La passe-miroir. Les fiancés de l’hiver. Christelle Dabos

DSC066222Bon je dois être la seule sur terre mais voilà, je n’ai pas accroché à La passe-miroir, je n’ai même pas terminé… peut-être pour me laisser la chance de recommencer à un moment plus opportun.

J’ai eu du mal à accrocher au début, pourtant lorsqu’Ophélie quitte son royaume pour suivre son fiancé Thorn à la Citacielle, je me suis dit que l’histoire démarrait. J’ai lu avec plaisir la description de ce nouveau royaume, cette capitale flottante du pôle, je la voyais tout en lisant. Et puis je ne sais pas, c’est redescendu. J’avais envie que la narration aille plus vite, sûrement que moi aussi je ne lisais pas assez vite. Quelques pages lues sur les quais bondés du matin, un peu le soir avant que je sombre d’épuisement… des conditions dans lesquelles j’ai beaucoup de mal à entrer dans une histoire. Pourtant en rédigeant cet avis, j’ai envie de me replonger dans cet univers, de savoir ce qu’il advient d’Ophélie que j’ai abandonnée encore déguisé en valet, j’ai envie d’en savoir plus sur ses pouvoirs, j’ai envie de découvrir les intentions de Thorn. Je quitte avec regret la Citacielle, Thorn, Ophélie mais avec l’espoir (et une certitude presque certaine) de les retrouver un jour et de dévorer cette saga.

Les Dents de la nuit. Sarah Cohen-Scali

Les dents de la nuitComme le sous-titre l’indique voici une anthologie « vampire », je l’ai proposée à mes quatrièmes qui ont beaucoup apprécié (moi aussi). Mes élèves rencontreront (normalement) Sarah Cohen-Scali en janvier et ils ont lu attentivement ce recueil tout en notant plein de questions pour l’auteur ; hâte de voir cette rencontre ! Ce que j’ai aimé dans cette anthologie c’est qu’on y trouve à la fois des nouvelles classiques (certains abrégées), Maupassant, Alexandre Dumas, Tolstoï, Bram Stoker mais aussi des nouvelles modernes, Stephen King par exemple. Cela permet de voir les grandes caractéristiques du genre, de repérer les héritages et de constater les évolutions du genre.

Le vampire est présent dans toutes les nouvelles mais sous différents aspects et c’est intéressant de voir comment un mythe évolue d’un texte à l’autre, ou d’un pays à l’autre. Mon coup de cœur va à La Morte, nouvelle fantastique de Maupassant. J’adore l’écriture de Maupassant et la chute est bouleversante, une vraie réflexion sur ce que nous sommes en réalité et ce qu’on veut montrer de nous. Le narrateur, amoureux, perd sa maîtresse. Inconsolable, il décide de se rendre au cimetière. la nuit tombe, il ne parvient pas à quitter ce lieu habitée par sa bien-aimée, il se retire alors dans un arbre pour y dormir. Mais lorsqu’il s’assoit sur une tombe, il constate qu’elle bouge… peu à peu toutes les tombes bougent et les cadavres sortent… magnifique chute que je vous laisse découvrir.

J’ai aussi apprécié lire des nouvelles plus modernes, avec un rythme très différent et une vision du vampire plus inscrite dans notre société. La nouvelle Processus de sélection d’Ed Gorman m’a particulièrement plu (ainsi qu’aux élèves), parce que oui, les vampires ont besoin de recruter ! Ce fut aussi Le Choc de Sarah K. m’a également bien marquée.

Voici une anthologie bien agréable à lire ! Des vampires il y en a plein, alors plongez-vous dans cette lecture, vous verrez que Dracula n’est pas seul !

 

La Peur et autres récits.

La PeurVoici un recueil de nouvelles (nouvelles à chute, nouvelles réalistes et fantastiques). J’utilise cette année ce recueil avec mes 4e et j’en suis plutôt satisfaite. Autant vous prévenir j’utilise très peu les appareils didactiques donc je ne sais pas ce que ça vaux en revanche j’ai lu les différentes nouvelles et eux aussi !

Pour la lecture nous n’avons pas respecté l’ordre proposé par le recueil, on a commencé avec les nouvelles réalistes : L’Ivrogne de Guy de Maupassant (ce qui a fait le lien avec La Parure étudiée en classe). C’est la nouvelle qui nous a le moins plu, la chute est sanglante et l’atmosphère pesante : l’alcoolisme et la violence du personnage ont perturbé mes élèves. Ils étaient très mal à l’aise et ne savaient pas trop comment comprendre cette nouvelle. En revanche ils ont été saisi par La Peur d’Irène Nemirovski, ils ont aimé la plume. Petit détail, ils ont aimé quitté le XIXe siècle et découvrir un texte réaliste du XXe siècle. Cette lecture a confirmé mon amour pour cette auteur et sa plume, c’est beau et gracieux !

