Antigone. Jean Anouilh

❤ ❤ ❤ ❤ ❤ Attention déclaration d’amour à cette pièce de théâtre que j’adore ! A coup sûr elle ferait partie de mon panthéon littéraire si je devais en faire un. Je la relis pour la je-ne-sais-pas-combien-de-fois et à chaque fois, je suis subjuguée. Cette pièce me parle à chaque fois, j’y découvre quelque chose, je trouve une scène encore plus savoureuse…

AntigoneEn pleine Occupation allemande, Anouilh reprend le mythe des Labdacides et réécrit la pièce de Sophocle. Antigone s’oppose à la justice des hommes en recouvrant le cadavre de son frère Polynice de terre. Il faut bien dire que la magie de cette pièce repose sur le personnage d’Antigone, si forte, si déterminée et en même temps si humaine. Elle est celle qui refuse les compromis, celle qui « veut tout, tout de suite », celle qui se révolte face à la loi humaine (et quand on sait que cette pièce fut jouée et écrite en 1944, on perçoit la force du discours). Antigone est celle qui ose dire « non » face à des lois qu’elle juge injuste, elle est celle qui s’oppose à Créon, représentant du pouvoir, celle qui s’affirme et affirme ses choix « Moi, je ne suis pas obligée de faire ce que je ne voudrais pas! ». 

Chaque scène est savoureuse depuis l’entrée du Chœur avec la distanciation qu’instaure Anouilh. L’ironie est savoureuse, la famille royale désacralisé, la définition de la tragédie comme « reposante » et il y a cette réflexion sur le bonheur et le conflit entre la jeune Antigone, la rebelle et Créon, le sage, le roi, l’homme raisonné et raisonnable que l’âge a assagi. En fait j’aime chaque scène. Je pourrais encore évoquer l’opposition entre Ismène et Antigone, ou encore le personnage du garde que je trouve touchant, si enfantin, si naïf et que j’imagine bedonnant. La pièce est donc inépuisable, chaque lecture m’en apprend davantage et me fait l’aimer davantage. Chaque personnage permet une réflexion sur la volonté, la révolte, l’orgueil et aussi la modération qui vient avec l’âge et l’exercice du pouvoir… Je ne peux que vous recommander cette lecture ou vous recommander cette relecture !

 

Edmond. Léonard Chemineau

EdmondPremière fois que je chronique une bande dessinée ici (je crois). Je ne suis pas amatrice, ni connaisseuse du genre mais j’y prends de plus en plus plaisir (j’en ai d’ailleurs commandée une aujourd’hui dont j’espère pouvoir vous parler bientôt).

J’adore la pièce d’Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac. une de mes plus belles découvertes théâtrales (j’y repense toujours avec émotion), une pièce que je relis chaque année pour l’étudier avec mes 4e, une pièce dans laquelle j’admire le panache et la verve de Cyrano mais également le personnage de Roxane qui sous le couvert d’une femme futile et superficielle se montre courageuse et forte lorsqu’elle doit rejoindre Christian sur le front. Revenons à cette bande dessinée adaptée de la pièce d’Alexis Michalik (que je n’ai pas vue… honte à moi) : alors que l’échec de sa dernière pièce « La princesse lointaine » l’accable, Edmond Rostand ne sait plus quoi écrire. Pourtant il doit écrire. C’est alors que l’acteur Coquelin, très connu à l’époque,  lui demande de lui écrire une pièce en trois semaines. Cette bande dessinée raconte donc l’élaboration, l’écriture de cette pièce de théâtre : écrite, montée et répétée en moins d’un mois en décembre 1897. Rostand s’inspire de tout ce qui l’entoure et notamment de la vie de son meilleure ami, Volny, qui vient de tomber amoureux d’une jeune et jolie costumière, bel homme mais ayant peu d’éloquence. Volny demande à Rostand d’écrire à sa place. De fil en aiguille, Rostand s’inspire des aléas de ses proches, des conversations qu’il entend pour écrire, imaginer sa pièce.

