Le garçon. Marcus Malte

Le garçon 1Ô merveille ! ô pépite ! Je vais vous parler, non sans une petite appréhension, de ce petit bijou littéraire que je suis d’ors et déjà triste d’avoir terminé mais tellement enthousiasmée d’avoir découvert. Que c’est beau ! Que c’était beau !

« Il marche du crépuscule à l’aube, il dort au plus chaud de la journée : au début le garçon conserve ce rythme. Et puis la lune s’amenuise et sa clarté décline. Et puis il s’enhardit. Au quatrième jour il n’est pas midi lorsqu’il s’éveille et reprend la route. » (p. 45)

Revenons aux prémices de cette découverte. L’an passé, mes parents me proposent une soirée, aller écouter Marcus Malte lire des extraits du garçon. Ce titre ne m’évoque rien mais allez c’est parti ! Et là, magnifique ! Une lecture tellement belle… de la musique, des chansons, lui et sa guitare… je suis fascinée par  le texte que j’entends, par les mots et par cette lecture parfaite. Ni une ni deux, à la fin de la lecture, j’achète le livre et félicite Marcus Malte pour ce moment de délice absolu.

Samedi dernier, j’ai sorti l’ouvrage de ma bibliothèque. J’ai débuté ma lecture. J’ai reconnu les mots que j’avais entendu il y a un an. En lisant, j’entendais l’intonation de Marcus Malte, le rythme de sa récitation. C’est beau. C’est merveilleux. C’est un roman où la langue est somptueuse, riche, variée. Une langue très particulière, un style inimitable. Le rythme est incroyable. Les phrases, la respiration… il y a quelque chose de particulier, des énumérations de synonymes, des rythmes ternaires, des métaphores… Sans dévoiler l’histoire, le garçon erre et part en quête d’une humanité, un être sauvage, mutique à la découverte du monde. J’ai adoré à partir du moment où le garçon rencontre Emma, une rencontre déterminante, une initiation à l’art, une initiation à l’amour. Ce sont déjà les passages que j’avais préféré lors de la récitation de Marcus Malte. Des pages extrêmement sensuelles sur l’amour, le plaisir charnel… Les chapitres sur la guerre sont époustouflants, saisissants, le rythme, les petites piques… je ne sais comment dire. Il y a quelque chose de magique dans cette plume.

« Tous les instants, toutes les précieuses minutes dérobées, arrachées, et toutes ces heures royalement octroyées, tout ce temps libre de leur existence désormais tendu vers ce but unique, consacré à ce seul projet : le plaisir. Le faire naître. Le faire croître. Et puis s’en repaître. » (p. 281)

J’ai adoré les parties centrales du roman, la toute première, l’errance du garçon m’a moins captivée néanmoins l’écriture est somptueuse. Le garçon m’a procuré des émotions comme cela faisait longtemps que la littérature ne me l’avait permis, la sensation de grandir, d’aller plus loin, plus haut… Un texte aux mille qualité, un conte,  un roman initiatique, un roman d’amour, un roman d’aventures, une réflexion sur l’humanité, sur la construction de soi. Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un texte avec une écriture si belle, une plume si travaillée et en même temps si accessible. Ce garçon m’a habité et il restera très longtemps avec moi ❤

« Il baisse la tête. Il voit les doigts enserrant sa cheville. La main. Le bras. La face encroûtée. Les grands yeux bleus levés vers lui. Il voit le ventre crevé, fendu, et les tripes mauves, les boyaux grenat qui en sortent et l’autre main fouillant dans ce magma. Me laisse pas ! Ce n’est qu’un râle , ce n’est qu’un murmure entre les lèvres où mousse une écume rosâtre mais il l’entend. Il reste là à fixer l’homme. Peut-être une seconde. Peut-être une minute. Il ne regarderait pas autrement la Mort en personne. Puis un crépitement, une rafale, les frelons piquent devant lui, éclaboussures sur sa capote. Il tressaute. Ces féroces soldats. Il essaie de ramener sa jambe mais la Mort s’agrippe. La Mort rampante.  […) Il tire un grand coup sec et se libère. Aux armes. Un pas. Un pas. Marchons. » (p.368)

A lire ! A savourer ! A admirer ! A dévorer !

Une journée d’automne. Wallace Stegner

DSC06605Petit roman parfait en ce moment ! J’ai adoré le lire en quelques heures, un vrai délice et un privilège qui ne m’arrive que rarement. Ce n’est pas la lecture inoubliable mais ce fut un très joli moment de lecture.

Margaret, mariée à Alec, accueille, après la mort de leur père, sa sœur, sa cadette de quelques années Elspeth dans leur magnifique ferme de l’Iowa. Toutes deux sont très différentes : Margaret est très attachée aux conventions, aux respects des traditions, à la convenance. Elle s’occupe de son foyer avec délice et dévouement et prend soin de son époux Alec, fermier émouvant et tendre. Ils forment un couple attachant. Lorsqu’Elspeth quitta l’Ecosse pour venir s’installer avec eux, elle ne comprend pas trop la rigueur de sa sœur. Elle aime se promener dans la nature, elle aime rire et prendre la vie avec légèreté, s’émerveillant de tout et de rien.

Une journée d’automne c’est donc cette journée où tout bascule, où les relations dans ce trio évoluent, où les apparences doivent être sauvées, où l’avenir est modifié… une journée qui suivit à bouleverser la paisible vie campagnarde cependant personne ne doit être au courant et le secret devra être préservé coûte que coûte. Après l’irréparable, chacune se transforment, se décharnent, vieillissent prématurément ravagée par le pêché et par la froideur de son âme… cependant la fin est touchante et pleine d’espoir. L’écriture de Wallace Stegner est douce. Les personnages sont d’une sérennité incroyable, d’une maîtrise d’eux-même que j’ai trouvé tellement admirable. Pas de pathos, pas d’envolée lyrique, pas d’effusion… mais un récit âpre et bref, une virtualité qu’on pourrait comparer aux nouvelles de Maupassant.

