Mars 2020

« ah j’aime, classique » / gros dimanche à travailler / avancer le jardin / entendre les jolies choses sur mon petit / leur choix d’histoires du soir qui me ravit / fuite et mauvaise surprise / mes classes si compliquées cette année / lancer une nouvelle séquence / « madames, les phrases on les écrit avec des mots ? » parfois ils me laissent sans voix… / deuxième mauvaise surprise / « quand je m’ai levé » ❤ ces fautes que je n’ai pas envie de corriger / confinement décidé / fermer le portail / sentir qu’il se passe des choses atroces mais se sentir dans une bulle / planifier nos journées pour garder le rythme / entamer un pavé / ce printemps qui pointe / la comptine de mamie et papé chaque matin / l’école à la maison, la récré au jardin / maîtresse mumu ❤ /  les protéger / télétravail et OZE92… l’impossible équation / et gérer les élèves à distance / la première fois qu’il joue aux 7 familles « pas bonne pioche » / prendre le temps, tenir le rythme / faire du pain / épuisement de fin de semaine / mon pizzaïolo maison / yoga, lire au lire, s’occuper du jardin / osciller entre moments tops et moments d’épuisement / celui qui pointait sa tête le temps du midi / les poèmes glaçants de mes 3e / « cette nuit, j’ai dormi toute la nuit les yeux fermés » ❤ / une histoire de fraise qui m’a fortement agacée / premier barbecue / celui qui comptait les jours avant son anniversaire / s’habiller chic / nœud papillon, escarpin, chemise / un air de fête dans notre maison / celui si heureux de son anniversaire / sa joie, son étonnement, ses sourires, son insouciance… il a eu 7 ans / ce dimanche hors du temps / l’école du lundi / peu à peu maîtriser le programme de CP en maths / progresser en pâte à modeler / et ne pas prendre assez de temps pour répondre à mes 120 élèves (il faudrait décompter ceux qui ne m’écrivent pas…) / savoir que cette continuité pédagogique est imparfaite et s’inquiéter de la disparité sociale créée / finir par une migraine… et mon grand qui écrivait une lettre d’adieu à sa maman ❤ ❤ ❤

Jour 12 – mon métier, mon amour

8F86BA08-D329-4551-9521-4BDAB9D5883ADouze jours que je n’ai pas passé mon portail… douze jours que je n’ai pas vu le monde extérieur… difficile à croire. Aujourd’hui je me sens fatiguée… fatiguée de mener de front l’école des enfants, mes élèves et la vie de la maison.

Le rythme est dense, voire très dense. Se lever tôt, profiter de ces heures matinales (quand les enfants dorment encore) pour préparer mes cours, répondre aux très nombreux mails de mes élèves et de leurs parents… voir qu’ils commencent à déprimer, que certains ont besoin d’un réconfort, que d’autres sont dans le doute… lire leurs textes, avoir la boule au ventre… et prendre le temps de répondre à chacun d’eux, trouver les mots justes, adapter au mieux pour chacun (et savoir que ce sera nécessairement imparfaits). Et s’inquiéter de l’écart qu’on creuse entre ceux qui ont de la « chance » et ceux qui étaient déjà très fragiles et qu’on fragilise encore plus… avoir conscience qu’on creuse les inégalités sociales… voilà la triste réalité… et puis entendre qu’on ne travaille pas parce qu’on n’est pas dans nos classes… écœurée, découragée, désespérée… parce que dans le questionnaire qu’on a dû remplir il y a quelques jours, notre ministère demandait ce qui était le plus dur : non ce ne sont pas les élèves, non ce n’est pas la gestion de la classe, c’est l’absence de reconnaissance hiérarchique et salariale, l’absence de connaissance de notre métier qui engendre toutes ces petites phrases méprisantes « oh bientôt les vacances »… parce qu’être enseignant ce n’est pas ça, être enseignant ce n’est pas « que » faire cours dans sa classe… c’est penser à une progression, c’est choisir des thématiques qui vont plaire, c’est créer des supports et puis c’est surtout penser que Y est plus faible donc qu’il aura besoin de revoir ce point, c’est savoir que X a besoin d’un mot gentil en entrant dans la classe, c’est savoir que Z s’ennuie rapidement et qu’il a besoin d’activités supplémentaires, c’est penser à faire un compliment à A qui est mal dans sa peau, c’est savoir sur chaque élève un petit détail qui lui permettra d’avancer et de sortir de cours avec quelque chose « en plus », savoir qu’ils auront tous une petite graine différente en sortant de mon cours… donc non je ne ramasse pas, je sème. C’est ça enseigner ! Ce n’est pas seulement « être » dans une classe ! c’est trouver une manière collective d’apporter individuellement un savoir, une compétence, une connaissance, c’est permettre à chacun de se construire, de grandir, de pousser !

