Une petite princesse. Frances Hodgson Burnett

Une petite princesseIl y a des histoires qui sont comme des petits bonbons que l’on déguste et qui sont de plus en plus savoureux. Une fois terminé, on aurait en reprendre un autre… Une petite princesse fut de ces lectures-là… un petit goût délicat plus les pages tournaient… Une histoire que j’aurais aimé faire découvrir à une petite fille, une histoire je conseillerais facilement à mes petites élèves (parce que, oui, c’est une lecture féminine, pas sûre du tout qu’un garçon adhère). Et surtout une histoire parfaitement de saison puisqu’une partie se déroule à Noël.

Une petite princesse est un conte : Sarah Crewe est la fille d’un riche anglais installé aux Indes qui s’occupe d’une mine de diamants. Habillée des plus beaux vêtements, fourrure et hermine, Sarah ne manque de rien et est parfaitement éduquée. C’est d’ailleurs pour parfaire son éducation que son père décide qu’elle sera pensionnaire à Londres dans une maison pour jeunes filles de bonne famille, tenue par Miss Minchin. Sarah est la pensionnaire la plus choyée du pensionnat, rien ne lui est refusé. Cependant elle a des qualités de princesse, attentive aux autres, elle est empathie, bienveillante et partage volontiers ce qui lui vaut de belles amitiés mais une rancune inconditionnée de Miss Minchin. Jusqu’au jour où son père meurt, Miss Minchin devient alors injuste et cruelle, sa pensionnaire lui riche, devient un poids financier. Hors de question que cette petite ne lui serve à rien, Sarah devient alors une servante misérable, une petite fille de la mansarde marchant dans la neige et le froid, souffrant de faim… c’est sans compter sur l’attention des autres, une boulangère, un indien… La magie entre dans sa mansarde pour une fin digne d’un conte de fée. Cette dimension féérique m’a souvent fait penser à La Petite fille aux allumettes d’Andersen, conte que j’aime beaucoup. L’écriture de Frances Hodgson Burnett est proche de celle d’Andersen, un conte à la fois merveilleux mais aussi cruel car réaliste. J’ai aussi pensé à Dickens et à son Conte de Noël…  

Une journée d’automne. Wallace Stegner

DSC06605Petit roman parfait en ce moment ! J’ai adoré le lire en quelques heures, un vrai délice et un privilège qui ne m’arrive que rarement. Ce n’est pas la lecture inoubliable mais ce fut un très joli moment de lecture.

Margaret, mariée à Alec, accueille, après la mort de leur père, sa sœur, sa cadette de quelques années Elspeth dans leur magnifique ferme de l’Iowa. Toutes deux sont très différentes : Margaret est très attachée aux conventions, aux respects des traditions, à la convenance. Elle s’occupe de son foyer avec délice et dévouement et prend soin de son époux Alec, fermier émouvant et tendre. Ils forment un couple attachant. Lorsqu’Elspeth quitta l’Ecosse pour venir s’installer avec eux, elle ne comprend pas trop la rigueur de sa sœur. Elle aime se promener dans la nature, elle aime rire et prendre la vie avec légèreté, s’émerveillant de tout et de rien.

Une journée d’automne c’est donc cette journée où tout bascule, où les relations dans ce trio évoluent, où les apparences doivent être sauvées, où l’avenir est modifié… une journée qui suivit à bouleverser la paisible vie campagnarde cependant personne ne doit être au courant et le secret devra être préservé coûte que coûte. Après l’irréparable, chacune se transforment, se décharnent, vieillissent prématurément ravagée par le pêché et par la froideur de son âme… cependant la fin est touchante et pleine d’espoir. L’écriture de Wallace Stegner est douce. Les personnages sont d’une sérennité incroyable, d’une maîtrise d’eux-même que j’ai trouvé tellement admirable. Pas de pathos, pas d’envolée lyrique, pas d’effusion… mais un récit âpre et bref, une virtualité qu’on pourrait comparer aux nouvelles de Maupassant.

Bravo aux éditions Gallmeister d’avoir édité ce premier roman de Wallace Stegner écrit en 1937. Première fois que je lis un roman des éditions Gallmeister : les couvertures sont toutes plus belles les unes que les autres et j’ai apprécié le format et le papier qui est très agréable, j’ai beaucoup aimé la typographie. Une édition qu’il est fort confortable de lire !

