Thérèse et Isabelle. Violette Leduc

Quand Les classiques, c’est fantastique mettent à l’honneur les prénoms, j’ai trouvé un titre avec deux prénoms. Ce sont les prénoms de deux héroïnes et je dois dire que le texte est très osé. Cette liberté de ton, l’écriture de ce texte a débuté en 1948 mais ce récit a longtemps été censuré (il ne fut publié qu’en 1954 et en édition complète plus tard encore). Violette Leduc raconte l’amour naissant entre ces deux jeunes filles, la découverte de leur corps et de la sexualité dans un pensionnat. Les mots sont crus, les scènes sont détaillées et Violette Leduc explore et décrit toutes les sensations des premiers émois. Les nuits sont courtes, il faut se cacher des surveillantes de dortoir, des autres camarades, ne faire aucun bruit et en même temps, les journées sont infinies, quelques frôlements, un regard et cela suffit à ranimer la flamme du désir.

Je dois reconnaître que j’ai trouvé le roman parfois répétitif et donc je commençais à être lassée sur la fin, cependant j’ai trouvé l’écriture de Violette Leduc très belle, il y a des phrases très poétiques. C’est un roman très sensuel. Elle évoque très souvent les sensations tactiles comme dans cet extrait : « Le temps me caresse mais je ne sais pas ce que nous ferons la nuit prochaine. J’entends les bruits, j’entends les voix de sept heures du soir qui flattent l’horizon pensif. C’est le gant de l’infini qui m’enjoigne. » (p. 56) J’ai, depuis fort longtemps, La Bâtarde de la même autrice et ça m’a donné envie de le lire. D’ailleurs une partie de Thérèse et Violette se retrouve dans ce roman…

« Nous nous sommes mises au lit, nous avons écouté la fraîcheur des draps. Le nuit se penchait et nous veillait. » (p. 132)

Billy et les minuscules. Roald Dahl

Encore un livre jeunesse que je découvre sur le tard et quelle erreur ! J’ai beaucoup aimé. Par un certain aspect, ça m’a rappelé Le baron perché d’Italo Calvino mais de manière beaucoup plus fluide, légère et amusante. Il n’est pas question de politique mais seulement de la découverte par Billy, jeune garçon curieux, d’un peuple vivant dans les arbres, les Minuscules. Il les écoute et se lie d’amitié avec eux. J’ai adoré l’humour de Roadl Dahl, les dessins de Quentin Blake et tous les petits détails dans la narration ou les dessins, comme les bottes ventouses. C’est la mère de Billy qui lui interdit d’ouvrir la barrière au fond du jardin et d’aller dans la forêt, le profond bois mystérieux. Mais comme tout bon héros intrépide, Billy désobéit et part à l’aventure. « Il s’enfonça très, très lentement dans la grande forêt. Bientôt de tous les côtés, des arbres géants l’entourèrent et, au-dessus de lui, leurs branches formaient presque une voûte, cachant le ciel. çà et là, de petits rayons de soleil brillaient à travers le feuillage. le silence régnait. Un silence de mort au sein d’une cathédrale immense, vide et toute verte. » (p.20)

Ce court roman se lit en quelques heures et en quelques heures, j’ai rajeuni. On a envie de le suivre, de le soutenir, on le voit devenir plus fort et s’enhardir, il devient courageux et responsable. Quel plaisir de retrouver la malice de l’auteur et la magie de ses histoires, c’est vraiment un livre très agréable à lire par son rythme assez rapide et par une forme de simplicité dans l’aventure. Bref j’ai bien fait de piquer ce livre dans la chambre de mon fils 🙂

Une jeunesse au temps de la Shoah. Simone Veil

Simone Veil – Une jeunesse au temps de la Shoah – extraits d’Une vie (Le Livre de Poche)

« L’idée d’extraire de ma biographie les quelques passages qui peuvent être regardés comme d’utile pédagogie vis-à-vis de la jeunesse d’aujourd’hui m’a paru séduisante. » Simone Veil

Ce livre réunit donc les quatre premiers chapitres d’Une vie et couvre la période de la guerre, de 1927 à 1954. De l’enfance heureuse à l’horreur des camps de concentration, mais aussi ce difficile retour avec l’envie d’en parler confrontée à la volonté des autres de se taire ou ne pas vouloir entendre. C’est un texte que je lis avec mes élèves de 3e, nous irons voir aussi le film et nous aurons un aperçu plus large de la vie de Simone Veil, de sa personnalité et de ses combats multiples.

