Les jours fragiles. Philippe Besson

Les jours fragilesC’était la première fois que je lisais Philippe Besson. Sans avoir été transcendée par l’écriture, j’a aimé ce court roman racontant avec sensibilité et retenue les dernières semaines d’Arthur Rimbaud selon le point de vue de sa sœur, Isabelle, celle qui a toujours vécue dans son ombre. Ce roman complète à merveille Le voleur de feu de Sarah Cohen-Scali qui relate la jeunesse de Rimbaud.

Je n’ai pas appris grand chose dans ce roman mais il m’a donné envie de relire Rimbaud. Il m’a aussi permis de prendre conscience de l’être tourmenté qu’il était. La mère de Rimbaud apparaît assez peu dans ce roman : froide, rigide, distante, presque indifférente à la souffrance de son fils, amputé d’une jambe à Marseille et qui revient pour sa convalescence. La poésie est assez peu évoquée, c’est l’homme qui est au cœur du roman et  sa relation l’unissant à sa sœur Isabelle qu’on découvre par le biais du journal intime de celle-ci. Une relation tendre, délicate et pudique. Isabelle est là, toujours prête à l’accueillir, à l’aider, à le soutenir pour les fragiles journées qui lui restent. J’aime beaucoup le titre de ce roman, les jours fragiles. Il désigne parfaitement ces journées de convalescence, Rimbaud et son corps mutilé, Rimbaud et la fièvre, Rimbaud et son envie de retourner à Marseille.

« Il s’est penché sur des abîmes. Il a failli tomber à plusieurs reprises. Mais il n’est pas tombé, finalement. En équilibre sur le vide, il n’a pas connu la chute. Il est survenu des affaissements, des glissements, des déconfitures, des découragements, mais toujours la vie l’a emporté. Devant le soleil, il est demeuré vivant. » (p. 134)

« Alors, comme une digue cède, comme un barrage s’ouvre afin que jaillissent des eaux trop longtemps contenues, je parle du poète Arthur Rimbaud ; celui qui se réfugiait dans la bonne odeur de foin de la grande ou se promenait au bois d’Amour pour y lire les compositions d’un dénommé Verlaine et pour s’atteler aux siennes; celui qui arpentait le quartier gouailleur de Montparnasse en déclamant des vers; celui qui inventait un nouveau langage dans l’hébétude que lui procurait l’absinthe. » (p.137)

 

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Inséparables. Sarah Crossan

InséparablesPour sortir de ma panne de lecture, j’ai puisé dans des romans plus faciles d’accès et plus courts. J’avais noté ce titre jeunesse depuis quelques temps mais l’occasion ne s’était pas encore présenté de le lire.

Ce roman a tout d’abord une disposition particulière, comme des vers… il se lit donc très vite. Cependant je n’ai pas bien saisi ce que cette manière d’écrire apportait. Cela ne m’a pas semblé très intéressant. Le rythme du roman est assez rapide, les événements s’enchaînent tout comme les émotions. Comme c’est là le point fort de ce roman, l’émotion procurée par cette histoire si originale. Grace et Tippi sont deux sœurs inséparables, au sens propre du mot puisqu’elles sont siamoises. Lorsqu’elles entrent au lycée pour la première fois, elles découvrent l’amitié mais également les premiers émois amoureux or elles s’étaient jurées de ne pas tomber amoureuses. Chacune a sa personnalité bien affirmée, et ce roman appelle à la fraternité et à la tolérance mais également à l’acceptation de soi. Les soeurs siamoises ne vivent pas leur pathologie comme une tragédie au contraire elles offrent une manière particulière de voir le monde. C’est un beau roman, lisez-le. Je le conseillerai à mes élèves !

