Aquarium. David Vann

AquariumPar où débuter ? Ce roman m’a surprise… je ne savais pas à quoi m’attendre et au fil des pages, je craignais d’en découvrir plus… une lecture en apnée un peu angoissante.

Ça commence tout doucement à l’aquarium. Des allées sombres, une petite fille qui connaît tous les poissons, un monde métaphorique qui fait écho à son univers mais qui lui offre aussi une bulle d’oxygène, de quoi s’échapper de son quotidien. Une jeune adolescente, Caitlin, douze ans, se réfugie à l’aquarium tous les soirs après l’école en attendant que sa mère vienne la chercher après son travail. Elle admire les profondeurs marines et connaît le moindre de ses habitants. C’est là qu’elle rencontre un vieil homme qui partage sa passion et bientôt ses discussions.L’homme révèle son identité, lorsque la mère de Caitlin découvre cela, le récit bascule d’une façon inattendue, pour moi… J’ai trouvé qu’à ce moment -là, le personnage de la mère prend une tout autre dimension, elle se révèle également mais d’une façon cruelle, violente. J’ai eu du mal à éprouver de l’empathie pour cette mère ou même de la compassion tant ce qu’elle fait subir à sa fille m’a semblé violent… (même si ce qu’elle a subi l’est tout autant).

Aquarium lectureJ’attendais le dénouement avec impatience… après une telle montée en violence et un tel drame, comment le roman pouvait s’achever ? Je n’avais aucune envie que le drame continue tellement je me sentais mal à l’aise et en même temps une fin heureuse me semblait inenvisageable… Comment imaginer un apaisement des tensions et qu’une vie « ordinaire » puisse reprendre après de tels actes et de telles révélations ? Mais une fois de plus j’ai été surprise, l’auteur trouve une parade… un entre-deux où une forme de « paix » est rétablie. Et pour nous aussi, lecteur, je suis sortie « soulagée » mais pas indemne de cette fresque familiale.

Et puis dernier élément que j’ai aimé de ce roman, c’est l’amour, un amour juvénile… une page de douceur et de sensualité… pudeur, grâce, désir… de belles lignes sur un amour qui vient adoucir le drame et guérir ou plutôt apaiser les blessures du passé…

« La vraie vie ressemblait davantage à l’océan, où n’importe quel prédateur pouvait surgir d’un instant à ‘autre. » (p. 56)

Une lecture surprenante, glaçante, marquante… et un billet totalement décousu 😉

David Vann, Aquarium, Gallmeister, octobre 2016

Il était un capitaine, Bertrand Solet

Il était un capitaineUne fois encore, une lecture pour mes élèves mais j’ai été assez surprise. Bon c’est très facile à lire, peu de recherches stylistiques et pas de grandeur littéraire mais l’intérêt est ailleurs.

Ce roman permet de découvrir un contexte historique, une époque, une atmosphère, celle de la fin du XIXe siècle. Quelques grandes figures historiques sont évoquées, Gauguin, Zola et bien sûr Dreyfus puisqu’il s’agit de l’histoire de l' »Affaire Dreyfus ». En parallèle de cette histoire, il y a la part romanesque du roman, le « héros », Maxime Dumas est un jeune journaliste qui doute de la culpabilité de Dreyfus mais on perçoit comment ceux qui doutent seront mis à l’écart (il sera envoyé à Madagascar) pour préserver l’armée et les responsables. Ce qui est donc intéressant c’est qu’on découvre le poids de la presse, son influence grandissante et la responsabilité qu’elle a dans cette affaire. On prend aussi conscience du poids de l’opinion publique et on comprend pourquoi cette affaire a tant marqué les esprits, une des premières affaires « médiatisées ». L’atmosphère antisémite de l’époque est bien transcrite, on perçoit les suspicions, les rancœurs, la vengeance. J’ai trouvé intéressant de voir et de comprendre comment l’affaire Dreyfus est montée, comment la manipulation est mise en place mais aussi pourquoi, malgré les doutes (voire les certitudes quant à son innocence) l’état-major a continué à l’accuser et à participer en créant des preuves accablantes. L’intervention de Zola et sa lettre ouverte, « J’accuse », font partie de ce roman et on perçoit le rôle important de cette lettre, à partir de là, l’affaire est comme « démontée ». Chaque élément est repris, analysé, expertisé à nouveau et le roman s’achève lors de la réhabilitation en juillet 1906.