J’ai adoré les dessins représentant le Paris du début du XXe siècle (une de mes périodes historiques préférées). Edmond, avec sa bouille ronde, ressemble à un enfant construisant une histoire. On a le sentiment d’urgence, de foisonnement, de perpétuel mouvement il court sans cesse, on a le sentiment qu’il est dans l’improvisation totale. Je ne connais pas le contexte d’écriture de la pièce, j’ai cependant été étonnée de ne voir aucune référence aux Etats et empires de la Lune du vrai Rostand. J’ai trouvé la mise en avant de la complicité avec sa femme très touchante. Enfin j’ai trouvé très agréable de relire Rostand puisque les vers de la pièce sont très souvent cités. En revanche, j’ai été très déçue de Roxane, que j’ai trouvé laide et qui apparaît (ou était réellement) une capricieuse insupportable. Cette pièce fut un succès considérable et reste l’une des pièces les plus jouées dans le monde et pour finir un petit aperçu des planches :

Boris Godounov. Alexandre Pouchkine

Boris GodounovJ’ai toujours aimé la littérature russe même si j’en lis beaucoup moins qu’à une époque. J’ai donc pris plaisir à lire cette pièce de théâtre de Pouchkine dont j’avais lu, il y a plusieurs années, l’excellente biographie écrite par Henri Troyat. J’avais adoré découvrir la vie si rocambolesque de cet auteur.

Boris Godounov est un drame historique. Le Tsar Boris Godounov est au pouvoir mais il est soupçonné d’avoir acquis le pouvoir de manière illégitime. Il aurait été mêlé à la mort suspecte de l’héritier du trône, Dimitri. Le pouvoir est donc décadent, une fragilité s’immisce. Ce sont les conséquences de cette mort qui sont mis en scène ici. Un jeune moine, Grigori Otrépiev, se fait alors passer pour Dimitri. Soutenu par les polonais, il arrive jusqu’à Moscou. Débute alors le « temps des troubles », une période de guerre à la fois civile et à la fois extérieure avec les polonais.

Dans cette pièce, Pouchkine se pose la question de la légitimité du pouvoir ainsi que celle de l’incertitude quant aux périodes de succession. Pouchkine réfléchit également au destin de l’homme et au destin de la nation. Les différents tableaux montrent le parcours de Dimitri vers le pouvoir, dans son ascension jusqu’à sa pleine puissance. La pièce, inspirée de Shakespeare que Pouchkine admire, a un style mélangé: de nombreux lieux, de nombreux tons différents. Il s’agit plutôt d’une chronique historique, de petits tableaux présentant cette arrivée au pouvoir.

« L’ombre d’Ivan a fait de moi son fils, m’a baptisé Dmitri d’outre la tombe, m’a désigné pour détrôné Boris, m’a fait lever les peuples pour qu’il tombe. Je suis le tsarévitch. […]Assez, je pars – la mort ou la couronne m’attendent en Russie, vais-je mourir comme un guerrier sur le champ de bataille, ou comme un criminel sur l’échafaud. » (p. 75)

Richard III. William Shakespeare

Richard IIIBon… Shakespeare et moi c’est compliqué… cette lecture me l’a encore prouvée. Je ne sais pas pourquoi mais le texte accroche, je comprends sans comprendre pourtant j’admire.

Richard III est une tragédie cruelle qui met en scène le pouvoir, un pouvoir tyrannique et sanguinaire. Il m’a sûrement manqué tout un pan historique pour comprendre certaines allusions ou certains passages.

Cette tragédie historique est très loin de nos pièces classiques, ni unité de temps, ni unité de lieu, de très nombreux personnages, un va-et-vient constant et aucune bienséance : les meurtres ont lieu sur scène, le sang gicle, la cruauté est présente à presque toutes les scènes. Ce que j’ai apprécié c’est le personnalité de Richard III. Comparé à un « chien carnassier », à un « lévrier », il incarne le mal, celui qui a soif de pouvoir et qui ne reculera à rien pour atteindre la couronne quitte à tuer, quitte à trahir, quitte à mentir. Mais Richard III assume, nombreuses sont les répliques où il énonce ses intentions, son hypocrisie, sa noirceur… Il a conscient de ce qu’il est et il a conscience de ses actes et il l’annonce dès le début « Je suis déterminé à être un scélérat, et à haït les frivoles plaisir du jour. » (I,1).

La scène 4 de l’acte IV m’a semblé essentielle. c’est à partir de là que je me suis attachée aux personnages et à l’histoire. Je me suis réveillée un peu tard mais la fin de la pièce m’a bouleversé ! Je pense qu’une deuxième lecture me permettra de mieux saisir tous les aspects de la pièce. Avez-vous des mises en scène à me recommander ?

