L’aube sera grandiose. Anne-Laure Bondoux.

L'aube sera grandioseD’Anne-Laure Bondoux, je connaissais Tant que nous sommes vivants que j’avais beaucoup aimé (et que je conseille chaque année à mes élèves), alors quand j’ai commencé à voir des publications sur ce roman, j’ai été tout de suite très attirée. La couverture magnifique m’a encore plus donné envie et la 4e de couverture a achevé de me séduire.

« Malgré les souffrances qu’il lui avait infligées, elle voulait encore croire en des jours meilleurs, et en cette aube grandiose qu’il faisait naître avec des mots. » (p.227)

Ce roman, c’est avant tout une histoire de famille, celle de Titania qui raconte à sa fille Nine, l’histoire de sa famille. Alors que c’est le soir de la fête du Lycée, Titania emmène sa fille dans sa voiture jusqu’à une cabane à l’allure abandonnée au bord d’un lac dans la forêt. Titania a décidé de lui raconter son passé, un passé qu’elle a jusqu’à présent bien caché. C’est alors que commence une nuit de discussion mère-fille, une nuit de confidences, une nuit de révélations… et quand l’aube se lèvera, ce sera une nouvelle vie. Titania raconte donc son enfance, évoque son père et sa mère mais aussi ses frères, Orion et Octobre. Et les chapitres sont ponctués de dessins, très jolis. Cette histoire est fascinante, chaque chapitre se lit avec bonheur, chaque rebondissement est un délice, le suspens monte petit à petit. J’ai trouvé la fin très poétique et positive, un élan vers l’avenir, une fin solaire où un vent de liberté et de fraîcheur se fait sentir… Les personnages sont très attachants et tendres : la mère et la fille, face à face, ces révélations, ces interrogations, ces incompréhensions… une nuit si particulière fascinante et émouvante.

Tor et le prisonnier. Thomas Lavachery

IMG_3727Voici une lecture que j’ai partagée avec mon fils, mon grand de 7 ans. Si je vous parle de cette lecture, c’est que c’est la première (il est en CP) qui ressemble à un livre « de grand » (ce qui veut dire pour lui, peu d’illustrations, des textes assez longs et pas mal de chapitres, une douzaine) mais surtout, et c’est là le plus important, chaque soir il me disait « allez encore un chapitre, allez s’il-te-plait ? » et puis à la fin du chapitre il redemandait « allez, encore un, juste un ? ». Donc on peut dire que Tor et le prisonnier est le premier roman qui lui donne envie de lire tard le soir… ❤ ❤ ❤

Attention, il n’a pas lu tout seul, le livre est quand même long et difficile pour un enfant de CP. Il y a beaucoup de vocabulaire, parfois il me demandait « c’est quoi la sidération ? » et « repousser sans ménagement? » et « tout de go » ?. Mais je trouve ça très intéressant d’avoir du vocabulaire et des expressions peu usuelles. Revenons à notre lecture : nous partagions la lecture : je lisais, il lisait (un paragraphe, une réplique, une phrase…) et je lisais à nouveau puis lui…

L’histoire l’a passionné :  dans le royaume, tout le monde pense que les trolls ont disparu sauf qu’un troll est capturé par le cruel Lars Vindson, directeur de cirque. Tor, le narrateur, est un petit garçon. Sa famille connaît l’existence des trolls mais sait que pour qu’lis vivent, leur existence doit rester secrète. Avec son oncle Einar et son père, courageux et loufoques, ils vont alors élaborer un plan pour sauf le troll. Nous voici alors parti pour de folles aventures : un langage biscornu, un costume puant, un lion à mater…

Je n’en dis pas plus : il a adoré, j’ai trouvé ça bien écrit, bien construit, drôle et plaisant. Un roman très agréable. Et pour la fin de son CP je vais sûrement lui offrir une des autres aventures de Tor. En tout cas, c’est ce qu’il a demandé… à suivre donc !

La pluie, avant qu’elle tombe. Jonathan Coe

Deuxième lecture pour le mois anglais… et deuxième belle découverte. De Jonathan Coe je n’ai lu que Le Testament anglais qui ne m’a laissé aucun souvenir mais voilà j’ai décidé de redonner une chance à cet auteur et j’ai eu raison.

