Dracula, Bram Stoker

dracula

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler d’un roman lu dans le cadre de mes cours. Je lis souvent pour mes élèves mais ne chronique jamais ces lectures. Sans doute parce que, pour mes élèves, je ne lis pas de la même manière que pour moi : je prends des notes, je repère les passages intéressants, je réfléchis aux notions à aborder etc.

Dans mon collège, les élèves ont deux lectures d’été. Cette année, les 4e avaient en autre Dracula. Je n’avais jamais lu ce classique de la littérature fantastique donc ça tombait bien. Je précise tout de suite qu’il s’agit d’une édition abrégée.

Ce fut une lecture agréable (mes élèves ont également apprécié), le rythme est haletant et vif (en partie grâce à quelques « résumés ») et les rebondissements s’enchaînent. C’est tout de même un livre complexe par sa construction (on découvre le comte grâce aux différents journaux des protagonistes), par le nombre de personnages et par l’écriture qui est assez dense (notamment lors des développements « scientifiques » du professeur Van Helsing).

Ce que j’ai aimé c’est tout d’abord l’atmosphère gothique : les sombres nuits, le cimetière, le château hanté et puis les bruits, les hurlements, les cris, le vent… j’ai frisonné plus d’une fois. Le comte est effrayant et a réellement de quoi faire peur avec son « sourire effrayant » (p. 32), « ses dents proéminentes » (l.32) et cette « fureur démoniaque » (p. 35). Le début du roman est haletant, j’ai senti mon angoisse monter au fur et à mesure des mauvais présages que rencontrait Jonathan Harker. Passé l’épisode de Lucy Westenra, la première victime féminine de Dracula, j’ai trouvé que le rythme ralentissait car cela devenait trop répétitif. Néanmoins quelle énergie de Van Hesling, aidé de ses amis, pour affronter le monstre ! Une belle histoire d’amitié et de solidarité également.

Quelle belle plongée dans ce mythe fascinant du vampire aux canines aiguisés et suceur de sang !

« Un chien commença à hurler, quelque part devant une ferme, au bas de la route, un long hurlement sonore qu’on aurait dit provoqué par la peur. Un autre le repris, puis un autre, puis un autre encore jusqu’à ce que, porté sur le vent qui sifflait dans le col comme s’il gémissait, naquît un immense hurlement qui, dans l’obscurité trompeuse, paraissait venir de la campagne entière. » (p. 24)

Entre ciel et terre, Jon Kalman Stefansson

Entre ciel et terre fut pour moi une plongée en Islande, sur cette terre balayée par les vents, sur ces côtes battues par les tempêtes, dans ce village de pêcheurs de morues…

Entre ciel et terre fut pour l’histoire de deux amis, une histoire d’amitié. Amitié entre Bardur, le marin amoureux des mots et de la poésie, si amoureux qu’il préfere retenir les vers de Paradis perdu de Milton plutôt que de mettre sa vareuse, oubli fatal… et le gamin qui décidera de rapporter ce livre au vieux capitaine devenu aveugle, une marche au bout de laquelle il a décidé de rejoindre son ami mais aussi tous les êtres chers qu’il a perdu.

Entre ciel et terre fut pour moi une écriture dense, de longues phrases, des paragraphes et des chapitres exigeants mais poétiques.

Ce fut ces trois ingrédients mais également une réflexion sur les mots, la littérature et son pouvoir.

« Plongé dans le recueil de l’Anglais aveugle qu’un pasteur pauvre avait recomposé en islandais à ses heures perdues, il lit une nouvelle fois la strophe, ferme les yeux l’espace d’un instant et son cœur se met à battre. On dirait que les mots sont encore capables de toucher les gens, c’est incroyable, peut-être toute lumière ne s’est-elle pas éteinte en eux, peut-être que, malgré tout, il subsiste quelque espoir. » (p. 46)

« Certains mots sont probablement aptes à changer le monde, ils ont le pouvoir de nous consoler et de sécher nos larmes. Certains mots sont des balles de fusil, d’autres des notes de violon. Certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre le cœur et il est même possible de les dépêcher comme des cohortes de sauveteurs quand les jours sont contraires et que nous ne sommes peut-être ni vivants ni mots. » (p. 74)

« Il n’y a que peu de gens qui sachent réellement lire dans le bourg, c’est une chose que de pouvoir déchiffrer les lettres, c’en est une autre que de savoir lire, de l’une à l’autre, il y a un abîme. » (p. 240)

Voilà Entre ciel et terre, ce fut une amitié, une plongée islandaise et une écriture particulière. C’est un roman de qualité, j’ai aimé, oui, j’ai adoré, pas toujours, j’ai été surprise, oui, j’ai été enthousiaste, parfois, j’ai été emportée, souvent… néanmoins il m’a manqué quelque chose, peut-être une « âme », un supplément d’intensité, une beauté peut-être moins « lisse »

