L’hiver où j’ai grandi. Peter van Gestel

Lhiver où j'ai grandiVoici un roman acheté uniquement à cause de la couverture du titre… la quatrième de couverture a confirmé cette bonne impression et voilà. L’hiver où j’ai grandi raconte l’histoire de Thomas. Au sortir de la seconde Guerre Mondiale, il se promène dans Amsterdam, encore marquée par la guerre. Les vacances touchent à leurs fins et il se souvient de l’hiver dernier, un hiver déterminant car il a rencontré Piet Zwann. Thomas n’avait pas encore compris à quel point cette rencontre serait déterminante et qu’une amitié profonde naîtrait entre les deux jeunes garçons.

Thomas a 10 ans, il vit seul avec son père depuis que sa mère est morte du typhus. Ayant trouvé un petit travail en Allemagne (en « Bochardie ») son père le confie à sa tante Fie. C’est à l’école qu’il rencontre, enfant silencieux, mystérieux et solitaire. Quand sa tante se casse la jambe, il habite quelques jours chez son ami et découvre alors une famille juive avec ses secrets et ses blessures. Le roman aborde la question de l’antisémitisme, des séquelles de la guerre sur des enfants qui n’ont pas bien pris ce qu’il s’était passé, à la fois épargné et touché de manière indirecte.  Durant cet hiver, Thomas, Piet et la cousine Bet (dont Thomas est « éperdument amoureux »)  jouent, rient et apprennent à vivre malgré l’absence des êtres qui leur sont chers.

Le style est un peu déroutant, on suit les pensées d’un garçon de 10 ans et parfois j’ai eu du mal à suivre. Les dialogues sont plein de sous-entendus, d’implicites, d’ignorances liées à leur âge. J’ai aimé les références à la littérature notamment Tom Sawyer ou encore Le Jardin secret de Frances H. Burnett… J’ai trouvé le père de Thomas très touchant dans son rôle, très pudique, un père seul dont on sent qu’il ne sait pas faire, qu’il tâtonne, qu’il hésite, qu’il ne trouve pas sa place… la lettre qu’il écrit à son fils m’ a touché, une des plus jolies scènes « Je pense souvent à maman, Thomas. Si souvent qu’il serait plus juste de dire : « Parfois, il m’arrive de penser à autre chose. » Je t’en parlerai un jour, mais passe d’abord tes épreuves de natation, on verra après. Oui, je dis des bêtises. Tu sais, si le clown s’évertue à faire rire, c’est pour ne pas passer son temps à pleurer. »

Ma plus grande déception vient du titre, je m’attendais à trouver une ambiance hivernale, une atmosphère d’ouate et de silence,de blancheur et en réalité il est peu fait mention de l’hiver… mais c’est de ma faute, entre le titre et la couverture je m’étais imaginée quelque chose or l’hiver n’est que la saison où leur amitié se noue, une période où la vie de Thomas est bouleversée.

Le journal d’Anne Franck

Anne FranckVoici un des premiers romans que j’ai lu, un des premiers que j’ai relu aussi, un des premiers où je me suis identifiée au personnage (ce qui fait que j’avais peur de le lire le soir mais en même temps j’étais captivée)… en revanche impossible de savoir où je l’ai lu, quand, ni pourquoi (sûrement conseillé au collège…).

Plus besoin de raconter ce roman autobiographique, un des romans les plus lus au monde et les plus traduits. Anne est jeune, Anne est juive. Anne passera deux ans cachée dans l’annexe située dans le bureau de son père, à Amsterdam, avant l’occupation des Pays-Bas par les nazis. Depuis des années je n’avais pas touché ce journal. Pas relu une ligne… et puis cette année je l’ai conseillé à mes 3e, certains ont lu le journal intime et on fait une présentation dessus. Beaucoup ont dit que c’était intéressant, que le récit était simple mais effrayant quand on connaît le contexte historique toutefois ils ont souvent évoqué des passages assez longs, des passages assez ennuyants où elle était dans une réflexion un peu répétitive… j’étais étonnée car je ne me rappellais pas du tout de cet aspect du roman. La dimension historique les a intéressés, les conditions de vie et son parcours aussi bien évidemment… J’ai rouvert alors Le Journal D’Anne Franck… « Kitty, je vais pouvoir, j’espère, te confier toutes sortes de choses, je n’ai encore pu le faire à personne, et j’espère que tu me seras d’un grand soutien. » (12 juin 1942).

