Les Déferlantes. Claudie Gallay

IMG_5584Il y a des livres qui surprennent. En débutant Les Déferlantes, je n’accrochais. Trop de personnages que je n’arrivais pas à identifier, impossible de comprendre les relations unissant les uns avec les autres, les âges, les éventuels liens familiaux… ça m’agaçait et puis il y avait les dialogues, trop abruptes, trop secs, sans véritable information… comme si l’information importante était retenue… pourtant j’aimais le cadre, la Hague (sans trop identifier le temps, sûrement les années 2000 mais pourtant j’ai eu l’impression que l’intrigue se déroulait dans un temps plus ancien), la Hague donc avec le vent, la lande, la mer, un petit village (j’imaginais la Hague comme une ville) de quelques âmes où tout le monde se connaît, où la vie de chacun se déroule avec des habitudes bien précises. J’aimais aussi ces personnages de vieilles femmes, Nan, la couturière de linceuls, Max et son désir de construire son bateau, Théo, l’homme du phare, celui qui aime les oiseaux tout comme la narratrice dont le métier est d’étudier les oiseaux migrateurs. J’ai donc continué ma lecture et je n’ai pas lâché les 200 dernières pages, redoutant la fin, versant quelques larmes de temps en temps. Finalement les dialogues sont merveilleux, tout en non-dit et en sous-entendus… tout se dévoile (ou presque) en temps et en heure, petit à petit, c’est cruellement savoureux.

La narratrice est attachante. On comprend qu’elle a perdu un être cher (sans avoir d’autre précision), les évocations de cet amour perdu sont sensibles et tendres, une subtile et magnifique évocation du manque. Elle réapprend à vivre amputé de cet amour, de cette force, de cette présence. Elle se prend de tendresse et d’affection pour Lambert, homme mystérieux et tourmenté, aperçut un jour de tempête sur le port. Sur la plage dévastée, la vieille Nan, que tout le monde craint et dit à moitié folle, croit reconnaître en lui le visage d’un certain Michel. La narratrice observe qu’au village, d’autres ont des regards étranges. Comme Lili, au comptoir de son bar, ou Théo, l’ancien gardien de phare. Lambert intrigue la narratrice, pourquoi est-il là ? que cherche-t-il ? à qui en veut-il, à la mer ou aux hommes ? Cet homme l’attire… la « relation » est émouvante, toute en retenue, en pudeur… ils cherchent à comprendre le passé de Lambert… sur leur trace, une photo disparaît, de vieux jouets réapparaissent, le nom de Michel Lepage…
Les déferlantes, c’est une histoire d’hommes et de femmes, une histoire cruelle dans laquelle chacun est rongé par la solitude,  chacun porte dans son âme un profond secret.

IMG_5588L’intrigue tient en haleine, nous entrons dans les habitations, le café du village avec toujours la mer et son phare… Ce roman m’a donc fortement surprise, il y a un véritable souffle dans l’écriture, Claudie Gallay exprime l’amour, la rancœur ou le pardon, la brutalité des sentiments, l’impossible deuil des êtres aimés, la complexité des liens familiaux… une déferlante d’émotions à chaque page.

« Qu’est-ce qui fait que l’on s’éprend, comme ça, au premier regard, sans jamais s’être vus avant ? Il y a des rencontres qui se font et d’autres, toutes les autres qui nous échappent, nous sommes tellement inattentifs… Parfois nous croisons quelqu’un, il suffit de quelques mots échangés, et nous savons que nous avons à vivre quelque chose d’essentiel ensemble. Mais il suffit d’un rien pour que ces choses là ne se passent pas et que chacun poursuive sa route de son côté. »

Les Déferlantes, Claudie Gallay, Editions J’ai Lu (2010)

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Le royaume de Kensuké. Michael Morpurgo

IMG_5525Honte à moi je n’avais jamais lu ce grand classique de la littérature jeunesse ! Cette année, mes futures 6e ont cette réécriture du mythe de Robinson Crusoé dans leur liste de lecture estivale alors il a bien fallu que je fasse comme eux. Bien m’en a pris ! J’ai lu ce roman très rapidement avec beaucoup de plaisir, d’émotions et de tendresse. J’aime la réflexion que la narration induit, ce lien d’amitié, cette complicité et ce respect qui s’instaurent entre le héros narrateur et Kensuké. Chacun apprend à l’autre et grandit de l’autre, un bel exemple d’altruisme pour nos petits élèves. Mais également il y a beaucoup à réfléchir sur la simplicité de la vie et ce qui faut une vie heureuse et satisfaisante.