« Iorvaldur était satisfait d’avoir son ami comme voisin, il est si bon d’avoir un ami véritable en ce monde, alors tu n’es plus tout à fait aussi vulnérable, tu as quelqu’un à qui parler et à écouter sans être forcé de te protéger le cœur. » (p. 151)

Les trois lumières, Claire Keegan

Les trois lumières

Un court roman où plane une sensation de mystère, comme si l’histoire était nappée de brumes, de douceur, de délicatesse, de secrets… beaucoup de suggestions, presque de la pudeur, de la retenue dans les mots de Claire Keegan.

Dans la campagne irlandaise, une jeune fille est confiée à un couple de fermiers qu’elle ne connaît. Sa mère, fatiguée par une énième grossesse, la laisse pour l’été. Il y a d’abord la séparation avec son père, les questions qu’elle n’ose lui poser, viennent ensuite les questions de la femme auxquelles elle n’ose répondre… J’ai senti un lien tendre avec son père mais une incompréhension, un dialogue inexistant, une tendresse et une complicité qu’elle ne s’autorise pas mais dont elle rêve et dont elle a besoin. Avec ce couple, cette jeune fille découvre le bonheur d’être aimée, elle est enfin considérée et cet été-là elle découvre le bonheur d’avoir un foyer. Petit à petit, chacun se découvre, des liens se tissent, un secret se dévoile… les dernières pages sont belles, émouvantes, magnifiques… une preuve d’amour, une rencontre inoubliable

Que dire de plus ? de la tendresse, de la délicatesse, de la douceur… un petit coup de cœur pour ce doux roman

« Maintenant que mon père m’a déposée et qu’il est rassasié, il lui tarde d’allumer sa clope et de s’en aller. […] Je le regarde reculer, tourner dans le chemin et s’éloigner. J’entends le claquement des roues sur la grille pour le bétail, puis le changement de vitesse et le bruit du moteur qui remonte la route par laquelle on est arrivés. Pourquoi est-il parti sans même me dire au revoir, sans jamais préciser qu’il reviendrait me chercher ? L’étrange brise fétide qui balaie la cour semble plus fraîche maintenant, et de gros nuages blancs se sont accumulés de l’autre côté de la grange. » (p. 19-20)

Vagabonds, Knut Hamsun

Vagabonds

Beaucoup de difficultés pour entrer dans ce roman (j’ai même songé arrêter) et puis d’un coup tous les fils se rejoignent, tout s’éclaircit et j’ai pu suivre les déambulations d’August et d’Edevart. C’est un roman qui parle d’errance : les deux héros ne cessent de quitter Doppen, leur terre natale pour d’autres terres ou d’autres mers lors des nombreuses campagnes de pêche qu’ils effectuent. Ils voyagent à travers la Norvège : Bergen, les îles Lofoten, Trondhjem cependant malgré cette ivresse du voyage, de la découverte et de l’aventure, ils reviennent toujours dans leur village.

C’est aussi la vie de ce village de la côté Nord norvégienne, pauvre et perdu qui est racontée en second plan avec une galerie de personnages qu’on voit évoluer puisque le roman se déroule sur plusieurs années : Karolus le bourgmestre, le marchand juif Papst, Teodor et Joakim, le patron du comptoir Knoff, Kraaro, la petite Ragna et deux grands personnages de femmes Ane-Maria et surtout Lovise Magrete, attachante mais qui finira aussi par être séduite par ce goût du voyage et émigrera en Amérique.

Il est finalement dur pour moi de parler de ce roman où l’action est en réalité une accumulation de moments de vie, de vagabondage et de rencontre.

Vagabonds lecture

« Edevart s’étonnait de sentir en lui ce désir de s’exiler. Avait-il déjà trop erré par le monde et acquis l’étoffe d’un vagabond ? Pour lui désormais, un endroit en valait un autre ; il ne s’y trouvait ni mieux, ni moins bien. Le sentiment de la patrie s’effaçait peu à peu en lui. » (p. 249)

