Boris Godounov. Alexandre Pouchkine

Boris GodounovJ’ai toujours aimé la littérature russe même si j’en lis beaucoup moins qu’à une époque. J’ai donc pris plaisir à lire cette pièce de théâtre de Pouchkine dont j’avais lu, il y a plusieurs années, l’excellente biographie écrite par Henri Troyat. J’avais adoré découvrir la vie si rocambolesque de cet auteur.

Boris Godounov est un drame historique. Le Tsar Boris Godounov est au pouvoir mais il est soupçonné d’avoir acquis le pouvoir de manière illégitime. Il aurait été mêlé à la mort suspecte de l’héritier du trône, Dimitri. Le pouvoir est donc décadent, une fragilité s’immisce. Ce sont les conséquences de cette mort qui sont mis en scène ici. Un jeune moine, Grigori Otrépiev, se fait alors passer pour Dimitri. Soutenu par les polonais, il arrive jusqu’à Moscou. Débute alors le « temps des troubles », une période de guerre à la fois civile et à la fois extérieure avec les polonais.

Dans cette pièce, Pouchkine se pose la question de la légitimité du pouvoir ainsi que celle de l’incertitude quant aux périodes de succession. Pouchkine réfléchit également au destin de l’homme et au destin de la nation. Les différents tableaux montrent le parcours de Dimitri vers le pouvoir, dans son ascension jusqu’à sa pleine puissance. La pièce, inspirée de Shakespeare que Pouchkine admire, a un style mélangé: de nombreux lieux, de nombreux tons différents. Il s’agit plutôt d’une chronique historique, de petits tableaux présentant cette arrivée au pouvoir.

« L’ombre d’Ivan a fait de moi son fils, m’a baptisé Dmitri d’outre la tombe, m’a désigné pour détrôné Boris, m’a fait lever les peuples pour qu’il tombe. Je suis le tsarévitch. […]Assez, je pars – la mort ou la couronne m’attendent en Russie, vais-je mourir comme un guerrier sur le champ de bataille, ou comme un criminel sur l’échafaud. » (p. 75)

Richard III. William Shakespeare

Richard IIIBon… Shakespeare et moi c’est compliqué… cette lecture me l’a encore prouvée. Je ne sais pas pourquoi mais le texte accroche, je comprends sans comprendre pourtant j’admire.

Richard III est une tragédie cruelle qui met en scène le pouvoir, un pouvoir tyrannique et sanguinaire. Il m’a sûrement manqué tout un pan historique pour comprendre certaines allusions ou certains passages.

Cette tragédie historique est très loin de nos pièces classiques, ni unité de temps, ni unité de lieu, de très nombreux personnages, un va-et-vient constant et aucune bienséance : les meurtres ont lieu sur scène, le sang gicle, la cruauté est présente à presque toutes les scènes. Ce que j’ai apprécié c’est le personnalité de Richard III. Comparé à un « chien carnassier », à un « lévrier », il incarne le mal, celui qui a soif de pouvoir et qui ne reculera à rien pour atteindre la couronne quitte à tuer, quitte à trahir, quitte à mentir. Mais Richard III assume, nombreuses sont les répliques où il énonce ses intentions, son hypocrisie, sa noirceur… Il a conscient de ce qu’il est et il a conscience de ses actes et il l’annonce dès le début « Je suis déterminé à être un scélérat, et à haït les frivoles plaisir du jour. » (I,1).

La scène 4 de l’acte IV m’a semblé essentielle. c’est à partir de là que je me suis attachée aux personnages et à l’histoire. Je me suis réveillée un peu tard mais la fin de la pièce m’a bouleversé ! Je pense qu’une deuxième lecture me permettra de mieux saisir tous les aspects de la pièce. Avez-vous des mises en scène à me recommander ?

« Et ainsi j’habille ma scélératesse nue

De vieilles guenilles volées au Livre Sacré,

Et j’ai l’air d’un saint au moment même où je joue le plus le diable. » I, 3

Richard III, Richard Shakespeare. Gallimard

 

Cinna. Corneille

Cinna« Plus le péril est grand, plus doux en est le fruit » et voilà tout est dit ! Corneille et son écriture que j’aime de plus en plus, que je comprends de mieux en mieux… J’ai beaucoup travaillé sur Le Cid, là je découvre Cinna, la tragédie avec laquelle il a obtenu la consécration littéraire, après la querelle du Cid, il lui cette double approbation du public et de l’Académie française.

Cinna est le lieu d’un affrontement entre deux personnalités historiques, l’empereur Auguste et Cinna, auteur de la conjuration contre Auguste. Cinna compte être auréolé de gloire afin d’épouser dignement Emilie, fille adoptive d’Auguste à qui il a promis la main et qui lui a demandé de venger son père en tuant Auguste. Corneille nous plonge donc ici dans la mythologie romaine et s’inspire de De Clementia de Sénèque. Son écriture me séduit : l’alexandrin si travaillé, les antithèses et les nombreux rythmes binaires, des jeux d’opposition qui mettent en valeur le dilemme entre raison et cœur, le lexique de l’honneur et de l’amour.