Le héros est un jeune garçon, Michael. L’usine de ses parents ferment et tout deux se retrouvent sans travail. Le père prend alors l’initiative de se lancer dans un tour du monde à la voile. Pourquoi ne pas réaliser maintenant ce grand défi ? Alors après avoir pris des leçons et s’être exercé, les voilà partis sur la Peggye Sue. Nous sommes en 1987, il n’y a pas de portable et Michael emporte un ballon de foot pour seul souvenir. Leur chienne Stella Artois est également de la partie. Et les voilà partis, bravant les vents, tous les trois pour faire front aux intempéries, à la solitude, aux rencontres fortuites avec des dauphins ou des marsouins. Ils apprennent l’entraide tout en faisant face aux dangers de la mer. Michael commence un journal de bord interrompu alors qu’une nuit de tempête, pour sauver sa chienne, il tombe à la mer sans que ses parents s’en rendent compte. Par chance il se réveille sur une île. Commence alors la grande aventure de sa vie, survivre sur cette île, garder assez d’espoir, de courage et de détermination pour tenir… heureusement il a retrouvé Stella. Terrorisé par la forêt luxuriante et les cris des gibbons, il trouve une cachette près de la plage. Très vite, il comprend que quelqu’un d’autre habite sur l’île : le matin, il trouve de quoi survivre, de l’eau douce et de la nourriture. Mais pourtant personne ne se montre… son feu est même éteint et il comprend que l’homme lui sera très hostile s’il tente de rallumer un feu et de solliciter de l’aide. Mais pourquoi ? pourquoi cet homme, Kensuké, refuse-t-il qu’il allume un feu ? pourquoi cet homme lui apporte de quoi subvenir à ses besoins ? pourquoi cet homme lui interdit d’aller nager ? et comment cet homme vit ? qu’a-t-il pu lui arriver pour être là ?

Peu à peu les deux hommes vont être obligés de se côtoyer, de s’apprivoiser, de se découvrir… une très belle relation… Kensuké est un homme sage, calme, apaisé, je me suis beaucoup attaché à lui. Il nous apprend beaucoup.

« L’île devait faire trois ou quatre kilomètres de loin, pas plus. Elle avait un peu la forme d’une cacahuète allongée, mais elle était plus grande d’un côté que de l’autre. Une bande de sable noir et brillant s’étendait des deux côtés de l’île. Une colline apparaissait à un bout, plus escarpée que la mienne, avec une végétation plus touffue, mais moins haute. A l’exception de ces deux sommets, toute l’île semblait recouverte de forêt. D’après ce que je pouvais voir, il n’y avait aucun signe de présence humaine. Et pourtant, même ce premier jour, tandis que je restais là, plein d’appréhension à l’idée de ce qui m’attendait dans ma terrible situation, je me souviens d’avoir été émerveillé par la splendeur de cette île, un joyau vert cerclé de blanc, dans le bleu satiné et chatoyant de la mer. Bizarrement, réconforté peut-être par la beauté extraordinaire de l’endroit, je n’étais pas du tout abattu. Au contraire, je me sentais euphorique. J’étais vivant.  Stella Artois était vivante. Nous avions survécu. » (p. 50)

Je ne sais pas ce que j’aurais pensé de ce roman ado, en tout cas, j’ai beaucoup aimé aujourd’hui et je sais que mes élèves aimeront donc si vous avez des ado, mettez-leur ce roman dans leur valise !

Le royaume de Kensuké, Michael Morpugo, FolioJunior

 

Les garçons de l’été. Rebecca Lighieri

IMG_5464Ma deuxième lecture des vacances, terminée hier, j’ai encore du mal à parler de ce livre qui m’a étonnée… il me hante encore, je l’ai dévoré et j’en ai rêvé chaque nuit. Il me suivait dans mes nuits, mes balades à la plage et mes baignades. Je ne sais pas à quoi je m’attendais mais pas du tout à ça !