La pluie, avant qu'elle tombeLe titre est très énigmatique mais très poétique, il est expliqué plusieurs fois dans le roman et j’aime quand les titres évoquent un passage du roman. La Pluie, avant qu’elle tombe raconte le parcours de 3 femmes ou plutôt devrais-je dire le parcours. Ca commence doucement et puis ça va crescendo. Gill apprend la mort de Rosamond, une vielle tante qu’elle n’a pas vu souvent. Mais voilà que Rosamond a laissé des cassettes enregistrées pour une mystérieuse Imogen… Après l’avoir cherché et avoir déposé des annonces dans les journaux, Gill ne la trouve pas, elle décide alors d’écouter les cassettes. C’est alors que la voix de Rosamond intervient : à partir de photographies qu’elle décrit, elle raconte ses souvenirs, ses quarante dernières années et elle remonte le passé d’Imogen : sa mère Théa et sa grand-mère. On suit alors avec passion et intérêt la vie de ses femmes, de ses trois générations : trois femmes tourmentées par la difficulté d’aimer, leur rôle de mères de famille… Jonathan Coe pose alors la question de ce qu’on laisse aux générations suivantes, la question de l’incidence de nos vies sur la génération suivante : y a-t-il un lien entre les générations ? y a-t-il une logique entre les destins de femmes issues d’une même famille ?

Ce roman est écrit avec beaucoup de délicatesse, de subtilité et de tendresse avec une progression parfaite vers la révélation finale. On entre, avec élégance, dans la vie intime de ces femmes et les derniers chapitres sont passionnants. J’ai donc renoué avec Jonathan Coe.

Harry Potter à l’école des Sorciers. J.K Rowling

Harry PotterIl est temps d’avouer : je n’ai jamais lu Harry Potter… enfin je n’avais jamais lu Harry Potter jusqu’à la semaine dernière. J’ai vu quelques films donc bien évidemment je connaissais et l’univers et l’histoire (d’autant que les élèves m’en parlent souvent). Donc en ce mois anglais, il me fallait combler cette lacune culturelle et littéraire.

Je suis bien contente de ma lecture. Je ne dirais pas un mot de l’histoire : tout le monde connaît ce roman aux aventures ensorcelantes. Ce qui m’a séduite c’est plutôt tout l’univers que J. K Rowling a créé dès ce premier roman. Poudlard semble déjà tout pensé. Alors bien sûr c’est fantastique mais ça paraît presque réaliste dans la description de cette école de magie. Je comprends la puissance d’attraction que ce texte peut avoir sur les ado: cette école, ces codes, ces « maisons », les parties de quidditch, les pouvoirs magiques… tous l’univers de la magie est agréable et envoûtant (du choix du matériel scolaire à l’achat du balai) et puis les personnages sont déjà tous bien définis avec des personnalités bien marqués : l’érudit Hermione mais non moins forte, le craintif mais fidèle Ron, Harry évidemment mais tous, que ce soit Hagrid, le Pr McGonagall, Rogue… Ca m’a impressionné que tout soit déjà « posé » (j’espère que vous comprenez ce que je veux dire). Autre point, c’est un roman qui présente de nombreuses valeurs : la fidélité, l’amitié, la loyauté mais pas seulement le respect des règles, le courage, la solidarité. Enfin dernier point que je voudrais aborder, c’est l’écriture : j’ai trouvé que ce n’était pas si enfantin, ni si simple… il y a du vocabulaire, des tournures de phrases complexes, de l’ironie, des sous-entendus, de l’humour… un texte travaillé avec des personnages intéressants et un univers envoûtant… et voilà je comprends le succès ! Je ne vais pas m’entendre plus car tout a déjà été dit mais ça fait plaisir de combler de telles lacunes !

Miss Charity.