❤ ❤ ❤ à mes élèves qui me manquent, à mon métier que j’adore plus que tout

Fugitive parce que reine. Violaine Huisman

Fugitive parce que reineJe ne sais pas pourquoi j’ai choisi ce roman, sûrement parce que je l’ai beaucoup vu sur les réseaux sociaux, certainement parce que je trouve le titre splendide et énigmatique. Les premières sont décevantes… j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire, à en saisir le sens, la fameuse intention de l’auteure me venait pas à moi. Et puis au fil des pages, petit à petit je me suis laissée embarquer, tout doucement et presque sans que je m’en rende compte pour finir par avoir une gorge serrée d’émotions à la dernière ligne.

Violaine Huisman raconte son enfance mais surtout dresse le portrait de sa mère, une mère maniaco-dépressive, une mère plein de fêlures et de défaillance cependant elle est une mère aimante et c’est ce que retient la narratrice. Une mère consciente de ses faiblesses, elle lit Dolto, pourtant elle ne peut s’empêcher d’être ce qu’elle est, passant des gifles, des cris, des pleurs aux bisous et aux déclarations, elle est instable et imprévisible. Ce roman autobiographique raconte cette relation mère-fille, une relation bien que compliquée et qu’imparfaite, qui m’empêche pas cette mère d’être une reine aux yeux de ses filles. J’ai aimé l’évocation de cette vie mouvementée, chaotique et surtout les réflexions autour de la question des classes sociales. J’ai trouvé que cela revenait très souvent. Violaine Huisman tente aussi de raconter la vie de sa mère, l’enfance meurtrie  de sa mère, elle-même auprès d’une mère cruelle et indifférente, son internement en hôpital psychiatrique où elle ne reçoit aucune visite, même pas celle de sa mère : comment se construire alors comme adulte ? Catherine s’accrochera aux hommes avec ce besoin constant et vital d’être aimée. Dans ce parcours heurté et chaotique, l’amour est omniprésent. J’ai trouvé que les dernières pages montraient parfaitement ce lien fusionnel entre cette mère et ses deux filles. Ces dernières pages sont très touchantes et très belles, une déclaration pour cette mère qui a essayé de faire du mieux qu’elle pouvait.

« Quand elle se retrouvait à table avec ces personnalités de l’intelligentsia parisienne, elle répétait les noms qu’elle avait entendu papa prononcer sans discrimination de grandeur ou de célérité. » (p.106)

« Fugitive comme un astre derrière un nuage, elle reparaît moins vite, éteinte mais pas tout à fait perdue. Ce n’est pas son heure. Il faut encore lutter. » (p.142)

Confinement jour 1

Hier régnait une atmosphère bizarre, cela sentait le barbecue mais pas un bruit dans les jardins, on n’entendait pas le cliquetis des couverts, les enfants dans les jardins, les rires des adultes… nous avons passé l’après-midi à jardiner dans un silence pesant… en fermant mon portail, je me suis presque demandée quant je le rouvrirai. Atmosphère étrange. Ce huis-clos imposé me fait penser au Poids de la neige ou encore aux Enfants de Noé que je viens de relire avec mes 6e.

On a vécu notre week-end renfermé sur nous-mêmes, comme un week-end « ordinaire ». On a expliqué aux enfants que l’école serait à la maison maintenant. Hier j’ai trié notre matériel d’activités manuelles, j’ai fureté sur différents blogs pour trouver des activités, j’ai aménagé un petit coin « école ». J’avais fait le plein à la médiathèque, j’ai quelques livres pour mon grand (son anniversaire est dans deux semaines, si besoin je les sortirai d’avance). J’ai une PAL bien remplie pour moi, des albums photos à faire. On a instauré un planning avec les heures de travail de chacun, moi pour mes élèves, moi pour mes enfants.

Première journée donc… la maîtresse de mon fils (CP) avait envoyé un document. Il était content de retrouver ses petites habitudes, ses rituels (son jogging d’écriture notamment). La maîtresse de mon petit (PS), aussi directrice, n’a pas eu le temps d’envoyer quelques choses mais j’ai pu lui proposer une activité que j’avais repérée il y a quelques temps chez @mes_tresses_charlotte. Et pour l’après-midi, les lettres de son prénom en pâte à modeler, succès garanti ! et puis bien sûr recréation dans le jardin,  jeux de société et lecture d’albums.