Je pense qu’ado j’aurai adoré ce roman, un peu policier, un peu réaliste, un peu historique (le tout avec une petite intrigue amoureuse 😉 il y en a pour tous les goûts !

« J’admets que mon départ de Madagascar soir une faute professionnelle. J’étais prêt à m’en expliquer avec vous. Mais, ce que je trouve inadmissible, moi, c’est que vous ayez dénaturé systématiquement mes dépêches. Que vous ayez transformé ou tu, tout ce que j’ai vu et ressenti de douloureux là-bas. Que vous ayez manifesté comme venant de moi, une approbation béate de faits inadmissibles… Je ne suis pas un scribe accroupi, monsieur, pour reprendre votre expression… J’ai des yeux, un cœur, une conscience… » (p.139)

Il était un capitaine, Bertrand Solet, Livre de poche jeunesse (1986)

Le Quinconce. Charles Palliser

IMG_0644 J’ai commencé ce roman tout en sachant que je n’avais pas la suite sous la main, je n’aime pas cette sensation et j’espérais bien que la fin ne soit pas trop abrupte… Réponse en fin d’article 😉

Dès le début j’ai été conquise par l’atmosphère, l’Angleterre, le XIXe siècle, un petit village perdu… Comment aurais-pu résister ? L’intrigue démarre tout de suite.

Le jeune John Huffam est élevé modestement par sa mère mais surtout celle-ci semble le tenir à l’écart de la société. Entouré de sa mère et de sa nourrice, l’intransigeante FullSizeRenderBisett, Johnnie n’a presque aucun contact avec des enfants de son âge. Un jour, désobéissant aux ordres maternelles, il rencontre Henrietta, la fille des châtelains du domaine voisin Hougham. Tout démarre, événements étranges, personnages troublants, quête de la vérité ! John comprend que son lignage (dont sa mère refusait de parler) est lié à celui de ces châtelains. Sa mère semble terrorisée et ne préfère pas trop fouiller le passé par crainte que l' »ennemi » ne s’en mêle. Têtu et effronté, John décide tout de même de continuer à fouiller son passé, il part à la quête de son identité !

« Le passé excitait de plus en plus ma curiosité. D’où venais-je ? Où ma mère avait-elle vécu ? Elle abhorrait les questions que je lui posais à ce propos, et jamais elle ne m’avait mis au fait de rien, sinon de ceci, qu’elle avait grandi à Londres. » (p. 82)

IMG_0680Le Quinconce est une fresque familiale dans laquelle je n’ai lu que le premier tome. Dans ce tome, les jalons de l’intrigue sont posés. L’intrigue se noue et peu d’éléments sont dénoués mais on sent qu’il y a des indices pour la suite. L’intrigue sera complexe à n’en pas douter. Maintenant grand dilemme pour moi : est-ce que je commande la suite ou est-ce que je laisse mon imagination travailler ?

Le Quinconce, Tome I, Charles Palliser, éditions Libretto, janvier 2015

Quelques envies…

Hier petit tour à Paris, une échappée où j’ai pris du temps pour moi, un déjeuner avec des anciens collègues, quelques achats vestimentaires pour renouveler une garde-robe que je ne supportais plus et surtout du lèche-vitrine en librairie !

Je ne sais pas si c’est les beaux jours qui me donnent cette envie mais en ce moment je voudrais acheter des livres et puis lire, lire… je voudrais m’installer dans l’herbe pour lire, dans une chaise longue ou sur la plage, le soleil est là depuis hier, je sens venir les premières lectures dehors, les premiers pique-nique, un air printanier que j’aime !

