Le parfum des fraises sauvages. Angela Thirkell

Le parfum des fraises sauvagesVoilà un petit roman que j’ai apprécié : léger, drôle c’est une petite comédie qui m’a fait beaucoup sourire. Mary Preston est invitée par sa tante à Rushwater House pour l’été. Voici une magnifique résidence dans la campagne anglaise (quel plaisir de retrouver la campagne anglaise !).

Dans la famille Leslie, il y a la mère, Lady Emily que j’ai adoré ! Elle oublie toujours tout, perd ses affaires, enchaîne les quiproquos ou les erreurs, manifeste son exubérance mais pour Mary il y a surtout les deux fils, David et John. La jeune Mary Preston tombe sous le charme du distrait David, artiste de la famille. Lorsqu’il lui fait la promesse de lui offrir des fraises des bois, quel émoi ! quel bouleversement dans son corps ! Mais il y a aussi le beau John, beaucoup plus posé, plus sérieux… entre les deux le cœur de Mary hésite… c’est drôle… jusqu’au moment du bal et à cette promenade au clair de lune…

« Non, la seule façon de manger des fraises des bois est de vivre dans un pays comme la Suisse où il y a des paysans pauvres mais cupides qui en ramassent des saladiers entiers pour que vous les dégustiez à l’heure du thé.

– J’adorerais les manger comme ça.

– Je vais vous dire. Je connais un endroit en ville qui reçoit des livraisons de fraises des bois par avion du Tyrol ou de je ne sais où deux fois par semaine. Allons-y déjeuner un jour.

– Oh ! David. (p. 110)

Le parfum des fraises sauvages. Angela Thirkell. Editions 10/18

Trois frères. Peter Ackroyd

Trois frèresMe revoilà avec une histoire de familles comme je les aime et celle-ci je l’ai adorée !

« Dans la commune de Camden, au nord de Londres, en plein milieu du siècle dernier, vivaient trois frères : trois jeunes garçons, nés à un an d’intervalle. » Ainsi commence ce roman qui contient tous les éléments que j’apprécie : l’histoire familiale, le XXe siècle et Londres ! Ces trois frères, Harry, Daniel et Sam Hanway naissent donc dans un milieu modeste de Londres. Leur père, contraint de renoncer à ses ambitions littéraires, se fait veilleur de nuit puis camionneur. La mère enfuie, les garçons s’élèvent seuls.

Chacun part ensuite et trouve sa voix dans un monde aussi varié que dangereusement fascinant. Harry, l’aîné, actif et déterminé, devient journaliste. En ce moment je ne croise que des personnages de journalistes, impossible de ne pas penser à Lucien de Rubempré dans Illusions perdues de Balzac ou encore à George Duroy dans Bel-Ami de Maupassant. J’ai adoré ces pages sur ce milieu si corrompu, où la gloire semble si facile. Le cadet, Daniel, plus timide et solitaire, poursuit des études et devient un critique littéraireTrois frères lecture redouté car acerbe. Quant à Sam, le benjamin, c’est le rêveur, le vagabond dépourvu d’ambition… Le contact entre les frères est rapidement rompu mais et c’est là la malice de l’auteur une sombre histoire de meurtre, de scandale politique et de marchand de sommeil les réunit sans pour autant qu’ils le sachant. Leurs pas se croisent et des fils de leurs histoires s’entremêlent.

J’ai adoré ce roman, le parcours de chaque frère, leur vie qui se croisent et leur destinée si tragique.  Les liens familiaux sont incontestables et ils ne parviennent pas à s’en soustraire. Mais ce roman propose également un portrait de Londres au lendemain de la seconde guerre mondiale, une atmosphère de reconstruction, de manipulation, de corruption… une satire cynique pour ce roman noir.

Trois frères, Peter Ackroyd, 10/18 (juillet 2016)

Victoria et les Staveney. Doris Lessing

Déçue par ma première rencontre avec Doris Lessing (et ma lecture Carnet d’or), je ne voulais pas rester sur ce sentiment. A l’occasion d’un tour en librairie, j’ai trouvé ce court roman et je dois dire que j’ai été très agréablement surprise.

