David Copperfield. Charles Dickens

DSC06666Qu’il est dur de parler de ce roman, ce pavé qui m’a accompagné presque un mois. Tout d’abord j’ai retrouvé avec délice la plume de Charles Dickens (j’ai un souvenir splendide de De grandes espérances ❤ ), à la fois humoristique, tendre, distillant quelques informations et quelques scènes dramatiques pour nous donner envie de poursuivre… Dickens est un conteur.

Véritable roman de formation, David Copperfield est un roman dense où les péripéties sont très nombreuses. On croise de très nombreux personnages mais en même temps Dickens centralise son roman autour de quelques figures, des personnages hauts en couleur : la fidèle Agnès, sa tante, la tendre Peggoty, l’ami Steerforth, la candide Dora… Ce roman est celui de l’accomplissement de Dickens, celui où son héros est beaucoup de lui-même, celui qui a la plus grande part autobiographique. D’ailleurs Dickens dit de son roman qu’il est son préféré. Orphelin de père, le jeune David est séparé de sa mère pour l’internat puis envoyé à l’usine et laissé à lui-même. A lui de devenir le héros de sa propre vie. J’ai adoré la partie où David est petit, ses premiers pas à Londres, les scènes avec sa mère, j’ai trouvé les premiers chapitres très tendres et puis le roman prend une autre tournure. David doit apprendre à se débrouiller (bien qu’il aura toujours le soutien de sa tante, quelle femme !) et puis quel délice que les scènes avec Dora, personnage qui m’agaçait au début (un tantinet égoïste et un peu niaise) mais finalement je me suis laissée attendrir. Enfin j’ai adoré les derniers chapitres,à nouveau des scènes émouvantes.David Copperfield 2 J’ai donc un peu de mal à abandonner David. Je vais peut-être me replonger dans les biographies de Dickens, j’ai celle de Jean-Pierre Ohl et celle de Marie-Aude Murail.

Merci ma chère Romanza avec qui j’ai partagé cette lecture et sans laquelle je n’aurais pas osé aborder cette oeuvre monumentale.

« Quand je foule de nouveau ces mêmes lieux, je ne m’étonne pas de voir marcher devant moi un enfant innocent que je suis d’un regard apitoyé, un enfant romanesque qui, de ces étranges aventures et de ces sordides, se crée un monde imaginaire. » (chapitre XI)

De Pierre et d’os. Bérengère Cournut

De pierre et d'osVoici un roman qui m’a happée… Le dépaysement est absolu. J’ai voyagé au pays des Inuits, j’ai dormi dans des igloos, j’ai regardé la nuit sans fin et j’ai marché sur la banquise dans le froid piquant et la pénombre des jours d’hiver. Grâce à cette plongée chez le peuple Inuit, j’ai découvert quelques coutumes et traditions et surtout cette omniprésence des esprits.

J’ai suivi avec passion le parcours de Uqsuralik, jeune femme Inuit qui, alors que la banquise se brise, se retrouve séparée de sa famille. Livrée à elle-même, elle va devoir survivre afin de rencontrer d’autres êtres vivants. L’entraide et la solidarité occupent une place primordiale sur la banquise. Les saisons se succèdent, on passe de l’iceberg à la toundra, tour à tour, Uqsuralik cohabite avec d’autres tribus, mais au fil de ses rencontres, elle poursuit sa quête intérieure. Peu à peu elle se perfectionne dans ses techniques de chasse, apprend les traditions chamaniques, se découvre ses désirs de maternité. Je ne connaissais rien des chasseurs nomades de l’Arctique, leurs conditions de vie est fascinante. Proche de la nature, associée avec elle, ils subissent de plein fouée les conditions climatiques, le réchauffement et les modifications de la nature sont évoqués très discrètement. Ce n’est pas le sujet du roman, le centre du roman c’est cette vaillante héroïne. Uqsuralik chasse le phoque dans les fjords, quette le renard sauvage ou l’ours, cueille des baies dans la toundra mais il faut aussi construire un abri et lisser les peaux pour s’en faire des habits. C’est aussi une belle plume que j’ai découverte, une plume de conteuse, une plume de poétesse car le roman est parsemé de différents chants chamaniques.