Fifi Brindacier, Astrid Lindgren

Fifi Brindacier

Un roman jeunesse pour mon week end… Fifi Brindacier, vous connaissez bien évidemment de nom cette jeune fille aux « cheveux roux comme des carottes », au nez « parsemé de tâches de rousseur » et aux « souliers deux fois trop grands pour elle » (p. 13-14) ! J’ai lu ces aventures avec plaisir (que je connaissais partiellement grâce à un dessin animé que je regardais parfois petite). Evidemment c’est une lecture facile et rapide puisqu’elle est destinée à des enfants. L’humour ne manque pas, ne serait ce que dans le nom de sa maison « Drôlederepos » ou dans toutes les péripéties extravagantes de Fifi. Celle-ci est orpheline, vit seule dans une grande maison, ne va pas à l’école et loge son cheval dans sa maison : vous l’aurez compris, elle se moque des règles et des convenances. Fifi est une héroïne qui réussit tout, pleine de créativité et d’inventivité mais qui manque aussi d’un peu de savoir-vivre puisque son éducation n’a pas été achevée. Ce qui m’a gêné dans ma lecture, c’est que les chapitres sont une succession d’épisodes (visite au cirque, matinée à l’école, rencontre avec des voleurs, invitation à prendre le thé…), j’aurais aimé un fil conducteur, une intrigue qui se déroule sur plusieurs chapitres afin que le suspens soit davantage créé. En revanche pour des enfants je pense que c’est parfait, ils peuvent lire à leurs rythmes ces aventures et retrouver avec joie leur héroïne un brin espiègle.

Le livre d’un été, Tove Jansson

DSC01625

Ce petit roman de Tove Jansson fut un régal. Les chapitres sont assez courts ; chacun peut être lu de manière indépendante puisqu’il raconte une anecdote vécue pendant les vacances d’été entre Sophie et sa grand-mère sur une petite île finnoise. Leur relation est tendre et complice, j’ai ressenti l’amour existant et unissant ces deux femmes. Des instants de vie drôle et émouvant qui vont de l’observation des oiseaux à l’exploration de la maison du nouveau voisin. La grand-mère est espiègle, un peu fantasque, parfois fragile mais elle veille sur Sophie. Elle lui offre des promenades, des baignades, des parties de pêche dans lesquelles Sophie apprend le respect de l’autre et de la nature si importante pour la grand-mère.

Ayant moi-même passé des vacances d’été en Finlande il y a plus de dix ans, j’ai revu ces paysages, ces îles mais aussi j’ai ressenti ce calme ambiant et cette tranquillité qui m’avaient marquée. Un livre d’une douceur et d’une tendresse infinies, lisez-le !

L’histoire de Chigago May, Nuala O’Faolain

20150721_103243

C’est un livre bien à part que j’ai achevé, à la fois roman, biographie, documentaire… un savoureux mélange, mélange aussi des supports puisque le récit est ponctué d’illustrations (photographies, extraits de journaux, etc.).

Nuala O’Faolain raconte l’histoire d’une jeune irlandaise pauvre et perdue qui quitte, en 1890, son île natale pour l’Amérique. Chigago May est le nom d’emprunt de May Duignan, personnage réel au destin rocambolesque. C’est après avoir lu les mémoires rédigées par May (sous le nom de Mary Churcill Sharpe) en 1928 que l’auteur décide de faire des recherches sur cette femme devenue une criminelle célèbre. Elle cite d’ailleurs de temps à autre cette autobiographie.

May est une femme aux mille visages et aux multiples surnoms. Tour à tour fille de joie, arnaqueuse, criminelle, elle baigne dans le milieu du crime. Mais au delà de l’histoire de May, c’est aussi ce milieu qui est décrit. On erre dans les ruelles sombres, on découvre les prisons, on visite les maisons closes. May parcourt les milieux du crime, Chigago, New York, Détroit, Londres, Paris… J’ai adoré le chapitre sur Chigago, cette ville dominée par la pègre, la corruption, les drogues… Nuala O’Faolain a fait de véritables recherches et a mené un travail d’historienne approfondi et précis bien qu’on sente une certaine sympathie envers May. Elle mêle des faits historiques avérés à des suppositions romanesques (en précisant toujours lorsqu’elle imagine) et parfois elle insère quelques souvenirs personnels ou quelques comparaisons avec sa propre vie (elle aussi, irlandaise immigrée aux États-Unis) c’est peut-être ces apartés que j’ai le moins apprécié car ils m’ont semblé déplacé, un peu « hors-sujet ».

L’histoire de Chigago May est une œuvre magnifique d’une grande sensibilité et dans laquelle l’auteur ne porte aucun jugement sur May. Je me suis laissée surprendre par cette lecture, j’espère qu’il en sera de même pour vous.

La bibliothèque des coeurs cabossés, Katarina Bivald

20150711_113545

Voici un livre parfait pour se détendre, un roman idéal pour les vacances ou pour la plage, les pages se tournent toutes seules : l’intrigue est simple mais on a tout de même envie de savoir ce qu’il advient de l’héroïne Sara, une suédoise arrivée à Broken Wheel à la suite d’une correspondance avec une vieille dame cultivée et solitaire, Amy Harris. Lorsqu’elle arrive, Amy est décédée. Cependant les habitants de Broken Wheel vont tout faire pour que Sara reste et qu’elle se sent chez elle.

