L’heure du bilan… TOP 2019

DSC06661Et voilà une année de lecture se termine et l’heure des comptes a sonné. Cette année, j’ai moins lu que les années précédents. Il y a eu parfois des jours sans que je touche à un livre, ça m’a souvent manqué mais mon esprit n’était pas disponible pour lire. Entre le déménagement et les travaux, l’été où je lis habituellement beaucoup, ne m’a pas laissé beaucoup de répit. En répertoriant tous les titres lus cette année, je me suis rendue compte de deux choses. D’une part, j’ai lu davantage de bande dessinée et cela me plaît de plus en plus : Et puis Colette de Sarah Henrionnet et Mathou, un coup de cœur mais aussi Simone de Beauvoir. Une jeune fille qui dérange , un retour sur mon coup de cœur de l’an passé, également lu – et aimé – mais non chroniqué la série des Lulus. D’autre part, et c’est mon deuxième constat, j’ai lu beaucoup de romans pour mes élèves, gros retour de la littérature ado avec une dizaine de titres et quelques très jolies découvertes (j’y reviendrais après). Je me suis assez éloignée de mes lectures traditionnelles, peu de littérature américaine, assez peu aussi de lecture anglaise… plus de contemporain et de lecture française, et quatre romans autour de la seconde guerre mondiale (cette période me fascine et m’effraie tout autant, je lis très peu sur cette thématique car je suis mal à l’aise).

Cette année, 43 livres lus, une dizaine de moins que d’habitude… pas grave, je ne cours pas après la quantité de lectures. Mes coups de cœur sont assez évidents à établir, 10 livres que je pourrais conseiller à tout le monde et que j’ai commencé à offrir autour de moi !

Commençons par la littérature pour la jeunesse puisque j’en parlais juste avant : Léon de Léon Walter Tillage, roman autobiographique (très court) racontant la ségrégation raciale, aucune haine, aucune rancœur, un constat froid et glacial des injustices raciales aux Etats-Unis… à lire, à relire, à faire lire à nos enfants (j’ai commencé par mes 3e. Même ceux qui ne lisent jamais (ou font semblant) ont lus et ont été marqué par l’injustice et l’acceptation de cette injustice, ils ont été frappé de voir que le jeune Léon refuse de céder à la violence et préfère se « battre » autrement, quitte à mettre sa vie en danger)

Ensuite Frères d’exil de Kochka, petit roman également mais tellement beau… l’immigration, le réchauffement climatique, les transmissions entre générations… un roman sombre et lumineux… mes 6e vont beaucoup le lire ! Hâte d’en discuter avec eux.

Pour rester sur cette thématique de l’immigration, j’ai découvert (merci maman) une splendeur d’écriture et de roman : Marche ou rêve de Luc Fivet ! C’est une toute petite édition (Le Ver à soie) qui publie ce roman mais il faut le commander et le lire… c’est beau, c’est dur, c’est réaliste, c’est la vie de migrants, la traversée, le périple, l’arrivée en France, la survie, la peur, la faim, les espoirs, la quête d’une dignité… ❤ ❤ ❤

Revenons à l’autobiographie avec Une femme à Berlin, journal glacial et glaçant de la vie d’une femme lors de la chute de Berlin après la seconde guerre mondiale. Un récit bouleversant auquel j’ai souvent repensé. Autobiographie encore mais très différente avec La promesse de l’aube de Romain Gary, la découverte d’une plume, d’un lien maternel très fort, exclusif et certainement excessive et puis un magnifique roman illustré par Joan Sfar. Un pur plaisir de lecture… Décidément le genre autobiographie m’a peu quitté cette année, puisqu’à l’automne j’ai été subjugué par Lambeaux de Charles Juliet… magnifique, poétique, intimiste, doux, puissant ❤

Avec Le Roi chocolat de Thierry Montoriol, j’ai plongé dans le monde du cacao et l’histoire de l’invention du Banania. Roman autobiographique, documentaire sur fond de trame historique… un savoureux mélange que j’ai dévoré et qui m’a surprise, un roman haletant aux multiples rebondissements.Né d’aucune femme de Franck Bouysse m’a permis de découvrir cette plume qui raconte une histoire forte et dure, une histoire qui remue, une histoire noire où la folie des hommes est racontée…

Avec De Pierre et d’os, de Bérengère Cournut j’ai arpenté la banquise, frôlé des icebergs, cotoyé les Inuits, observé les harpengs des neiges et les phoques… un roman dans lequel j’ai aimé l’alliance de documentation et de romanesque.