DSC06786Instant BD très agréable… Miss Charity, cette petite fille imaginée par Marie-Aude Murail, est un régal. J’avais adoré le roman à sa sortie, roman déjà accompagné de dessins. Charity est une petite fille comme presque tous les enfants : elle déborde de curiosité, d’envie d’escapades mais voilà… elle vit à Londres dans les années 1880 et dans la bonne société une petite fille doit savoir faire du piano, parler plusieurs langues… Laissée aux soins de sa bonne Tabitha, Charity s’ennuie. Alors dans sa nursery, elle recueille toutes sortes d’animaux, une souris, un rat, un écureuil, des oiseaux, un lapin, une grenouille… elle se passionne pour ces petits êtres et prend de plus en plaisir à aller dans la nature. Sa préceptrice Blanche lui fait découvrir l’aquarelle. Charity peint alors, se découvre une passion pour la mycologie, se rend au muséum, utilise son microscope pour observer ses petites bêtes et notamment son cher lapin, l’adorable Peter (Marie-Aude Murail rend hommage dans son roman à Beatrix Poter)..

Cette bande dessinée est le premier volume (scénario de Loïc Clément – et j’ai déjà hâte de lire les autres); j’ai aimé retrouvé cette petite fille si peu conventionnelle et les dessins d’Anne Montel illustrent merveilleusement cette histoire. Ils sont tout en raffinement, en douceur. Les tons pastels dominent cette oeuvre à l’atmosphère naturaliste, les dessins de Charity se promenant dans la nature sont une merveille et la bande dessinée montre très bien qu’une personnalité forte se forge au fur et à mesure de ses promenades.

Mai 2020

avancer ma future buanderie / chercher la motivation pour préparer mes cours / ce sera piraterie pour les 6e / les derniers jours de confinement / les tensions du collège à distance / mon PS et sa semaine pompier qui le motive pour travailler / s’inventer des vies / aménager mes marches d’escalier / « moi je ferais des observations sur les animaux » / le circuit de train, l’indispensable / croiser un hérisson en vidant mes poubelles / zone rouge… / des éclairs impressionnants / faire du tri, jeter, s’alléger / dernière journée de confinement sans même s’en rendre compte / continuer comme avant / mon petit pompier / les poèmes du mercredi / ce livre qui me passionne / préparer son cartable / sa reprise un peu crispée / ses petits yeux mi-impressionnés, mi-pressés devant l’école / ma boule au ventre en partant / profiter de mon petit à la maison / le retrouver heureux d’avoir retrouvé sa maîtresse / après 20 ans, le relire / le dessin animé du vendredi, rendez-vous incontournable / « maman je te fais une proposition… » mon 4 ans / les voir courir dans notre jardin / « Ferme les rideaux maman, je voudrais rêver » / les figurines animaux qui sortent tous les jours / les mails impolis des élèves… / les premiers thés glaçés au jardin / Soirée pyjama entre frères ❤ / les voir si complices, jamais l’un sans l’autre / mettre de la couleur sur mes escaliers / leur lire des albums / premier tour en librairie / lassée de cet enseignement à distance / retrouver la forêt et y fuir le monde… / premier tour de vélo pour mon petit / retrouver les amis le temps d’un pique-nique / ravitaillement de thé / ma buanderie d’américaine / celui qui décidait de se faire une cave à vin / bientôt revoir mes 6e… / barbecue avec mes parents / le plaisir de revoir du monde / ma nouvelle addiction pour le jardinage

Sur une idée de

Au Bonheur des Dames. Emile Zola

Au bonheur des dames❤ ❤ ❤ c’est ce roman qui m’a fait découvrir Zola, que c’est par lui que cette passion est née il y a vingt ans. J’étais alors en 4e, il fallait choisir un ouvrage au choix parmi une liste de classique, je ne sais pas pourquoi j’ai choisi celui-ci. Depuis j’ai lu une bonne partie de Rougon-Macquart, j’en ai étudié un pour ma maîtrise, je reviens souvent vers Zola mais je n’avais jamais osé relire en entier Au Bonheur des Dames. L’envie était trop forte, il y a quelques jours j’ai sorti ma vieille édition, celle où il y a écrit mon nom suivi de 4eD et j’ai relu… quel bonheur ! j’avais oublié beaucoup de choses mais j’avais bien en tête les grandes scènes, celle de l’arrivée de Denise chez son oncle Baudu, la petite boutique sombre et humide de l’oncle, les lettres d’or du grand magasin et puis ces descriptions des tissus, des étages, de la fourmillière, l’ouverture de l’extension avec Octave Mouret qui veille… c’est somptueux de finesse, de délicate… ces descriptions sont tellement vivantes, tellement visuelles ! Ce grand magasin, cette machine qui écrase les petits commerces, ce monstre qui dévore les petites boutiques… quel art, quelle écriture !