Alors me voilà, j’ai repris mon vieil exemplaire, je l’ai parcouru et j’ai emprunté la bande dessinée au CDI du collège.

Ce soir, c’est de cette BD dont je souhaite vous parler. J’étais heureuse de relire ce roman autobiographique sous cette forme, de retrouver l’Annexe, Anne, Margot, sa mère, son père et Peter… de relire ces pages sur sa relation avec sa mère, ces émulations amoureuses et ses peurs, ses craintes, sa vie au quotidien, les corvées de papates… je me rappelais assez fidèlement du texte. J’ai aimé cette association avec le dessin. Moi qui, jeune fille, avait eu du mal à comprendre l’Annexe, les étages dans la cachette notamment. En revanche, je confirme que j’ai trouvé qu’il y avait des longueurs… d’ailleurs dans la bande dessinée, les moments très réflexifs sont écrits en une page entière, pas de planches, pas de bulles à ces moments-là, les mots d’Anne uniquement… Mais il faut lire ce texte, le relire, le passer, le transmettre en roman, en bande dessinée pour que cette page d’histoire ne soit pas oubliée.

La petite fille du Vel d’Hiv. Annette Muller

La petite fille du Vel d'HivToujours dans les lectures pour mes élèves… Je viens de découvrir ce court roman autobiographique qui raconte l’histoire d’Annette, 9 ans, une des rares enfants à avoir survécu à la rafle du Vel d’Hiv en Juillet 1942. Annette raconte la rencontre de ses parents, son quotidien de petite fille au début de la guerre, puis les changements, l’étoile juive, l’interdiction d’aller à la bibliothèque, et comment une nuit des soldats sont venus les chercher, elle, sa mère et ses trois frères ; elle raconte la panique de sa mère, cette femme si digne, si forte, comme elle se met à genoux à supplier les soldats, à les implorer d’épargner les enfants; elle raconte comment il faut se préparer comment vite, comment un soldat jette sa poupée reçue pour son anniversaire quelques semaines plus tôt. Elle raconte le regroupement au vélodrome d’hiver, elle décrit les corps entassés, la promiscuité, l’absence d’hygiène, les pleurs, les cris, la faim qui tiraille, qui déchire, qui tue ; l’absence des hommes (son père s’était caché pensant que les femmes et les enfants seraient protégés). Elle décrit les séparations entre les mères déportées pour aller travailler et les enfants envoyés « ailleurs », la perspective des camps de Beaune-La-Rolande, Drancy, Pithiviers… elle décrit comment sa mère parvient à faire échapper les deux aînés, son petit frère Michel et elle étant trop jeunes pour fuir dans Paris.

Annette raconte donc ce parcours et puis la suite… les départs et puis la pension catholique: les leçons, les dortoirs, les autres enfants de déportés. Elle raconte comment elle a survécu, comment ils ont survécu et comment ils attendaient leur mère lors des retours des déportés… cet espoir qui s’amenuise, sa peine  et sa culpabilité d’avoir refusé de dormir près de sa mère une dernière nuit…Elle raconte les bombardements et les nuits dans les caves. 

C’est un récit très digne, le regard d’une fillette sur cette enfance et sa vie en pension catholique. Se cacher, oublier son identité juive, oublier pour survivre… La préface écrite par Hélène Mouchard-Zay est très intéressante, elle y explique l’histoire de ce texte : le refus des éditeurs dans les années 70 et puis un long chemin jusqu’à la publication de ce texte en 1991. C’est touchant, c’est poignant.

« A Rachel Muller, ma mère, dont il reste un nom  gravé sur le monument de Beaune-La-Rolande. »

« Les dernières fois que nous sommes allés à Bobigny, quand en descendant de l’autobus, nous prenions la longue route étroite […] nous apercevions au loin, se dressant dans le ciel bleu, des tours noires gigantesques. C’étaient les tours de Drancy. Les tours des Juifs. On le savait, on en parlait à voix basse. Drancy-les-tours, Drancy-le-trou-aux-Juifs où se passaient des choses horribles, innommables. […] Beaucoup de Juifs autour de nous disparaissaient. Ils étaient là et, subitement, ils n’étaient plus là. On les mettait dans ces tours d’où ils ne revenaient jamais. Un voile épais de mystère, de murmures effrayés, de larmes, les recouvrait. » (p. 55)

Le garçon. Marcus Malte

Le garçon 1Ô merveille ! ô pépite ! Je vais vous parler, non sans une petite appréhension, de ce petit bijou littéraire que je suis d’ors et déjà triste d’avoir terminé mais tellement enthousiasmée d’avoir découvert. Que c’est beau ! Que c’était beau !