Couleurs de l’incendie. Pierre Lemaître

Couleurs de l'incendieQuel bonheur de retrouver Madeleine Péricourt et l’écriture de Pierre Lemaître!

J’avais adoré Au revoir là-haut, j’avais découvert une plume teintée d’humour, de légèreté, de sarcasme pour évoquer des sujets graves et sérieux. J’ai moins retrouvé cela dans ce roman mais tout de même, j’ai apprécié cette lecture. C’est plus l’intrigue qui m’a moins captivée. Néanmoins j’ai lu ce roman presque d’une traite donc c’est plutôt bon signe !

Le roman commence en 1927, on assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. On retrouve différents personnages d’Au revoir là-haut, j’ai apprécié les retrouver même si je reconnais que parfois j’avais du mal à resituer le personnage, à m’en rappeler et je trouvais que Pierre Lemaître ne redonnait que peu d’indices. Les romans gagnent certainement à être lus à la suite (et pas avec presque deux ans d’intervalle comme moi). Donc suite aux obsèques, c’est Madeleine, divorcée de d’Aulney-Pradelle, qui doit hériter de l’empire financier de son père. Cependant son fils, Paul, dans un geste tragique, inattendu et déroutant, va modifier les plans et le destin de sa mère.

C’est là que l’histoire s’enclenche et que Madeleine devient tout autre. Désir de vengeance, volonté de fer, manigances, corruption, déclassement, trafic d’influence, faillite, corruption,  le roman fourmille de rebondissements et c’est savoureux! La narration est menée à un rythme endiablé, il n’y a jamais de temps perdu, on reprend à peine son souffle, jubilatoire. Ce que j’aime aussi ce sont les personnages. Ils sont tous extrêmement forts, soit détestable, soit touchant… leurs traits sont campés avec force et ils possèdent une véritable individualité. Tandis que Madeleine apparaissait comme un être fragile dans Au revoir là-haut, elle acquiert ici un vrai statut, elle gagne en profondeur, en liberté et en dignité. Sa personnalité s’affirme. Seule, elle navigue dans cette crise des années 30 que peint l’auteur. Car Couleurs de l’incendie c’est aussi une fresque historique qui raconte l’affirmation du capitalisme, la montée du fascisme et la menace nazie qui s’apprête à gagner l’Europe. Plus j’écris et plus je me rends compte que ce roman est savoureux, que le ton truculent est un petit bonheur, que ce roman est un bonbon acide et doux à savourer pleinement.

 

Deux soeurs. D. Foenkinos

Deux soeursAprès en avoir entendu beaucoup parler, j’ai lu moi aussi Deux Sœurs, le dernier roman de David Foenkinos, sorti en mars dernier. J’ai laissé passer la vague médiatique et ma mémoire étant sympa, j’avais oublié ce que j’avais entendu sur ce roman.

Je dois dire que ce n’est pas mon roman préféré de Foenkinos et que plus ma lecture avançait, plus j’ai été déçue. Je trouve que l’histoire est trop rapide, que les personnages manquent d’étoffe, que la transformation de l’héroïne ne paraît pas crédible… j’ai eu le sentiment de lire une ébauche, une trame de roman (au sujet intéressant) mais il manquait pour moi de l’épaisseur. Je n’ai pas été enthousiasmé comme cela m’était arrivé pour Charlotte (qui reste pour moi le plus beau).

Pourtant je trouve que le sujet est intéressant : une femme, professeur de français de surcroît, est quittée du jour au lendemain pour son compagnon. Pour Mathilde, c’est l’univers qui s’écroule. Peu à peu, tout lui glisse entre les doigts et elle ne maîtrise plus sa vie. Elle se sait pas faire le deuil de cet amour perdu, elle ne sait pas comment avancer avec cette perte, ce vide, ce fantôme… Elle est alors recueillie par sa sœur, Agathe, son mari et leur petite fille. C’est à partir de là que Mathilde change, que la femme douce et bienveillante se métamorphise. C’est à partir de là que j’ai commencé à ne plus y croire. C’est à partir de là que j’aurais aimé que les personnages prennent de l’ampleur, que le roman s’étoffe afin de découvrir ce huis-clos familial autrement. J’aurais aimé que la psychologie soit davantage développée afin d’adhérer plus facilement à cette histoire. Malgré ce manque d’épaisseur, ce roman reste agréable à lire et je sais déjà quel projet livre de Foenkinos je lirais (en espérant qu’il me plaise davantage).

