Fugitive parce que reine. Violaine Huisman

Fugitive parce que reineJe ne sais pas pourquoi j’ai choisi ce roman, sûrement parce que je l’ai beaucoup vu sur les réseaux sociaux, certainement parce que je trouve le titre splendide et énigmatique. Les premières sont décevantes… j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire, à en saisir le sens, la fameuse intention de l’auteure me venait pas à moi. Et puis au fil des pages, petit à petit je me suis laissée embarquer, tout doucement et presque sans que je m’en rende compte pour finir par avoir une gorge serrée d’émotions à la dernière ligne.

Violaine Huisman raconte son enfance mais surtout dresse le portrait de sa mère, une mère maniaco-dépressive, une mère plein de fêlures et de défaillance cependant elle est une mère aimante et c’est ce que retient la narratrice. Une mère consciente de ses faiblesses, elle lit Dolto, pourtant elle ne peut s’empêcher d’être ce qu’elle est, passant des gifles, des cris, des pleurs aux bisous et aux déclarations, elle est instable et imprévisible. Ce roman autobiographique raconte cette relation mère-fille, une relation bien que compliquée et qu’imparfaite, qui m’empêche pas cette mère d’être une reine aux yeux de ses filles. J’ai aimé l’évocation de cette vie mouvementée, chaotique et surtout les réflexions autour de la question des classes sociales. J’ai trouvé que cela revenait très souvent. Violaine Huisman tente aussi de raconter la vie de sa mère, l’enfance meurtrie  de sa mère, elle-même auprès d’une mère cruelle et indifférente, son internement en hôpital psychiatrique où elle ne reçoit aucune visite, même pas celle de sa mère : comment se construire alors comme adulte ? Catherine s’accrochera aux hommes avec ce besoin constant et vital d’être aimée. Dans ce parcours heurté et chaotique, l’amour est omniprésent. J’ai trouvé que les dernières pages montraient parfaitement ce lien fusionnel entre cette mère et ses deux filles. Ces dernières pages sont très touchantes et très belles, une déclaration pour cette mère qui a essayé de faire du mieux qu’elle pouvait.

« Quand elle se retrouvait à table avec ces personnalités de l’intelligentsia parisienne, elle répétait les noms qu’elle avait entendu papa prononcer sans discrimination de grandeur ou de célérité. » (p.106)

« Fugitive comme un astre derrière un nuage, elle reparaît moins vite, éteinte mais pas tout à fait perdue. Ce n’est pas son heure. Il faut encore lutter. » (p.142)

Edmond. Léonard Chemineau

EdmondPremière fois que je chronique une bande dessinée ici (je crois). Je ne suis pas amatrice, ni connaisseuse du genre mais j’y prends de plus en plus plaisir (j’en ai d’ailleurs commandée une aujourd’hui dont j’espère pouvoir vous parler bientôt).

J’adore la pièce d’Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac. une de mes plus belles découvertes théâtrales (j’y repense toujours avec émotion), une pièce que je relis chaque année pour l’étudier avec mes 4e, une pièce dans laquelle j’admire le panache et la verve de Cyrano mais également le personnage de Roxane qui sous le couvert d’une femme futile et superficielle se montre courageuse et forte lorsqu’elle doit rejoindre Christian sur le front. Revenons à cette bande dessinée adaptée de la pièce d’Alexis Michalik (que je n’ai pas vue… honte à moi) : alors que l’échec de sa dernière pièce « La princesse lointaine » l’accable, Edmond Rostand ne sait plus quoi écrire. Pourtant il doit écrire. C’est alors que l’acteur Coquelin, très connu à l’époque,  lui demande de lui écrire une pièce en trois semaines. Cette bande dessinée raconte donc l’élaboration, l’écriture de cette pièce de théâtre : écrite, montée et répétée en moins d’un mois en décembre 1897. Rostand s’inspire de tout ce qui l’entoure et notamment de la vie de son meilleure ami, Volny, qui vient de tomber amoureux d’une jeune et jolie costumière, bel homme mais ayant peu d’éloquence. Volny demande à Rostand d’écrire à sa place. De fil en aiguille, Rostand s’inspire des aléas de ses proches, des conversations qu’il entend pour écrire, imaginer sa pièce.

J’ai adoré les dessins représentant le Paris du début du XXe siècle (une de mes périodes historiques préférées). Edmond, avec sa bouille ronde, ressemble à un enfant construisant une histoire. On a le sentiment d’urgence, de foisonnement, de perpétuel mouvement il court sans cesse, on a le sentiment qu’il est dans l’improvisation totale. Je ne connais pas le contexte d’écriture de la pièce, j’ai cependant été étonnée de ne voir aucune référence aux Etats et empires de la Lune du vrai Rostand. J’ai trouvé la mise en avant de la complicité avec sa femme très touchante. Enfin j’ai trouvé très agréable de relire Rostand puisque les vers de la pièce sont très souvent cités. En revanche, j’ai été très déçue de Roxane, que j’ai trouvé laide et qui apparaît (ou était réellement) une capricieuse insupportable. Cette pièce fut un succès considérable et reste l’une des pièces les plus jouées dans le monde et pour finir un petit aperçu des planches :

Adèle et moi. Julie Wolkenstein

Adele et moiLes dernières pages à peine tournées, les derniers mots savourés, j’ai profité de cette magnifique lecture jusqu’au bout. Quel bonheur ce roman ! Et déjà pointe en moi cette tristesse de ne plus avoir à le découvrir… mais tellement heureuse de l’avoir découvert !