« Et ainsi j’habille ma scélératesse nue

De vieilles guenilles volées au Livre Sacré,

Et j’ai l’air d’un saint au moment même où je joue le plus le diable. » I, 3

Richard III, Richard Shakespeare. Gallimard

 

Cinna. Corneille

Cinna« Plus le péril est grand, plus doux en est le fruit » et voilà tout est dit ! Corneille et son écriture que j’aime de plus en plus, que je comprends de mieux en mieux… J’ai beaucoup travaillé sur Le Cid, là je découvre Cinna, la tragédie avec laquelle il a obtenu la consécration littéraire, après la querelle du Cid, il lui cette double approbation du public et de l’Académie française.

Cinna est le lieu d’un affrontement entre deux personnalités historiques, l’empereur Auguste et Cinna, auteur de la conjuration contre Auguste. Cinna compte être auréolé de gloire afin d’épouser dignement Emilie, fille adoptive d’Auguste à qui il a promis la main et qui lui a demandé de venger son père en tuant Auguste. Corneille nous plonge donc ici dans la mythologie romaine et s’inspire de De Clementia de Sénèque. Son écriture me séduit : l’alexandrin si travaillé, les antithèses et les nombreux rythmes binaires, des jeux d’opposition qui mettent en valeur le dilemme entre raison et cœur, le lexique de l’honneur et de l’amour.

Cette pièce met en scène une vertu héroïque, la clémence. La clément c’est celle réclamée par Livie, la femme d’Auguste,celle qui permettra à Auguste de se couvrir de gloire et d’avoir un règne tranquille.

« Eh bien, vous le voulez, il faut vous satisfaire,

Il faut affranchir Rome, il faut venger un père,

Il faut sur un tyran porter de justes coups :

Mais apprenez qu’Auguste est moins tyran que vous. » (III, scène 4)

Cinna. Corneille. Folio classique

Le Roman Comique. Scarron

le roman comiqueAutant le dire tout de suite, je ne serais jamais allée seule vers ce roman. Pourtant il m’a assez surprise. J’ai pris plaisir à le lire. Il faut tout de même reconnaître des longueurs notamment lors des nouvelles espagnoles, nouvelles enchâssées dans l’esprit du Don Quichotte. Pendant ma lecture, j’ai souvent pensé à Rabelais (pourtant lecture très ancienne), mes souvenirs seraient trop imprécis pour me dire le lien que j’y ai vu, le côté « banquet ; soûlerie ; tripot », l’aspect grivois. Il y va aussi de Molière pour l’évocation de la « charrette » de la troupe de théâtre qui arrive au Mans (comment ne pas avoir en tête certaines scènes du film d’Ariane Mouchkine) et puis les nombreuses scènes de farce (coup de bâton, chutes en tout genre, pieds coincés dans un pot de chambre). Le rythme est assez haletant, les rebondissements s’enchaînent, c’est complètement improbables (notamment en terme de hasard et de retours des personnages).

Le Destin, la Rancune, Mademoiselle de l’Etoile et Mademoiselle de la Caverne forment les principaux comédies de la troupe de comédiens ambulants que l’on suit. Ils errent sur la route et fréquentent de nombreuses hôtelleries dans lesquelles ils vivent de nombreuses aventures. A cela s’ajoutent donc des récits secondaires pris en charge par certaines personnages comme Ragotin ou Inézilla. Ragotin c’est le petit drôle, un « assez mauvais poète », celui à qui il arrive des « disgrâces » et dont tout le monde rit. C’est le double ridicule du personnage principal, le Destin.

Scarron intervient de nombreuses fois dans son récit, tantôt ironique, tantôt commentateur, tantôt moqueur… c’est assez drôle et assez moderne. Voici pour ce roman inachavé, Scarron n’a pas eu le temps d’écrire/ de publier la troisième partie.

Le Roman Comique, Scarron, Folio (1985)

Marivaux

Marivaux théâtre1Un peu de théâtre et du classique… replonger dans la littérature du XVIIIe siècle, c’est se replonger en pleine querelle des Anciens et des Modernes, c’est se replonger dans l’esprit philosophique, c’est se replonger dans la question de la Nature, c’est se replonger dans cette quête de vérité et cette démarche expérimentale.

Dans ces trois pièces, La Dispute, La Fausse Suivante et La Double Inconstance, trois comédies, j’ai retrouvé cet esprit mais j’ai découvert la plume de Marivaux. Une écriture particulière, une écriture qui délite un mot, une écriture qui avance en rebondissant sur une réplique.

