Le Manoir. Evelyne Brisou-Pellen

Le Manoir – 1. Liam et la Carte d’éternité –Evelune Brisou-Pellen (Bayard)

Le Manoir, ce n’est pas du tout ce que je lis habituellement mais voilà, travaillant avec des adolescents il me faut tout de même être au courant de ce qu’ils lisent. Et me voilà agréablement surprise (une fois de plus avec la littérature jeunesse). Le Manoir, c’est un roman mais c’est surtout une série dévorée par les adolescents, je n’ai lu que le premier tome « Liam et la carte d’étérnité ». C’est le roman qu’il va falloir lire cet hiver ou à l’automne, avec un plaid, du thé et une tempête dehors. C’est un roman fantastique moderne qui mêle humour et aventures. Comme son titre l’indique, l’intrigue se déroule dans un manoir isolé et bien sombre. Le héros, Liam est un jeune garçon malade du cancer, il arrive dans cet étrange manoir qu’il considère comme une maison de repos. Traitements et médicaments sont oubliés en revanche ils croisent d’étranges pensionnaires . Très vite il s’interroge sur ce lieu, pas d’électricité, aucune possibilité de contacter ses parents… et puis les pensionnaires sont quand même tous très bizarre, la maison de repos serait-elle finalement un asile psychiatrique ? Il décide relativement vite de mener une enquête, c’est alors qu’arrive Cléa, une jeune fille de son âge avec qui il va se lier d’amitié et qu’il essaie d’aider.

Ce roman aborde différents sujets comme la maladie ou la mort mais sans aucun effet angoissant, l’écriture est agréable et teintée de beaucoup d’humour. Je l’ai lu en quelques jours à peine, ça manque peut-être de densité pour un adulte (on comprend assez vite les raisons de la présence de Liam dans ce manoir) mais c’est un moment de lecture sympathique, une lecture que je vous recommande donc mais que je recommande surtout pour vos adolescents (idéal en 4e quand on aborde le genre fantastique par exemple).

L’homme qui plantait des arbres. Jean Gionio

L’homme qui plantait des arbres – Jean Giono (Folio+)

C’est un tout petit roman, une nouvelle pour être exacte mais que c’est beau, que la langue est belle ! C’est un récit qui a une dimension poétique forte. Cette histoire se déroule dans les Alpes provençales au début du siècle. L’atmosphère est douce et chaude, on est immergé dans ce terroir grâce à l’esthétique réaliste présente dans ce roman, mais il y a aussi des ressemblances avec le genre de la fable. Le narrateur rencontre un berger, Elzéard Bouffier, qui sème des glands par centaine. Cet idéaliste, solitaire, explique qu’il souhaite redonner vie à la forêt de chênes, de hêtres et d’érables qui existaient avant cette lande désertique. Donc il passe sa vie à semer, année après année (le récit se déroule jusque dans les années 50); les arbres poussent mais Elzéard Bouffier va de plus en plus loin pour étendre sa forêt. Le narrateur ne peut que constater le retour de la biodiversité, la rivière de plus en plus vive chaque année (elle qui était à sec dans la lande), les populations qui reviennent… Ce texte est donc une ode à la nature et à la création. La vie revient peu à peu dans cette contrée grâce à la patience et l’amour de la terre de cet homme qui lui consacre sa vie. Une très belle leçon !

Ce roman est une commande du magazine américain Thé Reader’s Digest qui en 1953 demande à Giono d’écrire pour la rubrique « Le personnage le plus extraordinaire que j’aie jamais rencontré « . Il faut savoir que le magazine critiqua Gionio d’imposture face à ce personnage tout droit sorti de son imagination. Mais pour Gionio l’important, c’est ici la dimension de légende, le récit aborde des questions essentielles notamment la question du progrès, est-il un danger pour la nature ou pas mais aussi la question de l’intervention humaine, la nature a-t-elle besoin de cette protection humaine pour vivre ou survivre ? Des questions assez novatrices en 1953.