Cette pièce met en scène une vertu héroïque, la clémence. La clément c’est celle réclamée par Livie, la femme d’Auguste,celle qui permettra à Auguste de se couvrir de gloire et d’avoir un règne tranquille.

« Eh bien, vous le voulez, il faut vous satisfaire,

Il faut affranchir Rome, il faut venger un père,

Il faut sur un tyran porter de justes coups :

Mais apprenez qu’Auguste est moins tyran que vous. » (III, scène 4)

Cinna. Corneille. Folio classique

Le Roman Comique. Scarron

le roman comiqueAutant le dire tout de suite, je ne serais jamais allée seule vers ce roman. Pourtant il m’a assez surprise. J’ai pris plaisir à le lire. Il faut tout de même reconnaître des longueurs notamment lors des nouvelles espagnoles, nouvelles enchâssées dans l’esprit du Don Quichotte. Pendant ma lecture, j’ai souvent pensé à Rabelais (pourtant lecture très ancienne), mes souvenirs seraient trop imprécis pour me dire le lien que j’y ai vu, le côté « banquet ; soûlerie ; tripot », l’aspect grivois. Il y va aussi de Molière pour l’évocation de la « charrette » de la troupe de théâtre qui arrive au Mans (comment ne pas avoir en tête certaines scènes du film d’Ariane Mouchkine) et puis les nombreuses scènes de farce (coup de bâton, chutes en tout genre, pieds coincés dans un pot de chambre). Le rythme est assez haletant, les rebondissements s’enchaînent, c’est complètement improbables (notamment en terme de hasard et de retours des personnages).

Le Destin, la Rancune, Mademoiselle de l’Etoile et Mademoiselle de la Caverne forment les principaux comédies de la troupe de comédiens ambulants que l’on suit. Ils errent sur la route et fréquentent de nombreuses hôtelleries dans lesquelles ils vivent de nombreuses aventures. A cela s’ajoutent donc des récits secondaires pris en charge par certaines personnages comme Ragotin ou Inézilla. Ragotin c’est le petit drôle, un « assez mauvais poète », celui à qui il arrive des « disgrâces » et dont tout le monde rit. C’est le double ridicule du personnage principal, le Destin.

Scarron intervient de nombreuses fois dans son récit, tantôt ironique, tantôt commentateur, tantôt moqueur… c’est assez drôle et assez moderne. Voici pour ce roman inachavé, Scarron n’a pas eu le temps d’écrire/ de publier la troisième partie.

Le Roman Comique, Scarron, Folio (1985)

Marivaux

Marivaux théâtre1Un peu de théâtre et du classique… replonger dans la littérature du XVIIIe siècle, c’est se replonger en pleine querelle des Anciens et des Modernes, c’est se replonger dans l’esprit philosophique, c’est se replonger dans la question de la Nature, c’est se replonger dans cette quête de vérité et cette démarche expérimentale.

Dans ces trois pièces, La Dispute, La Fausse Suivante et La Double Inconstance, trois comédies, j’ai retrouvé cet esprit mais j’ai découvert la plume de Marivaux. Une écriture particulière, une écriture qui délite un mot, une écriture qui avance en rebondissant sur une réplique.

Ma pièce préférée est La Dispute, pièce assez simple et très courte dans laquelle une expérimentation est menée. C’est une pièce qui interroge sur les rapports entre les hommes et les femmes avec un savoureux dispositif de théâtre dans le théâtre. Le Prince a élèvé à l’écart des enfants devenus hommes et femmes, il va leur rendre une liberté surveillée afin de voir si la « première inconstance » et la « première infidélité » viennent de l’homme ou de la femme. La naïveté et le narcissisme d’Eglé, les sauts de cabris d’Azor et de Mesrin sont jubilatoires : « Je ne connais pas vos personnes, mais je sais qu’il y en a trois que je ravis et qui me traient de merveille. » (p.23)Marivaux théâtre

La Double Inconstance et La Fausse Suivante sont des pièces plus complexes. On retrouve cet esprit du XVIIIe siècle et les personnages issus de la commedia dell’arte. J’ai beaucoup souri à la lecture de La Double Inconstance, La Fausse Suivante m’a moins plus. C’est une pièce qui travaille davantage sur le thème du double, tout le monde (ou presque) se moque de tout le monde et joue double.

La Résistible Ascension d’Arturo Ui. Bertholt Brecht

Irrésistible ascension d'Arturo UiUn peu de théâtre… voici une pièce qui décrit les mécanismes de la montée au pouvoir d’Hitler. Bertholt Brecht en transposant les événements aux Etats-Unis, plus précisément à Chicago décrit l’accession au pouvoir d’Hitler. Dans ce milieu de gangsters, une crise sans précédent règne. Les marchands de chou-fleurs tente d’obtenir des subventions de la ville. De son côté, Arturo Ui, gangster en manque de reconnaissance, chercher à s’introduire dans le trust. A la fin de nombreuses scènes, un panneau explicatif vient préciser et mettre en parallèle les événements se déroulant en 1933 en Allemagne. Cette pièce est donc une fable acerbe sur le nazisme et le personnage d’Hitler.

