La belle n’a pas sommeil. Eric Holder

La belle n’a pas sommeil – Eric Holder (Points)

Voici un livre avec lequel je n’ai pas tellement accroché, pourtant l’écriture est belle et poétique. L’idée était séduisante mais je crois que le côté très travaillé de l’écriture m’a justement gêné. Je n’arrivais pas à l’attacher aux personnages et à l’intrigue; j’ai mis beaucoup de temps à entrer dans l’histoire. J’y suis arrivée et j’ai trouvé cette histoire de rencontre touchante mais ce fut un peu tard pour moi.

Cela se passe dans un petit village, à la lisière d’un bois, dans une bouquinerie. L’univers des contes n’est pas loin. Antoine est bouquiniste, il vit paisiblement au milieu de ses livres mais il observe que régulièrement un livre lui est volé, un livre toujours du même auteur… Son quotidien n’en finit pas d’être chamboulé puisqu’une jeune femme s’installe dans la maison d’à côté. Lorraine est une conteuse. Les deux sont donc faits pour s’entendre. C’est donc l’amour des mots qui les rapproche, les nuits à raconter et à s’écouter. Je vais en rester pour l’histoire. Vous l’avez compris, il m’a manqué beaucoup de choses : les livres ne sont finalement que peu évoqués. Les personnages manquent d’épaisseur, ils parlent par métaphore continuelle et j’avoue que j’ai eu parfois tendance à somnoler pendant leurs longues discussions nocturnes…

8 ans…

Il y a une dizaine de jours, tu as eu 8 ans. Pour une deuxième année, un anniversaire confiné. Toi qui rêvait de fêter ça avec tes copains d’école et d’inviter plein de monde à la maison, ce fut raté. On a fêté ça tous les quatre et puis on a organisé un petit goûter en forêt avec nos copains et anciens voisins. Pas de fête en famille, pas de fête à la maison… j’espère vraiment qu’on pourra vite inviter du monde à la maison. En attendant tu as 8 ans, tu essaies d’être « grand » et de te conduire de manière raisonnable. Comme d’habitude, tu as eu droit à ton questionnaire, que tu as d’ailleurs rempli plutôt seul. Mais tu y tenais, tu m’as réclamé à plusieurs reprises de te l’imprimer. Ce rituel te plaît. Cette année, je te sens très épanoui, très heureux à l’école (quelle tristesse pour toi de faire l’école à la maison), tu as pris confiance en toi, en sport tu te sens à l’aise, tu arrives à vaincre ta timidité et tes doutes. Tu as vraiment gagné en maturité, d’ailleurs tu m’as dit « 8 ans c’est l’âge de l’obéissance » alors on devrait passer une merveilleuse année !

Ta bibliothèque avec tes romans

8 ans… il y a eu un cap en lecture ! Cet été encore, le soir je te lisais une histoire et puis tu regardais un album ou un documentaire seul. En journée, parfois tu prenais un livre et lisais mais finalement tu regardais davantage. Depuis la rentrée, je vois que tu lis de plus en plus seul, je te vois en journée te poser avec un roman. Je t’entends lire un documentaire ou un album à ton frère. Depuis Noël, tu lis des bandes dessinées. Tu as commencé par Tom-Tom et Nana, j’étais contente, un doux souvenir d’enfance pour moi. J’en ai relu quelques uns. Et puis tu as découvert Yakari et là ce fut un coup de foudre ! Depuis tu en as reçu quelques uns et tu adores ! Tu les as lus et relus, je pense que tu les connais déjà par coeur. J’ai eu un peu peur que tu ne lises plus que des BD mais tu es revenu aux romans. Tu aimes les histoires d’animaux et les livres avec une petite enquête ou énigme, tu as découvert la série de La Cabane magique. Tu apprécies. Le soir, tu lis avec plaisir un voire plusieurs petits romans. D’ailleurs si on oublie de te dire d’éteindre la lumière (comme hier soir), tu en profites et je vois la pile au matin. On a repensé ta bibliothèque pour que tes romans soient mieux rangés et plus accessibles.

