Max. Sarah Cohen-Scali

MaxAprès ma lecture de La goûteuse d’Hitler de Rosella Posterino, j’avais envie de poursuivre mes lectures sur la seconde guerre mondiale. J’ai donc ouvert Max de Sarah Cohen-Scali, roman pour les adolescents sur les pouponnières nazies. Mais finalement roman pour tout le monde, un roman qui nécessite de la maturité. Ce sujet est intéressant, l’écriture agréable et l’histoire marquante. Certaines pages coupent le souffle, notamment l’histoire du ghetto de Varsovie, j’ai lu ce chapitre une grosse boule dans la gorge. Ou bien encore lorsque les « sélections » des enfants sont effectuées pour les trains, Dauchau, Treblinka… Mais aussi lorsque le narrateur décrit les SS qui, de nuit, vont kidnapper les enfants polonais, juifs ou qui n’étant pas en adéquation avec la race aryenne… ces enfants arrachés de leurs lits en plein sommeil, les cris des parents, la peur des enfants jetés dans les camions…. ce récit fait froid dans le dos, c’est glaçant.

Reprenons, il s’agit du récit de Max, c’est lui le narrateur. Il naît dans une pouponnière nazie et suit la formation du programme Lebensborn, programme qui vise à la sélection des meilleurs petits aryens et à leur reproduction pratiquées par les nazis.

« Parce que vous ne le savez sans doute pas, mais je ne suis pas le seul bébé à venir. Nous sommes des dizaines et des dizaines en route, la naissance des suivants est déjà programmée de longue date. Les dizaines deviendront des centaines, les centaines, des milliers. Nous allons former une véritable armée ! » (p.10)

Né sans amour puisque sorti du ventre d’une Frau sélectionnée pour les critères répondant à ceux de la race aryenne et d’un officier SS, sélectionné sur les mêmes critères, Max est élevé à la pouponnière selon tous les préceptes déterminés par Hitler. Toutes ses pensées, depuis sa naissance, sont déterminées par l’éducation nazie. Il est élevé pour être le parfait allemand nazi. Il ne connaît que ça, n’a aucun recul, aucune vision du monde extérieur… bref tout ce système lui semble logique, cohérent et il y participe avec énormément d’application et de dévouement : « Toutes seront fécondées par des SS ! Une semence aryenne. Un réceptacle diversifié mais trié sur le volet, et, au final, un produit unique. Nous. L’armée des enfants blonds aux yeux bleus. L’armée du futur. » (p.60)

J’ai détesté Max lorsqu’il dénonce des enfants ou des mamans cachés (mais en même temps peut-on lui en vouloir ?), je l’ai souvent détesté en fait… mais ce récit montre aussi comment il évolue grâce à une rencontre déterminante.

C’est un récit glaçant, très documenté. C’est un roman que je n’ai pas lâché, ce petit Max formaté dès sa naissance, peut-on lui en vouloir ? comment pourra-t-il évoluer ? comment peut-il concevoir que tout ce qu’on lui a appris est faux ? C’est un excellent roman que je vous recommande vivement.

« Il a eu un trou de mémoire, Wolfgang, pile à ce moment-là. Alors que la veille, à la dernière interro surprise, il avait eu tout bon. Sans même copier sur moi. Ce trou de mémoire lui a valu un trou dans la tête. »

« J’ai tenu bon quand j’ai vu le reste du ghetto. Tous ces gens qui étaient si maigres parce qu’ils crevaient de faim, sales, vêtus de haillons, rongés par les maladies, à cause du manque d’hygiène et de nourriture. Ils étaient en train de mourir à petit feu, tués par les salopards de Boche qui les avaient enfermés dans ce quartier pourri !… Et dans le tramway, rien, aucune réaction des voyageurs. Pour eux, ce qui se passait à l’extérieur, c’était normal. » (p.271)

 

 

A la grâce des hommes. Hannah Kent

A la grâce des hommes 1A la grâce des hommes d’Hannah Kent est un roman qui m’a emmenée dans une Islande glaciale (un vrai roman à atmosphère !) mais c’est surtout un roman qui gagne en puissance tout au long de sa lecture, j’ai terminé avec quelques frissons. La fin (même si on la devine aisément) fait froid dans le dos.

Islande, mars 1868. Agnes Magnusdottir est reconnue coupable du meurtre de Natan Ketilsson, son amant, et est condamnée à mort. En attendant l’exécution, la prisonnière est placée comme servante dans une ferme reculée. Le fermier, Jon, sa femme Margret et leurs deux filles, Lauga et Steina sont bien évidemment très réticentes et craintives d’accueillir une criminelle chez eux. Face à l’effroi et à la méfiance de ses hôtes, Agnes se fait discrète. Servante efficace, elle passe également de longs moment à se confier au révérend Toti, nommé pour la guider jusqu’à l’exécution. Peu à peu, Agnes se fait accepter de la famille, la peur diminue et Margret écoute les confessions d’Agnès. Vous l’aurez compris, ce huis-clos, A la grâce des hommes 2renforcé par le silence ou les rafales du vent du Nord, par la neige et la solitude de la ferme, est oppressant.

Ce roman construit à partir d’un fait réel, Agnes Magnusdottir fut la dernière femme condamnée à mort en Islande, laisse donc une large place aux confidences mais également à l’Islande, personnage central du roman. Un roman agréable et fluide bien que l’écriture n’ait rien de particulier, un roman idéal pour les longues soirées d’hiver !