« Je suis pris d’un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette oeuvre digne de Dieu. »

Les trois mousquetaires. Alexandre Dumas

Les Trois mousquetaires – Alexandre Dumas (Edition Ecole des loisirs / Edition Le livre de poche)

Un grand classique que ce roman de cape et d’épée mais cette relecture (relecture de la version abrégée, d’ailleurs très intéressante ! aucun résumé intermédiaire, les extraits sont parfaitement sélectionnés et ce sont les mots d’Alexandre Dumas, il n’y a pas de simplification comme c’est le cas parfois dans les éditions destinées à la jeunesse) donc revenons à ma relecture de ce grand classique, ce qu’on a les scènes de bataille en tête, qu’on entend presque le cliquetis des épées mais en réalité c’est un roman qui parle beaucoup d’amitié, de solidarité, de fraternité. Je ne me rappelais pas autant de cet aspect. Les trois mousquetaires c’est également un formidable roman historique, nous sommes en 1625, près d’Orléans, sous le règne de Louis XIII, roi sous l’influence de Richelieu mais fort heureusement pour lui ses valeureux mousquetaires défendent corps et âme leur roi et mettent à son service leur jeunesse, leur bravoure et leur audace. Je ne reviens pas longuement sur l’histoire, d’Artagnan s’éprend de l’angélique Constance Bonacieux (bon D’artagnan est un sacré coureur de jupon quand même), la lingère de la reine. Afin de sauver l’honneur de la reine, Anne d’Autriche (la fameuse affaire des ferrets), les mousquetaires vont s’opposer au cardinal de Richelieu mais aussi à la mystérieuse et envoûtante Milady de Winter, redoutable espionne du cardinal. L’intrigue politique est donc prédominante et on peut dire qu’il y a des rebondissements et des aventures dans ce roman. D’Artagnan est infatigable, allant à Londres, voir le duc de Buckingham, amant de la reine à qui elle aurait remis les ferrets. J’ai d’ailleurs adoré la scène du bal, les ferrets de retour comme par magie, un vrai tour de passe à passe, quel délice que cette scène, la tête du cardinal !!

La langue de Dumas est belle, du vocabulaire désuet qui participe à créer une atmosphère dans laquelle je me suis bien sentie. On ne s’ennuie pas. D’Artagnan, un peu niais et susceptible (pour ne pas dire ridicule parfois), gagne en vigueur, sa fougue l’entraîne avec panache dans des situations improbables et c’est là que ça perd un peu en puissance, tout est lisse (même les morts), tout semble propre, fait avec courtoisie… on n’est clairement pas chez Hugo, pas de saleté dans les rues du XVIIe siècle de Dumas, pas de désagrément mais des gentilshommes qui défendent honneur et amour. Un roman d’aventures idéal pour les vacances !

Ce roman, dans cette édition abrégée, fait partie des lectures que mes futures 4e avaient à lire cet été. Et comme Les Trois mousquetaires ont eu plusieurs vies, je vais compléter par une adaptation filmique (je ne sais pas laquelle, un conseil ?), j’ai en tête celle que j’ai vu petite, j’ai le visage de Richelieu, hautain, odieux, sec qui me reste en souvenir mais impossible de me souvenir de l’acteur (ça m’énerve). J’ai lu ce roman dans le cadre du challenge Lesclassiques,c’est fantastique que vous pouvez retrouver sur ce lien.

Le vieux fou de dessin. François Place

Le vieux fou de dessin – François Place (Folio Junior)

Le temps d’une après-midi, voici une lecture très agréable.

Un petit roman qui met en scène dans le Japon du XIXe siècle, en 1830, à Edo, le peintre d’estampe japonaise, Hokusai (peintre de la Grande vague, une des estampes parmi les Trente-six Vues du Mont Fuji, estampe que j’adore) et un jeune vendeur de rue, Tojiro. Ce vieil homme fascine le jeune vendeur : chaque jour il le voit peindre des lions-dragons, des ponts, des arbres… peu à peu un dialogue va s’établir et une amitié va naître. Tojiro passe alors de plus en plus de temps dans l’atelier du maître, il le regarde, il observe ses livres et ses oeuvres et ils discutent. J’ai appris comment était fabriqué une estampe et quel était le procédé technique (d’ailleurs le roman est illustré et ce procédé est illustré, très intéressant (j’ai évidemment pensé à mes élèves) de comprendre le processus de ces gravures japonaises. Le roman est très court, une petite centaine de pages. François Place illustre et raconte dans un récit simple, léger et instructif la vie et l’oeuvre de cet artiste qui apparaît sous traits d’un vieillard au sommet de son oeuvre. L’atmosphère de sérénité, de sagesse et de contemplation japonaise est parfaitement transcrite.