Que dire sur un tel récit ? pas grand chose, c’est glaçant, c’est atroce, c’est horrible. Survivre dans les camps, côtoyer la mort… Dans un style pudique et digne, Simone Veil raconte son parcours courageux, sa résilience, sa lutte.

« C’est le parfum envolé de l’enfance, d’autant plus douloureux à évoquer que la suite fut terrible. » Quelques pages sur la petite enfance, une famille unie et aimante, Simone grandit dans l’insouciance. Elle raconte comment ses parents s’installent à Nice dans les années 30, elle raconte sa comment ils acceptent les premières restrictions. « En un mot, ce que nous ignorions, au sein de cette famille heureuse où l’on venait de fêter mes onze ans, puis mes douze ans, c’est que le paradis de l’enfance était en train de s’engloutir. »

Puis c’est l’occupation. Et puis l’arrestation. Drancy. Auschwitz. Bobrek. Bergen-Belsen. Bobrek. Simone Veil décrit longuement les marches de la mort, elle raconte comment elle fut « protégée » par une kapo qui la trouvait jolie, elle raconte la mort de sa mère et puis la libération.

C’est très dur de parler de ce récit, il est un témoignage court et poignant, c’est une lecture nécessaire, il est impossible de ne pas se souvenir et le lire fait partie de notre devoir de mémoire, ne pas oublier ce que la haine peut engendrer.

« Là-bas, dans les plaines allemandes et polonaises, s’étendent désormais des espaces dénudés sur lesquels règne le silence ; c’est le poids effrayant du vide que l’oubli n’a pas le droit de combler, et que la mémoire des vivants habitera toujours. »

En complément de cette lecture, je vous conseille les deux romans graphiques Simone Veil ou la force d’une femme d’Annick Cojean, de Xavier Bétaucourt et d’Etienne Obourie et Simone Veil, L’immortelle de Bresson et Hervé Duphot.

La fin d’une ère. Elisabeth Jane Howard

La fin d’une ère – Elisabeth Jane Howard (édition La Table Ronde)

Cinquième et dernier tome de la saga des Cazalet. Un petit pincement au coeur en l’ouvrant, une petite larme en le terminant. C’est toujours agréable et confortable de se plonger dans la suite d’une série, les personnages sont connus, je sais que je vais aimer les atmosphères… c’est comme se retrouver dans un lieu et avec des amis qu’on apprécie.

Home Place, j’ai l’impression de connaître cette maison de famille, comme si c’était un peu la mienne. J’ai vite retrouver chaque membre de la famille. Ce tome est moins optimiste que les précédents mais j’ai adoré. On sent les années qui sont passées sur chaque membre, le Brig et la Duche sont décédés. Les enfants sont devenus des adultes et souvent des parents, les problèmes s’accumulent. Il faut affronter la vieillesse, les difficultés financières, songer aux héritages, prendre en charge les fins de vie des domestiques, réfléchir à ses choix de vie… Home Place ne sera plus jamais comme avant… C’est la fin de la grande époque, liée aux bouleversements économiques de la l’après-guerre. La métaphore hivernale est tissée jusqu’au bout de la saga. Ce tome s’achève à Noël 1958, sous la neige. Et les multiples petits chapitres ont retracé les dernières années, de 1956 à 1958. Dans ce tome, il ne se passe pas grand chose. On passe d’un membre à un autre de la famille, Chaque membre de la famille fait face (plus ou moins) à ses responsabilités et tente de s’adapter aux changements à venir. Edward et son épouse Diana, avec ses problèmes financiers et l’intransigeance de sa femme. Le pauvre, il m’a fait de la peine d’être tant asservi par son épouse. Rupert et Zoë, finalement assez peu présent. Rachel, la courageuse Rachel, si dévouée, si attentionnée ❤ Elle est valeureuse et reprend la place de la Duche pour réunir la famille. On retrouve dans ce tome Clary, Louise, les cousins Simon, Teddy, Neville mais aussi Roland, le dernier fils de Villy. Villy que j’avais tant aimée. Chaque petit chapitre tourne autour d’une famille. Ils parlent beaucoup, se croisent, boivent un verre (qu’est-ce qu’ils boivent d’ailleurs) et mangent. Beaucoup de scènes se déroulent lors de dîner, de déjeuner ou autres collations. C’est un peu le bémol que je donnerais à ce roman, beaucoup de considérations domestiques ou de lignes sur le fait qu’ils se préparent un thé ou un sandwich. Peut-être que l’arrière-plan historique (ou l’ancrage historique) manque un peu dans ce dernier volet pour se concentrer uniquement sur les actions des personnages.