Ce roman est aussi un très bel objet. Je ne connaissais pas les éditions Tripode mais je suis séduite. La couverture est magnifique, les tonalités correspondent parfaitement à ce que j’imagine de l’histoire et surtout ce recueil est assorti d’un dossier photo en noir et blanc sur les Inuits.Un récit emprunt d’écologie, de spiritualité et de féminité.

Le garçon. Marcus Malte

Le garçon 1Ô merveille ! ô pépite ! Je vais vous parler, non sans une petite appréhension, de ce petit bijou littéraire que je suis d’ors et déjà triste d’avoir terminé mais tellement enthousiasmée d’avoir découvert. Que c’est beau ! Que c’était beau !

« Il marche du crépuscule à l’aube, il dort au plus chaud de la journée : au début le garçon conserve ce rythme. Et puis la lune s’amenuise et sa clarté décline. Et puis il s’enhardit. Au quatrième jour il n’est pas midi lorsqu’il s’éveille et reprend la route. » (p. 45)

Revenons aux prémices de cette découverte. L’an passé, mes parents me proposent une soirée, aller écouter Marcus Malte lire des extraits du garçon. Ce titre ne m’évoque rien mais allez c’est parti ! Et là, magnifique ! Une lecture tellement belle… de la musique, des chansons, lui et sa guitare… je suis fascinée par  le texte que j’entends, par les mots et par cette lecture parfaite. Ni une ni deux, à la fin de la lecture, j’achète le livre et félicite Marcus Malte pour ce moment de délice absolu.

Samedi dernier, j’ai sorti l’ouvrage de ma bibliothèque. J’ai débuté ma lecture. J’ai reconnu les mots que j’avais entendu il y a un an. En lisant, j’entendais l’intonation de Marcus Malte, le rythme de sa récitation. C’est beau. C’est merveilleux. C’est un roman où la langue est somptueuse, riche, variée. Une langue très particulière, un style inimitable. Le rythme est incroyable. Les phrases, la respiration… il y a quelque chose de particulier, des énumérations de synonymes, des rythmes ternaires, des métaphores… Sans dévoiler l’histoire, le garçon erre et part en quête d’une humanité, un être sauvage, mutique à la découverte du monde. J’ai adoré à partir du moment où le garçon rencontre Emma, une rencontre déterminante, une initiation à l’art, une initiation à l’amour. Ce sont déjà les passages que j’avais préféré lors de la récitation de Marcus Malte. Des pages extrêmement sensuelles sur l’amour, le plaisir charnel… Les chapitres sur la guerre sont époustouflants, saisissants, le rythme, les petites piques… je ne sais comment dire. Il y a quelque chose de magique dans cette plume.

« Tous les instants, toutes les précieuses minutes dérobées, arrachées, et toutes ces heures royalement octroyées, tout ce temps libre de leur existence désormais tendu vers ce but unique, consacré à ce seul projet : le plaisir. Le faire naître. Le faire croître. Et puis s’en repaître. » (p. 281)

J’ai adoré les parties centrales du roman, la toute première, l’errance du garçon m’a moins captivée néanmoins l’écriture est somptueuse. Le garçon m’a procuré des émotions comme cela faisait longtemps que la littérature ne me l’avait permis, la sensation de grandir, d’aller plus loin, plus haut… Un texte aux mille qualité, un conte,  un roman initiatique, un roman d’amour, un roman d’aventures, une réflexion sur l’humanité, sur la construction de soi. Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un texte avec une écriture si belle, une plume si travaillée et en même temps si accessible. Ce garçon m’a habité et il restera très longtemps avec moi ❤