Enfin celui que je n’oublierai jamais car ce fut certainement mes plus belles heures de lectures de 2019, c’est Le garçon de Marcus Malte ! Ah si j’avais pu rester avec lui ❤ ❤ ❤ ce fut mon coup de cœur absolu, je suis amoureuse de ce roman, j’ai ressenti tellement de choses en le lisant et puis surtout cette écriture qui m’a transportée, impressionnée, bouleversée ❤ ❤ <3, j’envoyais sans cesse des photos de passage à mes collègues ! Je vous laisse lire mon avis mais ce roman, je l’aime d’amour et je n’oublierai pas de sitôt cette sensation lors de sa lecture.

Pour 2020, il ne me reste qu’à vous souhaiter de vivre de telles émotions à travers les livres, de voyager sur des terres lointaines depuis son canapé, de découvrir des destins incroyables, de naviguer sur des plumes fabuleuses…. Belle année 2020 ❤ ❤ ❤ et merci d’être là, de commenter, de lire silencieusement, de suivre tranquillement ce petit blog.

 

 

 

Douze nouvelles contemporaines

Douze nouvelles contemporainesVous savez que je ne suis pas très adepte des nouvelles mais cette fois-ci j’ai plutôt bien adhéré à ce recueil, que j’ai proposé à mes troisièmes d’ailleurs. Les nouvelles sont vraiment courtes et certaines, à chute, sont vraiment captivantes. Il y a bien sûr Pauvre Petit garçon ! de Dino Buzzati, nouvelle que j’adore pour sa chute justement mais aussi pour les questions qu’elle pose sur l’Histoire, un regard teinté d’humour… J’ai découvert également La Rédaction d’Antonio Skarmeta. Moi qui ai du mal à éprouver quelque chose pour les personnages d’une nouvelle, là ce ne fut pas le cas. Ce petit garçon m’a touché et j’ai admiré sa lucidité, sa clairvoyance et son courage lorsqu’il comprend l’objet réel du sujet de rédaction. C’est un très bel hommage à la résistance dans un pays totalitarisme.

Ensuite il y a quelques nouvelles qui dénoncent notre société de consommation comme Le Credo de Sternberg ou encore J’ai soif d’innocence de Romain Gary. Toutes les nouvelles ne sont pas aussi passionnantes, toutes ne se valent pas. Je suis restée un peu dubitative devant une d’entre elles, une autre m’a ennuyée.

Un dernier mot sur Le Reflet de Didier Daenincks que j’aime beaucoup et que les élèves aiment beaucoup. Après un portrait sans concession, la chute est exceptionnelle et permet d’amorcer un travail de réflexion autour des préjugés.

L’enfant perdue. Elena Ferrante

L'enfant perdue J’attendais cet été pour ouvrir ce quatrième tome de la série. Comme un petit rituel estival… J’ai commencé cette série il y a quatre ans sur mon lieu de vacances et depuis chaque été j’ai lu un des tomes. Quel plaisir une fois encore de retrouver Elena et Lila !

Dans ce dernier tome, Elena et Lila sont adultes. Comme le sous-titre l’indique, il s’agit de suivre la maturité et la vieillesse des deux héroïnes. Elena est en passe de devenir une écrivain célèbre et reconnue. Sur le plan personnel et amoureux, c’est plus compliqué. Elle vit d’escapades avec son amant Nino Sarratore entre Naples, Florence et quelques excursions en France pour voir ses éditrices. Elle vit sa passion amoureuse en laissant ses filles Dede et Elsa à sa belle-mère ce qui entraîne une confrontation immédiate avec  la famille de Pietro. Au fur et à mesure du roman, la vie d’Elena se stabilise et elle trouve une forme d’apaisement. Elle s’installe à Naples dans son ancien quartier, Pietro se révèle finalement un père attentionné, Elena est indépendante et épanouie parvenant à renouer avec ses filles et à vivre de son écriture. Cependant le roman soulève aussi (de manière discrète tout de même) les difficultés d’être une femme écrivain en Italie entre jalousie, rôle de la presse et revenus aléatoires.