On a ensuite lu des nouvelles à chute : Cauchemar en jaune de Frederic Brown (un succès à chaque fois), moins appréciée fut la nouvelle d’Annie Saumont La Femme du tueur ; même si la touche humoristique a fonctionné, ils m’ont pas aimé l’écriture (la vulgarité notamment) mais ils ont trouvé que sa brièveté extrême empêchait d’entrer dans l’histoire.

Concernant les nouvelles fantastiques, nous étudions en classe la nouvelle de Dino Buzzati, Le Veston ensorcelé. Ils apprécient mais cela pose question : l’argent facile engendre-t-il toujours des conséquences néfastes ? comment auraient-ils réagi à la place du héros ? Pendant les vacances ils doivent lui les trois dernières nouvelles. Personnellement j’ai adoré La Main de Maupassant, le récit enchâssé est palpitant et effrayant… J’avais un très bon souvenir du Portrait ovale d’Edgar Allan Poe mais je dois dire que ma relecture m’a déçue. Dernière nouvelle où le cœur bat la chamade, La Disparition d’Honoré Subrac de Guillaume Apollinaire !

Un recueil où chacun peut trouver une nouvelle adaptée et dans lequel on passe d’une émotion à une autre.

La Peur et autres récits. 8 nouvelles fantastiques, réalistes, à chute. Flammarion, étonnants classiques. Avril 2015

Sarrasine. Balzac

SarassineBon vous allez rire et vous moquer mais j’ai été cruellement gêné dans ma lecture par un truc très bête : impossible de me mettre en tête que Sarrasine est un homme ! Je m’étais imaginée qu’il s’agissait d’une courtisane ou d’une artiste. La couverture m’a sûrement induite en erreur. Bref petit détail mais qui m’a gêné tout de même profondément dans ma lecture (du moins au début) !

Sarrasine est donc un jeune sculpteur qui tombe éperdument amoureux de la mystérieuse Zambinella qu’il a entendu chanter à Rome. Ca c’est pour le récit enchâssé (qui m’a beaucoup plus passionné !), l’intensité dramatique est croissante, quelle chute finale !

Dans cette nouvelle, de la jeunesse de Balzac (publié en 1830), on trouve des thèmes de contes obscurs et un goût pour le fantastique : l’opéra, l’Italie, les amours étranges… un univers et une atmosphère de mystères, de séduction et de silence.

Les classiques sont tout de même si particuliers… j’ai aimé retrouvé une écriture si précise, si fine, du vocabulaire si riche et des phrases si travaillées. Quel délice de se replonger dans un classique. Les premières pages sont haletantes avec le parallèle établi entre la danse des morts et la danse des vivants (ce thème si fantastique) mais les dernières pages sont tout aussi surprenantes, c’est effectivement sublime !

« Au monstre près, tous les sentiments humains ne se dénouent-ils pas ainsi, par d’atroces déceptions ? »

Sarrasine, Honoré de Balzac, Le Livre de Poche, Libretti (2009)

Casse-Noisette, E.T.A Hoffmann

casse-noisette

Encore un classique que je n’avais jamais lu. Alors bien sûr je connaissais l’histoire cependant j’ai découvert avec surprise et bonheur certains détails que j’ignorais. L’écriture et le style ont su m’étonner. Le début du conte est assez hardu, il m’a fallu quelques paragraphes pour m’adapter et entrer dans ce roman.

Le soir de Noël, la jeune Marie est fascinée par le casse-noisette que son parrain Drosselmeier lui a offert. Elle le range au milieu des soldats de plomb de son frère Fritz et des poupées de sa sœur Louise. Séduite, elle reste dormir devant cette vitrine lorsque soudain à minuit les jouets s’animent.

Pas simple de résumer cette histoire d’autant que la structure est complexe avec un récit enchassé, en effet le parrain Drosselmeier raconte l’histoire de la princesse Pirlipat et de Casse-Noisette (partie que j’ai le moins aimée d’ailleurs) qui cherchent à conjurer le sort du roi des Rats.

La fin du récit m’a emportée, elle n’est pas sans rappeller le conte Hansel et Gretel et sa maison de pain d’épices. J’avais dix ans, j’étais à Confibourg, j’errai dans ce bourg où les maisons ont des toits de pain et des fenêtres en sucre, je m’émerveillai, je suivai le fleuve des limonades, je regardai la mer en lait d’amandes… Quelle féerie que ce pays calme et tranquille  où les gens sont heureux.