« Il baisse la tête. Il voit les doigts enserrant sa cheville. La main. Le bras. La face encroûtée. Les grands yeux bleus levés vers lui. Il voit le ventre crevé, fendu, et les tripes mauves, les boyaux grenat qui en sortent et l’autre main fouillant dans ce magma. Me laisse pas ! Ce n’est qu’un râle , ce n’est qu’un murmure entre les lèvres où mousse une écume rosâtre mais il l’entend. Il reste là à fixer l’homme. Peut-être une seconde. Peut-être une minute. Il ne regarderait pas autrement la Mort en personne. Puis un crépitement, une rafale, les frelons piquent devant lui, éclaboussures sur sa capote. Il tressaute. Ces féroces soldats. Il essaie de ramener sa jambe mais la Mort s’agrippe. La Mort rampante.  […) Il tire un grand coup sec et se libère. Aux armes. Un pas. Un pas. Marchons. » (p.368)

A lire ! A savourer ! A admirer ! A dévorer !

L’Education sentimentale. Gustave Flaubert

L'éducation sentimentalePar où commencer ? Ce roman est à la fois incroyablement foisonnant et incroyablement plat. Il ne se passe finalement pas grand chose du point de vue du héros en revanche beaucoup du point de vue de l’Histoire (Paris et la révolte de 1848). Flaubert s’attache donc au détail, au quotidien, aux petits faits et fait surtout attention au style, très épuré, une vraie recherche de perfection. J’avais déjà lu ce roman mais je ne me rappelais finalement de très peu de choses et j’ai vraiment eu le sentiment de le découvrir, très agréable ! J’ai mis beaucoup de temps à le lire, plusieurs mois. Impossible de le lire d’une traite, je le prenais et puis le délaisser avant d’y revenir. Je dois reconnaître que certains passages par méconnaissance historique ou politique me sont très obscurs…

« Elle ressemblait aux femmes des livres romantiques. il n’aurait voulu rien ajouter, rien retrancher à sa personne. L’univers venait tout à coup de s’élargir. Elle était le point lumineux où l’ensemble des choses convergeait ; – et, bercé par le mouvement de la voiture, les paupières à demi closes, le regard dans les nuages, il s’abandonnait à une joie rêveuse et infinie. » (p. 53)

Dans ce roman, on croise un foisonnement de personnages : le héros, Frédéric et son ami Deslauriers, Mme Arnoux, cette femme dont tombera amoureux Lucien, une femme inaccessible et inatteignable. Frédéric, cet anti-héros un peu mollasson, ne réussissant à vivre son désir avec l’objet de ses pensées, le fera avec une lorette, Rosanette. Et puis il y a les nombreux amis ou connaissances de Frédéric, les Dambreuse, le peindre Pellerin (ce qui vaut de nombreuses réflexions sur l’art), Sénécal, Dussardier et bien d’autres.

Etudiant Illusions perdues de Balzac avec mes 4e, je n’ai pas pu m’empêcher d’y penser très souvent et de faire des liens entre les deux héros, Frédéric Moreau et Lucien de Rubempré et leur désir de s’accomplir à Paris. C’est d’ailleurs très agréable de lire deux livres qui se font écho par leur construction, la période d’écriture, la personnalité des héros.

Je suis contente d’avoir pris mon temps pour lire cette oeuvre considérable, c’est beaucoup qu’une histoire d’amour, c’est bien l’histoire d’une génération, celle de Flaubert qu’il revit à travers son héros.

L’Education sentimentale, Gustave Flaubert, Le livre de poche 2017

L’archipel d’une nouvelle vie. Andreï Makine

L'archipel d'une nouvelle vie1« A cet instant, de ma jeunesse, le verbe « vivre » a changé de sens. » Ainsi commence ce roman que je qualifierai de roman initiatique. L’archipel d’une nouvelle vie est le roman d’une poursuite, celle qu’a mené Pavel Gartsev à travers la taïga dans les années 1950. Pavel et ses compagnons doivent capturer un mystérieux criminel, échappé du goulag, mais qui est-il donc ? Pavel l’observe, le garde à distance et parfois l’envie, il apprend de cette observation : « En vérité, je ne désirais que cela : être à sa place, vivre ce silence, comprendre sans paroles le sens de mon attente ici, à cette heure-là. » (p.23) C’est la découverte de son identité qui bouleversera et modifiera le cours de la vie de Pavel « Pourtant, rester avec lui changeait le sens de ce que je savais de la vie. » (p.28). Dans cette nature hostile et glaciale, c’est une véritable chasse à l’homme qui s’engage, une chasse à l’homme aussi interminable que l’est la taïga. Mais ce roman est aussi l’occasion de mener des réflexions politiques essentielles et surtout de réfléchir à ce que l’homme est capable de faire et qu’il a de néfaste en lieu.