« Il marche du crépuscule à l’aube, il dort au plus chaud de la journée : au début le garçon conserve ce rythme. Et puis la lune s’amenuise et sa clarté décline. Et puis il s’enhardit. Au quatrième jour il n’est pas midi lorsqu’il s’éveille et reprend la route. » (p. 45)

Revenons aux prémices de cette découverte. L’an passé, mes parents me proposent une soirée, aller écouter Marcus Malte lire des extraits du garçon. Ce titre ne m’évoque rien mais allez c’est parti ! Et là, magnifique ! Une lecture tellement belle… de la musique, des chansons, lui et sa guitare… je suis fascinée par  le texte que j’entends, par les mots et par cette lecture parfaite. Ni une ni deux, à la fin de la lecture, j’achète le livre et félicite Marcus Malte pour ce moment de délice absolu.

Samedi dernier, j’ai sorti l’ouvrage de ma bibliothèque. J’ai débuté ma lecture. J’ai reconnu les mots que j’avais entendu il y a un an. En lisant, j’entendais l’intonation de Marcus Malte, le rythme de sa récitation. C’est beau. C’est merveilleux. C’est un roman où la langue est somptueuse, riche, variée. Une langue très particulière, un style inimitable. Le rythme est incroyable. Les phrases, la respiration… il y a quelque chose de particulier, des énumérations de synonymes, des rythmes ternaires, des métaphores… Sans dévoiler l’histoire, le garçon erre et part en quête d’une humanité, un être sauvage, mutique à la découverte du monde. J’ai adoré à partir du moment où le garçon rencontre Emma, une rencontre déterminante, une initiation à l’art, une initiation à l’amour. Ce sont déjà les passages que j’avais préféré lors de la récitation de Marcus Malte. Des pages extrêmement sensuelles sur l’amour, le plaisir charnel… Les chapitres sur la guerre sont époustouflants, saisissants, le rythme, les petites piques… je ne sais comment dire. Il y a quelque chose de magique dans cette plume.

« Tous les instants, toutes les précieuses minutes dérobées, arrachées, et toutes ces heures royalement octroyées, tout ce temps libre de leur existence désormais tendu vers ce but unique, consacré à ce seul projet : le plaisir. Le faire naître. Le faire croître. Et puis s’en repaître. » (p. 281)

J’ai adoré les parties centrales du roman, la toute première, l’errance du garçon m’a moins captivée néanmoins l’écriture est somptueuse. Le garçon m’a procuré des émotions comme cela faisait longtemps que la littérature ne me l’avait permis, la sensation de grandir, d’aller plus loin, plus haut… Un texte aux mille qualité, un conte,  un roman initiatique, un roman d’amour, un roman d’aventures, une réflexion sur l’humanité, sur la construction de soi. Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un texte avec une écriture si belle, une plume si travaillée et en même temps si accessible. Ce garçon m’a habité et il restera très longtemps avec moi ❤

« Il baisse la tête. Il voit les doigts enserrant sa cheville. La main. Le bras. La face encroûtée. Les grands yeux bleus levés vers lui. Il voit le ventre crevé, fendu, et les tripes mauves, les boyaux grenat qui en sortent et l’autre main fouillant dans ce magma. Me laisse pas ! Ce n’est qu’un râle , ce n’est qu’un murmure entre les lèvres où mousse une écume rosâtre mais il l’entend. Il reste là à fixer l’homme. Peut-être une seconde. Peut-être une minute. Il ne regarderait pas autrement la Mort en personne. Puis un crépitement, une rafale, les frelons piquent devant lui, éclaboussures sur sa capote. Il tressaute. Ces féroces soldats. Il essaie de ramener sa jambe mais la Mort s’agrippe. La Mort rampante.  […) Il tire un grand coup sec et se libère. Aux armes. Un pas. Un pas. Marchons. » (p.368)

A lire ! A savourer ! A admirer ! A dévorer !

Une femme à Berlin. Journal.