« Apprends à regarder en silence, si tu ne veux pas que le bruit chasse devant tes yeux la beauté des choses fragiles » (p. 63)

Moura. Alexandra Lapierre

Moura, la mémoire incendiée – Alexandra Lapierre (Pocket)

Moura est un roman biographique et historique : c’est l’histoire de Maria Zakrevaskaïa… mais c’est surtout le récit de ces mille et une vie. Je ne connaissais pas du tout cette femme et je trouve qu’elle a une histoire incroyable d’autant que beaucoup d’incertitudes demeure sur son rôle exact. Elle est parvenue à garder un mystère autour de ses actions et c’est assez improbable. Au début du roman, nous sommes en Russie, alors une jeune fille, Maria (surnommée Moura) se marie à Djon von Benckendorff, diplomate aristocrate d’origine germanique et balte. Ils’établissent à Saint-Pétersbourg mais multiplient les voyages dans le domaine familial des Benckendorff au château de Yendel en Estonie. Le jeune comte devient en 1912 second secrétaire de l’ambassade russe à Berlin et ils s’y installent. Elle fréquente alors des sphères européennes et très variées.

Mais la Révolution Russe éclate. Le roman raconte comment ses origines russes, son mariage avec un balte, sa vie à Berlin font peu à peu d’elle une espionne, un agent double aux services de la Russie, de l’Angleterre mais peut-être aussi de l’Allemagne. Des soupçons… Bloquée à Petrograd (anciennement Saint-Pétersbourg) pendant la Révolution, elle raconte l’arrivée des Bolchéviques au pouvoir, les emprisonnements et les tortures, les exécutions sommaires, les pillages des appartements des burjuis (les bourgeois), la peur et la famine… elle survit en devenant la secrétaire de Maxime Gorki, homme de lettres soviétique, proche de Staline. Plusieurs fois arrêtée et questionnée sur ses relations, elle parvient toujours à s’en sortir. Comment ? Elle utilise son réseau et ses relations, maîtresse de Maxime Gorki et de H. G Wells, elle navigue entre tous les éléments, sans compter quelques autres amants, notamment son grand amour, un agent secret britannique, Lockhart. Des soupçons mais jamais de preuve contre elle.

Moura a donc plusieurs vies, ce que j’ai trouvé incroyable, c’est qu’elle parvient (plus ou moins) à cacher à chacun ce qu’elle vie en Estonie, en Russie, en France ou en Angleterre. Elle parvient à voyager jusqu’en Italie, à passer les frontières. Elle côtoie les puissants de ce monde et ère dans les milieux de l’intelligentsia russe ou anglaise avec aisance. C’est une héroïne à la destinée incroyable (et encore mon avis passe sous silence d’autres détails). C’est une lecture passionnante sur une femme caméléon qui a su préserver sa mémoire et pourtant… Une biographique très documentée, notamment grâce à des extraits des correspondances !

« Elle n’aimait cependant que cela. La politique au sommet. (…) Connaître à la fois les détails et les grandes lignes, les rumeurs, les cancans qui agitaient les Etats, les idées de leurs représentants. Observer l’univers par les deux côtés de la lorgnette. Et n’en rien rater. (…) En ces années 1911-1913, sa maîtrise de l’anglais, du français, du russe – et maintenant de l’allemand -, son éducation littéraire et sa culture musicale faisaient, en effet, de madame von Benckendorff un ornement de choix. » (p. 105)

A rude épreuve. Elisabeth Jane Howard

A rude épreuve – Elisabeth Jane Howard (Edition La Table Ronde)

Après Etés anglais (dont je vous parlais avant-hier), j’ai enchaîné avec le deuxième tome de la saga des Cazalet, A Rude épreuve que j’avais apporté dans ma valise. Bon le verdict est le même, j’ai adoré ! Je n’avais malheureusement pas le troisième tome (et toujours pas), mais je le lirais dès que je peux. Je n’ai pas envie de quitter la famille Cazalet aussi vite.

