Nos étoiles contraires. John Green

Nos étoiles contraires« De toute façon, les véritables héros ne sont pas les gens qui font les choses; les véritables héros sont les gens qui remarquent les choses, qui y prêtent attention. »

Bon tout le monde a lu ce roman… sauf moi… l’an passé quand j’ai avoué à quelques élèves de 4e que je n’avais jamais lu John Green, elles n’en sont pas revenues… et puis j’ai croisé ce roman sur une brocante… et puis des semaines se sont écoulées et là j’ai eu envie de le lire.

Autant le dire tout de suite, le sujet n’a rien de bien réjouissant, deux adolescents atteints de cancers… chimio, cercle de discussion… bref ce n’est pas joyeux… les copains meurent ou se rendent visite aux urgences… et pourtant je n’ai pleuré que dans les dernières pages ! J’ai trouvé que les dialogues manquaient de simplicité ou de spontanéité (on se doute que dans la « vraie » vie, des ado ne parlent par métaphore constamment), un peu à l’américaine mais j’ai apprécié ce roman que je pourrais maintenant conseiller en connaissance de cause.

Hazel, 16 ans, est atteinte d’un cancer, bien que son dernier traitement semble avoir arrêté la maladie, elle se sait condamnée. Munie de sa bouteille d’oxygène, elle se rend quand même à quelques cours à la fac et au groupe de soutien. C’est là qu’elle rencontre Augustus, un garçon en rémission. Les deux adolescents partagent leur humour et leur goût de la littérature. Rapidement ils deviennent inséparables et émerge une intrigue amoureuse.

A la fois roman sur le cancer, roman sur le combat contre la maladie, roman d’amour, roman d’adolescent, c’est sensible, c’est touchant, c’est séduisant…

« La sienne : être trop malade. La vôtre: être trop bien portant. Fût-ce le contraire, vos étoiles n’auraient pas été aussi contrariées, mais c’est dans la nature des étoiles d’être contrariées. »

La servante écarlate. Margaret Atwood

La servante écarlateMe voilà bien en peine d’écrire un avis… je ne sais pas ce que j’ai pensé de ce roman… tout d’abord je dois dire que j’avais commencé à regarder la série, du coup je n’ai rien découvert véritablement en lisant le roman. La république de Gilead a mis en place des esclaves sexuelles afin de compenser la chute de la fécondité. Cette république, qui n’a de république que le nom, est fondée sur une hiérarchie très précise et une réduction drastique des libertés individuelles associée à une ferveur religieuse intense. Ce sont les femmes qui sont les premières à être les victimes. Defred, servante au vêtement rouge devient donc l’utérus du Commandant, dont l’union est restée infertile. Elle n’a aucun droit, aucune liberté… néanmoins dans sa chambre à l’atmosphère monacale, elle repense au temps où les femmes avaient le droit de travailler, d’avoir de l’argent, de boire un verre, de fumer, de lire… Elle songe à sa vie d’avant, ses études, sa rencontre avec Luke, leur fille… C’est glaçant… Plus aucun sentiment dans cette république, plus aucun contact humain tendre, affectueux ou amical… glacial… Une population qui semble adhérer, peur et délation règnent…

Cette dystopie fait froid dans le dos, le même effet que m’avait fait la série d’ailleurs les images étaient encore bien ancrées dans ma tête. Je suis déçue car je m’attendais (et j’espérais) trouver davantage de détails, je suis restée sur ma faim quant aux explications. Je voulais savoir comment un tel régime avait pu être instauré, j’aurais aimé savoir ce que pensent les Epouses mais surtout quelles sont les intentions du Commandant… que pense-t-il de tout cela ? Ce qui m’a déçu c’est la fin du roman… l’épilogue m’a vraiment gêné voire ennuyé… je n’ai pas trouvé les réponses à mes questions et surtout je me suis posée encore plus de questions ! que se passe-t-il par la suite ? comment évolue cette société ? qu’est-ce devenu Nick ? et Luke ? et Moira ? Malgré ce (gros) bémol, ce roman fait réfléchir à la place de la femme dans la société mais aussi à la prise d’un pouvoir qui arrive à priver une population de toutes les libertés les plus évidentes. Il faut donc le lire ! et moi je crois que je vais poursuivre la série !

