Le carnet d’or. Doris Lessing

Carnet d'or2 Je ne savais pas à quoi à m’attendre en lisant ce roman, j’aime être surprise par mes lectures d’autant plus lorsqu’elles sont « connues ». Un peu désemparée au départ, j’ai enfin compris ce qui m’a étonné, j’ai été surprise par l’exigence de cette lecture.

Après la moitié du roman lu cette exigence a eu raison de moi. L’écriture est dense, j’ai ressenti une sorte de foisonnement, j’ai eu l’impression d’avoir parfois du mal à prendre ma respiration, il y a peu de pause, peu de dialogue, une Carnet d'ordensité et intensité incroyable. Différents styles se mêlent : du roman, des réflexions politiques, des interrogations féminines, des extraits de journaux intimes… j’ai eu du mal à relier tous les éléments qui me semblaient intéressants mais aussi trop disparates. Le problème, c’est que j’ai trop réfléchi en lisant et j’ai oublié de me laisser porter. Si j’ai abandonné, je garde tout de même un joli souvenir de cette lecture et des réflexions qui y sont proposées.

Carnet d'or3« Un roman sur cinq cents ou sur mille possède la qualité qu’un roman devrait posséder pour être un roman: la qualité philosophique. Je découvre que je lis la plupart des romans avec le même genre de curiosité qu’un livre documentaire. S’ils sont le moins du monde réussis, la plupart des romans originaux en ce sens qu’ils informent sur l’existence d’une partie de la société, d’un type de personnages, qui ne sont pas encore révélés à la conscience générale de lettrés. Le roman est devenu une fonction de la société fragmentée, de la conscience fragmentée. Les êtres humains sont tellement divisés, de plus en plus divisés et morcelés en eux-mêmes, à l’image du monde qu’ils cherchent désespérément, sans le savoir, des informations sur d’autres groupes à l’intérieur de leur propre pays, sans parler de groupes dans d’autres pays. » (p. 77)

Le Carnet d’or, Doris Lessing, Livre de Poche (1976), lu dans le cadre du Mois anglais

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Mai 2017

Commencer le mois avec SOS Médecin / journée de travail transformée en journée gardeIMG_1189 malade/ Les Demoiselles de Rochefort / peindre le printemps à défaut de l’avoir / pluie et DSC02280pluie / « Oh je l’aime (en le serrant fort) c’est mon petit frère préféré » / vous voir jouer au bain / jardin-école /  une bonne nouvelle ! / « aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années » / galerie de l’évolution / soirée paëlla avec nos voisins / « A voté ! » / établir son devoir électoral puis partir en week-end / bronzer en doudoune ou les aléas de la Normandie / jeux de sable et pieds dans l’eau / ta spécialité culinaire pour nos amis / soirée électorale IMG_1242 / petite angoisse et grand soulagement / trinquer à une nouvelle ère / araignée du soir, espoir / I & M courir main dans la main dans les dunes /DSC02400 terminer le week-end par une langoustine / entretien avec mon chef / défendre mon projet / en retard dans mes préparations / regarder ensemble l’investiture / un homme de retour de courses les bras chargés de cadeaux pour tout le monde ❤ / toujours pas le temps de lire / les garçons qui dessinent / grand soleil / tes pyramides de trois jeux d'enfantcubes qui te rendent si fier ! / nouvelle séance de kiné pour ton œil / cette si belle logique « mais moi je l’aime mon papa alors je veux qu’il soit là » / un merveilleux mercredi à faire des bêtises et à préparer des surprises / 15 mois et 16 dents… / soirée shopping-éclair / nos lectures du soir / un joli baptême / IMG_7848tout de bleu vêtue / dimanche piscine / aménager notre balcon / tes premiers mots « baon, bébé, meuh » / vélo à quatre / pique-nique forestier / chaleur… / jouer les vacanciers et s’acheter une glace pour le goûter du samedi / dormir chez un copain (grande première) / croiser les doigts pour toi (j’y crois, j’y crois) / Cyrano de Bergerac / prendre beaucoup de photo IMG_1740/ finir mon album photo de 2016 / mon grand qui me dessine avec un bébé dans le ventre (Bon faut peut-être que j’arrête le chocolat) /  bouquet de fête des mères, bracelets, dessin, poème … maman comblée ❤ / « Ma main est une fleur, mes doigts sont cinq IMG_1741pétales… » Oh que je t’aime / avoir réservé nos vacances d’été / ces petites jambes que je pourrais croquer d’amour / thé glacé pour un dimanche fort studieux / mon bébé qui mange seul / une voix pétillante pour une nouvelle qui m’a sciée / un mercredi sans mon grand / « Je veux pas que papa parte en IMG_2634sémi-aire » / « – Tu as bien mangé, quel appétit d’ogre ! – Non un appétit de tyrex » / nos tomates qui poussent / sentir que la fin de l’année approche…