Ma pièce préférée est La Dispute, pièce assez simple et très courte dans laquelle une expérimentation est menée. C’est une pièce qui interroge sur les rapports entre les hommes et les femmes avec un savoureux dispositif de théâtre dans le théâtre. Le Prince a élèvé à l’écart des enfants devenus hommes et femmes, il va leur rendre une liberté surveillée afin de voir si la « première inconstance » et la « première infidélité » viennent de l’homme ou de la femme. La naïveté et le narcissisme d’Eglé, les sauts de cabris d’Azor et de Mesrin sont jubilatoires : « Je ne connais pas vos personnes, mais je sais qu’il y en a trois que je ravis et qui me traient de merveille. » (p.23)Marivaux théâtre

La Double Inconstance et La Fausse Suivante sont des pièces plus complexes. On retrouve cet esprit du XVIIIe siècle et les personnages issus de la commedia dell’arte. J’ai beaucoup souri à la lecture de La Double Inconstance, La Fausse Suivante m’a moins plus. C’est une pièce qui travaille davantage sur le thème du double, tout le monde (ou presque) se moque de tout le monde et joue double.

La Résistible Ascension d’Arturo Ui. Bertholt Brecht

Irrésistible ascension d'Arturo UiUn peu de théâtre… voici une pièce qui décrit les mécanismes de la montée au pouvoir d’Hitler. Bertholt Brecht en transposant les événements aux Etats-Unis, plus précisément à Chicago décrit l’accession au pouvoir d’Hitler. Dans ce milieu de gangsters, une crise sans précédent règne. Les marchands de chou-fleurs tente d’obtenir des subventions de la ville. De son côté, Arturo Ui, gangster en manque de reconnaissance, chercher à s’introduire dans le trust. A la fin de nombreuses scènes, un panneau explicatif vient préciser et mettre en parallèle les événements se déroulant en 1933 en Allemagne. Cette pièce est donc une fable acerbe sur le nazisme et le personnage d’Hitler.

Arturo Ui est un être en mal de reconnaissance : « Je veux juste une chose : ne pas être méconnu ! ». Brecht montre la manipulation, la violence, les mensonges répétés, les pressions exercées auprès de la justice par exemple… l’arme aux poings, les gangsters n’hésitent pas à enlever quiconque les dérange ou pourrait les déranger. Ui prend de l’ampleur, prend des cours de maintien et de diction afin de parler aux peuples car « il va de soir que c’est pour les petites gens » (scène 6) qu’il fait tout cela. Chaque personnage a son modèle historique que l’ont reconnait : Goring, Ernest Röhm, Goebbles…

La pièce est étouffante… chacun y va de son petit intérêt et les quelques marchands de légumes qui se révoltent « Personne n’arrête cette peste ? » (scène 9) sont vite contraint au silence. Ui est un petit être souffrant et calculateur qui se sent investi d’une mission faisant sans cesse référence à cette foi « Ce qu’ils n’ont pas, c’est la foi profonde, qu’ils sont prédestinés à être le guide ».

IMG_4779Je sors de la représentation à la Comédie Française. La mise en scène de Katharina Thalbach, est saisissante : le monde de Chicago est pris dans cette toile d’araignée maîtrisée par le grand banditisme américain. Voir cette pièce la fait percevoir autrement, les mécanismes sont encore plus clairs et Arturo Ui fait encore plus peur ! Les discours qu’il fait sont effrayants, encore gestuels, tonalité, décor… l’univers des gangsters disparaît dans ces passages et on est plongé en pleine Allemagne nazie.

Prologue

Apprenez donc à voir au lieu de rester béats et agissez au lieu de parler encore et encore. Sur le monde ça aurait presque imposé sa loi ! Les peuples se sont montrés les plus forts. que personne ne triomphe trop vite toutefois – Le ventre est encore féconds d’où ça sort. »

La Résistible Ascension d’Arturo Ui. Bertholt Brecht, L’Arche

Cyrano de Bergerac. Edmond Rostand

Cyrano C’est une relation particulière qui m’unit à cette pièce. Première pièce que j’ai vu à la Comédie Française (en 2006), pièce que j’ai vu avant de l’avoir lu (rare pour moi), pièce que j’ai adoré dès le lever du rideau et qui ne cesse de me ravir.

Mes souvenirs et mes émotions de la mise en scène de Denis Podalydès sont encore intacts, une vraie claque ce jour-là : la beauté des lieux, des décors somptueux et magistraux (ah cette épicerie de Ragueneau !), la voix d’Eric Ruf et puis évidemment le texte d’Edmond Rostand. Je suis sortie époustouflée et émerveillée. Je me suis précipitée sur la pièce que j’ai lu et relu depuis. C’est donc avec enthousiasme que je me suis lancée cette année dans son étude avec mes 4e.