Pour ton anniversaire, je t’avais choisi trois romans : Moi Baleine, d’Organe Charpentier avec des illustrations magnifiques d’Olivier Desvaux (Folio Cadet). Je trouve l’édition, les dessins, l’histoire parfaite ! Ensuite encore une histoire d’animaux avec Petit Lion en détresse, dans la collection Soigneurs Junior chez Nathan. L’histoire se déroule à Beauval, parfait pour mon fan d’animaux qui rêve de retourner à Beauval. Enfin le tome 1 des Cabanes magiques, La Vallée des dinosaures de Mary Pope Osborne (édition Bayard). Tu n’as pas encore lu les deux derniers.

J’apprécie te voir lire. Tu lis avec aisance, plaisir et à l’oral tu mets le ton, c’est très mignon. Ça te tient à coeur. Tu te déplaces souvent avec ton livre. Tu viens sur le canapé ou bien souvent tu lis à table, à ton petit déjeuner par exemple, tu caches ton livre et sous la table tu lis. Même si ça m’agace, je trouve ça mignon. Mon petit regret en te voyant devenir un lecteur autonome, c’est que tu ne lis plus d’album et que tu me demandes de moins en moins de te lire des histoires. Parfois tu te glisses dans la chambre de ton frère quand tu entends que je lui lis son histoire mais ça s’arrête là.

Les soeurs aux yeux bleus. Marie Sizun

Les soeurs aux yeux bleus – Marie Sizun (Folio)

Quel plaisir j’ai eu à retrouver la famille Sézeneau, tout de suite me sont revenus en tête la maison de Meudon, Hulda, Léonard et les cinq enfants ainsi que la gouvernante Livia. Et en même temps je pense que ce roman peut être lu sans avoir ce qui précède parce qu’il y a de nombreux implicites qui rappellent les événements précédents (et sinon vous pouvez relire mon article sur La gouvernante suédoise).

Alors qu’Hulda vient de mourir, la famille Sézeneau se retrouve dans l’embarras et le deuil. Léonard ne sent pas capable de garder ses cinq enfants et la maison de Meudon est marquée par les souvenirs et la nostalgie… de toute façon Léonard doit repartir à l’étranger pour son travail. Il décide d’envoyer ses deux garçons en pension, près de chez son frère. Il n’a que peu de lien affectif avec ses fils et la distance ne l’inquiète pas. La famille est alors séparée pour la plus grande peine des trois filles. Léonard accepte une proposition d’un ami, il se rend à Saint-Pétersbourg et il y emmène ses filles adorées et la gouvernante pour s’occuper de la petite dernière qui n’a alors que quelques mois. Débute alors une nouvelle vie… les filles grandissent, très attachées à leur père mais de plus en plus désagréables avec Livia. Alors que les garçons trouvent leur voie hors de leur famille et de leur père, les trois soeurs suivent leur père en Russie puis de retour en France, chez leur oncle. Elles adorent ce père tout autant qu’elles souffrent de son autorité abusive, de sa distance, de son orgueil. Ce que j’ai aimé dans ce roman, c’est l’évolution des soeurs. Peu à peu, elles prennent conscience du monde existant et des changements de la société (nous suivons cette famille de 1877 à 1939) mais au prix de sacrifice et de souffrance. Ce roman détaille la société russe et française, les prémices de la guerre tout en réfléchissant énormément à la question de la place de la femme, sous les traits d’Alice, la cadette, qui tente de conquérir sa liberté et son indépendance. Alice cherche à sortir de cette famille enfermée dans son éducation si austère et ses préjugés d’un autre siècle… Ainsi le roman alterne entre secrets de famille, maladie et désir d’indépendance et c’est une vraie réussite.