 

Né d’aucune femme. Franck Bouysse

Né d'aucune femmeJe ne savais pas du tout à quoi m’attendre avec ce roman à la couverture si particulière. J’en suis ressortie chamboulée, c’est un roman très fort. Je l’ai terminé il y a plusieurs semaines et cette impression demeure. C’est un roman qui continue de tournoyer dans ma tête, c’est un roman vibrant parce que la vie de Rose est tellement poignante. C’est un roman dans lequel la noirceur m’a surprise, c’est un roman dans lequel je me suis laissée surprendre par la violence, la folie des hommes et en même temps cette beauté des mots et de l’écriture.

Né d’aucune femme est le récit bouleversant de Rose. Petite fille de la campagne, elle vit avec ses trois sœurs et leurs parents une vie de paysanne simple. Mais la misère est là. Rose est vendue pour quelques pièces par son père. Une nouvelle vie l’attend aux Forges. Rose raconte ce qu’elle vit aux Forges, elle travaille, elle subit son sort sans comprendre qu’elle a été vendue. Elle est confrontée à la violence des adultes, à la cruauté, à l’innommable. Rose se réfugie dans un couvent où elle écrit sa vie, l’écriture lui permet de se soulager, d’apaiser son esprit et son corps qui ont tant souffert. Elle réfléchit à la question de la maternité, s’interroge, pose des mots sur sa douleur.

« Devoir un jour emmener ma fille au cimetière, avant que j’y sois rendue, ça, je pourrais jamais le supporter.

C’était rien qu’un stupide accident, tout va bien maintenant…

Une mère, c’est fabriqué pour s’inquiéter, y a rien à faire contre. »

Ce roman c’est donc Rose, mais aussi Gabriel le prête qui récupère le manuscrit de Rose, qui lit mais c’est également Edmond, le colosse fragile et émouvant.

Avec Né d’aucune femme j’ai découvert une oeuvre vibrante et une écriture, une plume sensible, poignante, sombre, une écriture que je ne suis pas prête d’oublier.

« Il m’a saisi le poignet, m’a déplié les doigts un par un, puis il a déposé le couteau dans ma main, et a replié mes doigts par-dessus, tous à la fois ce coup-ci. Je me suis lassé faire. Il a lâché mon poignet. Je savais pas quoi dire. Je comprenais pas ce que signifiait ce cadeau qu’il me faisait, pas un outil, plutôt une arme pour me défendre, et ça m’a noué encore un peu plus la gorge. Ce n’est pas de moi qu’il faut te méfier, petiote, c’est pas de moi, il a répété avant de tourner les talons. » (p.90)

Splendeurs et Fureurs. Christina Stead

Splendeurs et fureurs.JPGCe fut une lecture difficile… j’ai eu du mal à me plonger dedans. Je ne lisais que par petite tranche et cela ne m’a pas permis de rentrer pleinement dans ce roman qui est essentiellement psychologique.

Splendeurs et Fureurs est le récit d’une histoire d’amour entre Elvira Western et Oliver Fenton, un étudiant anglais qui a réveillé ses sentiments : « Je vous aime, vous m’aimez, nous nous aimons, vous serez tout pour moi, je serai tout pour vous : c’est le début d’une chanson de noce polonaise… Comment pouvez-vous me résister ?… Vous êtes enterrée vive. Réveillez-vous, Elvira, venez, venez à moi… Je pense à vous nuit et jour. Ma vie entière est à vous, je la soufflerai en vous. Je vous vénère. Je respire pour vous rendre heureuse. » (p.14) Elvira a donc quitté son mari et Londres pour le rejoindre à Paris et vivre son idylle. Une fois à Paris, ils fréquentent les cafés de Saint-Germain et rencontrent des danseurs de cabaret, des femmes entretenues, des journalistes débauchés… sans compter sur le retour de Paul, son époux, qui tente de la reconquérir, elle qui commence à douter de son choix.