L'archipel d'une nouvelle vieC’est un roman psychologique et philosophique donc dans lequel dès les premières lignes, j’ai été marquée par le style qui m’a semblé si joli. Parfois je délaissais le fil de l’histoire pour n’admirer uniquement que la beauté des phrases. Des phrases qui laissaient planer un espoir, celui d’un renouveau, d’une renaissance que le titre (que je trouve très poétique) annonçait déjà.

« Pourtant, l’inquiétude ne me rongeait pas. Le sens de ma fuite se rapprochait désormais de cette « autre vie » dont il m’avait parlé et dont le début ressemblait à une marche sur les races … » (p.197)

L’archipel d’une autre vie, Andreï Makine, éditions Points, août 2017

Un été 42. Herman Raucher

Eté 42-1Une histoire de garçons, une histoire d’adolescent… l’été 42 pourrait ressembler à n’importe quel été mais il est particulier pour Hermie, Oscy et Benjie. « Ils s’étaient baptisés le Trio infernal mais sans raison particulière, sinon pour gonfler leur ego et établir en quelque sorte leur place dans le monde. » (p. 18). Ce sont donc trois amis qui du haut de leur quinze ans ont l’intention de profiter de leur été pour devenir des hommes. Ils n’oublient pas que leurs aînées (d’à peine quelques années) deviennent des hommes, des héros au large du Pacifique dans un conflit qui les dépasse. D’ailleurs la narration croise les deux « combats » fréquemment : « Les doigts de Hermie se replièrent et se mirent à avancer comme des pattes de tarentue. Ils remontèrent doucement le long du fauteuil et vinrent se poser sur l’épaule chaude d’Aggie, où ils parurent se solidifier et mourir. Aggie ne bougeait toujours pas. La Norvège n’avait pas opposé de résistance non plus. Hermie aspira une Eté 42-4grande bouffée d’air imbibé de fumée de cigarette et toussa. Quand il eut fini de tousser, il laissa sa main où elle était, se disant qu’elle déciderait d’elle-même ce qu’elle ferait ensuite. A l’est, rien de nouveau. Mais des stratégies étaient en train d’être élaborées en secret. » (p.154)

La conquête amoureuse est donc sans cesse mise en perspective d’une conquête militaire, à chacun ses victoires, à chacun ses défaites. Que de balades sur la plage en ne pensant qu’à leur désir… une obsession cet été là. Tandis qu’Hermie tombe amoureux, Oscy préfère s’expérimenter et étudier un manuel d’anatomie avant de tester les fameuses « douze étapes ».

J’ai beaucoup aimé ce roman truffé d’humour, la scène d’achat du préservatif m’a fait Eté 42-2beaucoup rire ! Que de stratégies, que de gênes pour ces adolescents mais que de volonté aussi ! Leur innocence, leur ignorance sont touchantes toutefois ils essaient d’être sûr d’eux notamment Oscy. C’est lui le « chef » de bande, il sourit tout le temps et sait ce qu’il veut. Benjie c’est le plus jeune et c’est aussi celui qui apparaît le moins dans le roman. Et il y a Hermie, le narrateur, le roi de l’inquiétude, celui qui rencontre Dorothy, la déesse de 22 ans dont il tombe amoureux…

Un roman beaucoup plus fin qu’il n’en a l’air où il s’agit d’apprendre à grandir.