Dans ce tome, même si les femmes et notamment Rachel sont au centre de la narration, j’ai une tendresse particulièrement pour Hugh. Je pense que ce fut mon personnage masculin préféré. Sa tendresse, sa simplicité en font un personnage que j’aime beaucoup, je le sens sincère et courageux. Avec Jemina ils forment un couple heureux et équilibré, chacun prend soin de l’autre avec beaucoup d’humanité et d’affection. L’autre couple que j’ai trouvé touchant c’est Polly et Archie.

Et même si ce tome est écrit par Elisabeth Jane Howard dix-huit ans après les quatre premiers, je trouve qu’il vient parfaitement clôturer cette saga, on y retrouve tout ce que j’ai aimé depuis la première ligne (ai-je le droit de dire que j’aurais aimé une suite tant la fin plonge le lecteur dans la mélancolie ?).

Quelques rappels sur les autres tomes : Etés anglais que j’avais découvert l’été dernier, le deuxième tome A rude épreuve qui m’avait enthousiasmée, le troisième tome lu il y a tout juste un an Confusion et enfin le quatrième tome que j’avais achevé au printemps Nouveau départ..

La recherche… Marcel Proust

Marcel Proust – A la recherche du temps perdu (Folio édition / Delcourt / Livre de Poche)

Marcel Proust fait partie de ma vie, je crois que c’est un des premiers auteurs « classiques » dont j’ai entendu parler. Faut dire, depuis ma plus tendre enfance je passais mes vacances à Cabourg, nous mangions des glaces sur la promenade Marcel Proust, on passait devant le Grand Hôtel avec nos seaux et nos pelles de plages, ma mère m’emmenait voir des expositions temporaires sur Proust… je ne savais pas trop de qui il s’agissait mais c’était un nom dont on parlait souvent… A la recherche du temps perdu en Pléiade était dans la bibliothèque du salon (elle y est toujours d’ailleurs). Je savais vaguement qu’il avait raconté son enfance, parlé d’une madeleine, et passé ses étés à Cabourg renommé Balbec. Hasard absolu, pour rentrer de Cabourg et finir l’été à la campagne chez mes grands-parents, on passait par Illiers, et là ma mère ressortait la petite phrase « tiens, Combray… l’autre ville de Proust ».

Et pourtant j’ai attendu la fac et l’obligation de lire Un amour de Swann pour découvrir la plume de Marcel Proust.J’ai le souvenir d’une oeuvre difficile à lire, mais une fois qu’on a commencé à l’étudier j’ai adoré ! Quelques années plus tard, j’ai trouvé La Recherche chez un bouquiniste et j’ai lu en un an ou deux toute l’oeuvre. A la fois magistrale, difficile, parfois ennuyant voire interminable, mais sublime dans l’écriture dès qu’on s’y attarde un peu.

