Le poids de la neige. Christian Guay-Poliquin

Le poids de la neigeLe poids de la neige porte parfaitement son titre, c’est un roman que j’ai lu en deux jours à peine… un huis-clos parfois pesant.

Mathias, un vieil homme, a trouvé refuge dans une maison éloignée du village. Dans une région lointaine, faite de lacs gelés et de forêts et de petits hameaux perdus, le « village » est cerné par la neige, privé d’électricité et de contact avec le reste du monde.Mathias y est tombé en panne de moteurs. Le narrateur, fils du mécanicien du village décédé, y a eu un accident grave de voiture, ses jambes ne fonctionnent plus, il doit se remettre. Les gens du village le confient à Mathias, celui-ci devra prendre soin de lui, lui donner ses médicaments et l’aider à se rétablir en échange de bois de chauffage, de vivres, d’une place dans la future expédition vers la ville qui partira au printemps. Car Mathias veut retourner en ville, il y a laissé sa femme. On connaît peu de choses sur les deux personnages. Christian Guay-Poliquin m’a donc plongée dans une ambiance mystérieuse. Que s’est-il passé pour que tous les habitants de ce village reculé se retrouvent sans électricité ? Que tous essaient de s’enfuir vers la ville, désertant peu à peu le village où les réserves de vivres s’amenuisent ? On ne sait pas pourquoi Mathias venait dans cette région. On ne sait pas pourquoi le narrateur revenait dans le village de son enfance Ces deux hommes sont donc contraints par le hasard à vivre ensemble, à survivre en affrontant le froid, la faim et l »ennui.

C’est donc un huis-clos où on ressent ce poids de la neige, des nouvelles chutes viennent à chaque fois les ensevelir un peu plus, les emprisonner… la hauteur de la neige monte de manière inexorable (les titres des chapitres, très courts, indiquent les centimètres de neige) et le printemps semble ne jamais vouloir venir. L’hiver pèse. La tension est palpable. Les deux hommes sont comme pris au piège de ces successions de tempêtes. La naure est à la fois somptueuse, angoissante, sauvage et bienfaitrice. J’ai souvent songé aux Enfants de Noé de Jean Joubert mais aussi à Esprit d’hiver de Laura Kasiske (ça m’a donné presque envie de relire ce roman, ou au moins de lire à nouveau cette auteur, si vous avez des conseils, je suis preneuse).

L’hiver où j’ai grandi. Peter van Gestel

Lhiver où j'ai grandiVoici un roman acheté uniquement à cause de la couverture du titre… la quatrième de couverture a confirmé cette bonne impression et voilà. L’hiver où j’ai grandi raconte l’histoire de Thomas. Au sortir de la seconde Guerre Mondiale, il se promène dans Amsterdam, encore marquée par la guerre. Les vacances touchent à leurs fins et il se souvient de l’hiver dernier, un hiver déterminant car il a rencontré Piet Zwann. Thomas n’avait pas encore compris à quel point cette rencontre serait déterminante et qu’une amitié profonde naîtrait entre les deux jeunes garçons.

Thomas a 10 ans, il vit seul avec son père depuis que sa mère est morte du typhus. Ayant trouvé un petit travail en Allemagne (en « Bochardie ») son père le confie à sa tante Fie. C’est à l’école qu’il rencontre, enfant silencieux, mystérieux et solitaire. Quand sa tante se casse la jambe, il habite quelques jours chez son ami et découvre alors une famille juive avec ses secrets et ses blessures. Le roman aborde la question de l’antisémitisme, des séquelles de la guerre sur des enfants qui n’ont pas bien pris ce qu’il s’était passé, à la fois épargné et touché de manière indirecte.  Durant cet hiver, Thomas, Piet et la cousine Bet (dont Thomas est « éperdument amoureux »)  jouent, rient et apprennent à vivre malgré l’absence des êtres qui leur sont chers.