J’attendais avec impatience l’été pour le lire, convaincue que c’était LA saison idéale et bien m’en a pris : pas tant l’été, mais le fait d’être à la mer, près de la plage, d’entendre les vagues… un lieu et une atmosphère si importants pour le personnage principal, Adèle.

Adèle, c’est donc l’arrière grand-mère de la narratrice, une femme de l’autre siècle. Lors du décès de son père, la narratrice (Julie Wolkenstein) découvre quelques papiers, de rares photographies, un journal… intriguée et curieuse, elle se met à enquêter sur son aïeul et lit notamment un journal, celui d’Odette, la petite-fille préférée d’Adèle à qui elle a raconté toute sa vie. Cette vie se dévoile alors progressivement : son enfance au XIXe siècle (Adèle est né en 1860), la guerre de 1870 et son retrait en Normandie à Saint-Pair, lieu qui la marquera à jamais, ses liens avec son père… une vie marquée par des conventions encore omniprésentes à l’aube du XXe siècle, la rencontre avec Charles (de somptueuses pages sur l’amour, leur rencontre si sensuelle et si fusionnelle autour de l’orgue (magnifique métaphore d’ailleurs), la guerre de 14-18, sa vie de femme, ses maternités, la guerre de 1939… tout est raconté, dévoilé, jusqu’à la révélation du secret familial. Mais c’est surtout Adele et moi-lecturel’importance des résidences qui est raconté, chaque lieu a son histoire, son influence, son importance dans la vie d’Adèle : les Binelles à Sèvres, l’appartement familial Rue Barbet-de-Jouy et bien évidemment la maison sur la falaise, la Croix-Saint-Gaud à Saint-Pair, petit village normand. Adèle vit en communion avec cette maison, un lieu apaisant où elle ne se lasse pas de regarder la mer, la houle, le vent, le soleil frais et rare, les bains de mer lors des éclaircies, une maison où les enfants courent aux baignades, où les adultes jouent au piano et où Adèle passe des journées hors du temps.

Mais ce roman est également plus compliqué que cela, Julie Wolkenstein s’interroge sur ses racines et sur ce qui se transmet de génération en génération. Lorsqu’Adèle, femme forte et indépendante, découvre un secret familial, tout vacille, peut-il être la cause des différentes pertes qui se sont accumulées dans sa vie ? Peut-il marquer les générations à venir ?

Ce roman est beaucoup plus passionnant que mon billet, Julie Wolkenstein dresse un portrait de son aïeul touchant et sensible et c’est avec regret que j’ai quitté Adèle parce que j’ai appris à l’aimer et à aimer Saint-Pair durant toutes ses pages.

Adèle et moi, Julie Wolkenstein, Folio (mai 2014)

L’histoire de Chigago May, Nuala O’Faolain

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C’est un livre bien à part que j’ai achevé, à la fois roman, biographie, documentaire… un savoureux mélange, mélange aussi des supports puisque le récit est ponctué d’illustrations (photographies, extraits de journaux, etc.).

Nuala O’Faolain raconte l’histoire d’une jeune irlandaise pauvre et perdue qui quitte, en 1890, son île natale pour l’Amérique. Chigago May est le nom d’emprunt de May Duignan, personnage réel au destin rocambolesque. C’est après avoir lu les mémoires rédigées par May (sous le nom de Mary Churcill Sharpe) en 1928 que l’auteur décide de faire des recherches sur cette femme devenue une criminelle célèbre. Elle cite d’ailleurs de temps à autre cette autobiographie.

May est une femme aux mille visages et aux multiples surnoms. Tour à tour fille de joie, arnaqueuse, criminelle, elle baigne dans le milieu du crime. Mais au delà de l’histoire de May, c’est aussi ce milieu qui est décrit. On erre dans les ruelles sombres, on découvre les prisons, on visite les maisons closes. May parcourt les milieux du crime, Chigago, New York, Détroit, Londres, Paris… J’ai adoré le chapitre sur Chigago, cette ville dominée par la pègre, la corruption, les drogues… Nuala O’Faolain a fait de véritables recherches et a mené un travail d’historienne approfondi et précis bien qu’on sente une certaine sympathie envers May. Elle mêle des faits historiques avérés à des suppositions romanesques (en précisant toujours lorsqu’elle imagine) et parfois elle insère quelques souvenirs personnels ou quelques comparaisons avec sa propre vie (elle aussi, irlandaise immigrée aux États-Unis) c’est peut-être ces apartés que j’ai le moins apprécié car ils m’ont semblé déplacé, un peu « hors-sujet ».

L’histoire de Chigago May est une œuvre magnifique d’une grande sensibilité et dans laquelle l’auteur ne porte aucun jugement sur May. Je me suis laissée surprendre par cette lecture, j’espère qu’il en sera de même pour vous.