Une journée d’automne. Wallace Stegner

DSC06605Petit roman parfait en ce moment ! J’ai adoré le lire en quelques heures, un vrai délice et un privilège qui ne m’arrive que rarement. Ce n’est pas la lecture inoubliable mais ce fut un très joli moment de lecture.

Margaret, mariée à Alec, accueille, après la mort de leur père, sa sœur, sa cadette de quelques années Elspeth dans leur magnifique ferme de l’Iowa. Toutes deux sont très différentes : Margaret est très attachée aux conventions, aux respects des traditions, à la convenance. Elle s’occupe de son foyer avec délice et dévouement et prend soin de son époux Alec, fermier émouvant et tendre. Ils forment un couple attachant. Lorsqu’Elspeth quitta l’Ecosse pour venir s’installer avec eux, elle ne comprend pas trop la rigueur de sa sœur. Elle aime se promener dans la nature, elle aime rire et prendre la vie avec légèreté, s’émerveillant de tout et de rien.

Une journée d’automne c’est donc cette journée où tout bascule, où les relations dans ce trio évoluent, où les apparences doivent être sauvées, où l’avenir est modifié… une journée qui suivit à bouleverser la paisible vie campagnarde cependant personne ne doit être au courant et le secret devra être préservé coûte que coûte. Après l’irréparable, chacune se transforment, se décharnent, vieillissent prématurément ravagée par le pêché et par la froideur de son âme… cependant la fin est touchante et pleine d’espoir. L’écriture de Wallace Stegner est douce. Les personnages sont d’une sérennité incroyable, d’une maîtrise d’eux-même que j’ai trouvé tellement admirable. Pas de pathos, pas d’envolée lyrique, pas d’effusion… mais un récit âpre et bref, une virtualité qu’on pourrait comparer aux nouvelles de Maupassant.

Bravo aux éditions Gallmeister d’avoir édité ce premier roman de Wallace Stegner écrit en 1937. Première fois que je lis un roman des éditions Gallmeister : les couvertures sont toutes plus belles les unes que les autres et j’ai apprécié le format et le papier qui est très agréable, j’ai beaucoup aimé la typographie. Une édition qu’il est fort confortable de lire !

Léon. Léon Walter Tillage

LéonVoici un petit récit autobiographique que j’ai découvert grâce à mes 3e. Je voulais leur proposer différentes lectures autobiographiques. J’aime proposer un panel de lecture autour d’un même thème afin que chacun puisse y puiser une lecture qui lui convienne. Donc je cherche des lectures variées, de différents niveaux de difficultés, du classique, du contemporain, parfois des bandes dessinées… bref en fouillant je suis tombée sur ce récit et je me suis tout de suite dit que ça allait leur plaire. D’ailleurs beaucoup on choisit ce titre.

Revenons à Léon. Le sujet est lourd : Léon est petit-fils d’esclave, fils de métayer. Né en 1936, il raconte son histoire. Il se souvient de son enfance en caroline du nord.

« Je me souviens qu’étant petit garçon, je me regardais souvent dans le miroir et je maudissais ce visage noir qui état le mien. Mais à cette époque, on ne nous appelait pas « noir ». on ne parlait pas de « minorité ». On disait « moricaud » ou « nègre ». (p.9)

Il raconte ce que signifie être noir dans les années quarante et cinquante, la discrimination qui ne choque personne, les difficultés financières, les dettes, le travail… Il raconte que sa famille ne comprend pas l’utilité d’une instruction puisque les noirs ne peuvent pas exercer certains métiers. Mais lui, ne voit pas les choses de la même manière « Donc ils ne voyaient pas l’utilité de recevoir une instruction. C’est un des moyens qu’employaient les Blancs pour dominer les Noirs : les priver d’instruction. » Il se souvent  que ses parents disaient : « Ç’a été voulu comme ça. C’est comme ça que ça doit être. Vous n’obtiendrez jamais d’être les égaux des Blancs » mais Léon a refusé cette fatalité. Léon évolue avec son époque et il préfère écouter les paroles de Martin Luther King. Il raconte alors les marches pacifiques.