Le malentendu. Irène Némirovsky

Le malentendu – Irène Némirovsky (Folio)

Le Malentendu est le premier roman d’Irène Némirovky, elle l’a publié en 1926 alors qu’elle n’a que vingt-trois ans pourtant je le trouve d’une beauté et d’une humanité dingue, on sent une observation fine de la société, une clairvoyance et une justesse d’une personne ayant vécue. Le Malentendu c’est une histoire d’amour, c’est une histoire d’adultère, c’est une histoire de classe sociale, c’est une histoire d’apparence, c’est une histoire tragique… C’est l’histoire d’une jeune femme Denise qui ne comprend pas ce qui lui arrive, qui n’en mesure pas la force et qui ne réalise que quand c’est trop tard « Voilà, voilà, c’est fini…. Et je n’ai pas su que c’était le bonheur. »

Après la première guerre mondiale, Yves Harteloup, petit bourgeois meurtri, a perdu son aisance et sa vie tranquille. Il est maintenant obligé de travailler, d’aller au bureau et de faire attention à ses finances. Pourtant l’été il se permet le luxe d’aller à la mer, sur la côté basque, et de manger chaque jour au restaurant. Il incarne la figure du déclassé. C’est lors de ses vacances qu’il rencontre Denise, épouse de Jessaint et mère de Francette. Jessaint est une vieille connaissance de la guerre. Les deux hommes se reconnaissent mais Jessaint doit partir pour des affaires. Denise et Yves se retrouvent alors tous les deux et nouent une relation tendre. Une relation estivale que Denise espère bien poursuivre à Paris à l’automne tandis qu’Yves profite plutôt de cette parenthèse enchantée : « Il savourait cet instant de sa vie, comme une friandise; cédait un beau cadeau imprévu que le sort lui faisait, le repos, le loisir, la mer, cette femme charmante. »

Aveuglé par cet amour et les embruns, Denise réaliste qu’Yves n’est pas exactement celui qu’elle croit ou celui qu’elle espère… Yves est « pauvre » et il n’est pas l’amant bougeois qu’elle espérait pour occuper ses après-midi de femme au foyer délaissée pourtant les sentiments sont là… « Enfant gâtée, fille unique d’industriels fortunés, petite épouse choyée d’un mari qui gagnait beaucoup d’argent, certains côtés de la vie matérielle lui restaient forcément étrangers. Elle compris qu’Yves n’était guère plus qu’un employé, et l’idée de dépendance, attachée à ces besognes de bureau, la choqua et la peine. Il était donc pauvre? »

D’Irène Némirovsky, j’avais adoré Suite française : ce fut une révélation ce récit et à l’automne j’ai relu sa nouvelle Le Bal. Je vais essayer de poursuivre ma découverte de cette auteur, des conseils à me donner ?

Un jour, tu raconteras cette histoire. Joyce Maynard.

Un jour, tu raconteras cette histoire – Joyce Maynard (10/18)

Ce n’est pas un livre très facile à présenter. Le sujet est difficile, pourtant à lire, ce n’est pas sombre, je n’ai pas versé une larme, les émotions sont toutes en retenue. Un jour, tu raconteras cette histoire est un roman autobiographique de Joyce Maynard. Elle y raconte sa raconte avec son mari (après un premier mariage raté, un divorce compliqué). Une rencontre comme elle ne l’espérait plus, une rencontre qu’elle n’aurait pu imaginer elle qui n’attendait plus grand chose des relations sentimentales.

Elle rencontre Jim, un avocat. Tout de suite, elle se sent bien avec lui. Ils ont tout de suite des projets communs : acheter une maison ensemble, voyager, parcourir des longs chemins dans la voiture côte à côte en écoutant de la musique. Ils se marient, réunissant leurs enfants respectifs avant de prononcer les voeux d’une nouvelle vie à deux. Mais trois ans après ce mariage, le couperet tombe: Jim est atteint d’un cancer du pancréas. Bouleversant tous leurs projets, ils se battent et parcourent les hôpitaux et cliniques à la recherche des meilleurs médecins et des traitements les plus porteurs d’espoirs.