Un été 42, Herman Raucher, Folio (avril 2016)

Shantaram. Gregory David Roberts

« Il m’a fallu du temps et presque le tour du monde pour apprendre ce que je sais de l’amour et du destin, et des choix que nous faisons, mais le cœur de tout cela m’a été révélé en un instant » (p.11) : ainsi commence ce pavé.

ShantaramPlus de mille pages, treize années d’écriture et de labeurs pour l’auteur, je sens déjà que je ne pourrais pas tout dire tant l’oeuvre est intense, tant les personnages secondaires sont nombreux (je suis curieuse de savoir combien), tant les images de l’Inde sont multiples, tant l’intrigue comporte de péripéties. Mais ce qui me sidère c’est qu’il s’agisse d’une histoire vraie; celle d’un jeune australien, qui, dans les années 80, s’évade d’un quartier de haute sécurité d’une prison, et se retrouve par hasard en Inde, au cœur de Bombay.

« Depuis que j’étais devenu fugitif, écrire était encore pour moi une activité quotidienne et une routine instinctive. […] Une des raisons pour lesquelles je me souviens si bien de ces premiers mois à Bombay, c’est que dès que j’étais seul, je me mettais à écrire sur ces nouveaux amis et les conversations que nous avions. Ecrire est une des choses qui m’ont sauvé. » (p.57). Lin débarque donc en Inde, fugitif sans famille, il cherche à donner un sens à son existence. Possédant une capacité d’intégration impressionnante, il rencontre des gens de toutes les religions, de toutes ethnies et parlant toutes langues (apprenant même l’urdu, le marathi..). J’ai adoré sa vie dans le bidonville de Bombay auprès des plus démunis, on découvre l’Inde véritable pas celle des cartes postales, une Inde où la population souffre : chiens errants agressifs, incendies, moussons, choléra… Lin ouvre alors une petite officine. C’est là qu’il fait les rencontres déterminantes : Prabaker, Karla, Abdullah, Shantaram lectureKhader Khan, Didier, Lettie, Modena… « Je sais maintenant qu’il y a des commencements, des tournants, en grand nombre dans chaque vie ; des questions de chance, de volonté et de destin. Le jour où on m’a donné un nom, le jour des bâtons de la crue dans le village de Prabaker, quand les femmes m’ont donné le nom de Shantaram, c’était un commencement. » (p.239) Des amitiés essentielles, des amis qui combleront l’absence de famille « L’amitié est aussi une sorte de médicament qu’on ne se procure parfois qu’au marché noir. » (p.259). Parfois je me suis perdue dans tous les personnages, parfois dans ce Bombay fourmillant j’ai été surprise que Lin soit « croisé ou rencontré » si facilement, voilà mes deux petits bémols.

Les aventures ne sont pas toujours belles, il y a aussi une part plus sombre dans ce récit initiatique : les trafics pour survivre, les bagarres, la violence, les trahisons, la prison, la traversée de l’Afghanistan en guerre… Au fil des aventures c’est aussi la question de son identité et de ses racines qui émerge « Le faux passeport dans mon sac à dos disait que j’étais un citoyen néo-zélandais. La carte de visite dans ma poche disait que j’étais un Américain du nom de Gilbert Parker. Les gens du village de Sunder m’avaient rebaptisé Shantaram. Dans le bidonville, j’étais connu sous le nom de Linbaba. Un tas de gens dans mon pays me connaissaient grâce à une photo sur une affiche. Mais est-ce bien mon pays ? Est-ce que j’ai un pays? » (p.348)

IMG_2053Beaucoup de rebondissements donc mais pas seulement, il y a tout une part philosophique dans ce roman avec de très nombreuses réflexions sur la vie, les choix qu’on fait, sur l’honnêteté, la vertu, l’amitié, le destin… J’ai eu l’impression de lire plusieurs livres, Lin a décidément plusieurs vies et son parcours en Inde est un véritable parcours initiatique. J’ai passé un mois avec lui, un mois en Inde, un mois à Bombay et ailleurs et il me sera difficile de quitter ce monde.

