Miss Charity.

DSC06786Instant BD très agréable… Miss Charity, cette petite fille imaginée par Marie-Aude Murail, est un régal. J’avais adoré le roman à sa sortie, roman déjà accompagné de dessins. Charity est une petite fille comme presque tous les enfants : elle déborde de curiosité, d’envie d’escapades mais voilà… elle vit à Londres dans les années 1880 et dans la bonne société une petite fille doit savoir faire du piano, parler plusieurs langues… Laissée aux soins de sa bonne Tabitha, Charity s’ennuie. Alors dans sa nursery, elle recueille toutes sortes d’animaux, une souris, un rat, un écureuil, des oiseaux, un lapin, une grenouille… elle se passionne pour ces petits êtres et prend de plus en plaisir à aller dans la nature. Sa préceptrice Blanche lui fait découvrir l’aquarelle. Charity peint alors, se découvre une passion pour la mycologie, se rend au muséum, utilise son microscope pour observer ses petites bêtes et notamment son cher lapin, l’adorable Peter (Marie-Aude Murail rend hommage dans son roman à Beatrix Poter)..

Cette bande dessinée est le premier volume (scénario de Loïc Clément – et j’ai déjà hâte de lire les autres); j’ai aimé retrouvé cette petite fille si peu conventionnelle et les dessins d’Anne Montel illustrent merveilleusement cette histoire. Ils sont tout en raffinement, en douceur. Les tons pastels dominent cette oeuvre à l’atmosphère naturaliste, les dessins de Charity se promenant dans la nature sont une merveille et la bande dessinée montre très bien qu’une personnalité forte se forge au fur et à mesure de ses promenades.

A crier dans les ruines. Alexandra Koszelyk

A crier dans les ruinesCoup de cœur pour ce roman ❤ Lena et Ivan sont deux adolescents, 13 ans, inséparables, doux rêveurs amoureux, amoureux de la forêt bienveillante, de leur liberté et de leurs légendes… mais en avril 1986 un drame vient interrompre leur enfance… Ce drame c’est celui de Tchernobyl, l’accident de la centrale nucléaire, dont ils sont voisins. Leur ville, Pripiat, est alors une zone contaminée, une zone dangereuse, une zone à fuir mais chaque famille prendra des décisions différentes. Les parents de Léna fuient le plus à l’ouest possible, ils traversent l’Europe et émigrent en France. L’Ukraine est alors un souvenir, un passé dont plus personne ne parle pourtant Léna aurait besoin d’avoir des mots sur ce passé, sur cette ville enchanteresse condamnée sans qu’elle ne comprenne trop bien pourquoi. Mais ses parents ne parleront pas, n’expliqueront pas, n’évoqueront plus l’Ukraine. Alors elle se réfugie dans les contes et légendes celtes, dans les histoires de sa grand-mère et grandit tant bien que mal avec la conscience que son arrachement à Pripiat a été trop violent, qu’une racine est restée là-bas.

« Le roman répondait à des questions laissées en suspens, une brèche s’ouvrait. Les livres n’étaient pas seulement des outils pour apprendre le français ou pour s’évader : ils comblaient cette absence qui la dévorait et étaient un pont de papier entre les rives de ses deux vies. » (p.86)

La famille d’Ivan n’a pas fui, elle a été contrainte par les autorités à abandonner la zone, à survivre dans des logements de fortune… mais la centrale a rendu fou son père, lui qui ne peut vivre que grâce à la forêt, la centrale a désuni leur famille, a provoqué des catastrophes, des morts, des maladies. Ivan est témoin des changements et des transformations… mais il reste, surtout il veut rester et attendre le retour de Léna car il est persuadé qu’elle reviendra sur leur terre, celle de leurs ancêtres.

Un jour, le retour vers la terre de l’enfance devient une évidence pour Léna, un besoin vital. J’ai adoré cette partie, la voir redécouvrir ce que sa ville est devenue, sa forêt… Ce lien à la forêt et à la nature est très beau, très poétique dans les descriptions. J’ai adoré tout le roman, un roman d’amour, un roman sur l’exil, un roman sur les ruines. Je me suis rendue compte que je ne connaissais pas réellement l’histoire de Tchernobyl, l’histoire de ces hommes sacrifiés pour éteindre les premiers feux de la centrale, l’histoire des conséquences sur les populations environnantes et sur l’environnement. J’aurais aimé rester davantage auprès d’Ivan et de Léna mais à la fin du roman, j’ai senti cet apaisement salvateur, tout le monde est à sa place et j’ai pu fermer le roman avec sérénité.

 

Petite baleine. Jo Weaver

IMG_3426Vous savez comme à la maison on aime la mer et surtout les animaux marins alors mercredi quand j’ai effectué mon tour hebdomadaire à la librairie et que j’ai vu cet album, je suis immédiatement tombé sous son charme. Je suis tout de suite dit « c’est parfaitIMG_3428 pour mes garçons ! ». Les laissant tout le week-end, ça leur fera une jolie surprise et une jolie lecture du soir.

Petit Baleine c’est d’abord des illustrations que j’ai trouvées fabuleuses : cette déclinaison de bleu, ces jeux d’ombre et de lumière, ces reflets avec l’eau scintillante, la faune marine et sa flore, les jets des baleines et leurs projections de petites gouttes, le soleil qui éclaire l’océan et brille, reluis sur le dos des baleines. Ces illustrations en double page sont poétiques et magistrales.