Exactement comme dans le premier volume, on retrouve cette même lenteur au démarrage. L’histoire débute aux derniers jours de l’été 1939, un an après la fin d’Etés anglais, Elisabeth Jane Howard prend donc le temps de raconter cette année écoulée. Et puis tout démarre. Et j’ai retrouvé la même magie. L’atmosphère anglaise et bourgeoise avec ses pique-nique sur la plage, ses courses à Londres pour acheter du tissu afin de confectionner les nouvelles tenues des enfants qui grandissent, l’animation de Home Place qui accueille toute la famille et qui se prépare à la guerre. Les adultes sont préoccupés dans ce volume par leur couple, leur santé, la guerre qui semble arriver mais qu’on espère encore éviter comme l’été précedent, les études et les pensions des enfants (pourront-ils poursuivre leurs études ?) et en même temps ils profitent des beaux jours, ils sortent notamment à Londres, théâtre, restaurant, cinéma… Tout de même, le Brig veille et Home Place se prépare à la guerre, chacun a un masque à gaz sous son lit, le Brig installe des lits de camps sur le terrain de squash… et puis peu à peu chacun ferment sa maison londonienne car cela semble illusoire et dangereux d’y rester. Les domestiques et les gouvernantes viennent donc à Home Place, il faut donc déplacer les chambrées et trouver une organisation. Bref pas de minute de répit dans ce tome… Les enfants prennent plus de place, le roman s’attarde davantage sur les enfants de Rupert, Clary, préoccupée et Neville, on découvre aussi davantage Polly, l’aînée d’Hugh, très angoissée par la guerre mais surtout Louise, l’aînée d’Edward (et l’aînée des petits-enfants) qui prend plus de place, qui s’affirme, qui offre une nouvelle image de la femme, celle qui met des pantalons, celle qui veut travailler, celle qui veut être à l’image d’un homme et non pas simplement une mère ou une épouse : les questions d’éducation et de l’avenir des enfants sont très présents dans ce volume.

Mais la guerre est évidemment ce qui détermine toutes les actions. Les premiers raids ont lieu à Londres, Rupert Cazalet, le plus jeune fils, est mobilisé. Les femmes prennent peu à peu des responsabilités. Dans le salon, le soir on écoute la radio pour avoir des informations. Les enfants ne savent que peu de choses, écartés de ce monde adulte. Et puis les tickets de rationnement font leur apparition, la patience, la frustration… Le traitement des personnages bénéficie toujours d’une grande qualité psychologique. J’ai souvent eu l’impression que les Cazalet existaient, je pensais à eux en journée, comme s’ils vivaient en dehors du livre. Un pur moment de lecture, un délice de lire la saga des Cazalet.

Etés anglais. Elisabeth Jane Howard

Etés anglais – Elisabet Jane Howard (Edition La Table Ronde)

Oh là là, ça fait être dur de parler de ce roman tant j’ai aimé ! En quelques mots : j’ai adoré ! Elisabeth Jane Howard nous immerge dans la famille des Cazalet, un clan (attention les personnages sont donc très nombreux) mais aussi une atmosphère, un lieu… c’est une lecture qui démarre tout doucement mais une fois tous les membres de la famille présentés je n’ai plus lâcher le roman (et j’ai enchaîné avec le 2e tome, oui c’est une saga familiale en 5 volumes !)

L’histoire se déroule en juillet 1937 dans une belle et immense demeure familiale, Home Place dans le Sussex. La maison de famille des Cazalet, avec à leur tête la Duche et le Brig. Ils ont quatre enfants, trois fils mariés et une fille Rachel, célibataire qui vit avec eux. Pour les eux, tout le monde vient, enfants, épouses, petits enfants, sans oublier les domestiques, les gouvernantes. Home place est donc plein à craquer et l’agitation est maximale, chacun s’affaire. Chaque personnage a une personnalité et une histoire, aucun membre de la famille n’est délaissé. On découvre au fur et à mesure des pages les histoires, le passé et les aspirations de chacun : les couples Hugh et Sybil (que j’ai trouvé très touchant), le second fils Edward et Villy, et Rupert remarié avec la jeune Zoé (après la mort de sa femme en couche). Il y a les petits enfants qui se retrouvent pour des vacances entre cousins. Une atmosphère agréable. Quelques escapades à la mer, des pique-niques, des parties de tennis… Mais ce n’est pas seulement cela, il y a aussi le contexte historique, malgré une certaine légèreté et insouciance, on perçoit dans les conversations des adultes leurs préoccupations quant à la menace d’une future guerre, le Brig commence à préparer sa famille et sa maison, et puis il y a les secrets de famille ou encore les inquiétudes des enfants concernant leur rentrée (pensionnat ou pas, l’envie d’indépendance), bref une multitude de sujets. La place de la femme est aussi abordée différemment et plusieurs fois à travers les personnages des domestiques, ou celui de Louise…

Il y a beaucoup de grâce et de pudeur dans les mots d’Elisabeth Jane Howard : elle sonde les coeurs avec délicatesse et la psychologie des personnages est dressée avec finesse. C’est donc une saga familiale dans l’Angleterre d’avant guerre, une saga addictive et passionnante !

Ici vous pouvez lire mon avis sur le 2e tome de cette saga,.