Le style est un peu déroutant, on suit les pensées d’un garçon de 10 ans et parfois j’ai eu du mal à suivre. Les dialogues sont plein de sous-entendus, d’implicites, d’ignorances liées à leur âge. J’ai aimé les références à la littérature notamment Tom Sawyer ou encore Le Jardin secret de Frances H. Burnett… J’ai trouvé le père de Thomas très touchant dans son rôle, très pudique, un père seul dont on sent qu’il ne sait pas faire, qu’il tâtonne, qu’il hésite, qu’il ne trouve pas sa place… la lettre qu’il écrit à son fils m’ a touché, une des plus jolies scènes « Je pense souvent à maman, Thomas. Si souvent qu’il serait plus juste de dire : « Parfois, il m’arrive de penser à autre chose. » Je t’en parlerai un jour, mais passe d’abord tes épreuves de natation, on verra après. Oui, je dis des bêtises. Tu sais, si le clown s’évertue à faire rire, c’est pour ne pas passer son temps à pleurer. »

Ma plus grande déception vient du titre, je m’attendais à trouver une ambiance hivernale, une atmosphère d’ouate et de silence,de blancheur et en réalité il est peu fait mention de l’hiver… mais c’est de ma faute, entre le titre et la couverture je m’étais imaginée quelque chose or l’hiver n’est que la saison où leur amitié se noue, une période où la vie de Thomas est bouleversée.

L’heure du bilan… TOP 2019

DSC06661Et voilà une année de lecture se termine et l’heure des comptes a sonné. Cette année, j’ai moins lu que les années précédents. Il y a eu parfois des jours sans que je touche à un livre, ça m’a souvent manqué mais mon esprit n’était pas disponible pour lire. Entre le déménagement et les travaux, l’été où je lis habituellement beaucoup, ne m’a pas laissé beaucoup de répit. En répertoriant tous les titres lus cette année, je me suis rendue compte de deux choses. D’une part, j’ai lu davantage de bande dessinée et cela me plaît de plus en plus : Et puis Colette de Sarah Henrionnet et Mathou, un coup de cœur mais aussi Simone de Beauvoir. Une jeune fille qui dérange , un retour sur mon coup de cœur de l’an passé, également lu – et aimé – mais non chroniqué la série des Lulus. D’autre part, et c’est mon deuxième constat, j’ai lu beaucoup de romans pour mes élèves, gros retour de la littérature ado avec une dizaine de titres et quelques très jolies découvertes (j’y reviendrais après). Je me suis assez éloignée de mes lectures traditionnelles, peu de littérature américaine, assez peu aussi de lecture anglaise… plus de contemporain et de lecture française, et quatre romans autour de la seconde guerre mondiale (cette période me fascine et m’effraie tout autant, je lis très peu sur cette thématique car je suis mal à l’aise).

Cette année, 43 livres lus, une dizaine de moins que d’habitude… pas grave, je ne cours pas après la quantité de lectures. Mes coups de cœur sont assez évidents à établir, 10 livres que je pourrais conseiller à tout le monde et que j’ai commencé à offrir autour de moi !

Commençons par la littérature pour la jeunesse puisque j’en parlais juste avant : Léon de Léon Walter Tillage, roman autobiographique (très court) racontant la ségrégation raciale, aucune haine, aucune rancœur, un constat froid et glacial des injustices raciales aux Etats-Unis… à lire, à relire, à faire lire à nos enfants (j’ai commencé par mes 3e. Même ceux qui ne lisent jamais (ou font semblant) ont lus et ont été marqué par l’injustice et l’acceptation de cette injustice, ils ont été frappé de voir que le jeune Léon refuse de céder à la violence et préfère se « battre » autrement, quitte à mettre sa vie en danger)

Ensuite Frères d’exil de Kochka, petit roman également mais tellement beau… l’immigration, le réchauffement climatique, les transmissions entre générations… un roman sombre et lumineux… mes 6e vont beaucoup le lire ! Hâte d’en discuter avec eux.

Pour rester sur cette thématique de l’immigration, j’ai découvert (merci maman) une splendeur d’écriture et de roman : Marche ou rêve de Luc Fivet ! C’est une toute petite édition (Le Ver à soie) qui publie ce roman mais il faut le commander et le lire… c’est beau, c’est dur, c’est réaliste, c’est la vie de migrants, la traversée, le périple, l’arrivée en France, la survie, la peur, la faim, les espoirs, la quête d’une dignité… ❤ ❤ ❤