Dans ce roman autobiographique, Joyce Maynard se livre. Elle dévoile différents moments de sa vie douloureux ou dont elle a souffert (l’échec de l’adoption de ses filles africains par exemple). Elle raconte avec sincérité son parcours amoureux et l’accompagnement de son mari malade. Elle raconte les moments de désespoir, les moments où elle avait envie que ça cesse, les moments où elle ne le supportait plus mais je trouve surtout qu’elle partage un témoignage sur l’accompagnement de la fin de vie, un accompagnement semé de doutes, de recherches, d’espoirs, d’hospitalisation ou d’opérations mais aussi de petits bonheurs, quelques sorties (un concert notamment), quelques voyages ou déplacements. Ce récit est donc très intime mais il met avant tout en avant l’amour entre Jim et Joyce, cet amour que ni l’un ni l’autre ne pensait pouvoir encore ressentir. Elle raconte aussi comment cet amour l’a changé, comment elle a perçu les choses différemment, comment cette rencontre fut décisive dans sa vie.

« Nous en étions là. Dissimuler à quel point il se sentait mal pour obtenir un médicament qui le rendrait dix fois plus malade. Faire bonne figure devant son médecin. J’avais beau être témoin de ses souffrances, il devait faire de son mieux pour avoir l’air fort devant moi. » (p.392)

Changer l’eau des fleurs. Valérie Perrin

Changer l’eau des fleurs – Valérie Perrin (Le Livre de Poche)

C’est avec plaisir que je vous parle de ce roman aujourd’hui. C’est un roman dont on a fortement recommandé la lecture et que ma maman m’a offert pour mon anniversaire. Et j’ai beaucoup beaucoup aimé. Je dois dire que j’ai été surprise de ce que j’y ai trouvé, j’ai été agréablement emportée par ce roman et par cette histoire touchante. Et surtout par l’héroïne, Violette Toussaint, une femme d’un certain âge, garde-cimetière après avoir été des années garde-barrière. Elle habite la petite maison du gardien à l’entrée du cimetière d’une petite ville de Bourgogne, elle est surtout l’âme du cimetière, celle qui veille sur les tombes, celle qui accueille les gens de passage et les habitués dans sa petite maison le temps d’un thé ou de quelques mots échangés. C’est un personnage doux et touchant. Son parcours est raconté par bribe, un parcours marqué de drames, de solitude et de courage. Elle est discrète, énigmatique en revanche elle écoute, elle observe, elle songe. C’est une femme abîmée par la vie, marquée par le rejet et l’abandon, par des désillusions mais elle a une lumière intérieur. Sous les habits sombres qu’elle porte dans son cimetière (« ses habits d’hiver »), brillent des habits d’été, des habits lumineux

C’est un roman simple mais la narration est parfaitement menée: aucun ennui ressenti au cours de ces 650 pages, je suis allée de découverte en découverte, de révélation en révélation sans jamais tomber dans l’excès. On découvre une galerie de personnages et une foule d’histoires de vie, des histoires de famille, des couples, des amants… Mais tout reste à dimension humaine. La narration est pudique, certains personnages (plutôt négatifs au départ) se révèlent finalement plus complexe qu’il ne paraît. Bien que l’intrigue se passe dans un cimetière, le roman n’est absolument pas sombre et la petite maison de Violette semble un refuge très agréable. Je m’excuse pour mon avis bien médiocre par rapport au roman; je n’ai qu’un conseil lisez-le !

« Il y a plus fort que la mort, c’est le souvenir des absents dans la mémoire des vivants ». (p. 75)

« Il avait souffert de ne rien avoir pu faire pour elle. De ne pas avoir à s’en occuper. De son silence, ne jamais réussir à lui parler d’autre chose que d’une marque de shampooing ou d’un programme télé. Ne pas avoir su dire à sa femme : « Comment tu te sens ? » Pour cela aussi il avait culpabilisé. Il n’avait même pas appris à souffrir. Au fond, il n’avait rien appris. Ni à aimer, ni à travailler, ni à donner. Un bon à rien. » (p. 419)

De terre et de mer. S. Van der Linden

De terre et de mer – Sophie Van der Linden (Folio)

La chronique sera brève parce que c’est une déception… je n’ai pas réussi à embarquer. Pourtant le récit a des détails indéniables et l’histoire aurait dû me plaire mais je n’ai pas accroché à l’écriture, je n’étais pas plongée dans cette histoire. Cependant je n’ai pas abandonné car je voulais savoir ce qu’il allait advenir des personnages et je reconnais que la fin m’a surprise. Je ne m’attendais pas à ça.