Cette fois-ci je n’ai pas osé ouvrir l’oeuvre, il faut avoir un esprit disponible, alors j’ai repris mes bandes dessinées. J’ai retrouvé avec délice la plume de Marcel Proust, cette phrase qui se délite de manière démesurée, cette exigence que cette écriture impose. Mais aussi, beaucoup d’humour, je trouve qu’on sourit beaucoup en lisant Proust. Et comme dans le roman, parfois on s’y perd, l’esprit doit rester concentré. J’aime particulièrement la première partie, l’enfance, la rencontre avec Swann, les amours tourmentées et les premiers émois du jeune Marcel. Les dessins de Stéphane Heuet m’ont permis de me plonger dans cette atmosphère du début du XXI siècle.

C’était mon choix pour le challenge Les Classiques, c’est fantastique organisé par Moka et Fanny . Hâte de voir ce que les autres participantes ont choisi, Hugo ou Marcel ?

Monet – Nomade de la lumière. Efa et Rubio

Monet, nomade de la lumière – Salva Rubio & Efa (Le Lombard)

Voilà plusieurs années que j’avais envie de découvrir ce titre et il est enfin entre mes mains. Après Les coquelicots de Claude Monet. de Nathalie Bernard, je ne pouvais que lire ce texte. J’ai beaucoup aimé lire ce roman graphique, me plonger au coeur de la vie de Monet et découvrir ce peintre, celui qui a oeuvré pour la nouvelle peinture. Ce fut un chemin semé d’embûches pour faire apprécier le mouvement impressionniste dont il fut le chef de fil.

Monet ne voulait pas représenter la réalité, il refusait la peinture académique, la peinture en atelier. Il savait très bien ce qu’il ne voulait pas peintre. Son style de peinture, il a mis du temps à le trouver et à le comprendre. Lointain il fut refusé lors des Salons de peinture, il a alors créer avec ses amis le Salon des Refusés. Ce que Monet voulait être dehors, il voulait peindre une lumière, une sensation, une impression « Le motif est quelque chose de secondaire, ce que je veux reproduire, c’est ce qu’il y a entre le motif et moi« .

Dans ce roman graphique, la vie de Monet est retracée, de son enfance à son avénement. Sa vie fut dure, les dettes, la vie de bohème, il a eu du mal à vivre de son art. Son cercle d’amis fut un soutien, Eugène Boudin, celui qui l’inspire, son grand ami Bazille, ou encore Renoir, Manet… J’ai apprécié que certaines planches soient inspirées directement des tableaux de Monet. Ou bien on le voit en train de peindre un de ses tableaux, Monet est ainsi placé dans les paysages qu’il peint. C’est un des aspects de ce roman graphique que j’ai beaucoup apprécié.

Les coquelicots de Claude Monet. Nathalie Bernard

Les coquelicots de Claude Monet – Nathalie Bernard (Editions Thierry Magnier)

Tout petit récit, tout petit livre ! Il est tout mignon ce livre avec ce micro-format et sa jolie couverture. Il se lit en une heure à peine mais il offre un très joli moment de lecture.

Les coquelicots, c’est ce tableau de Claude Monet, celui qui représente une femme à l’ombrelle et son enfant dans un champ vallonné de coquelicots… mais c’est surtout le tableau (enfin la reproduction) qui est en face du lit de Dylan. Dylan l’a reconnu tout de suite car il l’avait étudié en classe de 5e. Cette reproduction est face à son lit, sur le mur blanc de sa chambre d’hôpital. Dylan aime ce tableau, il le regarde, il l’observe, il imagine ce que vivent les personnages, à quoi ils pensent, ce qu’ils se disent. Ce tableau lui permet de s’évader, d’oublier sa chambre, d’oublier la tristesse de sa mère qui lui rend visite quotidiennement, d’oublier sa fatigue et sa douleur, d’oublier sa maladie grave… Il n’y a que quand son copain Gautier lui rend visite qu’il se sent un peu plus libre de tout dire. Et justement il peut dire à son copain Gautier qu’il aimerait en savoir plus sur ce tableau, savoir où est le champ de coquelicot et oser dire qu’il aimerait s’y évader. De l’évasion par la pensée à l’évasion réelle, il n’y (presque) qu’un pas.