« C’est l’Inde ici. C’est le pays du cœur. C’est ici que le cœur est roi. Le putain de cœur. C’est pour ça que tu es libre. […] Ils auraient pu te prendre ton fric, le fric de Khader, te laisser partir, et puis demande à d’autres flics de t’arrêter et de te renvoyer chez toi. Mais ils ne l’ont pas fait et ne le feront pas, parce que tu as touché leur cœur, vieux, leur putain de cœur d’Indien. Ils ont vu tout ce que tu avais fait, et la façon dont les gens du bidonville t’ont aimé […]. C’est comme ça que nous arrivons à faire tenir ce pays de dingues – avec le cœur. Deux cents langues différentes, bordel, et un milliard d’habitants. L’Inde, c’est le cœur. C’est le cœur qui nous maintient ensemble. Il n’y a pas un autre endroit au monde avec un peuple comme mon peuple, Lin. Il n’y a pas de cœur comme le cœur indien. » (p.535)

Shantaram, Gregory David Roberts, Livre de poche, déc. 2016

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une. Raphaëlle Giordano

Voici le genre de roman que je ne lis que très rarement (je crois que je ne pourrais pas d’ailleurs), pour moi c’est le vrai roman de gare, idéal pour un long voyage ou une après-midi sur la plage.

Ta 2e vie commence...L’histoire est très simple (voire pauvre) : Camille, trente-huit, a tout pour être heureuse mais pourtant elle est minée par les tracas quotidiens, l’impression de ne pas vivre la vie qu’elle désire, une légère déprime récurrente… Jusqu’à ce qu’elle rencontre Claude Dupontel, routinologue et oui ! Il va alors lui proposer un accompagnement pour l’aider  à retrouver le sourire et un épanouissement personnel. La partie romanesque a manqué pour moi d’envergure et d’ambition. Les « rebondissements » sont trop faciles et prévisibles et l’histoire n’est qu’un embryon d’intrigue. Il faut davantage penser ce roman en terme de livre de développement personnel.

C’est cet aspect qui m’a parfois dérangé : cette impression de lire un manuel théorique. les mots importants sont en gras suivis d’une explication qui est en réalité une définition. Je n’ai pas aimé la typographie : ces passages en gras pour les conseils de vie importants mais aussi les citations (comme s’il fallait se justifier), pas besoin de mettre en évidence ces éléments, le lecteur est assez grand pour percevoir l’essentiel !

« Il va falloir aussi apprendre à poser vos limites et à les exposer à votre entourage, poursuivit Claude. […] Encore faut-il ne pas confondre empathie sèche et empathie mouillée ! Avec l’empathie mouillée, vous prenez à votre charge le pathos de l’autre, vous absorbez ses émotions négatives et vous finissez par aller mal, vous aussi ! Avec l’empathie sèche, vous arrivez à entendre et compatir avec les problèmes de votre entourage, sans pour autant vous laisser contaminer par son humeur brutal. Cette sorte de bouclier de protection est très utile pour ne pas se laisser aspirer. » (p. 81)

Le thème m’a fait sourire : le problème de la routine… problème auquel nous sommes tous confrontés, pas toujours évident de s’en débarrasser (et puis ça peut être aussi confortable et rassurant). C’est là qu’est l’effet « manuel », des conseils donnés dans lequel j’ai perdu le romanesque.Ce qu’il faut retenir (et c’est une sage leçon) ce sont quelques unes des clés et astuces données pour repenser sa vie, sortir de sa morosité et de ses petites déprimes : voir le bon côté des choses, sourire, penser positif et oser sa vie et non la rêver.

Tous ces conseils de psychologie positive sont donc associés à un roman (malheureusement pas assez romanesque à mon goût) mais cela constitue un ouvrage idéal pour les vacances, il a le mérite de rappeler qu’en souriant et en s’accablant pas de tout, la vie est plus facile et plus belle.