Nous sommes au début du XXI siècle, Henri, un jeune peintre, débarque sur l’île de B, pour venir rendre visite à Youna, une jeune femme qui s’est détournée de lui. Les vingt-quatre heures qui vont suivre décideront de sa vie, comme un temps suspendu, une attente. Il déambule dans ce paysage de mer, de rivage, de plage, d’air iodé… il revoit Youna et fait d’autres rencontres… Ce récit raconte donc l’errance d’Henri sur cette île, entre souvenir du temps passé (trois ans se sont déroulées depuis sa dernière rencontre avec Youna) et évocation impressionniste des paysages… voilà ce roman est un tableau: ce sont des petites touches de peinture, des couleurs irisés, des reflets nacrés, des bleus océans.

« Cette sensation de réussir à faire exister à l’extérieur de soi, sur du papier, ce qui est si mouvant, insaisissable, retranché dans mes pensées, me donne la plus grande joie. » (p.65)

Gloire Tardive. Arthur Schnitzler

Gloire tardive – Arthur Schnitzler (Le Livre de Poche)

Une envie de littérature autrichienne… de Schnitzler je n’ai lu que Mademoiselle Else il y a de nombreuses années (à l’époque où je n’avais pas de blog), très beau souvenir… Gloire tardive est une nouvelle posthume qui aurait été écrite dans les années 1895. L’histoire se déroule dans cette dernière décennie du XIXe siècle. Un vieux poète, Edouard Saxberger, trouve un cercle de poètes admiratifs de son oeuvre lyrique publiée dans sa jeunesse… sa vie bascule alors… il se souvient alors de ses ambitions d’antan, il est grisé par ce cercle qui l’adule. Aveuglé par cette isolation, il prend conscience de sa « pauvre vie ». Toutefois, bien qu’il rêve de débuter une nouvelle carrière littéraire, il a conscience d’être éloigné de ces jeunes et il est tenté de retrouver sa quiétude. C’est donc le récit d’une vieil homme tourmenté mais c’est aussi le portrait d’un milieu littéraire, d’un petit cercle artistique où jalousie, mesquinerie et obsession règnent. L’intrigue se déroule à Vienne, c’est donc aussi cet bohème littéraire que donne à voir Schnitzler, sûrement avec une dimension autobiographique. Une remarque entendu par Saxberger fait basculer le récit vers le drame…

Le rythme est assez lent (parfois c’est un peu long) mais en même temps, c’est beau. Schnitzler est à la fois ironique et doux, ce vieil homme émotif est touchant, cette jeunesse qu’il rencontre lui ouvre les yeux sur sa vie, mais c’est un regard pessimiste; mais cette jeunesse lui a aussi apporté une gloire inespérée.

« Le vieux monsieur s’était brusquement avisé qu’il en allait de même pour lui. D’un seul coup, il avait su où ses meilleures idées lui étaient venues à l’esprit. Il s’était rappelé comment, jeune homme, il se promenait souvent à la tombée du jour, au bord du canal du Danube, sur le sentier brun qui mène à Nussdorf… C’était là, il le savait soudain avec certitude qu’il avait réussi ses meilleurs vers. » (p. 83)

Portrait de mon petit lecteur de 5 ans

Et voilà tu as eu 5 ans hier… comme le temps passe vite ! comme j’aime te voir grandir (même si je reconnais que si on pouvait faire une pause je serais pour) !