IMG_3430Petit Baleine c’est un album où les baleines sont grandioses. A la maison, on aime les baleines, je le trouve majestueuse, fragile et à la fois colossale, un goût très certainement influencé par mon mari qui m’a expliqué leur rôle essentiel.

Petite Baleine est aussi l’histoire émouvante de notre baleineau néIMG_3429 dans les mers chaudes et qui doit, avec sa maman, effectuer un long trajet pour retrouver les fjords poissonneux, un périple long, éprouvant, fascinant mais dangereux. Heureusement la maman veille tendrement sur son petit baleineau.

Petite Baleine, Jo Weaser, L’école des Loisirs, Kaleidoscope

Nos saisons…

C’est le temps des vacances d’été, c’est le temps consacré à mes enfants donc peu de lectures pour moi mais j’ai la chance d’avoir deux enfants qui adorent les livres et qui ne sont jamais rassasiés alors c’est le temps de lire au quotidien plusieurs histoires voire plusieurs fois la même histoire. Ben oui, il n’y a aucune raison de se limiter à l’histoire du soir alors on lit parfois en matinée, avant le repas du midi, après, avant la sieste ou après mais aussi avant ou après le bain…

Parmi les histoires il y a cet album (queDSC03393 j’avais offert au 1 an de mon bébé brun) mais que son grand frère aime beaucoup et je ne me prive pas de leur lire.

Tout d’abord j’adore ce style d’illustration, fleurie, colorée, tendre et plein de poésie… je me retrouve petite fille avec ce genre d’album. Et puis l’histoire : découvrir les saisons avec les petits bonheurs de chacune de ces périodes. Un petit garçon raconte ses bonheurs liés à chaque saison puis une petite fille (l’odeur des champignons, construire des cabanes, observer les traces dans la neige…) : des bonheurs simples, naturels. Mon grand a encore parfois du mal à se repérer mais grâce à des éléments simples il arrive à comprendre les saisons : les fleurs au printemps, les glaces en été, les feuilles qui tombent en automne et le froid en hiver… bon c’est sommaire mais au moins on peut situer des événements et il a compris le cycle. Ce fameux cycle de la nature est magnifiquement raconté mais pas seulement (et c’est là ce que j’ai aimé), cet album est aussi une ode splendide aux souvenirs et au cycle de la vie puisque ce sont les souvenirs d’enfants évoqués par un couple qui transmet ces petits bonheurs à leurs enfants. Beaucoup de délicatesse, de tendresse et de poésie pour ce bel album !

Nos saisons, Emmanuelle Tchoukriel, illustrations de Caroline Pellissier et Virginie Aladjidi, édition Nathan (janv. 2016)

Une année à la campagne, Sue Hubbell

DSC04678

Une année à la campagne est un récit de vie, le récit d’une expérience, celle menée par Sue Hubbell et son mari dans les années 70. Tous les deux décident de quitter la « société de consommation » et la vie urbaine pour s’établir dans les monts Ozarks dans le Missouri.

Sue Hubbell, devenue apicultrice, y vivra finalement seule entourée de ses ruches et de ses abeilles. Elle doit donc apprendre à vivre et à se débrouiller seule: couper son bois, réparer son tracteur, rafistoler sa grange… mais l’essentiel, c’est la nature : de longues descriptions des insectes, des plantes, des petits animaux qui peuplent les monts Ozarks. Un réel intérêt pour tout ce qui nous entoure et surtout, ce qui m’a marqué, un attachement et une sensibilité aux petits détails de la nature : le bruit du vent, le vrombissement des ailes d’un papillon, le bourdonnement des abeilles, le frottement des fougères ou des herbes hautes… Une communion avec la nature, une poésie, une douceur de vivre se dégagent de ce récit conçu comme une chronique puisqu’il est découpé en quatre chapitres : la description de la nature au fil des saisons.

« Cette semaine, j’ai commencé à couper mon bois. Il faut s’y prendre des mois à l’avance pour qu’il ait le temps de sécher, afin de donner de belles flammes brûlantes en hiver.  » (p. 70)

« Dans quelques jours, ce sera Noël. Je suis isolée par la neige depuis plusieurs jours maintenant, ce qui n’est pas grave. Vers la fin décembre, je descends toujours en ville faire des provisions pour les poules, les chiens, le chat, les oiseaux et moi-même. » (p. 177)

DSC04690
Première lecture accompagnée de ma crevette

« Cela fait bien longtemps que je ne me suis pas occupée de mes abeilles, elles me manquent et je me demande comment elles vont. Hier après-midi, je suis allée boire mon café au soleil derrière la grange, à l’abri du vent. Les abeilles m’ont découverte. L’une d’elle s’est posée sur le dos de ma main et a marché délicatement le long de mes doigts pour aller examiner le contenu de ma tasse. Ne le trouvant pas à son goût, elle s’est envolée. »(p. 213)

Parfois trop scientifique ou trop documentaire, ce récit m’a tout de même plu et m’a embarquée. Au cours de ma lecture, j’ai eu envie d’être à la campagne, isolée de la ville, et j’ai eu envie de goûter, moi aussi, à ce « silence » de la nature.