 

Les souvenirs. David Foenkinos

Les souvenirs.JPGJuin a rimé pour moi avec panne de lecture. Je n’y arrivais pas… je lisais mais sans ressentir le plaisir de lire, je n’étais pas immergée dans mon roman et du coup je n’étais pas satisfaite de ma lecture, je n’allais donc que très peu vers mon roman. J’ai donc abandonné mon roman et je me suis tournée vers Les Souvenirs de David Foenkinos. Ce n’est pas un auteur que j’ai beaucoup lu (hormis La délicatesse et Charlotte plus récemment), mais je l’ai souvent entendu et je le trouve très agréable à écouter. Quand j’ai croisé ce roman sur les rayons d’une grande librairie d’occasion, j’ai justement saisi l’occasion.

J’ai débuté doucement cette lecture. Comme s’il fallait que je retrouve mes réflexes de lectrice… j’ai tâtonné laissant venir tranquillement le plaisir de lire. C’est un roman qui m’a porté le temps d’un week-end caniculaire, c’est un roman dont j’ai dégusté l’histoire et dans lequel j’ai admiré certaines phrases que j’ai trouvé splendides « Vous êtes si belle que je préfère ne jamais vous revoir. » « Le cœur a quitté le corps avec politesse. » « Elle était encore une femme parmi les trois milliards de femmes ; une anonyme de ma vie. » « Il y a quelque chose de si émouvant à la première apparition d’une personne qui va compter dans votre vie. »

C’est un tendre récit sur les souvenirs d’un jeune homme. Foenkinos a une écriture pleine de délicatesse, de douceur et d’émotions. Ce n’est pas spécialement un roman joyeux puisqu’il s’agit d’un jeune garçon qui se remémore les bons souvenirs passées avec son grand-père avant que ce dernier ne rende l’âme. Le narrateur grandit, la vie continue malgré les êtres perdus. Dans ce roman, pointe donc la nostalgie de l’enfance perdue mais également une réflexion sur l’amour. Un amour se forme alors qu’un autre se déforme…

« Il aimait être un homme, il aimait la vie ; il ne voulait pas boire avec une paille. Et moi, j’aimais être son petit-fils. Mon enfance est une boîte pleine de nos souvenirs. Je pourrais en raconter tellement, mais ça n’est pas le sujet du livre. Disons que le livre peut commencer ainsi, en tout cas. Par une scène au jardin du Luxembourg où nous allions régulièrement voir Guignol. » (p. 11)

Splendeurs et Fureurs. Christina Stead

Splendeurs et fureurs.JPGCe fut une lecture difficile… j’ai eu du mal à me plonger dedans. Je ne lisais que par petite tranche et cela ne m’a pas permis de rentrer pleinement dans ce roman qui est essentiellement psychologique.

Splendeurs et Fureurs est le récit d’une histoire d’amour entre Elvira Western et Oliver Fenton, un étudiant anglais qui a réveillé ses sentiments : « Je vous aime, vous m’aimez, nous nous aimons, vous serez tout pour moi, je serai tout pour vous : c’est le début d’une chanson de noce polonaise… Comment pouvez-vous me résister ?… Vous êtes enterrée vive. Réveillez-vous, Elvira, venez, venez à moi… Je pense à vous nuit et jour. Ma vie entière est à vous, je la soufflerai en vous. Je vous vénère. Je respire pour vous rendre heureuse. » (p.14) Elvira a donc quitté son mari et Londres pour le rejoindre à Paris et vivre son idylle. Une fois à Paris, ils fréquentent les cafés de Saint-Germain et rencontrent des danseurs de cabaret, des femmes entretenues, des journalistes débauchés… sans compter sur le retour de Paul, son époux, qui tente de la reconquérir, elle qui commence à douter de son choix.

L’histoire d’amour devient dont un triangle amoureux. Dès le début j’ai été marquée par le ton et les remarques sur la féminité et la condition féminine des années 30 mais également cette pointe d’humour britannique. Mais aussi cette analyse si précise des détails et de la psychologie, il est inévitable de ne pas penser à Virginia Wolf tant l’écriture de Christina Stead rappelle la romancière anglaise. Si je récapitule j’ai beaucoup aimé et admiré l’écriture mais j’ai été nettement moins convaincu par l’intrigue et le déroulement de celle-ci.