Mois anglais

J’ai hésité un peu cette année, j’y ai songé tardivement mais finalement je me suis décidée et je participerai bien une année de plus au mois anglais organisé par Lou et Cryssilda. Ma participation sera à ma hauteur, c’est-à-dire pas grand chose (vu mon manque de temps et d’organisation du moment) mais j’aime cette période, tout le monde lit des romans anglais, nos lectures se recoupent, certaines dînent ou brunch anglais, et surtout on boit du thé !).

dqkjfqsIl restait le fondamental, que vais-je lui ? Après un tour de ma PAL qui n’a jamais été si peu importante (à peine une cinquantaine de livres) pour cause d’absence d’achats depuis fort longtemps (toujours dû à mon manque de temps et parfois de sous), j’ai repéré deux lectures : Le Carnet d’or de Doris Lessing, je ne connais rien de ce titre, je n’ai jamais lu Doris Lessing, je sais uniquement qu’elle a reçu le prix Nobel de littéraire et puis Possession A. S. Byatt pour ma seconde lecture, ce sera aussi une découverte pour ce roman qui a aussi reçu un prix ! Hasard… Deux pavés pour moi et ce sera déjà bien !

Bonne lecture à toute ! Bon mois anglais ! J’ouvre Le Carnet d’or ce soir…

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L’homme du verger. Amanda Coplin

IMG_1682Cet homme du verger, c’est Talmadge, un jardinier vieillissant, absorbé par ses arbres, un homme solitaire et silencieux. Vivant en communion et en paix avec la nature, sa vie est rythmée par la saison des fruits. Ce verger d’abricotiers, cette pommeraie et sa petite rivière au fond de la vallée sont le cadre de ce roman. Amanda Coplin développe l’art du portrait et étudie les sentiments avec simplicité et justesse. La tranquillité de Talmadge est interrompue lorsque deux gamines, enceintes, surgissent dans son domaine. Talmadage, bienveillant, va prendre soin de ces deux êtres fragiles au passé sordide. Malgré ce cadre rassurant, apaisant et harmonieux, le drame les rattrape… décès, suicide, fuite… Jane, Della, la fille perdue, incapable de pardonner et d’oublier, Angelene, la fille abandonnée et Caroline Middey, la douce amie… une galerie de femmes, chacune a sa personnalité, ses félures. Talmadge tente de transmettre et fera les efforts nécessaires pour préserver la famille qu’il se crée quitte à laisser Della vivre sa vie comme elle l’entend. Pour moi, c’est un homme pur, toujours calme, il laisse chacune prendre ses décisions en les respectant même s’il ne les partage pas toujours.

« Quand il traversait le verger aux abricots, il était surpris de voir la maison remplie de silhouettes mouvantes ; des formes féminines passaient devant les fenêtres, la cheminée laissait échapper en permanence une fumée épaisse. […] Tout ça était nouveau – la compagnie, les bruits – mais en même temps il avait le sentiment que cela durait depuis longtemps. Il était, pensa-t-il – une découverte qui le bouleversa-, heureux. » (p. 107)

IMG_2628Je suis entrée très progressivement dans cette épopée, presque surprise par l’intensité que prenait le roman. C’est un roman tout simplement beau empreint de poésie où la question de la transmission est essentielle. La famille n’est pas seulement celle du sang, c’est aussi celle qu’on se choisit, celle qu’on défend, les liens du cœur sont tout aussi sacrés que ceux du sang.