Victoria et les StaveneyC’est une lecture que m’a prise avec surprise, petit à petit, je me suis laissée embarquer au point que j’ai eu le sentiment que les dernières pages se sont volatilisées. La quatrième de couverture m’a induite en erreur et je m’attendais à une fin plus dramatique ce qui n’est absolument pas le cas cependant une ombre plane et la fin est ouverte. Le roman commence donc doucement voire tranquillement : personne ne vient chercher à l’école, Victoria, petite fille noire issue d’un milieu modeste. Elle est alors accueillie pour la nuit chez les Staveney, riche famille blanche de Londres. Pour elle, c’est un choc. Le souvenir de cette nuit restera gravée à jamais jusqu’à entamer quelques années plus tard avec leur fils, Thomas. Mary naîtra de cette liaison mais Victoria poursuit sa vie sans en informer le père. Ce n’est que lorsqu’elle perdra son mari, Sam, et père de son fils, qu’elle s’inquiète pour l’avenir de sa fille : doit-elle rencontrer son père ? pourra-t-il lui offrir une éducation ? voudra-t-il d’une petite fille métisse ? Victoria laisse les Staveney s’immiscer dans la vie de Mary sans se douter des conséquences.

A la fois sobre et efficace, Doris Lessing étudie avec finesse la psychologie des personnages. Il n’y a aucun jugement de valeur, seulement des constats et des faits. Le style n’est pas du tout le même que dans Le Carnet d’or, beaucoup plus simple, plus accessible, plus facile.  C’est un court roman qui pousse à réfléchir sur la question des préjugés sociaux et raciaux, heureuse de l’avoir découvert !

Victoria et les Staveney, Doris Lessing, Le Livre de Poche, 2017

Le carnet d’or. Doris Lessing

Carnet d'or2 Je ne savais pas à quoi à m’attendre en lisant ce roman, j’aime être surprise par mes lectures d’autant plus lorsqu’elles sont « connues ». Un peu désemparée au départ, j’ai enfin compris ce qui m’a étonné, j’ai été surprise par l’exigence de cette lecture.

Après la moitié du roman lu cette exigence a eu raison de moi. L’écriture est dense, j’ai ressenti une sorte de foisonnement, j’ai eu l’impression d’avoir parfois du mal à prendre ma respiration, il y a peu de pause, peu de dialogue, une Carnet d'ordensité et intensité incroyable. Différents styles se mêlent : du roman, des réflexions politiques, des interrogations féminines, des extraits de journaux intimes… j’ai eu du mal à relier tous les éléments qui me semblaient intéressants mais aussi trop disparates. Le problème, c’est que j’ai trop réfléchi en lisant et j’ai oublié de me laisser porter. Si j’ai abandonné, je garde tout de même un joli souvenir de cette lecture et des réflexions qui y sont proposées.

Carnet d'or3« Un roman sur cinq cents ou sur mille possède la qualité qu’un roman devrait posséder pour être un roman: la qualité philosophique. Je découvre que je lis la plupart des romans avec le même genre de curiosité qu’un livre documentaire. S’ils sont le moins du monde réussis, la plupart des romans originaux en ce sens qu’ils informent sur l’existence d’une partie de la société, d’un type de personnages, qui ne sont pas encore révélés à la conscience générale de lettrés. Le roman est devenu une fonction de la société fragmentée, de la conscience fragmentée. Les êtres humains sont tellement divisés, de plus en plus divisés et morcelés en eux-mêmes, à l’image du monde qu’ils cherchent désespérément, sans le savoir, des informations sur d’autres groupes à l’intérieur de leur propre pays, sans parler de groupes dans d’autres pays. » (p. 77)

Le Carnet d’or, Doris Lessing, Livre de Poche (1976), lu dans le cadre du Mois anglais

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Mois anglais

J’ai hésité un peu cette année, j’y ai songé tardivement mais finalement je me suis décidée et je participerai bien une année de plus au mois anglais organisé par Lou et Cryssilda. Ma participation sera à ma hauteur, c’est-à-dire pas grand chose (vu mon manque de temps et d’organisation du moment) mais j’aime cette période, tout le monde lit des romans anglais, nos lectures se recoupent, certaines dînent ou brunch anglais, et surtout on boit du thé !).

dqkjfqsIl restait le fondamental, que vais-je lui ? Après un tour de ma PAL qui n’a jamais été si peu importante (à peine une cinquantaine de livres) pour cause d’absence d’achats depuis fort longtemps (toujours dû à mon manque de temps et parfois de sous), j’ai repéré deux lectures : Le Carnet d’or de Doris Lessing, je ne connais rien de ce titre, je n’ai jamais lu Doris Lessing, je sais uniquement qu’elle a reçu le prix Nobel de littéraire et puis Possession A. S. Byatt pour ma seconde lecture, ce sera aussi une découverte pour ce roman qui a aussi reçu un prix ! Hasard… Deux pavés pour moi et ce sera déjà bien !