Merci Romanza pour cette découverte.

A la grâce des hommes, Hannah Kent, Pocket édition, octobre 2016

Au revoir là-haut. Pierre Lemaître

Il y a des lectures qui nécessiteraient d’être seule, seule trois jours et de ne pouvoir faire que lire. Au revoir là-haut fut un de ses romans addictifs, un de ceux où je grignotais la Au revoir là-hautmoindre minute pour lire la moindre page.

Avant de lire, mes collègues m’avaient donné les grandes lignes de l’intrigue : deux poilus liés, la fin de la guerre, les ratés de la démobilisation, une arnaque aux monuments aux morts, une gueule-cassée, un scandale dans la gestion des cimetières et des dépouilles… certes mais c’est bien plus beau et bien plus compliqué, bien plus savoureux ai-je envie de dire. Tout d’abord je dois dire que je n’aime pas les romans évoquant les guerres mondiales (cela me met mal à l’aise, me fait presque « peur ») d’où ma réticence à lire ce roman. Mais on m’a assuré que la guerre n’était pas le sujet dominant donc j’y suis allée et j’en suis bien heureuse.

Les scènes de tranchées se concentrent effectivement au début du roman. Tout de suite j’ai été happée par l’écriture sublime et sobre. J’ai été charmée par la plume de Pierre Lemaître. Son écriture est sans artifice, parfois sarcastique ou décalée. Il n’a pas besoin de mettre beaucoup d’effets pour créer de l’émotion.

Je ne vais pas dire grand chose sur l’histoire. La trame romanesque est magnifiquement construite. Pas une minute de repos, le rythme est haletant. Et puis construire un duo avec un personnage qui ne parle pas et qui passe ses journées à ne rien faire, c’est tout même une prouesse. Les deux héros sont touchants dans leur amitié et dans leur dépendance. Il m’a semblé qu’Albert Maillard a beaucoup plus de séquelles psychologiques que son camarade Edouard Péricourt, pourtant défiguré à jamais. En cela ils se complètent. Quant au capitaine d’Aulnay-Pradelle, il est détestable au possible, cynique, cruel, arriviste… je le visualisais parfaitement… un homme grand, froid, inhumain.

Dans ce roman, j’ai compris ce qu’Albert et Edouard ont pu ressentir : ils reviennent dans une société (pour laquelle ils se sont battus) mais où pourtant ils n’ont plus de place et surtout dans laquelle ils ne peuvent se faire une place à cause des séquelles de la guerre,  on ne veut plus voir les démobilisés, c’est d’une cruauté effroyable. Ils se sentent maltraités et rejetés par la France qui érigent les soldats morts en héros sans prendre en considération ses poilus survivants : « Le pays tout entier était saisi d’une fureur commémorative en faveur des morts, proportionnelle à sa répulsion vis-à-vis des survivants. » (p. 332)

Je pourrais évoquer encore plein d’éléments tant ce roman foisonne : la personnalité d’Edouard, son père l’homme d’affaires M. Péricourt ou encore le petit inspecteur des cimetières, M. Merlin, par qui tout le scandale va éclater mais je vous laisse découvrir. Une chose est sûre, pendant toute ma lecture, je me suis demandée comment l’histoire pouvait se terminer. Maintenant je sais et je ne suis pas déçue !

Ce soir, je vais le voir au cinéma ! En attendant jetez-vous sur ce roman si touchant et si saisissant !

Au revoir là-haut, Pierre Lemaître, Le Livre de Poche, mars 2016

Un conte de deux villes. Charles Dickens

conte-de-deux-villes Je sens que le billet que je m’apprête à rédiger ne va pas me satisfaire tout d’abord parce que j’ai achevé cette lecture il y a une semaine, ensuite parce que j’avais placé tellement d’attente que j’ai été déçue par ma lecture et que je m’en veux… Déçue de ne pas entrer rapidement dans l’histoire, déçue d’avoir laissé mon esprit rêver en lisant, déçue car je n’ai pas su retrouver le Dickens que j’ai aimé, adoré et qui m’avait emportée dans Oliver Twist ou dans Les Grandes Espérances.  Alors oui, il s’agit de tout autre chose puisqu’Un Conte de deux villes est le roman historique de Dickens. Dans cette intrigue se passant à Londres et à Paris, Dickens explore la Révolution française, ses motivations et le déchaînement qui en a suivi.

Nous voici en 1775, Jarris Lorry, employé de la banque Tellsone de Londres, se rend à Paris pour ramener en Angleterre le docteur Alexandre Manette, retenu prisonnier à la Bastille durant dix-huit ans. Sa fille même ignore sa survie et sa libération.

C’est une lecture dense, différente des autres romans de Dickens malheureusement mon esprit n’a pas toujours su s’accrocher et je le regrette…

« Le cocher conduisait comme s’il chargeait l’ennemi, et son furieux emportement ne faisait naître aucune réprobation sur les traits ni sur les lèvres de son maître. On se plaignait quelquefois, et même assez haut, dans cette ville sourde, en ce siècle muet de la façon dangereuse dont les nobles équipages parcouraient les rues trop étroites, sans trottoirs, où souvent ils estropiaient les manants de la plus cruelle manière. » (p. 131)