L’oasis. Simon Hureau

L’oasis – Simon Hureau (Dargaud édition)

L’oasis est une bande dessinée dont le sous-titre est « Petite genèse d’un jardin biodiversité » et ce sous-titre est très important car il dit tout : ce récit, c’est l’histoire d’un jardin à reconstruire, d’un jardin à réhabiliter, d’un jardin où la vie doit reprendre son cours. Ce jardin c’est celui qu’un couple a acheté, il est alors peu luxuriant mais le couple décide d’y recréer une biodiversité. Cette oasis c’est donc celle créée patiemment par l’auteur qui tâtonne, qui hésite, qui teste. J’ai beaucoup pensé à moi, à mon mini jardin de citadine, à mes souvenirs d’enfance de jardinage à la campagne et à ce bien-être que me procure le faire de planter, tailler, entretenir plantes et fleurs. Et puis comme l’auteur j’ai un jardin en longueur 😉 (mais pas du tout de la même dimension !)

L’auteur s’attaque donc à la reprise en main de son jardin : il faut d’abord déblayer le terrain, changer les variétés, tailler des arbustes trop grands pour découvrir des repousses prometteuses et les replanter, diversifier les arbres, fleurs et plantes… petit à petit il crée des espaces : des haies, un point d’eau, des pierres entassées et peu à peu il observe les animaux qui reviennent : des oiseaux, des papillons, des reptiles… des variétés diverses et variées.

C’est une bande dessinée très joliment dessinée. J’ai aimé ce tatônnement, cette envie d’être dans la nature et de lui donner de la place, cette envie de planter, d’observer, d’essayer des associations et cette satisfaction à voir quand ça fonctionne (ça m’a donné envie de jardiner !). Cette bande dessinée montre que la nature peut renaître et c’est assez encourageant. Et puis il y a un côté « bon sens » et écologie qui est plutôt cohérent : pailler avec son herbe tondue, avoir un composteur pour ses déchets végétaux qui servira plus tard d’engrais… L’auteur explique sa démarche, ses essais et se montre assez pédagogique. Néanmoins, parfois j’ai trouvé un côté « donneur de leçon » qui m’a un peu agacé quand par exemple il critique le fait de mettre des branches d’arbres à la décharge alors qu’on peut les entasser plus loin (bon ce n’est pas toujours bien possible), ou bien de encore de jeter des pierres… bon tout le monde n’a pas l’espace dans son jardin d’entasser des pierres ou des branches pour que les insectes puissent s’y plaire… un dernier aspect qui m’a gêné (mais parce que ma collègue de SVT m’en parle souvent), l’auteur dit plusieurs fois n’avoir acheté presque rien en jardinerie pour aménager son terrain de plus de 500m2. Il récupère d’amis par exemple ou fait des boutures, très bien mais (et j’en viens à ma « gêne »), il se promène souvent en forêt, dans la nature et prélève des plantes… bon bien fait ce n’est sûrement pas grave mais si tout le monde fait ça (et tout le monde ne sait pas quoi, ni comment prélever (moi la première alors que j’adorerais « me servir », mais bon je vais à la jardinerie), la nature ne se régénère plus d’elle-même… Voilà mes petits bémols (très légers) sur cette bande dessinée. Ce sera une lecture que je proposerai en fond de ma classe, à mes 6e notamment, mais en accès libre. Je reviendrai avec d’autres livres parlant de jardin puisque ce sera la fil conducteur de ma classe de 6e !

Une des remarques qui m’a dérangée

Alma. Timothée de Fombelle

Alma – Le Vent se lève – Timothé de Fombelle (Gallimard Jeunesse)

Quelle lecture ! J’ai lu d’une traite hier soir presque la moitié du roman pour le terminer. Alors que ça commence plutôt tranquillement, le roman offre une intensité dramatique très forte et j’ai adoré cette lecture ! Je vous la recommande fortement (c’est une trilogie, Alma, Le Vent se lève est le premier roman, le second devrait paraître bientôt).