Cyrano de Bergerac. Edmond Rostand

Cyrano C’est une relation particulière qui m’unit à cette pièce. Première pièce que j’ai vu à la Comédie Française (en 2006), pièce que j’ai vu avant de l’avoir lu (rare pour moi), pièce que j’ai adoré dès le lever du rideau et qui ne cesse de me ravir.

Mes souvenirs et mes émotions de la mise en scène de Denis Podalydès sont encore intacts, une vraie claque ce jour-là : la beauté des lieux, des décors somptueux et magistraux (ah cette épicerie de Ragueneau !), la voix d’Eric Ruf et puis évidemment le texte d’Edmond Rostand. Je suis sortie époustouflée et émerveillée. Je me suis précipitée sur la pièce que j’ai lu et relu depuis. C’est donc avec enthousiasme que je me suis lancée cette année dans son étude avec mes 4e.

Je me vais pas m’étendre sur l’intrigue bien connue. Cette pièce est un mélange de saveurs: de l’humour, de l’impertinence, de la sensibilité, de la magnanimité. Cyrano est un personnage haut en couleur n’hésitant pas à rire de lui pour ne pas laisser les autres le faire, son panache le rend touchant mais c’est aussi une manière de masquer sa fragilité. Cyrano est aussi un homme de fer, protecteur des cadets et surtout du baron Christian puisque sa chère cousine Roxane lui a demandé de veiller sur lui. Une tragique complicité se noue entre les deux hommes, Cyrano devenant le prête-voix du beau Christian aimé et amoureux de la précieuse Roxane. Roxane n’est pas l’héroïne « fade » qu’on pourrait croire, précieuse, noble elle possède aussi un caractère fort et déterminé. Ainsi dans l’acte IV elle est éblouissante et étonnante en s’affirmant.Cyrano lecture

Evidemment Cyrano de Bergerac c’est aussi des morceaux de bravoure, on ne peut pas ne pas penser à la tirade du nez « Ah non ! C’est un peu court, jeune homme ! On pouvait dire… Oh! Dieu… bien des choses en sommes… » (I, 4) ou encore à la célèbre joute verbale « A la fin de l’envoi, je touche. »  Je pourrai encore citer la scène du balcon (III, 7) et évidemment la scène finale avec ces feuilles qui tombent, une scène que je trouve particulièrement poétique, douce et épurée pour achever la pièce.

Vous l’aurez compris, Cyrano est MA pièce coup de cœur. A la fois tragique et comique, je ne m’en lasse pas. Cette pièce fut un triomphe immédiat et d’ailleurs le demeure encore, savourez ces belles actions, ces nobles sentiments et ses amours malheureuses le tout allié à une langue pleine de drôlesse !

Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand, édition Larousse, 2017

Le Cid. Corneille

Le Cid… que dire ? un grand classique, un incontournable du théâtre classique, un magistrale pièce, une tragi-comédie fabuleuse… tout a sûrement été dit alors je ne vais pas m’étendre sur l’intrigue.

Le CidPrenez deux amoureux, Chimène et Rodrigue, ajoutez deux pères rivaux, ajoutez une Infante amoureuse mais de rang supérieur, incorporez un soufflet, mélangez… vous obtenez un dilemme entre honneur et amour. Ce fameux choix cornélien !

Pour cette (re)lecture (très attentive et annotée), connaissant l’intrigue, j’ai été particulièrement sensible à la langue de Corneille et notamment j’ai été frappée par la beauté des alexandrins. Les vers sont savoureux, des antithèses fréquentes, des rythmes binaires, des jeux d’opposition, la fameuse litote ! une mélodie versifiée qui alimente cette dualité amour /honneur ! Des joutes verbales intenses et vers extrêmement célèbres comme en voici deux exemples dans l’acte II : « Ton bras est invaincu, mais non pas invincible » ou encore ce somptueux alexandrin « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » (II, 2 ). 

Un dernier mot sur les héros : l’amant : héros lyrique, Le cid étudenoble, amoureux, fougueux qui a un lignage, un nom et un honneur à défendre osant venger son père et défier les ennemis. Il est capable de renoncer à la vie pour l’honneur et à l’amour pour la gloire. Quant à Chimène, elle est l’héroïne de la pièce, celle autour duquel toute l’intrigue tourne. On sent en elle une déchirure entre le désir de se venger et de rendre justice et son amour immense. Des personnages héroïques donc, doués d’une grandeur d’âme mais souffrant face à ce choix insoluble.