« A ce moment-là, que pouvais-je désirer de plus ? Mon nom, le nom d’une moins-que-rien, était définitivement devenu celui de quelqu’un. » (p.376)

Lila, qui cherche à rentrer en contact avec Elena, reste un personnage ambigu. Difficile de savoir ce qu’elle a derrière a tête. Elle essaie d’avertir Elena du caractère de Nino mais sans dire tout ce qu’elle sait. Elle est toujours dans l’arrière -plan d’Elena mais le drame ultime qui va bouleverser la vie de deux amies la remet au centre de l’intrigue et fait revenir l’histoire de deux poupées perdues de leur enfance.

Ce tome est beaucoup plus sombre que les précédents, il est marqué par la perte. Perte de l’enfant comme son titre l’indique, perte des proches (de nombreux personnages décèdent, d’autres partent en Amérique), et surtout perte des illusions. l’amour pour Nino se révèle décevant.

Je me suis délectée de ce roman mais je reconnais que je suis un peu triste de les quitter et de me dire que c’est terminé, elles ont traversé mes quatre étés et si vous n’avez pas déjà lu cette saga, je vous la conseille fortement. Et vous pouvez relire mes avis sur les premiers volumes : Le nouveau nom , L’amie prodigieuse et enfin Celle qui fuit et celle qui reste.

La goûteuse d’Hitler. Rosella Posterino

La gouteuse d'HitlerLa goûteuse d’Hitler, c’est l’histoire de Rosa Sauer, inspirée de l’histoire de Margot Wölk,  choisie pour être goûteuse d’Hitler. Mais elle n’est pas la seule, elles sont un peu groupe que les SS viennent chercher chez elles, ils les emmènent dans le réfectoire du quartier général d’Hitler, situé en Prusse orientale pour qu’elles goûtent. Ensuite elles restent une heure afin de vérifier qu’il n’y a pas de poison puis les SS les raccompagnent chez elles. Être goûteuse d’Hitler c’est, pour Rosa, se dire qu’elle peut mourir à tout moment mais c’est aussi avec des repas quotidiens. Lors de ces repas, les femmes se livrent un peu, se dévoilent très légèrement, des amitiés naissent mais aussi des rivalités. Ces femmes sont unis à un même sort.

« Mon estomac ne bouillonnait plus : il s’était laissé coloniser. Mon corps avait absorbé la nourriture du Führer, la nourriture du Führer circulait dans mon sang. Hitler était sain et sauf. Et moi, de nouveau affamée. » (p.18)

Rosa vient de Berlin, elle est « l’étrangère », un peu isolée dans ce groupe, elle est la proie d’Elfriede, personnage mystérieux que Rosa ne comprend pas. Rosa est venue en Prusse habiter chez ses beaux-parents qui tiennent une ferme. Son mari, Gregor, s’est engagé dans l’armée comme Allemand, pas comme nazi, se remémore-t-elle souvent. Elle l’attend en songeant à leur unique année de mariage qu’ils ont connu. Elle a hâte de pouvoir reprendre sa vie. La solitude, le poids du secret, les doutes, le manque d’amour… Etre goûteuse c’est aussi être en contact avec le cuisinier d’Hitler, Kümmel mais aussi les différents SS qui travaillent dans ce quartier général, notamment Ziegler. Le roman montre la guerre du poids de vue des Allemands mais surtout du peuple allemand, c’est intéressant mais j’aurais aimé que cet aspect soit plus étoffé.

« Le Führer est resté seul, or la mort est à l’affût, un phénomène qui échappe à tout contrôle, un adversaire qu’on ne peut pas mater. J’ai peur. De quoi, petit loup ? De la grosse Hollandaise qui a essayé de m’embrasser devant tout le monde aux Jeux Olympiques de Berlin. Que tu es bête. J’ai peur des traîtres, de la Gestapo, du cancer de l’estomac. Viens ici, mon petit, je vais te masser le ventre, tu verras, ces coliques vont disparaître. Tu as mangé trop de chocolat. Le poison, j’ai peur du poison. Mais, je suis là : tu ne peux pas avoir peur. Je goûte ta nourriture comme une maman verse sur son poignet le lait du biberon. […] Je suis là, petit loup. Grâce à mon dévouement, tu peux te sentir immortel. » (p.238)

Il s’agit d’un plus d’un roman que d’un récit historique. L’Histoire sert de contexte mais n’est finalement que peu traité. Je regrette la construction de la fin du roman : écrit uniquement par prolepse, j’aurais aimé connaître plus précisément la manière dont Rosa a vécu la fin de la guerre, comment elle a réappris à vivre (je ne peux rien dévoiler des événements) mais on la retrouve en 1990, vieille femme, et on découvre des bribes de vie à rebours.