Arturo Ui est un être en mal de reconnaissance : « Je veux juste une chose : ne pas être méconnu ! ». Brecht montre la manipulation, la violence, les mensonges répétés, les pressions exercées auprès de la justice par exemple… l’arme aux poings, les gangsters n’hésitent pas à enlever quiconque les dérange ou pourrait les déranger. Ui prend de l’ampleur, prend des cours de maintien et de diction afin de parler aux peuples car « il va de soir que c’est pour les petites gens » (scène 6) qu’il fait tout cela. Chaque personnage a son modèle historique que l’ont reconnait : Goring, Ernest Röhm, Goebbles…

La pièce est étouffante… chacun y va de son petit intérêt et les quelques marchands de légumes qui se révoltent « Personne n’arrête cette peste ? » (scène 9) sont vite contraint au silence. Ui est un petit être souffrant et calculateur qui se sent investi d’une mission faisant sans cesse référence à cette foi « Ce qu’ils n’ont pas, c’est la foi profonde, qu’ils sont prédestinés à être le guide ».

IMG_4779Je sors de la représentation à la Comédie Française. La mise en scène de Katharina Thalbach, est saisissante : le monde de Chicago est pris dans cette toile d’araignée maîtrisée par le grand banditisme américain. Voir cette pièce la fait percevoir autrement, les mécanismes sont encore plus clairs et Arturo Ui fait encore plus peur ! Les discours qu’il fait sont effrayants, encore gestuels, tonalité, décor… l’univers des gangsters disparaît dans ces passages et on est plongé en pleine Allemagne nazie.

Prologue

Apprenez donc à voir au lieu de rester béats et agissez au lieu de parler encore et encore. Sur le monde ça aurait presque imposé sa loi ! Les peuples se sont montrés les plus forts. que personne ne triomphe trop vite toutefois – Le ventre est encore féconds d’où ça sort. »

La Résistible Ascension d’Arturo Ui. Bertholt Brecht, L’Arche

Cyrano de Bergerac. Edmond Rostand

Cyrano C’est une relation particulière qui m’unit à cette pièce. Première pièce que j’ai vu à la Comédie Française (en 2006), pièce que j’ai vu avant de l’avoir lu (rare pour moi), pièce que j’ai adoré dès le lever du rideau et qui ne cesse de me ravir.

Mes souvenirs et mes émotions de la mise en scène de Denis Podalydès sont encore intacts, une vraie claque ce jour-là : la beauté des lieux, des décors somptueux et magistraux (ah cette épicerie de Ragueneau !), la voix d’Eric Ruf et puis évidemment le texte d’Edmond Rostand. Je suis sortie époustouflée et émerveillée. Je me suis précipitée sur la pièce que j’ai lu et relu depuis. C’est donc avec enthousiasme que je me suis lancée cette année dans son étude avec mes 4e.

Je me vais pas m’étendre sur l’intrigue bien connue. Cette pièce est un mélange de saveurs: de l’humour, de l’impertinence, de la sensibilité, de la magnanimité. Cyrano est un personnage haut en couleur n’hésitant pas à rire de lui pour ne pas laisser les autres le faire, son panache le rend touchant mais c’est aussi une manière de masquer sa fragilité. Cyrano est aussi un homme de fer, protecteur des cadets et surtout du baron Christian puisque sa chère cousine Roxane lui a demandé de veiller sur lui. Une tragique complicité se noue entre les deux hommes, Cyrano devenant le prête-voix du beau Christian aimé et amoureux de la précieuse Roxane. Roxane n’est pas l’héroïne « fade » qu’on pourrait croire, précieuse, noble elle possède aussi un caractère fort et déterminé. Ainsi dans l’acte IV elle est éblouissante et étonnante en s’affirmant.Cyrano lecture

Evidemment Cyrano de Bergerac c’est aussi des morceaux de bravoure, on ne peut pas ne pas penser à la tirade du nez « Ah non ! C’est un peu court, jeune homme ! On pouvait dire… Oh! Dieu… bien des choses en sommes… » (I, 4) ou encore à la célèbre joute verbale « A la fin de l’envoi, je touche. »  Je pourrai encore citer la scène du balcon (III, 7) et évidemment la scène finale avec ces feuilles qui tombent, une scène que je trouve particulièrement poétique, douce et épurée pour achever la pièce.

Vous l’aurez compris, Cyrano est MA pièce coup de cœur. A la fois tragique et comique, je ne m’en lasse pas. Cette pièce fut un triomphe immédiat et d’ailleurs le demeure encore, savourez ces belles actions, ces nobles sentiments et ses amours malheureuses le tout allié à une langue pleine de drôlesse !

Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand, édition Larousse, 2017