Tout commence dans une famille qui m’a fort touchée. Mylène et Jérome forment un couple heureux, épanoui et qui a réussi. Dans leur demeure biarrote, ils ont elevé Thadée, leur aîné de 20 ans, Tchadée le cadet d’un an de moins et la petite dernière Ysé de 11 ans. Ysé est le personnage avec lequel j’ai au départ le moins adhéré, un peu farfelue et dans son monde, elle cultive ses plantes et vit en solitaire. J’ai tout de suite adoré les deux frères, leur complicité, leur physique (deux beaux surfeurs, blonds, musclés, sportifs 😉 et leur passion du surf. Tchadée (mon personnage préféré) est admiratif de son frère, considéré par beaucoup comme un dieu. Il vit dans l’ombre de celui-ci mais semble (au moins un temps) y trouver son compte. Il y a de nombreuses pages concernant le surf, son langage et son univers (univers qui m’est totalement inconnu) mais ce n’est jamais ennuyeux. Connaissant bien (et aimant) Biarritz, je suivais les phrases le long de la plage des Basques et sur les plages des environs.

« Je l’ai aimé. Comme je l’ai aimé, lui… ça non plus, je ne le retrouverais jamais, cet amour inconditionnel et pur qui me liait à mon ainé. Personne jamais ne m’inspirera autant d’admirations, autant de volonté éperdue d’imitation et de dévouement. il a été mon dieu – et pourquoi ne l’aurait-il pas été ? Je connais peu de gens qui n’aient pas été fascinés par Thadée. » (p.165)

Pour l’intrigue, je n’en dis pas plus sinon je dévoile tout et le livre perd tout son intérêt. Les frères si charmants vont être confrontés à un événement inattendus, leurs jeunesses et leurs rêves sont brisés nets. Le roman prend alors une tout autre tournure, quasiment angoissante. J’avais parfois le cœur qui battait durant ma lecture et je ressentais une légère inquiétude à l’idée de poursuivre cette histoire. Le style est assez étonnant, c’est parfois trash. Chaque personnage prend tour à tour le récit à sa charge, on entre alors dans l’intimité de chacun et on découvre ce qu’ils pensent les uns des autres. L’amour est décrit magnifiquement (j’ai adoré le couple que forme Tchadée et sa copine Cindy, je les trouvais très touchants et attendrissants) mais il y a aussi l’autre côté, celui qu’on préfère cacher mais qu’ici les personnages livrent. Les masques tombent peu à peu et les sentiments négatifs sont nombreux, entre les parents qui trouvent les copines de leurs progénitures ignares ou stupides, Ysé qui dénigre son frère ou le frère de la fameuse Cindy… c’est cru, direct et étourdissant ! Je reconnais tout de même que la fin du roman est un peu poussive et excessive, c’est mon seul petit regret.

« Mon beau chéri, mon bel amour… Oui, tu étais tellement beau, est-ce que tu sais ça ? Les premiers temps de notre histoire, j’étais presque écrasée par ta splendeur et par la conscience de mon indignité. (…)

Mon chevalier… Mais oui, c’est ce que tu étais et c’est ce que j’ai aimé passionnément chez toi. Ta noblesse, ton courage, ton innocence. Oui, ton innocence, et j’oserais même dire, ta pureté. Personne n’a su à quel point tu étais dépourvu de tous les vices ordinaires : l’égoïsme, la vanité, la mesquinerie, la jalousie… » (p.252)

Je n’en dis pas plus, j’espère vous avoir donné l’eau à la bouche parce que ce roman vaut vraiment le détour ! Grand coup de coeur de l’été !

Les garçons de l’été. Rebecca Lighieri. Edition Folio

Celle qui fuit et celle qui reste. Elena Ferrante

IMG_5287Aujourdhui j’ai tourné les dernières pages de ce troisième tome de L’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante. Après avoir lu L’amie prodigieuse il y a deux ans et Le nouveau nom l’été dernier, j’avais patienté pour lire le troisième tome cet été. De jolies retrouvailles… et déjà l’envie de lire la suite. Elena Ferrante a décidément le don de savoir terminé ses histoires pour donner de lire la suite.