Bonne lecture à toute ! Bon mois anglais ! J’ouvre Le Carnet d’or ce soir…

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Un intérêt particulier pour les morts, Ann Granger

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Première lecture d’Ann Granger et découverte de son personnage féminin Elisabeth Martin. J’ai savouré ce roman : de l’époque victorienne aux personnages en passant par l’intrigue bien ficelée…

Elisabeth Martin accepte un emploi de dame de compagnie auprès de sa tante, Mrs Parry, riche veuve. Elle arrive à Londres qui connaît alors (nous sommes en  1864) un grand chantier avec la gare de St Pancras. Dès son arrivée, la jeune provinciale est étonnée et intriguée par le convoi mortuaire qu’elle croise. Un corps de jeune femme a été retrouvé sur ce chantier et lorsqu’il s’avère qu’il s’agit de Madeleine Hexhan, l’ancienne dame de compagnie de Mrs Parry, disparue depuis plusieurs semaines, Miss Martin s’intéresse de près à cette histoire. Elle décide alors de mener son enquête. Le hasard faisant bien les choses, l’inspecteur de Scotland Yard n’est autre qu’une vieille connaissance de son enfante, Benjamin Ross.

J’ai aimé le personnage de Lizzie, une femme dynamique,malicieuse, pleine d’irrévérance, d’honneteté et de tenacité… une femme droite et franche qui n’hésite par à rabrouer le docteur Tibett et ses réflexions sur les femmes…

Un roman bien sympathique, j’ai déjà hâte de retrouver Lizzie et l’inspecteur Ben Ross !

Manderley for ever, Tatiana de Rosnay

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Par où commencer ? Manderley for ever fut une parenthèse inattendue. Alors que j’avais du mal à trouver mon rythme de lecture et que je traversais une petite panne de lecture, ouvrir cette biographie m’a fait un bien fou. A chaque ligne lue, j’avais envie de rester davantage auprès de Daphné du Maurier.

Quel plaisir de la découvrir et de me glisser dans son intimité d’écrivain. D’une manière générale, je lis rarement des biographies. Je suis toujours admirative des vies d’écrivain : découvrir leurs influences, les rencontres et les hasards de la vie qui les ont conduits à écrire. J’ai retrouvé cette sensation agréable que j’avais éprouvée en lisant Charles Dickens de Marie-Aude Murail ou encore la biographie de Blaise Cendrars, La Vie, le Verbe, l’Ecriture (de Miriam Cendrars).

Tout dans cette biographie m’a plu : l’enfance de Daphné avec un père comédien, son goût pour les histoires, le théâtre, la littérature (faisant d’elle la préférée de son père), sa volonté de s’affirmer, d’exister et ce souhait si souvent exprimé d’être un garçon, cet « Eric Avon », sa part masculine. Daphné Du Maurier c’est donc cet attachement profond à son père, ce Peter Pan qui, en grandissant, l’a met mal à l’aise, ce sont aussi ses racines françaises qu’elle aime explorer, c’est aussi son goût pour les balades en bord de mer, le calme (une forme de sérénité), la solitude, son attachement à la Cornouailles, son désir de vivre retirée et de rester discrète. manderley-lectureEt puis c’est l’écriture, ses livres ; sa vie de famille (son mari et ses enfants) qu’elle n’hésite pas à reléguer pour donner la priorité à ses romans en se réfugiant dans « sa hutte ». J’ai découvert ce personnage complexe et attachant, ses amours « vénitiennes », ses amitiés profondes, et son obsession pour les maisons: Ferryside, Menabilly, Kilmarth. Elle entretient un lien fusionnel avec ses maisons qui l’inspirent tant. J’ai adoré percer le secret du processus de création, l’émergence d’une idée, découvrir la généalogie des œuvres est tellement captivant et puis le prolongement des œuvres, la distance qu’elle tente de prendre avec les critiques, ses livres adaptés au cinéma et son mécontentement fréquent (je ne pensais que tant de ses œuvres avaient été adaptées). Peu à peu cette âme douce un brin rebelle grandit, Daphné du Maurier devient plus mature et remet en question ses choix. Parallèlement, elle est gagnée par le manque d’inspiration, une souffrance véritable que ce vide face à la page blanche.

Dans cette biographie travaillée avec une grande finesse et une grande élégance, j’ai ressenti le respect et l’admiration que porte Tatiana de Rosnay envers Daphné du Maurier ; un bien bel hommage.

Ce fut dur d’écrire ce billet, tant de choses à vouloir dire, tant de choses que j’ai aimé, que j’ai découvert. Cette biographie m’a donné une envie profonde de relire Rebecca (qui m’avait tellement subjuguée) mais aussi de lire L’Amour dans l’âme qui m’attend sur mes étagères. Ce sera bientôt fait…

« Daphné regarde les vagues se briser sur la falaise. Elle ouvre la fenêtre, respire l’air salé de la mer. Cela lui fait du bien, quelques instants. Mais la douleur revient, lancinante. Un romancier qui n’écrit plus est une entité sans vie. Un mort vivant. »