Trois frères. Peter Ackroyd

Trois frèresMe revoilà avec une histoire de familles comme je les aime et celle-ci je l’ai adorée !

« Dans la commune de Camden, au nord de Londres, en plein milieu du siècle dernier, vivaient trois frères : trois jeunes garçons, nés à un an d’intervalle. » Ainsi commence ce roman qui contient tous les éléments que j’apprécie : l’histoire familiale, le XXe siècle et Londres ! Ces trois frères, Harry, Daniel et Sam Hanway naissent donc dans un milieu modeste de Londres. Leur père, contraint de renoncer à ses ambitions littéraires, se fait veilleur de nuit puis camionneur. La mère enfuie, les garçons s’élèvent seuls.

Chacun part ensuite et trouve sa voix dans un monde aussi varié que dangereusement fascinant. Harry, l’aîné, actif et déterminé, devient journaliste. En ce moment je ne croise que des personnages de journalistes, impossible de ne pas penser à Lucien de Rubempré dans Illusions perdues de Balzac ou encore à George Duroy dans Bel-Ami de Maupassant. J’ai adoré ces pages sur ce milieu si corrompu, où la gloire semble si facile. Le cadet, Daniel, plus timide et solitaire, poursuit des études et devient un critique littéraireTrois frères lecture redouté car acerbe. Quant à Sam, le benjamin, c’est le rêveur, le vagabond dépourvu d’ambition… Le contact entre les frères est rapidement rompu mais et c’est là la malice de l’auteur une sombre histoire de meurtre, de scandale politique et de marchand de sommeil les réunit sans pour autant qu’ils le sachant. Leurs pas se croisent et des fils de leurs histoires s’entremêlent.

J’ai adoré ce roman, le parcours de chaque frère, leur vie qui se croisent et leur destinée si tragique.  Les liens familiaux sont incontestables et ils ne parviennent pas à s’en soustraire. Mais ce roman propose également un portrait de Londres au lendemain de la seconde guerre mondiale, une atmosphère de reconstruction, de manipulation, de corruption… une satire cynique pour ce roman noir.

Trois frères, Peter Ackroyd, 10/18 (juillet 2016)

Il était un capitaine, Bertrand Solet

Il était un capitaineUne fois encore, une lecture pour mes élèves mais j’ai été assez surprise. Bon c’est très facile à lire, peu de recherches stylistiques et pas de grandeur littéraire mais l’intérêt est ailleurs.

Ce roman permet de découvrir un contexte historique, une époque, une atmosphère, celle de la fin du XIXe siècle. Quelques grandes figures historiques sont évoquées, Gauguin, Zola et bien sûr Dreyfus puisqu’il s’agit de l’histoire de l' »Affaire Dreyfus ». En parallèle de cette histoire, il y a la part romanesque du roman, le « héros », Maxime Dumas est un jeune journaliste qui doute de la culpabilité de Dreyfus mais on perçoit comment ceux qui doutent seront mis à l’écart (il sera envoyé à Madagascar) pour préserver l’armée et les responsables. Ce qui est donc intéressant c’est qu’on découvre le poids de la presse, son influence grandissante et la responsabilité qu’elle a dans cette affaire. On prend aussi conscience du poids de l’opinion publique et on comprend pourquoi cette affaire a tant marqué les esprits, une des premières affaires « médiatisées ». L’atmosphère antisémite de l’époque est bien transcrite, on perçoit les suspicions, les rancœurs, la vengeance. J’ai trouvé intéressant de voir et de comprendre comment l’affaire Dreyfus est montée, comment la manipulation est mise en place mais aussi pourquoi, malgré les doutes (voire les certitudes quant à son innocence) l’état-major a continué à l’accuser et à participer en créant des preuves accablantes. L’intervention de Zola et sa lettre ouverte, « J’accuse », font partie de ce roman et on perçoit le rôle important de cette lettre, à partir de là, l’affaire est comme « démontée ». Chaque élément est repris, analysé, expertisé à nouveau et le roman s’achève lors de la réhabilitation en juillet 1906.

Je pense qu’ado j’aurai adoré ce roman, un peu policier, un peu réaliste, un peu historique (le tout avec une petite intrigue amoureuse 😉 il y en a pour tous les goûts !

« J’admets que mon départ de Madagascar soir une faute professionnelle. J’étais prêt à m’en expliquer avec vous. Mais, ce que je trouve inadmissible, moi, c’est que vous ayez dénaturé systématiquement mes dépêches. Que vous ayez transformé ou tu, tout ce que j’ai vu et ressenti de douloureux là-bas. Que vous ayez manifesté comme venant de moi, une approbation béate de faits inadmissibles… Je ne suis pas un scribe accroupi, monsieur, pour reprendre votre expression… J’ai des yeux, un cœur, une conscience… » (p.139)

Il était un capitaine, Bertrand Solet, Livre de poche jeunesse (1986)

Le Photographe. Guibert – Lefèvre – Lemercier

fullsizerenderm Je lis et j’ai lu très peu de bandes dessinées, alors oui petite j’ai lu les Astérix et Tintin de mes frères mais depuis pas grand chose… quelques romans graphiques de Jiro Taniguchi  (et depuis l’envie de le relire ne n’a pas quitté mais je n’en ai pas encore eu l’occasion) et puis il a fallu que je trouve une lecture pour mes 4e. Une lecture sur le thème du journalisme, de la presse… pas évident… j’ai cherché, j’ai fouillé mais rien ne me satisfaisait vraiment jusqu’à ce que je tombe sur cette bande dessinée.

Magnifique découverte ! Surprenante découverte !

Une bande dessinée particulière puisqu’elle alterne planches dessinées et photographies fullsizerendermklkde différentes tailles et puis ce réalisme, cette réalité, cette histoire qui saisit, qui m’a saisie. Ce reportage photographique m’a conquise dès les premières planches (j’ai d’ailleurs lu sans m’interrompre !).

Ce texte est le récit d’une mission humanitaire, celle de Didier Lefèvre qui en 1986 se rend en Afghanistan en tant que photographe. Il y rejoint une équipe de Médecin sans frontière qui doivent aller construire un petit hôpital. Des kilomètres à traverser, des monts à gravir, traverser le Pakistan, la frontière et les zones dangereuses, se confronter à une réalité poignante, touchante, parfois dérangeante mais aussi un humour et une légèreté… cette bande dessinée reflète le regard de ce photographe sur ce monde, cette guerre, cette culture… un regard bienveillant et tendre.

Un audacieux mélange entre textes, bulles, dessins et photfullsizerenderographies, tout se lie parfaitement. Une alternance parfaitement réussie, saisissante.
Ce texte, cette mise en page de Frédéric Lemercier, ces photographies de Didier Lefèvre, les dessins d’Emmanuel Guibert m’ont troublée et me troublent encore quatre jours après avoir achevé la lecture (ce qui explique que je ne trouve pas les bons mots pour en parler).

Magnifique, bouleversant… Avez-vous lu la suite ? je commande ?

A tout hasard, quelle lecture donnez-vous à la maison sur ce thème à vos classes de quatrième (hormis Bel-Ami lu en classe) ?