Tu as choisi un thème chevalier pour ton anniversaire, tu as pu le fêter avec tes copains et tu étais tellement heureux. Depuis plusieurs mois, tu es à fond : les chevaliers, les châteaux… faut dire qu’avec ton prénom, tu n’avais guère le choix… mais tu restes fidèle à tes voitures, à ton zoo ou à ta ferme, à tes figurines des animaux et à tes livres. Tu aimes faire des puzzles, peindre (en revanche tu peins toujours la même chose !), le dessin ce n’est pas trop ton truc mais tu aimes colorier à côté de ton frère, je suppose que tu préfères la discussion que vous avez au coloriage mais j’aime vous voir, tous les deux autour d’un coloriage et d’une boîte de feutre.

Tu me faire rire avec tes expressions dans lesquelles ta petite voix monte dans les aiguës « maman tu comprends ? » « maman, tu es d’accord hein? »… je suis admirative de ton langage, de ta capacité à mettre des mots sur tes émotions, sur les sensations de ton corps « maman, mes yeux sont fatigués mais pas mon corps » « maman, mon ventre a faim »… admirative de ta acceptation de ton allergie et de ton caractère raisonné, jamais une seule crise, tu tolères que tout le monde mange une glace sauf toi parce qu’on ne connait pas la composition, tu acceptes d’aller à des anniversaires d’enfant sans manger un seul bonbon. Bon tu as aussi tes défauts et là, j’enrage le matin quand tu fais le chamallow pour ne pas t’habiller… parce que tu ne veux pas le faire seul mais quand on t’aide tu fais le tout mou… ça m’agace que tu sois brusque avec tes jouets, ça m’horripile que tu ne saches pas correctement les ranger ces fameux jouets, ben oui tu préfères tout pousser dans un coin pour sortir autre chose plutôt que de ranger… ça m’énerve que tu pleurniches chaque soir pour aller à la douche parce « je ne veux pas être le premier »…. bon tu as évidemment plus de qualité que de défauts : tu es un petit garçon tout doux, tout tendre, tout heureux et insouciant, tu es émotif qui pleure sur un livre et qui se transforme en madeleine devant n’importe quel dessin animé. Tu réclames nos bisous esquimaux, ta veilleuse pour la nuit et des câlins très souvent. Tu es respectueux. Tu es un peu coquin parfois très rusé. Tu adores ton histoire du soir, c’est un rituel bien ancré chez toi. Concernant les livres, tu lis souvent dans ton lit seul, des documentaires et des albums. D’ailleurs je profite de cet anniversaire pour présenter tes livres préférés et comme tu as cinq ans, tu en as sélectionné 5.

Celui que tu as tout de suite choisi, c’est Le livre des secrets de mon dinosaure préféré de Maxime Derouen. Tu as reçu ce livre à Noël et tu le connais par coeur ! et pourtant il est assez long. Les couleurs sont vives, le format des illustrations est sympa et je pense que cela te plait. L’album ressemble à une bande dessinée avec des cases. A la fois, histoire : dans une classe, c’est le jour des exposés, chacun présente alors un exposé sur son dinosaure préféré. C’est là que vient la partie documentaire. Et dernier détail : le livre sent l’encre. Mais vraiment beaucoup. Je te vois à chaque fois sentir le livre avant de le lire. Ça me fait rire, car je fais souvent ça et c’est la première fois que je te vois faire ça.

Encore une histoire reçue à Noël : Des ours dans la brousse de Katerina Gorelik : elle réunit tout ce que tu aimes : des animaux, les paysages de la savane et une histoire drôle.

Ensuite impossible de choisir parmi les titres de Ana Ana d’Alexis Normal (édition Dargaud): parmi ceux qu’on lit le plus Les doudous libraires, Tous au bain, Déluge de chocolat mais honnêtement on les lit très souvent et à chaque fois tu rigoles. Il s’agit d’une petite fille, entourée de six doudous tous aussi filous les uns que les autres. C’est aussi sous la forme d’une petite bande dessinée. J’adore les dessins, très doux, très détaillés ! Depuis hier il y en a un de plus offert par sa Mamie, Coup de peigne pour Touffe de Poil, Mamie aussi à été séduite par Ana Ana et ses doudous.