Dans ce troisième volume on retrouve Lenu, bientôt mariée avec Pietro Airosa, un enseignant de l’université de Florence où elle compte s’installer après ses noces. Le quartier la rebute et elle est ravie d’en partir. Les affaires du quartier sont devenue une trame de fond dans ce tome, les évolutions politiques sont régulièrement évoquées comme les événements de 1968 et l’émergence des mouvements féministes ou protestataires. La première partie du roman m’a un peu laissée sur ma fin : Lenu face aux problèmes d’usine, Lila, assez absente ou distante de ce IMG_5460roman, les débuts de la lutte prolétaire de certains anciens du quartier. Lila et Lenu se croisent à peine dans ce roman, quelques rencontres, beaucoup de coups de téléphone et des pensées. Leur amitié doit évoluer. Elles ont du mal à se comprendre et ne parviennent pas à s’aider, à se parler, à s’expliquer. Lenu continue de vivre en pensant à Lila, en se comparant à elle. Entre réussite de son premier roman et maternité, Lenu mène sa vie sans trop savoir où aller. Plâne toujours l’ombre de Nino Sarratore, son aura, sa prestance, sa personnalité attirante. La deuxième partie est passionnante, j’ai eu beaucoup de mal à lâcher le livre dans les dernières pages. Lenu est face à un moment décisif de sa vie. Une écriture passionnante, haletante, IMG_8362un roman captivant et fascinant; bref vivement la lecture de la suite !!

« Nous avions toutes deux besoins d’une épaisseur nouvelle et de corps, mais nous nous étions trop éloignées l’une de l’autre et n’arrivions plus à combler ce manque. » (p. 407)

Celle qui fuit et celle qui reste, Elena Ferrante, Folio

Cinna. Corneille

Cinna« Plus le péril est grand, plus doux en est le fruit » et voilà tout est dit ! Corneille et son écriture que j’aime de plus en plus, que je comprends de mieux en mieux… J’ai beaucoup travaillé sur Le Cid, là je découvre Cinna, la tragédie avec laquelle il a obtenu la consécration littéraire, après la querelle du Cid, il lui cette double approbation du public et de l’Académie française.

Cinna est le lieu d’un affrontement entre deux personnalités historiques, l’empereur Auguste et Cinna, auteur de la conjuration contre Auguste. Cinna compte être auréolé de gloire afin d’épouser dignement Emilie, fille adoptive d’Auguste à qui il a promis la main et qui lui a demandé de venger son père en tuant Auguste. Corneille nous plonge donc ici dans la mythologie romaine et s’inspire de De Clementia de Sénèque. Son écriture me séduit : l’alexandrin si travaillé, les antithèses et les nombreux rythmes binaires, des jeux d’opposition qui mettent en valeur le dilemme entre raison et cœur, le lexique de l’honneur et de l’amour.

Cette pièce met en scène une vertu héroïque, la clémence. La clément c’est celle réclamée par Livie, la femme d’Auguste,celle qui permettra à Auguste de se couvrir de gloire et d’avoir un règne tranquille.

« Eh bien, vous le voulez, il faut vous satisfaire,

Il faut affranchir Rome, il faut venger un père,

Il faut sur un tyran porter de justes coups :

Mais apprenez qu’Auguste est moins tyran que vous. » (III, scène 4)

Cinna. Corneille. Folio classique

Le Roman Comique. Scarron

le roman comiqueAutant le dire tout de suite, je ne serais jamais allée seule vers ce roman. Pourtant il m’a assez surprise. J’ai pris plaisir à le lire. Il faut tout de même reconnaître des longueurs notamment lors des nouvelles espagnoles, nouvelles enchâssées dans l’esprit du Don Quichotte. Pendant ma lecture, j’ai souvent pensé à Rabelais (pourtant lecture très ancienne), mes souvenirs seraient trop imprécis pour me dire le lien que j’y ai vu, le côté « banquet ; soûlerie ; tripot », l’aspect grivois. Il y va aussi de Molière pour l’évocation de la « charrette » de la troupe de théâtre qui arrive au Mans (comment ne pas avoir en tête certaines scènes du film d’Ariane Mouchkine) et puis les nombreuses scènes de farce (coup de bâton, chutes en tout genre, pieds coincés dans un pot de chambre). Le rythme est assez haletant, les rebondissements s’enchaînent, c’est complètement improbables (notamment en terme de hasard et de retours des personnages).