Sara est une jeune fille mal dans sa peau. Ancienne employée dans une librairie, elle préfère la compagnie des livres à celles des gens (ce qui vaut quelques clichés sur les lectrices !) mais c’est sans compter sur les amis d’Amy qui vont l’entourer et l’adopter : John, George, le beau Tom, Caroline, Jen, Andy… Dans ce village règne une forme de douceur agréable, de bien-être. Alors oui le roman est prévisible, oui il comporte des stéréotypes mais l’évocation des livres et cette histoire d’amitié autour des livres a su me capter pour une agréable lecture estivale.

« Les livres formaient une palette de couleurs. Il y en avait des fins, des épais, des tirages de luxe, des illustrés, des poches bon marchés, des éditions classiques, de vieilles reliures en cuir, tous les genres possibles et imaginables. (…) Elle resta là, à s’émerveiller tandis que les livres, les couleurs, la vie et les histoires défilaient sous ses yeux. » (p. 78)

« Elle avait toujours pensé que l’air automnal et les livres allaient bien ensemble, que les uns comme les autres se mariaient bien avec des plaids, des fauteuils confortables et  de grandes tasses de café ou de thé. » (p. 246)

Les oreilles de Buster, Maria Ernestam

20150120_150903

J’ai mis beaucoup de temps à lire ce roman à cause de différents aléas personnels néanmoins le plaisir de lecture a été crescendo. Après avoir rencontré des difficultés pour entrer dans l’histoire (j’ai même pensé abandonner), le rythme s’est accéléré, j’ai commencé à voir Eva, la narratrice, avec un autre regard et à m’attacher à elle, j’ai dévoré les dernières pages pour finalement quitter Eva avec regret.

Eva, Sven, quelques voisines, une petite maison feutrée dans la province suédoise, des rosiers magnifiques, une vie bien réglée qu’Eva décide de mettre sur le papier lorsque sa petite-fille lui offre une journal intime. Elle décide d’y raconter ses « mémoires » et notamment son enfance, une vie pas si « réglée » que cela. Dès les premières lignes, on découvre qu’Eva a tué sa mère à dix-sept ans, dix ans après en avoir pris la décision. Mais meurtre réel ou meurtre symbolique ? ….

Parfois cruel, parfois ironique, parfois candide, parfois pervers, ce roman réfléchit aux répercussions psychologiques du manque d’amour et évidemment sur la relation mère/fille mais qu’est-ce qu’être une « vraie » mère ? et qu’est-ce qu’être un « vrai » père ? Dénigrée et humiliée par sa mère, Eva apprend à se débrouiller seule, à ne pas se laisser impressionner par les choses extérieures et elle comprend qu’il est préférable de ne compter que sur soi.Quelques pages plus gaies dans ce roman comme la description de sa relation avec John qui m’a particulièrement plu, un moment à part dans le roman (c’est vraiment à partir de là que j’ai plongé dans l’histoire), une petite bouffée d’oxygène avec cette très belle rencontre.

Une lecture déstabilisante,

Une lecture troublante,

Une lecture palpitante (les révélations finales sur surprenantes) : à lire donc !

Le livre de Noël, Selma Lagerlöf

livre de Noel

Voici un recueil de huit nouvelles que j’ai lu tout au long de ce mois.

Avec les nouvelles, j’ai souvent du mal, c’est trop court pour me captiver, souvent je suis à peine entrée dans l’histoire que c’est déjà terminé, j’aimerais en savoir plus, j’aimerais avoir le temps de m’attacher aux personnages, j’aimerais les connaître davantage. Ce fut le cas ici, il y a trois nouvelles que je n’ai pas aimé (et dont je ne me souviens déjà plus). J’ai apprécié « Le crâne », « Légende de la fête de la Sainte-Luce » ainsi que « La nuit de Nouvel An des animaux » mais je n’ai pas été captivée et elles ne me laisseront pas un souvenir éternel. En revanche, « Le rouge-gorge » m’a davantage plu, une très belle histoire où le rouge-gorge doit faire preuve de qualités afin que Dieu lui accorde ce qui le distingue des autres oiseaux à savoir la rougeur de sa gorge.

Ma nouvelle préférée et mon coup de cœur fut pour la nouvelle éponyme, « Le livre de Noël », une magnifique réflexion sur la langue et le pouvoir de la littérature, une nouvelle que j’ai adoré, je l’ai même relue.

« Car il me faut expliquer comment les choses se passent à Marbacka le soir du réveillon. On a le droit de tirer une petite table au chevet de son lit et d’y poser une bougie, et puis l’on a le droit de lire aussi longtemps qu’on le désire. Et cela constitue le plus grand des plaisirs de Noël. » (p.10)