Voici un roman d’aventures comme j’en ai rarement lu. Timothée de Fombelle mêle le récit d’un peuple, les Okos, peuple de la vallée d’Afrique à la grande histoire, celle de la traite des esclaves, celle des bateaux négriers et du commerce des esclaves. La construction du roman est assez impressionnante, l’auteur parvient à relier tous les fils alors que tout paraît bien décousu au départ. J’ajoute que l’écriture est belle, l’auteur ne cherche pas la facilité, il y a du vocabulaire, des phrases élaborées (on oublie qu’on lit un roman jeunesse). Difficulté supplémentaire, les personnages sont nombreux et chacun vit son aventure. Alma est l’héroïne, quelle plaisir ! une jeune fille héroïne ! Alors que son petit frère disparaît, elle se lance sur ses traces sans se douter de ce qu’elle va devoir affronter. C’est une jeune fille lucide, elle a du merveilleux dans son attitude. Courageuse mais réfléchie, elle tente de faire au mieux pour retrouver son frère. Il y a aussi son père, Mosi, à la recherche de son frère et de sa fille. Et puis Nao, leur mère, qui connaît un autre destin.

« Nao, sous son banc, chante tout bas le mot « liberté ». Et dans sa langue ce mot se dit alma. Elle raconte le raffinement de ce peuple; la beauté des jardins, le pouvoir des docteurs et des griots, la bravoure des guerriers. ils portent le même nom que les oiseaux qui vivent avec eux depuis toujours : les okos, des oiseaux-mouches vert émeraude au bec d’argent. »

Sur La Douce Amélie, Joseph Mars, apprenti charpentier s’est glissé discrètement pour faire partie de l’aventure. Il recherche un trésor. Le capitaine Gardel veut le trésor et des nègres, ils sillonnent les mers du Sud. Mais il y a aussi le cuisinier Cook dont il faudrait parler, Parladi, le chirurgien et enfin Poussin, le charpentier, si indispensable pour construire des barrières ou finaliser des cages. Chacun poursuit irrémédiable sa quête.

Alma, c’est à la fois un récit fabuleux, un roman d’aventures, un roman de pirates mais aussi le récit de la traite des esclavages : depuis leur recherche sur leur terre jusqu’à leur vie dans les bateaux à fond de cale : « Jour après jour, Alma va découvrir le quotidien de cette prison flottante : la chaleur, la puanteur, les cris pendant la nuit, les malades qu’on met à l’écart, ceux que l’on nourrit de force, ceux qui ne reviennent jamais dans l’entrepont, les requins qui suivent patiemment le navire. »

Vous l’aurez compris, je suis emballée par cette lecture captivante et je vous la conseille pour vous ou pour vos ado, pour bons lecteurs à partir de 10 ans.

Satin Grenadine. Marie Desplechin

Satin Grenadine – Marie Desplechin (Ecole des Loisirs)

Un petit roman pour les adolescents, j’ai beaucoup aimé, notamment la fin. Je trouve que le récit gagne en intensité en fin de récit et s’il y a des longueurs en début on les oublie vite.

Satin Grenadine est l’histoire d’une jeune adolescente, Lucie, issue de la bougeoisie parisienne. Nous sommes au XIXe siècle, en 1884, mais Lucie a des envie de modernité. Tout part d’une scène d’essayage : Lucie ne peut pas porter de satin grenadine, bien qu’elle aimerait. Elle rêve alors de pouvoir faire comme elle l’entend. Mais elle comprend que, comme dit la couturière, c’est seulement si son mari est gentil et accepte qu’elle porte ce genre de choses, qu’elle pourra. Et si elle ne se marie pas, son père ne l’a laissera pas faire, ni même son frère, qui deviendra son tuteur une fois leur père mort. Mais Lucie, elle, souhaiterait pouvoir s’instruire, porter les tenues qui lui plaisent et ne pas recevoir l’éducation des filles de cette époque : apprendre à tenir une maison afin de devenir une épouse accomplie. Lucie est donc envoyée faire son apprentissage avec les domestiques de la maison : elle s’y plait, elle aide aux tâches ménagères et découvre avec plaisir la convivialité et l’intimité de la cuisine entre Annette, la cuisinière âgée, Fanny, la petite bonne et. Marceline, la gouvernante aux idées progressistes. On y parle condition des femmes, conditions des domestiques, idée révolutionnaire et socialiste : Lucie découvre un autre discours que celui de son père et de sa mère. Lucie ne manque pas d’audace. J’ai particulièrement les scènes aux Halles, quelques paragraphes m’ont rappelé la description qu’en fait Emile Zola dans Le Ventre de Paris, une description subtile, en odeur et en opulence.

Ce roman est appartient à une série « Les filles du siècle » dans laquelle Marie Desplechin met en avant trois figures féminines à la Belle-Epoque. Je pense que je compléterai pour avoir la trilogie et la proposer à mes élèves (en 4e ça me paraît idéal quand nous travaillons le XIXe siècle).