En attendant, voici mes tentations (parmi tant d’autres, bien évident:):

  • Les intéressants de Meg Wolitzer : j’avais repéré ce titre à sa sortie et puis je m’étais dit « allez, lors de sa sortie en poche… » et puis toujours pas sur mes étagères !
  • Un nouveau nom d’Elena Ferrante : la suite d’Une amie prodigieuse, lue et adorée cet été sur la plage ! Celui-là il me le faudra bientôt !
  • Dans la forêt de Jean Hegland : je le vois sur plein de blogs et l’avis de mon libraire était dithyrambique
  • Double secret de Willa Marsh, une auteur que j’ai envie de découvrir rapidement.

IMG_0686Un petit tour également par le rayon « jeunesse » où j’ai repéré un album pour mon bébé brun : Un éléphant sur la balançoire de Susanne Straber, une histoire adorable où différents animaux viennent sur la balançoire afin d’aider l’éléphant à monter, à descendre jusqu’au moment où un petit garçon arrive et… suspens ! Je ne doute pas que mon petit adorera cette histoire (et même le grand !). Je n’ai repéré de merveilleux pour mon grand, pourtant il va falloir que je lui trouve un bel album pour ses quatre ans qui arrivent…

J’ai été raisonnable, je n’ai rien acheté mais ça me manque de ne pas renouveler mes choix de lectures. J’aime avoir plein de livres d’avance (sans dépasser un certain seuil) afin d’avoir celui qui est parfaitement adéquat à mon humeur ou à la météo ou tout simplement au temps dont je dispose pour le lire !

Bon dimanche !

 

 

Le Photographe. Guibert – Lefèvre – Lemercier

fullsizerenderm Je lis et j’ai lu très peu de bandes dessinées, alors oui petite j’ai lu les Astérix et Tintin de mes frères mais depuis pas grand chose… quelques romans graphiques de Jiro Taniguchi  (et depuis l’envie de le relire ne n’a pas quitté mais je n’en ai pas encore eu l’occasion) et puis il a fallu que je trouve une lecture pour mes 4e. Une lecture sur le thème du journalisme, de la presse… pas évident… j’ai cherché, j’ai fouillé mais rien ne me satisfaisait vraiment jusqu’à ce que je tombe sur cette bande dessinée.

Magnifique découverte ! Surprenante découverte !

Une bande dessinée particulière puisqu’elle alterne planches dessinées et photographies fullsizerendermklkde différentes tailles et puis ce réalisme, cette réalité, cette histoire qui saisit, qui m’a saisie. Ce reportage photographique m’a conquise dès les premières planches (j’ai d’ailleurs lu sans m’interrompre !).

Ce texte est le récit d’une mission humanitaire, celle de Didier Lefèvre qui en 1986 se rend en Afghanistan en tant que photographe. Il y rejoint une équipe de Médecin sans frontière qui doivent aller construire un petit hôpital. Des kilomètres à traverser, des monts à gravir, traverser le Pakistan, la frontière et les zones dangereuses, se confronter à une réalité poignante, touchante, parfois dérangeante mais aussi un humour et une légèreté… cette bande dessinée reflète le regard de ce photographe sur ce monde, cette guerre, cette culture… un regard bienveillant et tendre.

Un audacieux mélange entre textes, bulles, dessins et photfullsizerenderographies, tout se lie parfaitement. Une alternance parfaitement réussie, saisissante.
Ce texte, cette mise en page de Frédéric Lemercier, ces photographies de Didier Lefèvre, les dessins d’Emmanuel Guibert m’ont troublée et me troublent encore quatre jours après avoir achevé la lecture (ce qui explique que je ne trouve pas les bons mots pour en parler).

Magnifique, bouleversant… Avez-vous lu la suite ? je commande ?

A tout hasard, quelle lecture donnez-vous à la maison sur ce thème à vos classes de quatrième (hormis Bel-Ami lu en classe) ?

