, professeur de français de surcroît, est quittée du jour au lendemain pour son compagnon. Pour Mathilde, c’est l’univers qui s’écroule. Peu à peu, tout lui glisse entre les doigts et elle ne maîtrise plus sa vie. Elle se sait pas faire le deuil de cet amour perdu, elle ne sait pas comment avancer avec cette perte, ce vide, ce fantôme… Elle est alors recueillie par sa sœur, Agathe, son mari et leur petite fille. C’est à partir de là que Mathilde change, que la femme douce et bienveillante se métamorphise. C’est à partir de là que j’ai commencé à ne plus y croire. C’est à partir de là que j’aurais aimé que les personnages prennent de l’ampleur, que le roman s’étoffe afin de découvrir ce huis-clos familial autrement. J’aurais aimé que la psychologie soit davantage développée afin d’adhérer plus facilement à cette histoire. Malgré ce manque d’épaisseur, ce roman reste agréable à lire et je sais déjà quel projet livre de Foenkinos je lirais (en espérant qu’il me plaise davantage).

 

Né d’aucune femme. Franck Bouysse

Né d'aucune femmeJe ne savais pas du tout à quoi m’attendre avec ce roman à la couverture si particulière. J’en suis ressortie chamboulée, c’est un roman très fort. Je l’ai terminé il y a plusieurs semaines et cette impression demeure. C’est un roman qui continue de tournoyer dans ma tête, c’est un roman vibrant parce que la vie de Rose est tellement poignante. C’est un roman dans lequel la noirceur m’a surprise, c’est un roman dans lequel je me suis laissée surprendre par la violence, la folie des hommes et en même temps cette beauté des mots et de l’écriture.

Né d’aucune femme est le récit bouleversant de Rose. Petite fille de la campagne, elle vit avec ses trois sœurs et leurs parents une vie de paysanne simple. Mais la misère est là. Rose est vendue pour quelques pièces par son père. Une nouvelle vie l’attend aux Forges. Rose raconte ce qu’elle vit aux Forges, elle travaille, elle subit son sort sans comprendre qu’elle a été vendue. Elle est confrontée à la violence des adultes, à la cruauté, à l’innommable. Rose se réfugie dans un couvent où elle écrit sa vie, l’écriture lui permet de se soulager, d’apaiser son esprit et son corps qui ont tant souffert. Elle réfléchit à la question de la maternité, s’interroge, pose des mots sur sa douleur.

« Devoir un jour emmener ma fille au cimetière, avant que j’y sois rendue, ça, je pourrais jamais le supporter.

C’était rien qu’un stupide accident, tout va bien maintenant…

Une mère, c’est fabriqué pour s’inquiéter, y a rien à faire contre. »

Ce roman c’est donc Rose, mais aussi Gabriel le prête qui récupère le manuscrit de Rose, qui lit mais c’est également Edmond, le colosse fragile et émouvant.

Avec Né d’aucune femme j’ai découvert une oeuvre vibrante et une écriture, une plume sensible, poignante, sombre, une écriture que je ne suis pas prête d’oublier.

« Il m’a saisi le poignet, m’a déplié les doigts un par un, puis il a déposé le couteau dans ma main, et a replié mes doigts par-dessus, tous à la fois ce coup-ci. Je me suis lassé faire. Il a lâché mon poignet. Je savais pas quoi dire. Je comprenais pas ce que signifiait ce cadeau qu’il me faisait, pas un outil, plutôt une arme pour me défendre, et ça m’a noué encore un peu plus la gorge. Ce n’est pas de moi qu’il faut te méfier, petiote, c’est pas de moi, il a répété avant de tourner les talons. » (p.90)

Splendeurs et Fureurs. Christina Stead

Splendeurs et fureurs.JPGCe fut une lecture difficile… j’ai eu du mal à me plonger dedans. Je ne lisais que par petite tranche et cela ne m’a pas permis de rentrer pleinement dans ce roman qui est essentiellement psychologique.

Splendeurs et Fureurs est le récit d’une histoire d’amour entre Elvira Western et Oliver Fenton, un étudiant anglais qui a réveillé ses sentiments : « Je vous aime, vous m’aimez, nous nous aimons, vous serez tout pour moi, je serai tout pour vous : c’est le début d’une chanson de noce polonaise… Comment pouvez-vous me résister ?… Vous êtes enterrée vive. Réveillez-vous, Elvira, venez, venez à moi… Je pense à vous nuit et jour. Ma vie entière est à vous, je la soufflerai en vous. Je vous vénère. Je respire pour vous rendre heureuse. » (p.14) Elvira a donc quitté son mari et Londres pour le rejoindre à Paris et vivre son idylle. Une fois à Paris, ils fréquentent les cafés de Saint-Germain et rencontrent des danseurs de cabaret, des femmes entretenues, des journalistes débauchés… sans compter sur le retour de Paul, son époux, qui tente de la reconquérir, elle qui commence à douter de son choix.

L’histoire d’amour devient dont un triangle amoureux. Dès le début j’ai été marquée par le ton et les remarques sur la féminité et la condition féminine des années 30 mais également cette pointe d’humour britannique. Mais aussi cette analyse si précise des détails et de la psychologie, il est inévitable de ne pas penser à Virginia Wolf tant l’écriture de Christina Stead rappelle la romancière anglaise. Si je récapitule j’ai beaucoup aimé et admiré l’écriture mais j’ai été nettement moins convaincu par l’intrigue et le déroulement de celle-ci.

« Oh! Quand je pense que j’ai renoncé à mon ancienne vie d’épouse et que, en tant que femme sans profession et sans situation, je ne suis toujours pas libre… Quelle amertume ! On devrait me délivrer un permis pour jouer les filles de joie. Comme je regrette, comme je regrette, lança-t-elle violemment. J’ai commis une erreur en vous écoutant. Je suis de cinq ans votre aînée, je ne peux pas recommencer ma vie à zéro avec un jeune homme. J’en suis déjà passée par là avec Paul. J’ai envie d’autre chose. Seul le désir d’avoir un enfant me… et voilà que… on me l’interdit. Oh ! Comme je hais la société, comme je hais la prison qu’elle impose aux femmes ! » (p. 177)