Le voleur de voitures, Theodore Weesner

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Un classique de la littérature américaine, paru en 1972 mais que je ne trouve que maintenant. J’ai trainé cette lecture (en ce moment j’ai beaucoup de mal à trouver du temps pour lire), un nouveau rythme s’installe et je trouve peu de temps pour me poser. Sûrement aussi par un petit manque d’envie… Bref ce roman fut agréable.  Il s’agit d’un roman sombre sur l’adolescence, celle qui sombre dans la délinquance juvénile. Mais c’est aussi un roman d’apprentissage et c’est là, la lueur d’espoir de ce texte.

Alex Housman est un ado mal dans sa peau. Pour pimenter un peu son existence, il pousse les limites du droit et prendre des risques. Il veut se faire remarquer et exister. C’est un ado qui souffre de la dépression de son père suicidaire et de l’abandon par sa mère. Beaucoup de fragilité en lui et de faiblesse qu’il cherche à repousser en volant des voitures, toujours. Ce moment haletant, c’est pour cela qu’il vit. Et puis il y a l’adrénaline qui monte quand il croise des patrouilles au volant de la voiture volé. Alex se fera prendre, il connaîtra alors la prison, l’univers carcéral, un monde à part fait de violence et d’obéissance. Mais aussi la découverte de la lecture et de la littérature. Puis une remise de liberté et un retour à l’école, finalement il opter pour un engagement dans l’armée afin de démarrer sa vie adulte au moment même où son père le libère de son poids.

Ce roman est un roman d’apprentissage donc mais c’est aussi un roman autobiographique, en effet il s’agit de l’histoire de l’auteur. En effet, Theodore Weesmer a passé trois ans en détention pour vol de voitures et puis en sortant il découvre la force de la fiction et l’écriture de ce livre, une force salvatrice pour l’auteur. Une très jolie lecture donc surtout lorsqu’on connaît cette dimension autobiographique pleine d’espérance.

« Alex attaqua Les Aventures de l’adjuvant Asch, pour la simple raison qu’il savait lire, quoiqu’il fût intimidé par la quantité de mots. Il n’avait jamais lu que les leçons dans ses manuels scolaires […]. Mais le roman était écrit simplement captivé par l’intrigue pour cesse de se rappeler à chaque page qu’il lisait un livre, pour continuer à avancer afin de voir ce qui allait se passer ensuite. » (p. 115)

 

Kafka sur le rivage, Haruki Murakami

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Voici une lecture riche, un livre que j’ai adoré. Murakami m’a embarquée, je ne savais ni où j’allais, ni comment on y allait et encore moins où cela me mènerait mais j’avais envie de poursuivre sans cesse ma lecture.

Deux personnages principaux dans ce roman, un adolescent de 15 ans en fugue, Kafka (nom qu’il s’attribue) Tamura et Nakata, un vieil homme mystérieux ayant le pouvoir de parler aux chats. Chacun erre, ils poursuivent une quête. Dans ce monde étrange, où il pleut des poissons, Kafka qui cherche à échapper à la prophétie œdipienne prononcée par son père, trouvera refuge dans une bibliothèque isolée. Nakata, le vieux monsieur illettré, doué de sagesse, traverse le Japon à la  recherche de la porte pour entrer dans un autre monde et modifier les dérives de celui actuel. Au cours de leurs errances, ils font des rencontres plus ou moins attachantes : Johnnie Walker, Hoshino, l’intrigante Mlle Saeki, la jeune Sakura, l’androgyne Oshima. Grâce à eux leurs voyages initiatiques se poursuivent. Les récits des deux parcours sont alternés mais les échos sont fréquents et finalement tout s’éclaircit  et chaque détail prend forme dans les dernières pages.

Entre onirisme, mythologie et philosophie, ce roman est truffé de références culturelles, bien sûr Œdipe mais aussi Franz Kafka et son œuvre, La Métamorphose. Pour Murakami, le voyage initiatique doit apprendre à chacun à renaître autrement, à devenir autre. Il y a encore plein de références mythologiques (la boîte de Pandore…) mais ce roman d’une grande richesse nécessiterait plusieurs lectures pour en comprendre et en percevoir tous les aspects.