Février 2017

Stage tablette, BookCreator et LSU / grand départ / découvrir la neige / télésiège, descendre en chasse-neige, dameuse… du vocabulaire nouveau à s’approprier / cette neige qui tombe sans discontinuer / première balade, première glissage / découverte de la luge / fou rire de img_0574mon bébé brun avec la pyramide de cube / mon piou-piou d’amour / tes premières descentes à ski / nous, cachés et impressionnés ! / toi qui en redemandes ! / tu essaies d’empiler les cubes / tu pointes du doigt / la surprise des télécabines / bonhomme de neige au sommet / croziflette, tartiflette, raclette… / changement de technique, tu mets les petits cubes dans les grands / ton envie de rester au ski mais notre long retour / tu montres tes lettres « celle-là je l’ai » / mon bébé lecteur / tes 1 an / mes larmes qui coulent en écrivant ce que tu as changé dans notre vie / une fête colorée / pendant ta sieste, ton frère qui décore la maison /img_0562 Batobus, Paris, Notre-Dame, Louvre / t’emmener à la piscine et te voir tellement heureux / que tu m’as semblé grand à te « débrouiller » dans le bassin / mamie et papé / mal te tenir avec ton frère / tu appuies sur les livres sonores et quelle fierté pour toi / un cauchemar de hibou / reprise / toujours ces hiboux la nuit ! / se lancer des défis nommés EPI et framapad / « oh je suis en sur » craquer sur cette faute que je n’ose te corriger car elle est trop chou! / img_0349envie de déménager, de bricoler, de décorer / retrouver le chemin du parc / mon bébé brun qui aime jouer à la dînette / poser plein de questions sur les lettres / un samedi enfermée à travailler / fullsizerenderpremier carnaval à l’école « – on peut mettre un déguisement de piscine ? – euh… -Ben oui, juste un bonnet et mon maillot!? » ; ce sera finalement plus classique, chevalier / « trognon » ça commence comme « trodon »… tes associations de sons / te lire plein d’albums / SOS médecin / « pourquoi tu fais le ménage ? parce que tu adores ? » / LSU et journée enfant malade…

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Mudwoman. Joyce Carol Oates

mudwoman Un roman de la grande Joyce Carol Oates, il m’attendait depuis quatre ans sur mes étagères. Une fois de plus je suis conquise et impressionnée par le talent de cette grande auteur américaine.

Je viens de tourner les dernières pages avec encore ce goût de terre qui me poursuit et ces corbeaux omniprésents ! Une fin ouverte qui laisse pleins de questions sans réponse…

Ce roman raconte la vie de « Mudgirl ». Petite, elle est abandonnée par sa mère dans un marais, dans ce marais glacial, le petit corps s’enfonce, la boue pénètre sa bouche, ses oreilles, cette boue l’asphyxie… sauvée miraculeusement, ce goût de la boue, cette boue insidieuse revient régulièrement dans la vie Mudgirl ne pouvant que lui rappeler ce terrible passé. Mais comment survivre à un tel traumatisme ? Recueillie par une famille aimante qui tente de lui faire oublier son horrible passé, Mudgirl devient Meredith Ruth (M.R) Neukirchen.

Oates construit son roman avec une alternance : chapitres sur Murdgirl, « l’enfant de la boue » et ceux sur M.R Neukirchen devenue présidente d’une université de renom. En effet, sa vie personnelel est un ratage complet, (solitude et amant secret), elle a néanmoins réussie sa vie intellectuelle et professionnelle. Un retour dans la région de son enfance pour prononcer un discours à un congrès va tout mudwoman-1précipiter, elle perd ses repères, des souvenirs reviennent, des interrogations arrivent, elle vacille et sombre.

Oates peint un portrait douloureux de femme, une vie parcourue de violence et de peines. C’est la partie sur Mudgirl que j’ai préférée, que j’ai trouvée la plus « prenante ». Le rythme est haletant cependant un peu irrégulier et j’ai notamment trouvé quelques chapitres un peu long en milieu de roman. Sûrement aussi lié à mon rythme de lecture !

« Respirant à peine parce que ses côtés avaient été cassées, une boue puante dans les narines, dans la bouche, les cils mêmes de ses yeux collés ensemble. Meurs qu’est-ce que tu attends. Mudgirl, fille de boue, rebut… meurs. » (p. 178)

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Mudwoman, Joyce Carol Oates, Edition Philippe Rey, oct. 2013