« Oh! Quand je pense que j’ai renoncé à mon ancienne vie d’épouse et que, en tant que femme sans profession et sans situation, je ne suis toujours pas libre… Quelle amertume ! On devrait me délivrer un permis pour jouer les filles de joie. Comme je regrette, comme je regrette, lança-t-elle violemment. J’ai commis une erreur en vous écoutant. Je suis de cinq ans votre aînée, je ne peux pas recommencer ma vie à zéro avec un jeune homme. J’en suis déjà passée par là avec Paul. J’ai envie d’autre chose. Seul le désir d’avoir un enfant me… et voilà que… on me l’interdit. Oh ! Comme je hais la société, comme je hais la prison qu’elle impose aux femmes ! » (p. 177)

 

 

Frères d’exil. Kochka

Frères d'exil 1Voici un petit roman reçu dans mon casier il y a quelques temps mais il m’a tout de suite attiré parce que j’ai trouvé l’édition très jolie, les dessins de Tom Haugemat splendides et le texte très attirant.

En ce dimanche pluvieux, j’ai pris quelques heures pour lire ce court roman qui traite d’un sujet intéressant : l’exil des populations face à la disparition de leurs terres à cause de la montée de l’eau. La dimension écologique n’est pas fortement accentuée mais elle est présente et je pense qu’elle est traitée de manière très intéressante pour les élèves. La question des réfugiés climatiques va devenir de plus en plus présente dans les années à venir. Je proposerai d’ailleurs ce roman l’an prochain à mes élèves (peut-être en lien avec Céleste, ma planète de Timothée de Fombelle). Le cœur de l’histoire c’est l’immigration humaine, celle d’une petite fille Nani qui doit fuir son île vouée à disparaître. Elle doit tout laisser derrière elle, y compris ses grands-parents, le grand-père handicapé ne peut pas se déplacer et sa grand-mère est trop amoureux pour se séparer. Nani, huit ans, doit partir avec son père Janek et sa mère Youmi. Il pleut sans discontinuer et ils doivent rejoindre le port où des bateaux doivent venir les chercher. Mais avant Enoha, le grand-père confie trois objets à sa petite fille : une pierre, un oiseau et des lettres. Ce sont les lettres du grand-père qui parsèment le texte. Elles sont écrites sur des pages bleues, je trouve ça très bien pour la compréhension des jeunes lecteurs (et en plus c’est joli).

J’ai trouvé ce roman très poétique. L’écriture est sensible, la scène d’adieu très émouvante. Kochka ne sombre jamais dans le pathos, il y a beaucoup de pudeur et de retenue. On suit cette petite famille depuis son départ mais aussi lors de sa traversée qui la mène jusqu’en Europe où elle est accueillie. A faire lire à nos petits élèves !

« Il y a des moments dans la vie où ce qu’on croyait solide s’effondre. Alors il faut faire son bagage. Où que la vie t’emmène, Nani, n’oublie jamais d’où tu viens, mais va ! »

« Si les gens du continent peinent à nous accueillir parce qu’ils craignent nos différences ou qu’ils ont peut de partager leur espace et leur nourriture, montrons-leur que nous avons autant à leur apporter qu’à recevoir d’eux. Montrons-leur que nous leur ressemblons. Nous arrivons démunis parce que le ciel nous a tout pris, mais nous ne sommes pas des mendiants. Nous arrivons en frères libres et dignes, riches de tout ce que nous avons vécu jusqu’ici et riches d’être encore vivants. « 

 