Ce très court roman autobiographique est très beau, aucune haine, aucune rancœur, aucun pathos… il raconte, il décrit des situations assez simplement ce qui rend ce texte très accessible à des enfants dès 12 ans et parler avec eux des discriminations et des injustices.

« Les Blancs apprenaient à leurs enfants que les Noirs n’avaient pas de sentiments, qu’ils n’avaient pas d’âme. Ce qu’on leu faisait n’avait donc pas d’importance : on pouvait les frapper ou pire, sans jamais pouvoir réussir à leur faire mal. Voilà pourquoi ils nous traitaient comme ça : ils croyaient ce qu’on leur avait dit. »

Va et poste une sentinelle. Harper Lee

Va et poste une sentinellePas de bilan de lecture estivale, l’été fut peu propice à la lecture cependant il est grand temps d’écrire mon avis sur celle qui ma dernière lecture de l’été. Je suis mitigée sur cette lecture, j’ai eu du mal à entrer dedans, à retrouver l’univers que j’avais aimé dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. En réfléchissant je me dis que même si on retrouve l’héroïne, Scout, les deux romans n’ont absolument rien à voir. Le monde de l’enfance est bel et bien terminé. Indépendante et émancipée, Scout a quitté l’Alabama et sa petite ville de Maycomb pour vivre à New York. Va et poste une sentinelle raconte son retour sur les terres de son enfance et sa confrontation avec son père Atticus au milieu des années 50.

Ce roman propose une réflexion sur l’évolution de la société et notamment la question raciale. Confrontée à une société new yorkaise plus ouverte, Scout découvrir ses proches sous un nouveau jour…  Scout découvre qu’Atticus, cet homme intègre et défendeur des opprimés, siégeant au conseil des citoyens à côtés de ceux qu’il détestait. La question ségrégationniste est donc au cœur de ce roman. Et c’est d’ailleurs après un démarrage que j’ai trouvé assez lent ce qui relance le roman, lui donne son rythme et son intérêt.

« Je ne comprends pas comment tu peux vivre là-bas avec eux.

– Mais on n’a pas conscience de leur présence. On travaille avec eux, on ange avec eux et grâce à eux, on prend le bus avec eux, et on ne les remarque pas, à moins de le vouloir. Je ne me rends jamais compte qu’un gros type noir est assis à côté de moi dans le bus jusqu’au moment où je me lève pour descendre. On ne les remarque pas, tout simplement.

– Oui, eh bien moi je t’assure que je les ai remarqués. Tu dois être aveugle ou je ne sais quoi.

Aveugle, oui, c’est exactement ce que je suis. Je n’ai jamais ouvert les yeux. Je n’ai jamais pensé à regarder les gens au fond de l’âme, je n’ai jamais regardé que leur visage. Aveugle comme les pierres…  » (p.213)

Pour finir une petite citation de saison : « Même la rentrée des classes était grosse de promesses – les vieilles querelles ranimées, les amitiés renouées, les semaines passées à devoir réapprendre tout ce qu’on avait oublié durant l’été. L’automne était la saison des soupers chauds, où l’on pouvait profiter des vrais repas pour lesquels, trop engourdi de sommeil au matin, on n’avait pas d’appétit. » (p. 174)