Une jolie lecture, de la magie, de la poésie, de la féerie… que de bonheur pour cette lecture que j’ai partagée avec mes petits 6e.

Dracula, Bram Stoker

dracula

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler d’un roman lu dans le cadre de mes cours. Je lis souvent pour mes élèves mais ne chronique jamais ces lectures. Sans doute parce que, pour mes élèves, je ne lis pas de la même manière que pour moi : je prends des notes, je repère les passages intéressants, je réfléchis aux notions à aborder etc.

Dans mon collège, les élèves ont deux lectures d’été. Cette année, les 4e avaient en autre Dracula. Je n’avais jamais lu ce classique de la littérature fantastique donc ça tombait bien. Je précise tout de suite qu’il s’agit d’une édition abrégée.

Ce fut une lecture agréable (mes élèves ont également apprécié), le rythme est haletant et vif (en partie grâce à quelques « résumés ») et les rebondissements s’enchaînent. C’est tout de même un livre complexe par sa construction (on découvre le comte grâce aux différents journaux des protagonistes), par le nombre de personnages et par l’écriture qui est assez dense (notamment lors des développements « scientifiques » du professeur Van Helsing).

Ce que j’ai aimé c’est tout d’abord l’atmosphère gothique : les sombres nuits, le cimetière, le château hanté et puis les bruits, les hurlements, les cris, le vent… j’ai frisonné plus d’une fois. Le comte est effrayant et a réellement de quoi faire peur avec son « sourire effrayant » (p. 32), « ses dents proéminentes » (l.32) et cette « fureur démoniaque » (p. 35). Le début du roman est haletant, j’ai senti mon angoisse monter au fur et à mesure des mauvais présages que rencontrait Jonathan Harker. Passé l’épisode de Lucy Westenra, la première victime féminine de Dracula, j’ai trouvé que le rythme ralentissait car cela devenait trop répétitif. Néanmoins quelle énergie de Van Hesling, aidé de ses amis, pour affronter le monstre ! Une belle histoire d’amitié et de solidarité également.

Quelle belle plongée dans ce mythe fascinant du vampire aux canines aiguisés et suceur de sang !

« Un chien commença à hurler, quelque part devant une ferme, au bas de la route, un long hurlement sonore qu’on aurait dit provoqué par la peur. Un autre le repris, puis un autre, puis un autre encore jusqu’à ce que, porté sur le vent qui sifflait dans le col comme s’il gémissait, naquît un immense hurlement qui, dans l’obscurité trompeuse, paraissait venir de la campagne entière. » (p. 24)

Les Brumes de l’apparence, F. Deghelt

Les brumes de l'apparence 2

Ce roman est une belle découverte même si j’ai un petit bémol concernant la fin que j’ai trouvée trop rapide et trop facile. J’aurais voulu en savoir davantage sur l’avenir de cette maison hantée et savoir ce qu’il en advenait. Mais tout le reste j’ai adoré ! J’ai éprouvé un réel plaisir à lire même lorsque ce n’était que quelques pages.

L’héroïne, Gabrielle, mène une vie de parisienne bien réglée avec des certitudes. Tout va comme lui échapper lorsque, à la veille de ses quarante ans, elle hérite d’un bout de terre au milieu de nulle part, un bout de terre avec une forêt, une masure en ruine et une rivière chantante. Pour elle, la campagne c’est impossible et invivable. Il faut tout vendre néanmoins c’est sans compter sur la réputation de cette terre appelée dans le village la forêt des sorciers. Ce lieu étrange va envoûter Gabrielle mais également tout ce qu’elle va découvrir sur sa famille et sur elle-même. Sorciers, malédictions, magie, coupeur de feu, médium… tant de phénomènes bouleversants que Gabrielle va devoir appréhender menant à une remise en question de toutes ses « croyances » et plus largement de sa vie.

Les brumes de l'apparence1C’est un roman intriguant aux portes qui claquent toutes seules et aux murs dégoulinants de sang… un genre de roman que je lis assez peu mais je reconnais que ce monde m’a charmée et que cette lecture fut agréable (malgré les frissons ressentis lorsque les personnages étaient dans la maison hantée par le Maléfique !). Un moment apprécié !

 « J’attends l’ondine, la musique, la fée qui soulèverait le rideau de branches d’un saule pleureur. Je me penche au-dessus de l’eau, tends une main qui effleure le miroir glacé. Je bois, me mouille le visage. Quoi ? Personne n’achèterait ce paradis en croyant aux sordides racontars de ces villageois trop couards? » (p.46)