L’histoire d’amour devient dont un triangle amoureux. Dès le début j’ai été marquée par le ton et les remarques sur la féminité et la condition féminine des années 30 mais également cette pointe d’humour britannique. Mais aussi cette analyse si précise des détails et de la psychologie, il est inévitable de ne pas penser à Virginia Wolf tant l’écriture de Christina Stead rappelle la romancière anglaise. Si je récapitule j’ai beaucoup aimé et admiré l’écriture mais j’ai été nettement moins convaincu par l’intrigue et le déroulement de celle-ci.

« Oh! Quand je pense que j’ai renoncé à mon ancienne vie d’épouse et que, en tant que femme sans profession et sans situation, je ne suis toujours pas libre… Quelle amertume ! On devrait me délivrer un permis pour jouer les filles de joie. Comme je regrette, comme je regrette, lança-t-elle violemment. J’ai commis une erreur en vous écoutant. Je suis de cinq ans votre aînée, je ne peux pas recommencer ma vie à zéro avec un jeune homme. J’en suis déjà passée par là avec Paul. J’ai envie d’autre chose. Seul le désir d’avoir un enfant me… et voilà que… on me l’interdit. Oh ! Comme je hais la société, comme je hais la prison qu’elle impose aux femmes ! » (p. 177)

 

 

La vraie vie. Adeline Dieudonné

La vraie vieJe le vois partout depuis la rentrée littéraire. J’avais entendu Adeline Dieudonné dans La Grande Librairie cet automne. Depuis je l’avais dans un coin de ma tête mais j’attendais un peu… et surtout j’évitais de lire les chroniques sur ce roman, histoire de ne rien savoir pour le découvrir. Jusqu’au jour où il était posé à la bibliothèque comme s’il m’attendait… et voilà. Retour à la maison.

La vraie vie fait sûrement partie de ces lectures qu’on attend, de ce coup de cœur qui semble annoncé… je ne peux pas parler de coup de cœur, et pourtant l’histoire est gravée en moi. j’ai des images très fortes de cette histoire, de cette famille… plutôt comme une gêne, une sensation assez désagréable qui me reste après cette lecture (ce qui en fait une lecture (et un livre) remarquable !).

C’est un roman réaliste qui fait froid dans le dos, qui glace un peu, qui dérange, qui fait mal au ventre. Parce qu’on sait. Parce qu’on sait que cette vie existe. Parce qu’on sait que des enfants vivent cela. Parce qu’on sait que ce drame social ressemble trop à une certaine réalité.

Dans un petit lotissement, vivent la narratrice, son petit frère Gilles, avec leur mère, transparente et crainte, soumise aux humeurs de son époux. Après un traumatisme, la narratrice tente de faire retrouver le sourire à son frère: « Chaque soir, le visage en viande dans ma tête. Chaque soir, ce craquement dans les yeux de mon petit frère. […] Et chaque soir, je me suis répété que e n’était pas grave, que j’étais juste dans la branche ratée de ma vie et que tout ça était destiné à être réécrit. » (p.43) C’est sans compter sur la vie qui est glauque et tragique, sur ce père effroyable et effrayant. Le personnage du père est particulièrement sordide. Malgré tout, la narratrice, jeune fille déterminée, tente de survivre, d’évoluer, de progresser et d’échapper à la destinée qui lui semble vouée. : « Je commençais à comprendre que la moindre volonté de ma part risquait d’éveiller son animosité. Il attendait de moi que je devienne comme ma mère. Une enveloppe vide, dépourvue de désir. Il ne savait pas qui était sa fille. Mais, à treize ans, je restais à sa merci. Il allait donc falloir le tromper, jusqu’à ce que je sois en âge de vivre loin de lui. » (p.136)

Je ne sais pas quoi dire sur ce roman… les mots sont durs, les scènes vibrantes, l’histoire tragique… un drame social moderne mais en même temps une belle ode à la féminité et à la relation frère-sœur, la petite lueur d’espoir.

« Les histoires, elles cherchent à mettre dedans tout ce qui nous fait peur, comme ça, on est sûr que ça n’arrive pas dans la vraie vie. » (p.17)