Le Destin, la Rancune, Mademoiselle de l’Etoile et Mademoiselle de la Caverne forment les principaux comédies de la troupe de comédiens ambulants que l’on suit. Ils errent sur la route et fréquentent de nombreuses hôtelleries dans lesquelles ils vivent de nombreuses aventures. A cela s’ajoutent donc des récits secondaires pris en charge par certaines personnages comme Ragotin ou Inézilla. Ragotin c’est le petit drôle, un « assez mauvais poète », celui à qui il arrive des « disgrâces » et dont tout le monde rit. C’est le double ridicule du personnage principal, le Destin.

Scarron intervient de nombreuses fois dans son récit, tantôt ironique, tantôt commentateur, tantôt moqueur… c’est assez drôle et assez moderne. Voici pour ce roman inachavé, Scarron n’a pas eu le temps d’écrire/ de publier la troisième partie.

Le Roman Comique, Scarron, Folio (1985)

La gouvernante suédoise. Marie Sizun

La gouvernantesuedoise1Ce roman, je l’ai acheté sur un coup de tête, une couverture tentante, un titre alléchant, quelques mots sur la quatrième de couverture (Stockholm, Meudon, fin du XIXe siècle), une citation de Sandor Marai en exergue ont achevé de me convaincre.

Dès les premières lignes, j’ai su que j’allais adorer. J’adore les coups de cœur surprise, les romans dont on ne connaît rien mais qui se révèle si beau, La Gouvernante suédoise est une merveille, une petite pépite que j’ai dégusté. Tout de suite, je suis entrée dans ce roman, je suis entrée dans cette famille.

Léonard Sèzeneau est professeur de français en Suède, marié à une frêle anglaise. lors d’une conférence donnée sur Madame Bovary, il rencontre Madame Christiansson et sa fille Hulda de dix-sept ans qui sort d’internat. Les références au roman de Flaubert sont récurrentes dans le roman : « Une enfant, poursuit son père. Elle a fait un peu de français au pensionnat, mais sa pratique de la langue ne lui permet guère encore de converser. Le conférencier sourit sans mot dire, le regard toujours fixé sur la jeune fille. » (p.29) Léonard prend de l’importance au cœur de cette famille bourgeoise, une première entorse aux mœurs bourgeoises avec le mariage d’Hulda et de Léonard. Sans rentrer dans le détail, des enfants naissent, Léonard devient négociant de vin et voyage beaucoup obligeant Hulda à prendre une gouvernante. « Inquiet et exaspéré, Léonard se résigne presque à engager n’importe qui, lorsque le hasard va lui faire rencontrer la perle rare. » (p.59) : ce sera Livia Bergvist, fille d’une acteur de théâtre, suédoise mais maîtrisant le français. Assez rapidement la famille doit déménager à Meudon, une nouvelle vie commence, plus sombre, plus grise, plus triste.

La gouvernantesuedoise2J’ai beaucoup aimé ce roman. La relation entre Hulda, la femme enfant et Livia, la femme qui se rend indispensable pour la tenue de la maison mais aussi la description de cette vie en huis-clos, cette maison feutrée de Meudon où ils semblent seuls et isolés sont un régal. Le personnage de Léonard est assez insaisissable, peu présent mais pourtant essentiel. Impossible de savoir ce qu’il ressent, ce qu’il comprend de la situation… L’auteur reste assez mystérieuse, il y a beaucoup d’implicites, de non-dit, de pudeur. Les entorses aux conventions sont sous-entendus ; c’est aussi ce qui fait la douceur de ce roman. L’écriture est belle, douce et dense. Seul bémol, l’épilogue qui pour moi n’est pas indispensable et ne m’a rien apporté.

« Vous souvenez-vous, avait demandé Léonard avec un petit sourire, de ce passage, au débit du roman, où Julien, qui va faire ses débuts comme précepteur, se présente en tremblant à la porte de Mme de Rénal, tout aussi effrayée elle-même à l’idée de l’inconnu qui va peut-être battre ses enfants ? » (p.70)

C’est une très belle découverte et un roman que je vous conseille très fortement !

La gouvernante suédoise, Marie Sizun, Folio ❤ ❤ ❤