Globalement ce fut une belle journée. Je suis contente de les avoir avec moi, de pouvoir leur proposer des activités, d’imaginer des activités et de pouvoir faire tout ce que j’avais noté depuis des mois sans en avoir le temps. Plutôt que de sombrer dans la morosité, je vais essayer de les tenir bien éloignés de toute information et de toute inquiétude, les préserver un maximum en leur offrant du temps en famille : du temps pour être avec eux, pour profiter, pour suivre nos envies en matière de jeux, de création… bien sûr, il va manquer les sorties, pouvoir se défouler, heureusement on a un jardin mais ça ne vaut pas du VTT en forêt, de la piscine, il va manquer la famille et les amis. On se rattrapera. En attendant on se recentre sur l’essentiel, on reste ensemble, unis, souriant et on lit, on joue, on dessine, on peint et on s’aime ❤ ❤ ❤

 

 

Une poignée d’étoiles. Rafik Schami

Une poignée d'étoilesSur les conseils d’une collègue et en cherchant un livre abordant le thème du journalisme, j’ai lu Une poignée d’étoiles de Rafik Schami. Ce roman est en fait un journal intime, celui d’un jeune syrien, fils d’un boulanger de Damas qui raconte la vie de son quartier et dresse le portrait de son oncle Salim, de sa mère, de son amoureuse Nadia, de son copain Mahmud.

Le narrateur a une ambition : devenir journaliste. C’est sans compter sur son père qui le fait arrêter l’école pour l’aider à la boulangerie. Lors d’une des livraisons de pain, il rencontre un vieil homme, Habib, journaliste, opposant au régime avec qui il se lie d’amitié. C’est alors que cet adolescent syrien, épris de justice, est convaincu de la nécessité d’informer. Il rêve de liberté d’expression. Avec Habib, il comprend ce que le pouvoir cache, ce que les journalistes ne peuvent évoquer, il lui faut donc s’engager, trouver un moyen de lutter contre les injustices sociales et humaines mais aussi dénoncer le régime répressif.

Au début, j’ai trouvé ça un peu lent… et puis petit à petit le récit prend de l’envergure; on suit les idées du jeune adolescent et ses aventures journalistiques, Ce roman est sûrement en partie autobiographique : l’auteur, qui écrit en allemand, est né à Damas au milieu des années 1940. Il a donc mêlé à son récit des petits faits et des réflexions sur le rôle des journalistes et la manière et la nécessité d’exercer son métier dans un pays répressif. C’est donc un roman intéressant, sensible et instructif, à placer entre les mains de vos adolescents ou entre les vôtres.

 » Oh, un journaliste, a soupiré oncle Salim, c’est quelqu’un de futé et de courageux. Avec une feuille de papier et un crayon, il peut faire trembler un gouvernement entier, y compris la police et l’armée.
– Avec du papier et un crayon ?»
Je n’en revenais pas : papier et crayon, tous les élèves en ont à l’école, et ça n’impressionne même pas le portier.
«Oui, il fait trembler le gouvernement, car il est toujours à la recherche de la vérité, alors que tous les gouvernements s’efforcent de la cacher. Le journaliste est un homme libre, comme un cocher, et vit comme ce dernier en perpétuel danger. »

Edmond. Léonard Chemineau

EdmondPremière fois que je chronique une bande dessinée ici (je crois). Je ne suis pas amatrice, ni connaisseuse du genre mais j’y prends de plus en plus plaisir (j’en ai d’ailleurs commandée une aujourd’hui dont j’espère pouvoir vous parler bientôt).

J’adore la pièce d’Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac. une de mes plus belles découvertes théâtrales (j’y repense toujours avec émotion), une pièce que je relis chaque année pour l’étudier avec mes 4e, une pièce dans laquelle j’admire le panache et la verve de Cyrano mais également le personnage de Roxane qui sous le couvert d’une femme futile et superficielle se montre courageuse et forte lorsqu’elle doit rejoindre Christian sur le front. Revenons à cette bande dessinée adaptée de la pièce d’Alexis Michalik (que je n’ai pas vue… honte à moi) : alors que l’échec de sa dernière pièce « La princesse lointaine » l’accable, Edmond Rostand ne sait plus quoi écrire. Pourtant il doit écrire. C’est alors que l’acteur Coquelin, très connu à l’époque,  lui demande de lui écrire une pièce en trois semaines. Cette bande dessinée raconte donc l’élaboration, l’écriture de cette pièce de théâtre : écrite, montée et répétée en moins d’un mois en décembre 1897. Rostand s’inspire de tout ce qui l’entoure et notamment de la vie de son meilleure ami, Volny, qui vient de tomber amoureux d’une jeune et jolie costumière, bel homme mais ayant peu d’éloquence. Volny demande à Rostand d’écrire à sa place. De fil en aiguille, Rostand s’inspire des aléas de ses proches, des conversations qu’il entend pour écrire, imaginer sa pièce.