« Comment elle disait la chanson déjà ? Dix petits râleurs : même les enfants la connaissaient. Si tu n’es pas sage, je t’envoie à Dachau, menaçaient les parents. Dachau au lieu de l’ogre ; Dachau, le lieu de l’ogre. » (p.259)

Le secret du mari. Liane Moriarty

Le secret du mariDécidément ces vacances m’auront réservé de bonnes surprises en matière de lecture. J’avais un besoin de lectures légères, faciles, celle dont on peut lire deux pages sur la plage puis une page entre la douche des enfants et la préparation du repas, et puis des pages la nuit…

Ce roman, pris sur les étagères de ma grand-mère, était donc idéal en vacances. Des pages facilement tournées, une intrigue tenante, des histoires de famille et des secrets… Il s’agit de trois destins : celui de Tess O’Leary, mère de famille tranquille, qui ne s’attend pas à la révélation que son mari lui faite un soir… un chamboulement profond, des interrogations… ni une, ni deux, elle prend son fils et se réfugie chez sa mère à Sydney. C’est dans cette province de Sydney que vit Cecilia Fitzpatrick : une vie parfaite: active dans l’école privée de sa fille, toujours une tarte prête et un thé chaud, mère comblée de trois filles, épouse d’un mari serviable et investi dans la communauté, toujours pimpante, de bonne humeur… bref la perfection incarnée mais une lettre va tout remettre en cause. Et puis il y a Rachel, dame assez âgée qui n’a pas fait le deuil de sa fille assassinée vingt-spet plus tôt. Le meurtrier est là, sous ses yeux, et cette haine est grandissante : « Parfois, le chagrin lui causait une douleur primale, absolue. A d’autres moments, une colère sourde, un besoin désespéré de mordre, griffer, tuer s’emparait d’elle. Et quelquefois, comme à cet instant précis, ses sensations se résumaient à cette morosité ordinaire qui s’installait et l’étouffait peu  peu telle une brume épaisse. » (p.405). D’autres personnages, membres familiaux ou de la communauté gravitent autour de ce petit monde amené à se croiser. Au-delà des histoires familiales et des surprises que possèdent ce roman, les portraits féminins sont un peu caricaturaux (notamment Cécilia) mais elles sont touchantes et attachantes, chacune de ces femmes porte en elle de l’amour, des doutes, des rancœurs, de la colère ou de l’amertume. Au fur et à mesure, la tension se fait de plus en plus croissante, parfait pour des nuits de lectures ! Un point positif encore, l’épilogue et la morale qui se dégage de ce roman.

« Les mille autres chemins que nos vies auraient pu, et peut-être dû, prendre nous restent à jamais inconnus. c’est probablement pour le meilleur. Certains secrets sont faits pour demeurer secrets. Ce n’est pas Pandore qui vous dira le contraire. »

Je regrette déjà ces lectures d’été, ces pages gondolées qui sentent la mer, quelques grains de sables coincés entre les pages

Liane Moriarty, Le secret du mari, Le livre de Poche

Celle qui fuit et celle qui reste. Elena Ferrante

IMG_5287Aujourdhui j’ai tourné les dernières pages de ce troisième tome de L’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante. Après avoir lu L’amie prodigieuse il y a deux ans et Le nouveau nom l’été dernier, j’avais patienté pour lire le troisième tome cet été. De jolies retrouvailles… et déjà l’envie de lire la suite. Elena Ferrante a décidément le don de savoir terminé ses histoires pour donner de lire la suite.