Vous l’avez compris, ce petit roman parle des bienfaits de l’art. L’art permet de rêver, se s’évader, de nous soutenir, d’espérer et de trouver du réconfort. Ce tout petit roman optimiste apporte tout cela à la fois !

Le Jardin de Rose. Hervé Duphot

Petite bande dessinée légère du week-end, légère et parfaite ! autant dans les graphismes que dans l’histoire.

Le jardin de Rose – Hervé Duphot (Delcourt/Mirages)

Françoise, la cinquantaine, habite en ville, dans un petit appartement de banlieue, le bruit, l’agitation, un mari plutôt désagréable à la limite du macho… et puis un jour elle perd son travail… mais à son âge le travail, il n’y en a pas beaucoup. Alors elle s’occupe de son amie Rose qui a la jambe dans le plâtre. Elle sort son chat en bas des immeubles, elle lui achète ses médicaments ou lui fait quelques courses. la grisaille l’agace. Un jour, Rose reçoit une lettre : elle a droit au jardin partagé dont elle avait la demande des années plus tôt avec son mari. Mais Rose ne peut pas pour le moment s’occuper de la parcelle alors elle propose à Françoise de le faire. Françoise n’y connait rien mais elle voit là une occasion de s’échapper de la ville et puis un jardin, ça ne doit pas être bien compliqué.

J’ai adoré cette délicate histoire. Françoise cherche ses marques dans le jardin collectif, géré par l’association de quartier. Un peu introvertie, elle a du mal à se faire une place parmi les autres jardiniers, la cohabitation avec les voisins de parcelle n’est pas toujours évidente. Mais petit à petit, elle y découvre qu’elle est capable de faire des choses. Le bonheur la gagne petit à petit et elle place de plus en plus de temps au carré potager. Françoise donne un nouveau sens à la vie, elle apprend les méthodes de culture, la patience et la besogne que réclame ce petit carré potager. C’est l’histoire d’un épanouissement et d’une renaissance raconté et dessiné avec tendresse par Hervé Duphot. Cette femme attachante, après des années dédiée à son fils et son mari, prend le temps de penser à elle et de réfléchir à ce qu’elle souhaite réellement. Dans ce roman graphique, il y a beaucoup de douceur et d’humanité et les dessins, dans les tons du printemps, s’accordent parfaitement avec le jardin, c’est un ensemble très lumineux jusqu’au dénouement.

Bacha Posh. Charlotte Erlih

Bacha Posh – Charlotte Erlih (Gallimard – Pôle fiction)

Que j’ai aimé ce roman ! Un roman destiné à la jeunesse et qui va très vite rejoindre ma bibliothèque, et que je vais très vite faire circuler de main en main. Ce roman raconte le combat émouvant d’une Afghane qui rêve d’une vie de liberté. C’est un texte qui bouscule.

Farrukh est une fille, une Bach Posh, c’est une fille élevée comme des fils dans les familles afghanes qui n’en ont pas. Jusqu’à la puberté, elle vit comme un garçon. Farrukh étudie donc, fait du sport, sort seule dans la rue, parle en tête à tête avec son père, lit de la littérature. Pour tout le monde, elle est un garçon (y compris sa famille, ses soeurs la traitent comme un garçon). Si elle est découvert, c’est le déshonneur pour sa famille. Farrukh est passionné d’aviron, elle est d’ailleurs le barreur d’un aviron à 8. Elle les entraîne et les encourage à participer à des sélections, son rêve est d’aller aux Jeux Olympiques, son rêve est de faire parler de l’Afghanistan pour autre chose que sa politique et ses restrictions. « Séparer les rêves et la vie, c’est renoncer à changer les choses. » (p.28) Tous les jours, Farrukh rejoint ses copains, notamment Sohrab son confident. Elle les entraîne, les conseille, les observe sans jamais dévoiler sa réelle identité. Elle voit son équipe progresser, elle y croit.