Revenons à l’autobiographie avec Une femme à Berlin, journal glacial et glaçant de la vie d’une femme lors de la chute de Berlin après la seconde guerre mondiale. Un récit bouleversant auquel j’ai souvent repensé. Autobiographie encore mais très différente avec La promesse de l’aube de Romain Gary, la découverte d’une plume, d’un lien maternel très fort, exclusif et certainement excessive et puis un magnifique roman illustré par Joan Sfar. Un pur plaisir de lecture… Décidément le genre autobiographie m’a peu quitté cette année, puisqu’à l’automne j’ai été subjugué par Lambeaux de Charles Juliet… magnifique, poétique, intimiste, doux, puissant ❤

Avec Le Roi chocolat de Thierry Montoriol, j’ai plongé dans le monde du cacao et l’histoire de l’invention du Banania. Roman autobiographique, documentaire sur fond de trame historique… un savoureux mélange que j’ai dévoré et qui m’a surprise, un roman haletant aux multiples rebondissements.Né d’aucune femme de Franck Bouysse m’a permis de découvrir cette plume qui raconte une histoire forte et dure, une histoire qui remue, une histoire noire où la folie des hommes est racontée…

Avec De Pierre et d’os, de Bérengère Cournut j’ai arpenté la banquise, frôlé des icebergs, cotoyé les Inuits, observé les harpengs des neiges et les phoques… un roman dans lequel j’ai aimé l’alliance de documentation et de romanesque.

Enfin celui que je n’oublierai jamais car ce fut certainement mes plus belles heures de lectures de 2019, c’est Le garçon de Marcus Malte ! Ah si j’avais pu rester avec lui ❤ ❤ ❤ ce fut mon coup de cœur absolu, je suis amoureuse de ce roman, j’ai ressenti tellement de choses en le lisant et puis surtout cette écriture qui m’a transportée, impressionnée, bouleversée ❤ ❤ <3, j’envoyais sans cesse des photos de passage à mes collègues ! Je vous laisse lire mon avis mais ce roman, je l’aime d’amour et je n’oublierai pas de sitôt cette sensation lors de sa lecture.

Pour 2020, il ne me reste qu’à vous souhaiter de vivre de telles émotions à travers les livres, de voyager sur des terres lointaines depuis son canapé, de découvrir des destins incroyables, de naviguer sur des plumes fabuleuses…. Belle année 2020 ❤ ❤ ❤ et merci d’être là, de commenter, de lire silencieusement, de suivre tranquillement ce petit blog.

 

 

 

Douze nouvelles contemporaines

Douze nouvelles contemporainesVous savez que je ne suis pas très adepte des nouvelles mais cette fois-ci j’ai plutôt bien adhéré à ce recueil, que j’ai proposé à mes troisièmes d’ailleurs. Les nouvelles sont vraiment courtes et certaines, à chute, sont vraiment captivantes. Il y a bien sûr Pauvre Petit garçon ! de Dino Buzzati, nouvelle que j’adore pour sa chute justement mais aussi pour les questions qu’elle pose sur l’Histoire, un regard teinté d’humour… J’ai découvert également La Rédaction d’Antonio Skarmeta. Moi qui ai du mal à éprouver quelque chose pour les personnages d’une nouvelle, là ce ne fut pas le cas. Ce petit garçon m’a touché et j’ai admiré sa lucidité, sa clairvoyance et son courage lorsqu’il comprend l’objet réel du sujet de rédaction. C’est un très bel hommage à la résistance dans un pays totalitarisme.

Ensuite il y a quelques nouvelles qui dénoncent notre société de consommation comme Le Credo de Sternberg ou encore J’ai soif d’innocence de Romain Gary. Toutes les nouvelles ne sont pas aussi passionnantes, toutes ne se valent pas. Je suis restée un peu dubitative devant une d’entre elles, une autre m’a ennuyée.

Un dernier mot sur Le Reflet de Didier Daenincks que j’aime beaucoup et que les élèves aiment beaucoup. Après un portrait sans concession, la chute est exceptionnelle et permet d’amorcer un travail de réflexion autour des préjugés.

L’enfant perdue. Elena Ferrante

L'enfant perdue J’attendais cet été pour ouvrir ce quatrième tome de la série. Comme un petit rituel estival… J’ai commencé cette série il y a quatre ans sur mon lieu de vacances et depuis chaque été j’ai lu un des tomes. Quel plaisir une fois encore de retrouver Elena et Lila !