Dans ce troisième volume on retrouve Lenu, bientôt mariée avec Pietro Airosa, un enseignant de l’université de Florence où elle compte s’installer après ses noces. Le quartier la rebute et elle est ravie d’en partir. Les affaires du quartier sont devenue une trame de fond dans ce tome, les évolutions politiques sont régulièrement évoquées comme les événements de 1968 et l’émergence des mouvements féministes ou protestataires. La première partie du roman m’a un peu laissée sur ma fin : Lenu face aux problèmes d’usine, Lila, assez absente ou distante de ce IMG_5460roman, les débuts de la lutte prolétaire de certains anciens du quartier. Lila et Lenu se croisent à peine dans ce roman, quelques rencontres, beaucoup de coups de téléphone et des pensées. Leur amitié doit évoluer. Elles ont du mal à se comprendre et ne parviennent pas à s’aider, à se parler, à s’expliquer. Lenu continue de vivre en pensant à Lila, en se comparant à elle. Entre réussite de son premier roman et maternité, Lenu mène sa vie sans trop savoir où aller. Plâne toujours l’ombre de Nino Sarratore, son aura, sa prestance, sa personnalité attirante. La deuxième partie est passionnante, j’ai eu beaucoup de mal à lâcher le livre dans les dernières pages. Lenu est face à un moment décisif de sa vie. Une écriture passionnante, haletante, IMG_8362un roman captivant et fascinant; bref vivement la lecture de la suite !!

« Nous avions toutes deux besoins d’une épaisseur nouvelle et de corps, mais nous nous étions trop éloignées l’une de l’autre et n’arrivions plus à combler ce manque. » (p. 407)

Celle qui fuit et celle qui reste, Elena Ferrante, Folio

En cas de forte chaleur. Maggie O’Farrell

En cas de forte chaleur1Juillet 1976, il fait chaud, très chaud, le Parlement du Royaume-Uni prend des mesures drastiques afin de limiter la consommation en eau. Voici le cadre de ce roman, roman que j’ai lu dans la torpeur de ces dernières journées donc une lecture « de saison », une lecture idéale que j’ai beaucoup aimé. De Maggie O’Farrell je n’avais lu que L’étrange disparition d’Esme Lennox, un très bon souvenir de lecture. Des années plus tard je la retrouve donc avec grand bonheur.

Ce roman parle aussi d’un thème cher à mon cœur, la famille. La famille Riordan étouffe sous la chaleur mais ce sont les secrets et les mensonges qui l’asphyxie aussi. Le père Robert Riordan ne rentre pas de sa sortie quotidienne, très vite sa femme Gretta s’inquiète. Elle prévient ses enfants, Michael Francis, Monica et Aoife. Éloignés, ils se réunissent dans la maison londonienne et commencent à chercher leur père. Les enfants tentent de retisser des liens qui n’existaient plus et à Gretta de s’interroger : comment peut-on être si proche enfant et si éloigné adulte ? Comment les liens ont-ils pu se distendre ? Cette canicule fait resurgir les rancœurs et les conflits. J’ai beaucoup aimé les personnages des enfants. Tous trois très différents, ils ont suivis des voies particulières pourtant chacun est à un moment décisif de sa vie. Petite préférence pour Aoife, la benjamine, la mal-aimée, celle qui se sent inférieure, celle qui a un secret lourd.

Pour retrouver leur père, ils doivent être à nouveau soudés et c’est leur difficulté, Michael Francis en a marre de prendre en charge sa famille. Les deux sœurs ont un lien brisé, on ne comprend que peu à peu ce qui a pu les séparer. Il ne faut pas oublier le personnage de la mère, assez discret mais elle aussi à ses mystères. La recherche du père va emmener la fratrie sur leur terre natale, l’Irlande. Mais c »est surtout l’occasion de discuter, de s’ouvrir, de se confier et enfin de se pardonner.

« Gretta n’arrive pas à croire que cette époque puisse être révolue. Pour elle, c’estEn cas de forte chaleur2 encore d’actualité, ça le sera toujours. Ses trois enfants ont déposé quelque chose de leur vie dans les briques, le ciment et le plâtre de cette maison.
Elle ne parvient pas à croire qu’ils sont partis. Et qu’ils sont revenus. Quant à l’absence de Robert, Gretta n’est même pas capable de la concevoir. Elle a tellement l’habitude de l’avoir près d’elle qu’elle n’accepte pas l’idée de sa disparition. »

En cas de forte chaleur est donc un roman idéal pour l’été, un roman dans lequel on se glisse avec bonheur, à mettre dans vos valises si vous avez la chance d’être bientôt en vacances.

En cas de forte chaleur, Maggie O’Farrell, Editions 10/18