Une femme dans BerlinVoici un livre que je suis ravie d’avoir découvert et que je vous conseille fortement. C’est un récit autobiographique, le journal qu’une jeune femme, une jeune berlinoise a rédigé sur une courte période, d’avril à juin 1945. Ce témoignage autobiographique, publié de manière anonyme en 1954, relate la chute de Berlin lorsque la ville tombe aux mains des Soviétiques. Berlin est alors occupé par les russes, puis ils fuient, les soldats allemands commencent à rentrer. Il faut survivre… c’est un récit de survie, une lutte contre la mort. Berlin est bombardé, il faut se réfugier dans les caves à chaque alerte en laissant le peu qu’on a aux mains des pilleurs d’appartement. Berlin est une ville en ruines qu’arpente la jeune femme en quête d’eau, d’orties, de quoi que ce soit pour manger. Berlin est assiégé. Les habitants, surtout des habitantes en réalité,  manquent de tout : d’informations, d’eau, de logements, d’hygiène… Ils côtoient la mort à chaque instant. Ils vivent dans les appartements des morts car le leur est détruit, ils vivent avec des gens qu’ils ne connaissent pas… il forme une grande population.

C’est un récit très poignant, très émouvant, glacial… Cette femme décrit cette vie, le quotidien de son « immeuble », les rares petits bonheurs mais également les atrocités de la guerre et notamment les viols et les morts. Elle pose des mots simples, des mots parfois sarcastiques. Elle a un regard humain sur cette vie misérable, sur la honte et l’effroi qui traversent les survivants.  C’est un Berlin perdu et tétanisé, des habitants laissés à eux-mêmes… Ce récit doit être lu. C’est un regard différent, le regard d’une femme, le regard d’une allemande sur cette guerre perdue, le regard d’une civile qui souffre et tente de survivre.

« Toutes ces silhouettes sont pitoyables, ce ne sont plus des hommes qu’on voit là. Ils sont à plaindre. Il n’y a plus rien à attendre ou à espérer d’eux. Ils ont l’air d’avoir déjà perdu, d’être déjà captifs. A nous qui sommes sur le bord du trottoir, ils nous lancent des regards absents et hébétés. » (p.43)

« A l’époque, je me faisais constamment la remarque suivante : mon sentiment, le sentiment de toutes les femmes à l’égard des hommes, était en train de changer. Ils nous font pitié, nous apparaissent affaiblis, misérables. Le sexe faible. Chez les femmes, une espèce de déception collective couve sous la surface. Le monde nazi dominé par les hommes, glorifiant l’homme fort, vacille – et avec lui le mythe de « l’Homme ». A la fin de cette guerre-ci, à côté des nombreuses défaites, il y aura aussi la défaite des hommes en tant que sexe. » (p. 77)

La promesse de l’aube. Romain Gary

la-promesse-de-laube1.jpgJ’ai enfin lu ce grand classique de la littérature française que je n’avais jamais ouvert. Pourtant j’adore les autobiographies… mais voilà c’est chose faite. J’ai profité de cette semaine de vacances à la maison pour le lire et je dois reconnaître que je l’ai dévoré. Je l’ouvrais dès que je pouvais. Je n’ai jamais lu Romain Gary, j’ai donc découvert sa vie, le début et son écriture que j’ai trouvé chaleureuse et douce. Ce récit  m’a passionné. Romain Gary a une vie incroyable, digne d’un roman. Dans cette édition de Gallimard, le récit est accompagné des dessins de Joann Sfar. C’est un complément très agréable. Je vous mets quelques illustrations, j’ai trouvé cela magnifique et ça allège la lecture. Je ne sais pas trop comment dire, mais l’alternance entre la lecture et les dessins confère un rythme de lecture très particulier et que j’ai apprécié. 

La Promesse de l’aube, c’est donc le récit autobiographique de Romain Gary. Mais c’est surtout le récit d’un amour fou car ce qui frappe c’est la relation avec sa mère. La mère est un véritable personnage. Un être entier,  extravaguant, totalement investi pour sa progéniture, elle est souvent excessive et adopte des réactions démesurées qui gêne son fils. C’est une mère castratrice persuadée de bien faire. Persuadée aussi que son fils est destiné à un avenir glorieux.  Persuadée que son fils sera un héros. Persuadée que son fils sera Ambassadeur de France. Et ce fils essaye, tant bien que mal, de réaliser la promesse faite à l’aube de sa vie. Incroyable cette croyance qu’elle a, ce désir à ce que son fils soit connu et reconnu pour quelque chose. Alors il s’essaie à tous les arts : peinture, musique, écriture, danse… finalement ce sont peut-être les circonstances qui lui procureront la gloire. La guerre est déclarée, il est aviateur. Il deviendra sûrement un as, un de ces aviateurs qui abattront bon nombres d’avions ennemis.