« Je vis comme un garçon, je m’habille comme un garçon, je suis coiffé comme un garçon, je vais à l’école comme un garçon, je gagne de l’argent comme un garçon, je me comporte comme un garçon, je prie comme un garçon, je fréquente les garçons… – Justement, à partir d’aujourd’hui, tout ça, ce n’est plus possible. » Du jour au lendemain, elle doit reprendre son identité de femme, c’est sa soeur Aminata qui devient Bacha Posh. « A cause de ce sang, je suis relégué au statut de mes soeurs : plus le droit d’entrer seul dans le bureau de papa. Plus le droit de réclamer un tête-à-tête avec lui. Plus le doit de parler avec lui sur un pied d’égalité. Plus le droit de soutenir son regard. » Farrukh n’accepte pas ce changement de statut et entre dans la résistance. Elle continue à vivre comme un homme. Elle est contre la tradition et la servitude des femmes. Elle s’interroge sur ce qui conditionne, pourquoi la société lui impose des lois, des devoirs différents dès lors qu’elle a ses règles ? pourquoi n’a-t-elle plus le droit de parler, seule, à son père ? pourquoi ne peut-elle plus étudier ? pourquoi ne peut-elle plus faire du sport ? Ce roman évoque un sujet sensible à travers la question de l’identité et de la servitude des femmes. Il y a beaucoup de justesse dans ce roman et le combat est louable, Farrukh ne se résigne jamais à cette tradition et la fin du roman est triste tant on s’est attaché à cette jeune femme combattive.

Ces rêves qu’on piétine. Sébastien Spitzer

Ces rêves qu’on piétine – Sébastien Spitzer (Le livre de Poche)

Je vais avoir du mal à parler de ce roman car je suis assez partagée. Je viens de terminer et je trouve que c’est sublime, je suis encore toute tremblante face à ces dernières pages tellement bouleversantes. Mais je me souviens aussi qu’en début de roman, j’ai eu du mal à entrer dans le récit, à saisir qui étaient les différents protagonistes et quels liens existaient entre eux, qui écrivaient les lettres qui constituaient certains chapitres, qu’est-ce que c’est que ce cahier qui passe de main en main… c’est venu petit à petit. Très progressivement, quelques éléments historiques sont donnés et j’ai compris les histoires parallèles, celle de Judah, celle de Magda, celle d’Ava, celle de Lee… et puis j’ai compris l’idée de transmission d’une histoire, le devoir de mémoire instauré dès les camps. Mais la construction du roman m’a déroutée et pourtant, je crois, que c’est aussi ce qui en fait son charme et sa puissance.

« Il a été arraché comme une mauvaise herbe, un nuisible, une pousse adventice dont il fallait se débarrasser sous peine de tout gâter. » (p.20)

Sébastien Spitzer s’intéresse aux grandes marches, celle des survivants des camps. Mais il s’intéresse aussi et surtout à Magda Goebbels dans les dernières heures du régime nazi, à Berlin, alors assiégé. C’est la femme la plus puissante du IIIe Reich, elle est terré dans un bunker. Magda est glaçante, froide, méprisante tout l’inverse des autres personnages féminins, la petite Ava, si touchante, si silencieuse. Elle est finalement le point d’ancrage du récit mais aussi la représentante de tous les enfants des camps.

Il y a des scènes presque insupportables à lire, il en est ainsi de la scène dans la grande de Gardelegen. Les dernières scènes avec Magda sont atroces, comment faire ça ? C’est glaçant. C’est un roman saisissant et qui m’a permis de découvrir cette femme qui rêvait d’être quelqu’un.

« Je sais que je vais mourir. Non pas à cause de cette lettre, ni de celles que j’ai recopiées, ni des fautes d’orthographe que j’ai laissées dans la correspondance de ce cochon d’officier allemand, ni pour la tache d’encre que j’ai faite ce matin sur mon pupitre, ni pour tout ce que je pourrai faire, non. Je vais mourir parce que je suis un homme né d’un homme et d’une femme qui priaient un autre Dieu que le leur, d’une mère qui pétrissait le pain autrement qu’eux. Je vais mourir. Et beaucoup d’autres mourront comme moi. Vous avez laissé faire.«