Dans ce dernier tome, Elena et Lila sont adultes. Comme le sous-titre l’indique, il s’agit de suivre la maturité et la vieillesse des deux héroïnes. Elena est en passe de devenir une écrivain célèbre et reconnue. Sur le plan personnel et amoureux, c’est plus compliqué. Elle vit d’escapades avec son amant Nino Sarratore entre Naples, Florence et quelques excursions en France pour voir ses éditrices. Elle vit sa passion amoureuse en laissant ses filles Dede et Elsa à sa belle-mère ce qui entraîne une confrontation immédiate avec  la famille de Pietro. Au fur et à mesure du roman, la vie d’Elena se stabilise et elle trouve une forme d’apaisement. Elle s’installe à Naples dans son ancien quartier, Pietro se révèle finalement un père attentionné, Elena est indépendante et épanouie parvenant à renouer avec ses filles et à vivre de son écriture. Cependant le roman soulève aussi (de manière discrète tout de même) les difficultés d’être une femme écrivain en Italie entre jalousie, rôle de la presse et revenus aléatoires.

« A ce moment-là, que pouvais-je désirer de plus ? Mon nom, le nom d’une moins-que-rien, était définitivement devenu celui de quelqu’un. » (p.376)

Lila, qui cherche à rentrer en contact avec Elena, reste un personnage ambigu. Difficile de savoir ce qu’elle a derrière a tête. Elle essaie d’avertir Elena du caractère de Nino mais sans dire tout ce qu’elle sait. Elle est toujours dans l’arrière -plan d’Elena mais le drame ultime qui va bouleverser la vie de deux amies la remet au centre de l’intrigue et fait revenir l’histoire de deux poupées perdues de leur enfance.

Ce tome est beaucoup plus sombre que les précédents, il est marqué par la perte. Perte de l’enfant comme son titre l’indique, perte des proches (de nombreux personnages décèdent, d’autres partent en Amérique), et surtout perte des illusions. l’amour pour Nino se révèle décevant.

Je me suis délectée de ce roman mais je reconnais que je suis un peu triste de les quitter et de me dire que c’est terminé, elles ont traversé mes quatre étés et si vous n’avez pas déjà lu cette saga, je vous la conseille fortement. Et vous pouvez relire mes avis sur les premiers volumes : Le nouveau nom , L’amie prodigieuse et enfin Celle qui fuit et celle qui reste.

La goûteuse d’Hitler. Rosella Posterino

La gouteuse d'HitlerLa goûteuse d’Hitler, c’est l’histoire de Rosa Sauer, inspirée de l’histoire de Margot Wölk,  choisie pour être goûteuse d’Hitler. Mais elle n’est pas la seule, elles sont un peu groupe que les SS viennent chercher chez elles, ils les emmènent dans le réfectoire du quartier général d’Hitler, situé en Prusse orientale pour qu’elles goûtent. Ensuite elles restent une heure afin de vérifier qu’il n’y a pas de poison puis les SS les raccompagnent chez elles. Être goûteuse d’Hitler c’est, pour Rosa, se dire qu’elle peut mourir à tout moment mais c’est aussi avec des repas quotidiens. Lors de ces repas, les femmes se livrent un peu, se dévoilent très légèrement, des amitiés naissent mais aussi des rivalités. Ces femmes sont unis à un même sort.

« Mon estomac ne bouillonnait plus : il s’était laissé coloniser. Mon corps avait absorbé la nourriture du Führer, la nourriture du Führer circulait dans mon sang. Hitler était sain et sauf. Et moi, de nouveau affamée. » (p.18)

Rosa vient de Berlin, elle est « l’étrangère », un peu isolée dans ce groupe, elle est la proie d’Elfriede, personnage mystérieux que Rosa ne comprend pas. Rosa est venue en Prusse habiter chez ses beaux-parents qui tiennent une ferme. Son mari, Gregor, s’est engagé dans l’armée comme Allemand, pas comme nazi, se remémore-t-elle souvent. Elle l’attend en songeant à leur unique année de mariage qu’ils ont connu. Elle a hâte de pouvoir reprendre sa vie. La solitude, le poids du secret, les doutes, le manque d’amour… Etre goûteuse c’est aussi être en contact avec le cuisinier d’Hitler, Kümmel mais aussi les différents SS qui travaillent dans ce quartier général, notamment Ziegler. Le roman montre la guerre du poids de vue des Allemands mais surtout du peuple allemand, c’est intéressant mais j’aurais aimé que cet aspect soit plus étoffé.