Moonbloom. Edward Lewis Wallant

MoombloomA l’heure d’écrire ce billet, je ne sais pas quoi dire. Je ne sais pas quel est réellement mon avis sur ce roman. D’un côté j’ai apprécié ma lecture : à New York, chaque vendredi, Norman Moonbloom visite les locataires des immeubles qu’il a en gérance afin de récolter leurs loyers. Chaque locataire a une histoire et on découvre ainsi la vie de chacun, ce qu’il y a derrière chaque vitre. C’est la vie quotidienne des classes populaires américaines des années 50 qu’on découvre derrière chaque porte. Ce sont les problèmes quotidiens de salubrité mais aussi les problèmes intimes des habitants : les problèmes de fuite au robinet ou d’ascenseur, l’alcoolisme d’un résident, la cuisinière qui ne fonctionne plus, la peinture qui part en lambeau : « J’ignore ce que vous croyez que je fais ici. Tous les immeubles sont en train de s’écrouler. Je ne suis que le gérant, vous savez. […] Qu’est-ce que j’ai de spécial, moi, qui peut vous faire penser à tous que je vais pouvoir rénover ces immeubles du sol au plafond ? » (p. 169). Tous demandent de l’aide, se confient à Moonbloom, attendent de lui beaucoup plus que ce qu’il peut. C’est là, l’autre côté de mon avis, ce qui explique cette lecture mitigée : il m’a manqué quelque chose. Peut-être du dynamisme, peut-être davantage de rebondissements (ce qu’on trouve dans les dernières pages cependant), il m’a manqué quelque chose pour que ma lecture soit enthousiasmante du début à la fin. J’aurais aimé que Moonbloom soit plus affirmé. C’est un rêveur qui n’est jamais allé au bout des choses, il peine confronté à l’intimité d’autrui. Il réagit difficilement. Il écoute et prend note. J’aurais voulu qu’il soit moins « abattu » et plus « combatif », qu’il ait un caractère plus tranché.

J’aime beaucoup l’idée du roman, parcourir chaque appartement et découvrir la vie qui s’y cache mais cela ne m’a pas suffi. Ce roman présente un microcosme grouillant de vies, ce qui rappelle George Perec. C’est un tableau de l’humanité que j’aurais aimé plus drôle, plus vif et plus émouvant.

« En descendant l’escalier qui l’emmenait vers ses deux dernières visites, il remarqua que la fenêtre avait pris la couleur de la nuit et s’était transformée en un véritable tableau  noir attendant que l’on écrive quelque chose dessus. Demain, il s’occuperait de Mott Street et de la Deuxième Avenue, et le jour suivant de la Treizième Rue. » (p.34)

L’homme de la montagne. Joyce Maynard

L'homme de la montagne1Mon troisième roman de Joyce Maynard, après Les filles de l’ouragan et Long week end,  j’ai adoré L’homme de la montagne ! Après un début difficile, je n’ai pas réussi à lâcher les cents dernières pages. Patty, onze ans, et sa sœur Rachel, la narratrice, treize ans, vivent au pied de la montagne. Durant l’été 1979, elles attendent avec impatience les vacances pour arpenter les chemins de randonnées qu’elles aiment tant. Ce sont deux sœurs inséparables. Il faut dire que leur mère est plongée dans son monde, souvent absente. Leur père ne vit plus avec elles, il passe de temps à autre mais est très occupé par son métier de policier. Rachel et Parry passent leur temps libre dans la montagne, à regarder la télé par la fenêtre des voisins, à aller se promener dans les sommets ou à s’inventer des tas d’histoires. 

Mais cet été-là, le quotidien des deux sœurs est bouleversé par une affaire de meurtre en série : l’Etrangleur du crépuscule tue des jeunes filles dans la montagne. La traque commence et c’est leur père, l’inspecteur Torricelli qui est chargé de l’enquête.

L'homme de la montagne2L’homme de la montagne mélange entre roman policier et roman d’apprentissage. Rachel et Patty sont au coeur du roman ainsi que l’époque charnière qu’elles traversent, surtout Rachel d’ailleurs, à savoir l’adolescence. Dans un portrait très juste, Joyce Maynard peint cette peur de grandir, les interrogations sur le corps qui change, la crainte de devenir une femme et celle de ne pas le devenir, l’envie d’être « comme les autres » et surtout la découverte du monde des adultes. Découverte que Rachel fait en réfléchissant aux liens qui l’unissent à son père : de l’admiration qu’elle éprouve pour ce père enquêteur à la déception et le constat du changement, des premiers signes de l’âge. Trente ans après, Rachel, devenue romancière, raconte cet été qui a bouleversé leur vie.