« Denise, depuis le matin, subissait la tentation. Ce magasin, si vaste pour elle, où elle voyait entrer en une heure plus de monde qu’il n’en venait chez Cornaille en six mois, l’étourdissait et l’attirait; et il y avait, dans son désir d’y pénétrer, une peur vague qui achevait de la séduire. » (p.21)

Tout est dit dans cet extrait: Denise, qui arrive de sa Normandie avec ses deux frères, est subjuguée par ce magasin immense mais elle est aussi effrayée d’autant que son oncle lutte pour sa survie. Zola décrit la lutte des grands magasins contre les petits mais également la passion de la mode, des achats et la montée de la réclame. Il analyse avec une justesse incroyable le fonctionnement du commerce.

« Denise, posément, dit ses raisons, comme elle les disait chez Robineau : l’évolution logique du commerce, les nécessités des temps modernes, la grandeur de ces nouvelles créations, enfin le bien-être croissant du public. Baudu, les yeux arrondis, la bouche épaisse, l’écoutait, avec une visible tension d’intelligence. » (p.221)

Au Bonheur des Dames raconte donc l’ascension et les ambitions d’Octave Mouret pour qui « l’unique passions [est] de vaincre la femme, [de l’avoir] reine dans sa maison ». Beaucoup de scènes où ils déambulent dans son magasin, observant les demoiselles vendre, les bourgeoises se laisser tenter… Mouret est ingénieux : il développe la réclame, propose le service à domicile (quelle modernité dans cette idée !), renouvelle ses collections… tout est là ! Mais il n’est pas seulement avide, son attirance pour Denise le rend attachant puisqu’on voit une faille et une faiblesse grandissante.

Vous l’avez compris : aucun bémol, une lecture magique (j’ai encore plus aimé qu’en 4e), le brio de Zola éclate dans ce roman où tout est parfait (pour moi en tout cas) !

Edison. Torben Kuhmann

EdisonVoici un roman graphique que j’ai piqué à mon fils le temps d’une soirée. J’avais souvent regardé avec lui les illustrations que je trouve splendides mais il l’avait lu uniquement avec son papa. Hier soir, j’ai plongé dans l’océan et ce fut bien agréable.

Comme le sous-titre le précise Edison raconte la « fascinante plongée d’une souris au fond de l’océan ». Peter, petit souriceau, décide de découvrir le secret d’un de ses ancêtres, un secret qui a coulé au fond des océans. Aidé d’un vieux professeur, ils doivent inventer un système capable de plonger dans les profondeurs sous-marines. La découverte sera de taille ! Le titre donne un indice ! Cette histoire permet donc de revisiter Thomas Edison, inventeur (en autre) de l’ampoule électrique. Une jolie manière d’en apprendre plus sur cette découverte et sur cette inventeurs.

Les petites souris fouillent les bibliothèques, font de magnifiques croquis d’invention… chaque illustration est une merveille. Je n’en dis pas plus, je vous laisse observer ces pages splendides :

 

 

Le chagrin des vivants. Anna Hope

Le chagrin des vivantsJ’enchaîne les très bonnes lectures en ce moment, je ne pensais pas autant aimé ce roman-là mais j’ai été happé ! Difficile de le lâcher…