« Le Führer est resté seul, or la mort est à l’affût, un phénomène qui échappe à tout contrôle, un adversaire qu’on ne peut pas mater. J’ai peur. De quoi, petit loup ? De la grosse Hollandaise qui a essayé de m’embrasser devant tout le monde aux Jeux Olympiques de Berlin. Que tu es bête. J’ai peur des traîtres, de la Gestapo, du cancer de l’estomac. Viens ici, mon petit, je vais te masser le ventre, tu verras, ces coliques vont disparaître. Tu as mangé trop de chocolat. Le poison, j’ai peur du poison. Mais, je suis là : tu ne peux pas avoir peur. Je goûte ta nourriture comme une maman verse sur son poignet le lait du biberon. […] Je suis là, petit loup. Grâce à mon dévouement, tu peux te sentir immortel. » (p.238)

Il s’agit d’un plus d’un roman que d’un récit historique. L’Histoire sert de contexte mais n’est finalement que peu traité. Je regrette la construction de la fin du roman : écrit uniquement par prolepse, j’aurais aimé connaître plus précisément la manière dont Rosa a vécu la fin de la guerre, comment elle a réappris à vivre (je ne peux rien dévoiler des événements) mais on la retrouve en 1990, vieille femme, et on découvre des bribes de vie à rebours.

« Comment elle disait la chanson déjà ? Dix petits râleurs : même les enfants la connaissaient. Si tu n’es pas sage, je t’envoie à Dachau, menaçaient les parents. Dachau au lieu de l’ogre ; Dachau, le lieu de l’ogre. » (p.259)

Le secret du mari. Liane Moriarty

Le secret du mariDécidément ces vacances m’auront réservé de bonnes surprises en matière de lecture. J’avais un besoin de lectures légères, faciles, celle dont on peut lire deux pages sur la plage puis une page entre la douche des enfants et la préparation du repas, et puis des pages la nuit…

Ce roman, pris sur les étagères de ma grand-mère, était donc idéal en vacances. Des pages facilement tournées, une intrigue tenante, des histoires de famille et des secrets… Il s’agit de trois destins : celui de Tess O’Leary, mère de famille tranquille, qui ne s’attend pas à la révélation que son mari lui faite un soir… un chamboulement profond, des interrogations… ni une, ni deux, elle prend son fils et se réfugie chez sa mère à Sydney. C’est dans cette province de Sydney que vit Cecilia Fitzpatrick : une vie parfaite: active dans l’école privée de sa fille, toujours une tarte prête et un thé chaud, mère comblée de trois filles, épouse d’un mari serviable et investi dans la communauté, toujours pimpante, de bonne humeur… bref la perfection incarnée mais une lettre va tout remettre en cause. Et puis il y a Rachel, dame assez âgée qui n’a pas fait le deuil de sa fille assassinée vingt-spet plus tôt. Le meurtrier est là, sous ses yeux, et cette haine est grandissante : « Parfois, le chagrin lui causait une douleur primale, absolue. A d’autres moments, une colère sourde, un besoin désespéré de mordre, griffer, tuer s’emparait d’elle. Et quelquefois, comme à cet instant précis, ses sensations se résumaient à cette morosité ordinaire qui s’installait et l’étouffait peu  peu telle une brume épaisse. » (p.405). D’autres personnages, membres familiaux ou de la communauté gravitent autour de ce petit monde amené à se croiser. Au-delà des histoires familiales et des surprises que possèdent ce roman, les portraits féminins sont un peu caricaturaux (notamment Cécilia) mais elles sont touchantes et attachantes, chacune de ces femmes porte en elle de l’amour, des doutes, des rancœurs, de la colère ou de l’amertume. Au fur et à mesure, la tension se fait de plus en plus croissante, parfait pour des nuits de lectures ! Un point positif encore, l’épilogue et la morale qui se dégage de ce roman.

« Les mille autres chemins que nos vies auraient pu, et peut-être dû, prendre nous restent à jamais inconnus. c’est probablement pour le meilleur. Certains secrets sont faits pour demeurer secrets. Ce n’est pas Pandore qui vous dira le contraire. »

Je regrette déjà ces lectures d’été, ces pages gondolées qui sentent la mer, quelques grains de sables coincés entre les pages

Liane Moriarty, Le secret du mari, Le livre de Poche