« Toutes ces mésaventures firent que je m’enfermais de plus en plus dans ma chambre et que je me mis à écrire pour de bon. Attaqué par le réel sur tous les fronts, refoulé de toutes parts, me heurtant partout à mes limites, je pris l’habitude de me réfugier dans un monde imaginaire et à y vivre, à travers les personnages que j’inventais; une vie pleine de sens, de justice et de compassion. » (p.215)

Toute sa vie, Romain Gary sent cette présence, entend cette voix. Tous ses actes et toutes ses pensées sont réalisés pour faire plaisir à sa mère, pour la rendre heureuse et fière. Cette relation est obsédante entre la mère et son fils. La Promesse de l’aube est le récit puissant qui relate cette relation.

IMG_8757« Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ça vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l’amour maternelle, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. » (p.61)

Gros coup de cœur pour l’édition qui est somptueuse ! Les pages sont épaisses et douces, elles son très agréables à manipuler ce qui compense largement le fait que ce ne soit pas un format très pratique.

Le Roi chocolat. Thierry Montoriol

Le Roi chocolat1Ce roman m’a fortement étonné. Ecrit à partir des carnets de reportage de l’inventeur du Banania, Thierry Montoriol retrace l’histoire vraie de la découverte de cette boisson en Amérique latine jusqu’à sa commercialisation. C’est un roman plein de rebondissements et d’aventures incroyables.

En 1910, Victor est journaliste pour un quotidien parisien. Il part en Amérique latine pour parler de l’inauguration de nouveaux opéras. Cependant rien ne se passe comme prévu: mêlé à la révolution mexicaine et aux trafics d’armes, il trouve refuge auprès d’une tribu aztèque. C’est là qu’il découvre un breuvage miraculeux à base de sucre, de banane, de cacao hérité du dieu Quetzacoatl et d’orge. Il survit grâce à cette boisson sans se douter qu’un tournant se prépare dans sa vie. Il rencontre aussi la sensuelle et énigmatique Jacuba qui lui raconte les légendes et les malédictions des dieux aztèques.

« Mais le Seigneur leur a quand même laissé un cadeau de la nature que personne, ici, pour le moment, ne leur dispute. Pas plus que le cacao. Un cadeau qui pousse partout. Il n’y a qu’à tendre la main.

Lequel ?

La banane ». (p.122)

De retour à Paris, Victor joue à l’alchimiste pour réinventer la recette sacrée et la faire découvrir à ses enfants puis au voisinage. Mais son ambition ne s’arrête pas là. Vexé de ne pas être engagé comme soldat, car trop vieux, il veut absolument participer à l’effort de guerre et faire preuve de patriotisme. Pour cela il ira lui-même jusqu’aux tranchées de la Grande Guerre pour offrir son elixir. C’est là que Victor fait une rencontre déterminante, celle de Bendélé, le tirailleur sénégalais qui deviendra l’icône de la marque. Le Banania devient connu dans toute la France. Cette deuxième partie, tout autant rocambolesque que la première en Amérique latine, raconte l’épopée industrielle de la marque jusqu’au Paris des Années folles.

C’est un roman haletant, il ne laisse pas de répit, j’ai dévoré les 200 dernières pages en une journée sans pouvoir le quitter. Le parcours de Victor est incroyable. Et l’histoire de Banania aussi !

Le Roi chocolat2« S’il n’était qu’à moitié convaincu par ces trouvailles, il tenait à mettre la banane en vedette. A ses yeux, le fruit exprimait une dimension exotique encore insolite, fortifiant l’image du cacao chargée d’exalter la douceur des colonies, l’énergie sauvage et le plaisir des saveurs rares. […]

Gabrielle sentait les regards posé sur elle, et leva le mention bravement : « Banana, papa ? risqua-t-elle.

Sept lettres, n’oublie pas. » Victor souriait sans quitter sa fille des yeux. Enhardie, Gabrielle oublia son humiliation : « Banania ? »

Il y eut un moment de flottement dans l’air. Blanche regardait le plafond, un doigt sous la lèvre, pensive. Saisissant sa feuille de jeu, Victor inscrit la réponse. » (p.231)