« L’un me rend malheureux, l’autre indigne du jour.

Cher et cruel espoir d’une âme généreuse,

Mais ensemble amoureuse,

Digne ennemi de mon plus grand bonheur,

Fer qui causes ma peine,

M’es-tu donné pour venger mon honneur ?

M’es-tu donné pour perdre ma Chimène ? »

Stances de Rodrigue, Acte I, scène 6

Lisez, relisez Le Cid. C’est sublime, la langue est somptueuse ! Un chef d’oeuvre que je partage avec mes élèves avec bonheur !

Le Cid, Corneille, édition Magnard, 2016

La formule préférée du professeur. Yogo Ogawa

Voici un livre dont les thèmes fondamentaux n’avaient a priori rien pour me plaire : les mathématiques et le base-ball cependant La formule préférée du professeur évoquait une histoire humaine, un professeur qui s’attache terriblement au fils de son aide-ménagère jusqu’à revivre grâce à ce lien, grâce à cette nécessité de transmettre. C’est cet aspect qui m’avait intéressé.

Formule préférée du professeur

Tous les trois, l’aide-ménagère d’une trentaine d’année, le fils (presque adoptif) surnommé par le professeur Root (Racine) de dix ans et le vieil homme fragile et sensible d’une soixantaine d’années forment un trio atypique. Suite à un accident, ce vieil homme a une mémoire limitée au quatre-vingts dix dernières minutes. La vie de ce mathématicien s’est arrêtée depuis ce choc en 1975. Habillé de notes et de rappels sur sa veste, il vit reclus dans son labo avec ses chiffres, ses formules et ses calculs. Cette mémoire égarée et fugitive l’a contraint à vivre isolé dans sa petite bulle cependant son aide-ménagère, nouvellement nommée, se fait une place et pas seulement, j’ai trouvé qu’elle lui permettait une ouverture au monde. Peu à peu le mathématicien sort de son isolement et de son silence. Avec douceur, patience, tendresse et gentillesse, elle gagne sa confiance. Le professeur invite alors son fils et très vite une relation filiale s’établit. Il partagent la passion du base-ball et le professeur transmet son amour des théorèmes, des chiffres, des formules qui, pour lui, décrivent le monde. La mère et le fils se mettront à appréhender les mathématiques afin de tenter de découvrir la formule préférée du professeur.

« Je plaçai le 10 à l’écart, alignai les chiffres de 1 à 9, entourai le 5. Le 5 était sans doute au centre. Il y avait quatre chiffres avant et quatre chiffres après.

A ce moment-là je fis pour la première fois de ma vie l’expérience d’un instant miraculeux. Dans un désert cruellement piétiné, une rafale de vent venait de faire apparaître devant mes yeux un chemin qui allait tout droit. Au bout du chemin brillait une lumière qui me guidait. Un lumière qui me donnait envie de suivre le chemin pour m’y plonger toute entière. Je compris alors que je recevais une bénédiction qui avait pour nom étincelle. » (p. 77)

Formule préférée... Cabourg

Plein de chiffres, de formules et de calculs mais tout cela évoque des sentiments, ses souvenirs, ils sont ramenés à des émotions et finalement ces mathématiques servent à créer un lien affectif entre ces trois êtres unis par un amour singulier.

« Il [le professeur] avait beau le féliciter et le féliciter encore, cela ne suffisait pas. Il voulait absolument faire comprendre au garçon maigrichon à tête plate se trouvant devant lui à quel point la formule qu’il avait inventée était belle. » (p. 82)

« Il traitait Root comme un nombre premier. De la même manière que pour lui les nombres premiers constituaient la base sur laquelle s’appuyaient tous les nombres naturels, il pensait que les enfants étaient un élément indispensable pour nous, les adultes. Il croyait que c’était grâce aux enfants qu’il existait ici et maintenant. » (p. 176)

La formule préférée du professeur, Yogo Ogawa, Babel, janvier 2008