Tout d’abord je trouve le titre parfait, tellement beau et tellement vrai en regard du roman car c’est cela qu’Anna Hope raconte… le chagrin des vivants, de ceux qui ont survécu à la première guerre mondiale. C’est à travers le destin de trois femmes britanniques que nous comprenons l’impact de cette guerre sur ceux et celles qui vivent. Ce sont 3 destins et 5 jours… juste avant le 11 novembre 1920, jour où l’Angleterre accueille la dépouille du Soldat Inconnu à Londres.  Cette cérémonie interroge Ada, celle qui voit son fils partout… car elle doute de sa mort, de sa « disparition ». Aucune explication… rien un simple mot quelques années plus tôt mais aucune précision des circonstances. Son deuil n’est pas fait et elle ne peut croire que son fils chéri « a disparu ». Evelyn a perdu son fiancé à la guerre, son frère en est revenu mais bizarrement autre… elle travaille au bureau des pensions de l’armée, elle ne peut donc oublier cette guerre… tous les jours défilent devant elle blessés et rescapés venus réclamer leurs pensions. Et puis il y a Hettie, la plus jeune, tous les soirs elle travaille au Hammersmith Palais comme danseuse. Les hommes la choisissent et pour six pences elle danse une valse, un fox-trot… elle rentre chez elle, partage sa paie entre sa mère et son frère, Charles, rentré du front et incapable de se prendre en main, de trouver un travail… Les personnages de femmes sont donc rongés par la tristesse, le manque, l’espoir et les personnages masculines sont mutiques, traumatisés, amputés, excessifs, fous… l’équilibre est fragile et les relations tendues. La perspective de la cérémonie fait remonter des souvenirs des douleurs, des deuils impossibles et incompréhensibles mais aussi l’envie de passer à autre chose, d’avancer. Grâce à quelques personnages (que je ne nommerais pas sinon je pense que vous perdrez la saveur de ce roman), des fils se tissent entre ces femmes, des langues se délient, des secrets se dévoilent et des vérités se révèlent… et si la parole permettait de s’apaiser, et si la parole permettait d’accepter ce chagrin ?

Voici donc un très joli roman, très bien construit et très réaliste, un bel hommage à ces poilus mais aussi à ces femmes, mères, épouses, sœurs qui ont souffert à l’arrière.La plume d’Anne Hope est sensible et subtile et retrace avec une grande délicatesse l’ambiance d’après-guerre.

« Pourquoi ne peut-il pas passer à autre chose ? Pas seulement lui. Tous autant qu’ils sont. Tous les anciens soldats qui font la marche dans la rue, une planche accrochée autour du cou. Tous vous rappellent un événement que vous voudriez oublier. Ça a suffisamment duré. Elle a grandi sous cette ombre pareille à une grande chose tapie qui lessive la vie de toute couleur et toute joie. » (p. 108)

Antigone. Jean Anouilh

❤ ❤ ❤ ❤ ❤ Attention déclaration d’amour à cette pièce de théâtre que j’adore ! A coup sûr elle ferait partie de mon panthéon littéraire si je devais en faire un. Je la relis pour la je-ne-sais-pas-combien-de-fois et à chaque fois, je suis subjuguée. Cette pièce me parle à chaque fois, j’y découvre quelque chose, je trouve une scène encore plus savoureuse…

AntigoneEn pleine Occupation allemande, Anouilh reprend le mythe des Labdacides et réécrit la pièce de Sophocle. Antigone s’oppose à la justice des hommes en recouvrant le cadavre de son frère Polynice de terre. Il faut bien dire que la magie de cette pièce repose sur le personnage d’Antigone, si forte, si déterminée et en même temps si humaine. Elle est celle qui refuse les compromis, celle qui « veut tout, tout de suite », celle qui se révolte face à la loi humaine (et quand on sait que cette pièce fut jouée et écrite en 1944, on perçoit la force du discours). Antigone est celle qui ose dire « non » face à des lois qu’elle juge injuste, elle est celle qui s’oppose à Créon, représentant du pouvoir, celle qui s’affirme et affirme ses choix « Moi, je ne suis pas obligée de faire ce que je ne voudrais pas! ». 

Chaque scène est savoureuse depuis l’entrée du Chœur avec la distanciation qu’instaure Anouilh. L’ironie est savoureuse, la famille royale désacralisé, la définition de la tragédie comme « reposante » et il y a cette réflexion sur le bonheur et le conflit entre la jeune Antigone, la rebelle et Créon, le sage, le roi, l’homme raisonné et raisonnable que l’âge a assagi. En fait j’aime chaque scène. Je pourrais encore évoquer l’opposition entre Ismène et Antigone, ou encore le personnage du garde que je trouve touchant, si enfantin, si naïf et que j’imagine bedonnant. La pièce est donc inépuisable, chaque lecture m’en apprend davantage et me fait l’aimer davantage. Chaque personnage permet une réflexion sur la volonté, la révolte, l’orgueil et aussi la modération qui vient avec l’âge et l’exercice du pouvoir… Je ne peux que vous recommander cette lecture ou vous recommander cette relecture !