Tu as ensuite choisi un album qu’on a depuis plusieurs années et qu’on lit effectivement assez souvent : Cyril et Pat d’Emily Gravett (Ecole des loisirs). Une histoire d’amitié entre un écureuil et un rat, une histoire de solidarité aussi.

Ton documentaire préféré, c’est le livre des Animaux, un documentaire acheté en supermarché très très complet. J’ai été étonnée que tu me sortes celui-ci parce que tu ne l’as pas lu depuis un bout de temps mais c’est vrai qu’à une époque, tu y passais des heures et des heures.

Voilà la liste des livres de ses 5 ans, ses préférés. En tout cas ceux qu’il a choisi aujourd’hui parce que je pense que si je retentais l’expérience dans une semaine, ce ne sera pas forcément les mêmes. En revanche, ses choix sont cohérents, ce sont effectivement des albums et un documentaire qu’il lit beaucoup avec des thématiques qu’il aime : les animaux, l’amitié, la solidarité et l’humour.

Glaise. Franck Bouysse

Glaise – Franck Bouysse (Le Livre de Poche)

J’ai terminé ce roman il y a quelques jours maintenant mais je ne sais pas comment en parler. J’ai beaucoup aimé, l’intrigue est très bien construite. Je me suis attachée aux personnages et j’ai encore l’histoire bien en tête. Nous sommes en 1914, c’est l’été, il fait très chaud, dans le Cantal, les hommes vont aller se battre, là-bas. A quelques jours du départ, dans les fermes isolées chacun profite des derniers jours, chacun promulge les derniers conseils aux femmes et aux enfants qui restent. Joseph, quinze ans, à peine devra prendre soin de la ferme familiale, de sa mère Mathilde et de sa grand-mère. Le vieux Léonard, son voisin sera là pour l’aider et l’épauler. Mais dans la propriété d’à côté, Valette est en colère. A cause de sa main atrophiée, il n’est pas mobilisé. Déjà agressif et aigri en temps normal, le voilà plein de rancoeur, cette démobilisation lui pèse.. Irène supporte ce mari, peu causeur, renfrogné mais elle-même souffre de l’absence de son fils, de l’inquiétude croissante… Les Valette doivent en plus accueillir la femme de son frère, Hélène et sa nièce Anna. Deux femmes de la ville, les deux femmes de son frère qu’il déteste… une arrivée qui va bouleverser un ordre établi, qui va soulever l’amertume de Valette et des désirs inavouables, une arrivée qui va déchaîner des passions enfouies.

En arrière-fond, la noirceur guerre. les lettres qui arrivent des lignes de front, les permissions annulées, les vaches confisquées pour nourrir les soldats, les premiers morts, l’inquiétude du silence… la chaleur laisse la place à l’automne puis à un rude hiver… les femmes s’organisent et s’occupent des moissons, des récoltes et des animaux. Joseph rencontre Anna, les seuls « jeunes » de cette histoire mais cette amitié est très mal perçue de Valette, car il est aussi haineux envers la famille de Joseph. Valette est donc le personnage central, un personnage souvent comparé à un animal ou à un monstre, qui se laisse dominer par ses pulsions. L’orage gronde dans ces campagnes désertés de ses hommes valides, c’est là, dans cette nature sauvage, que se jouent des drames. J’ai aimé le personnage de Joseph, adolescent innocent et insouciant au début du roman, il prend peu à peu conscience du monde qui l’entoure. Il observe les rancoeurs, les violences, les souffrances tout en ayant dans le coeur une pointe d’espoir et d’amour. C’est donc un roman sombre et réaliste, j’ai eu l’impression que tout était gris. On sent une pesanteur à la lecture de ce roman et en même temps, c’est délicat, il y a une beauté naissance dans cette ruralité et dans cette brutalité.

« Le prix de sa douloureuse liberté de femme était une guerre et, en même temps, cette liberté nouvelle était comme l’expression d’un instinct de survie, une intime façon de supporter les responsabilités qui lui incombaient. Rien de plus, car plaire à sa conscience était un luxe qu’elle ne pouvait se permettre. » (p. 208)