Mai

commencer mai par un footing / un après-midi automnal à faire des gommettes / activités dinosaure, sortir à la bibliothèque / retrouver mes élèves / commencer mes séquences préférées / concours de dessin « on peut faire ça toute notre vie ? » / samedi de pluie / « je suis presque fort avec mon jooging rouge »/ ses progrès à la piscine / « assis-toi sur tes fraises sinon tu n’auras pas de fesses »… quand maman déraille, ça fait rire les enfants / reprendre le duo sportif mère-fils / commencer quelques cartons / une partie de ma bibliothèque qui part / « maman j’ai trop envie que tu me fasses un câlin douillet » ❤ / les soirées difficiles / et un petit tour de manège / « quand je seras en école matérielle » / dès le lundi un dessin de fête des mères / et tous les soirs faire ses empreintes sur le tapis de salle de bain / les observer depuis là-haut / un mercredi à jouer au train / celui qui était si triste de quitter sa maman / « tu dis « il était une fois » ? / fou rire sur Cyrano /le printemps qui les titille / un mercredi compliqué mais retenir qu’entre eux, c’est toujours l’amour / préparer ma PAL du #moisanglais / un week-end nantais / rencontrer la petite dernière et voir votre demeure / un radieux soleil pour des jours heureux / délaisser mes livres pour profiter d’être ensemble / le temps d’une journée d’été / première plage de l’année / inaugurer la saison des thés glacés maison / les voir ensemble / ceux qui se donnaient la main / nos jeux de devinettes en voiture / celui qui préparait déjà sa liste de Noël…

Sur une idée de Moka

La vraie vie. Adeline Dieudonné

La vraie vieJe le vois partout depuis la rentrée littéraire. J’avais entendu Adeline Dieudonné dans La Grande Librairie cet automne. Depuis je l’avais dans un coin de ma tête mais j’attendais un peu… et surtout j’évitais de lire les chroniques sur ce roman, histoire de ne rien savoir pour le découvrir. Jusqu’au jour où il était posé à la bibliothèque comme s’il m’attendait… et voilà. Retour à la maison.

La vraie vie fait sûrement partie de ces lectures qu’on attend, de ce coup de cœur qui semble annoncé… je ne peux pas parler de coup de cœur, et pourtant l’histoire est gravée en moi. j’ai des images très fortes de cette histoire, de cette famille… plutôt comme une gêne, une sensation assez désagréable qui me reste après cette lecture (ce qui en fait une lecture (et un livre) remarquable !).

C’est un roman réaliste qui fait froid dans le dos, qui glace un peu, qui dérange, qui fait mal au ventre. Parce qu’on sait. Parce qu’on sait que cette vie existe. Parce qu’on sait que des enfants vivent cela. Parce qu’on sait que ce drame social ressemble trop à une certaine réalité.

Dans un petit lotissement, vivent la narratrice, son petit frère Gilles, avec leur mère, transparente et crainte, soumise aux humeurs de son époux. Après un traumatisme, la narratrice tente de faire retrouver le sourire à son frère: « Chaque soir, le visage en viande dans ma tête. Chaque soir, ce craquement dans les yeux de mon petit frère. […] Et chaque soir, je me suis répété que e n’était pas grave, que j’étais juste dans la branche ratée de ma vie et que tout ça était destiné à être réécrit. » (p.43) C’est sans compter sur la vie qui est glauque et tragique, sur ce père effroyable et effrayant. Le personnage du père est particulièrement sordide. Malgré tout, la narratrice, jeune fille déterminée, tente de survivre, d’évoluer, de progresser et d’échapper à la destinée qui lui semble vouée. : « Je commençais à comprendre que la moindre volonté de ma part risquait d’éveiller son animosité. Il attendait de moi que je devienne comme ma mère. Une enveloppe vide, dépourvue de désir. Il ne savait pas qui était sa fille. Mais, à treize ans, je restais à sa merci. Il allait donc falloir le tromper, jusqu’à ce que je sois en âge de vivre loin de lui. » (p.136)

Je ne sais pas quoi dire sur ce roman… les mots sont durs, les scènes vibrantes, l’histoire tragique… un drame social moderne mais en même temps une belle ode à la féminité et à la relation frère-sœur, la petite lueur d’espoir.

« Les histoires, elles cherchent à mettre dedans tout ce qui nous fait peur, comme ça, on est sûr que ça n’arrive pas dans la vraie vie. » (p.17)