J’ai adoré les dessins représentant le Paris du début du XXe siècle (une de mes périodes historiques préférées). Edmond, avec sa bouille ronde, ressemble à un enfant construisant une histoire. On a le sentiment d’urgence, de foisonnement, de perpétuel mouvement il court sans cesse, on a le sentiment qu’il est dans l’improvisation totale. Je ne connais pas le contexte d’écriture de la pièce, j’ai cependant été étonnée de ne voir aucune référence aux Etats et empires de la Lune du vrai Rostand. J’ai trouvé la mise en avant de la complicité avec sa femme très touchante. Enfin j’ai trouvé très agréable de relire Rostand puisque les vers de la pièce sont très souvent cités. En revanche, j’ai été très déçue de Roxane, que j’ai trouvé laide et qui apparaît (ou était réellement) une capricieuse insupportable. Cette pièce fut un succès considérable et reste l’une des pièces les plus jouées dans le monde et pour finir un petit aperçu des planches :

Comme des frères – Claudine Desmarteau

Comme des frèresJe viens de lire la dernière ligne… j’ai dévoré ce roman en deux jours et je crois que j’aurais pu le lire en une journée si je n’avais pas dû travailler… j’ai été comme happée par cette histoire et par cette écriture rude, sèche, crue et tendre.

Comme des frères c’est l’histoire d’un groupe de collégiens, un groupe de garçons qui se connaissent depuis toujours, le narrateur, Kevin, Ryan, Idriss, Thomas, Lucas et Saïd… un groupe de garçons donc avec toutes les questions et les préoccupations qu’ils se posent. Evidemment ça parle beaucoup de sexe, ça se questionne plutôt à se sujet… mais ce roman raconte aussi la cruauté des adolescents lorsque Quentin, surnommé « Queue-de-Rat » arrive dans leur collège. Les taquineries deviennent harcèlement, violence, Quentin est le bouc émissaire. Le groupe de copains se met en valeur en rabaissant ce nouvel arrivant. Pendant toute la lecture, j’ai senti sent la tension dramatique monter, le danger arriver, l’issue fatale. Le narrateur, Raphaël, raconte cette année de 3e quelques années après, on comprend donc rapidement qu’un drame s’est produit. La puissance dramatique est haletante, j’ai imaginé plein de choses (sauf ce qui arrive, même si je n’étais pas trop loin). Le roman se concentre autour de leur vie, leur soirée à fumer des joints et à faire des barbecues (cette liberté est un des points qui m’a un peu gênée, comment en 3e peuvent-ils « emprunter » la voiture des parents le soir sans que personne ne s’en rende compte ?), les petits vols, les rivalités amoureux, les défis… ils s’ennuient, traînent, s’amusent et s’entraînent sans mesurer les prises de risque… Ce qui m’a marquée dans ce roman, c’est l’absence d’adulte… ils sont présents de loin, évoqués plus que présents… des parents absents… aucun grand frère… des professeurs malmenés voire débordés, le monde des adultes semble bien insignifiant et incompétent. En revanche, le monde de l’adolescence masculine est violente, crue, terrible et dangereuse, c’est une bande qui bascule vers le drame sans en prendre conscience. Petit bémol (très léger) : pour moi cette histoire se déroulait dans les années 2000 voire avant, or ils ont des portables, ils ont accès à YouTube, bref le roman se déroule de nos jours et du coup les petits rappels à notre époque m’ont gênée… côtoyant au quotidien des adolescents du même âge que les personnages principaux, j’ai le sentiment qu’ils sont moins libres que dans le roman, qu’ils s’occupent différemment, qu’ils peuvent moins facilement se procurer alcool et joint, qu’ils ne peuvent pas « conduire » pour aller passer des soirées dans un cabanon de jardin… peut-être est-ce mon regard sur des adolescents de ville ou de cité (les discussions, défis et relations entre ado en revanche sont bien les mêmes que celles que j’entends dans les couloirs !! et ça c’est très réaliste).

Comme des frères, c’est donc un roman parfois vulgaire (les conversations autour des filles sont bien crues, bien représentatives d’un certains discours adolescents) mais aussi tendre, je pense à Raphaël qui découvre ce que c’est qu’être amoureux… sans l’assumer, sans développer son côté sensible (le regard des copains est quand même omniprésent)… j’ai aimé ce roman, j’ai aimé cette puissance dramatique, j’ai aimé ce dénouement, j’ai aimé cette réflexion sur la culpabilité qu’on porte en nous… Lisez-le, il sort demain en librairie ! Merci aux Editions Iconoclaste pour l’envoi