Je me vais pas m’étendre sur l’intrigue bien connue. Cette pièce est un mélange de saveurs: de l’humour, de l’impertinence, de la sensibilité, de la magnanimité. Cyrano est un personnage haut en couleur n’hésitant pas à rire de lui pour ne pas laisser les autres le faire, son panache le rend touchant mais c’est aussi une manière de masquer sa fragilité. Cyrano est aussi un homme de fer, protecteur des cadets et surtout du baron Christian puisque sa chère cousine Roxane lui a demandé de veiller sur lui. Une tragique complicité se noue entre les deux hommes, Cyrano devenant le prête-voix du beau Christian aimé et amoureux de la précieuse Roxane. Roxane n’est pas l’héroïne « fade » qu’on pourrait croire, précieuse, noble elle possède aussi un caractère fort et déterminé. Ainsi dans l’acte IV elle est éblouissante et étonnante en s’affirmant.Cyrano lecture

Evidemment Cyrano de Bergerac c’est aussi des morceaux de bravoure, on ne peut pas ne pas penser à la tirade du nez « Ah non ! C’est un peu court, jeune homme ! On pouvait dire… Oh! Dieu… bien des choses en sommes… » (I, 4) ou encore à la célèbre joute verbale « A la fin de l’envoi, je touche. »  Je pourrai encore citer la scène du balcon (III, 7) et évidemment la scène finale avec ces feuilles qui tombent, une scène que je trouve particulièrement poétique, douce et épurée pour achever la pièce.

Vous l’aurez compris, Cyrano est MA pièce coup de cœur. A la fois tragique et comique, je ne m’en lasse pas. Cette pièce fut un triomphe immédiat et d’ailleurs le demeure encore, savourez ces belles actions, ces nobles sentiments et ses amours malheureuses le tout allié à une langue pleine de drôlesse !

Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand, édition Larousse, 2017

Le Cid. Corneille

Le Cid… que dire ? un grand classique, un incontournable du théâtre classique, un magistrale pièce, une tragi-comédie fabuleuse… tout a sûrement été dit alors je ne vais pas m’étendre sur l’intrigue.

Le CidPrenez deux amoureux, Chimène et Rodrigue, ajoutez deux pères rivaux, ajoutez une Infante amoureuse mais de rang supérieur, incorporez un soufflet, mélangez… vous obtenez un dilemme entre honneur et amour. Ce fameux choix cornélien !

Pour cette (re)lecture (très attentive et annotée), connaissant l’intrigue, j’ai été particulièrement sensible à la langue de Corneille et notamment j’ai été frappée par la beauté des alexandrins. Les vers sont savoureux, des antithèses fréquentes, des rythmes binaires, des jeux d’opposition, la fameuse litote ! une mélodie versifiée qui alimente cette dualité amour /honneur ! Des joutes verbales intenses et vers extrêmement célèbres comme en voici deux exemples dans l’acte II : « Ton bras est invaincu, mais non pas invincible » ou encore ce somptueux alexandrin « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » (II, 2 ). 

Un dernier mot sur les héros : l’amant : héros lyrique, Le cid étudenoble, amoureux, fougueux qui a un lignage, un nom et un honneur à défendre osant venger son père et défier les ennemis. Il est capable de renoncer à la vie pour l’honneur et à l’amour pour la gloire. Quant à Chimène, elle est l’héroïne de la pièce, celle autour duquel toute l’intrigue tourne. On sent en elle une déchirure entre le désir de se venger et de rendre justice et son amour immense. Des personnages héroïques donc, doués d’une grandeur d’âme mais souffrant face à ce choix insoluble.

« L’un me rend malheureux, l’autre indigne du jour.

Cher et cruel espoir d’une âme généreuse,

Mais ensemble amoureuse,

Digne ennemi de mon plus grand bonheur,

Fer qui causes ma peine,

M’es-tu donné pour venger mon honneur ?

M’es-tu donné pour perdre ma Chimène ? »

Stances de Rodrigue, Acte I, scène 6

Lisez, relisez Le Cid. C’est sublime, la langue est somptueuse ! Un chef d’oeuvre que je partage avec mes élèves avec bonheur !

Le Cid, Corneille, édition Magnard, 2016