Bravo aux éditions Gallmeister d’avoir édité ce premier roman de Wallace Stegner écrit en 1937. Première fois que je lis un roman des éditions Gallmeister : les couvertures sont toutes plus belles les unes que les autres et j’ai apprécié le format et le papier qui est très agréable, j’ai beaucoup aimé la typographie. Une édition qu’il est fort confortable de lire !

Octobre 2019

les travaux qui continuent / et petit à petit commencer la déco /  aujourd’hui j’étais prêt à tout pour être sage ❤ / envie de lire autre chose / nos soirées autour de notre poêle / la première flambée / le bonheur de ce petit feu / mes livres en carton qui me manquent / une lecture poignante Lambeaux / la fatigue qui commence à s’installer / cette pluie / petit sport du jeudi soir / ses pleurs de fatigue « oh j’arrive pas à me calmer » / commander des livres / commencer quelques cadeaux de Noël / le réveil qui commence à piquer/ au sport avec leur mamie / ce mercredi magique / finir par un cadeau de mon grand / aborder les finitions de notre maison / retour de la toux / maman, les policiers c’est comme les directeurs de la planète ? / lui acheter un livre / mon fils, mi ange mi démon / et commencer les vacances / ces heures à dessiner / ma bibliothèque tant attendue/ dernier déplacement de cartons / resortir les livres, trouver une place pour chacun d’eux / admirer ❤ / notre moment d’amitié si adoré / jouer aux Mille Bornes, à la pêche, au Uno / se fâcher fort, trop fort, culpabiliser / une journée parisienne à les regarder jouer / 6 km de draisienne et de vélo  en forêt et espérer une belle sieste c’était bien, on peut re-y-tourner cette après-midi ? / ces journées pluvieuses de vacances / sortir les activités manuelles / mettre de l’ordre dans la maison/ les déposer chez mamie et papé / travailler, ranger, trier, nettoyer, lire… / profiter de ces heures seule / enchaîner les belles lectures de Simone à Léon / ceux qui regardaient les catalogues de Noël / l’eau dans l’aquarium / petit déjeuner littéraire à Paris / fouiller les archives familiales / pulls dinosaures à leur retour ❤ / celui qui interrompt son jeu, me fait un bisou et me dit tout timidement je… je… suis amoureux de toi ❤ / à la recherche de notre nouveau canapé / première tartiflette / penser à tout ce que j’aurais voulu faire pendant ces vacances / je suis triste parce que mes yeux sont tristes

Sur une idée de Moka

Léon. Léon Walter Tillage

LéonVoici un petit récit autobiographique que j’ai découvert grâce à mes 3e. Je voulais leur proposer différentes lectures autobiographiques. J’aime proposer un panel de lecture autour d’un même thème afin que chacun puisse y puiser une lecture qui lui convienne. Donc je cherche des lectures variées, de différents niveaux de difficultés, du classique, du contemporain, parfois des bandes dessinées… bref en fouillant je suis tombée sur ce récit et je me suis tout de suite dit que ça allait leur plaire. D’ailleurs beaucoup on choisit ce titre.

Revenons à Léon. Le sujet est lourd : Léon est petit-fils d’esclave, fils de métayer. Né en 1936, il raconte son histoire. Il se souvient de son enfance en caroline du nord.

« Je me souviens qu’étant petit garçon, je me regardais souvent dans le miroir et je maudissais ce visage noir qui état le mien. Mais à cette époque, on ne nous appelait pas « noir ». on ne parlait pas de « minorité ». On disait « moricaud » ou « nègre ». (p.9)

Il raconte ce que signifie être noir dans les années quarante et cinquante, la discrimination qui ne choque personne, les difficultés financières, les dettes, le travail… Il raconte que sa famille ne comprend pas l’utilité d’une instruction puisque les noirs ne peuvent pas exercer certains métiers. Mais lui, ne voit pas les choses de la même manière « Donc ils ne voyaient pas l’utilité de recevoir une instruction. C’est un des moyens qu’employaient les Blancs pour dominer les Noirs : les priver d’instruction. » Il se souvent  que ses parents disaient : « Ç’a été voulu comme ça. C’est comme ça que ça doit être. Vous n’obtiendrez jamais d’être les égaux des Blancs » mais Léon a refusé cette fatalité. Léon évolue avec son époque et il préfère écouter les paroles de Martin Luther King. Il raconte alors les marches pacifiques.

Ce très court roman autobiographique est très beau, aucune haine, aucune rancœur, aucun pathos… il raconte, il décrit des situations assez simplement ce qui rend ce texte très accessible à des enfants dès 12 ans et parler avec eux des discriminations et des injustices.

« Les Blancs apprenaient à leurs enfants que les Noirs n’avaient pas de sentiments, qu’ils n’avaient pas d’âme. Ce qu’on leu faisait n’avait donc pas d’importance : on pouvait les frapper ou pire, sans jamais pouvoir réussir à leur faire mal. Voilà pourquoi ils nous traitaient comme ça : ils croyaient ce qu’on leur avait dit. »

Couleurs de l’incendie. Pierre Lemaître

Couleurs de l'incendieQuel bonheur de retrouver Madeleine Péricourt et l’écriture de Pierre Lemaître!

J’avais adoré Au revoir là-haut, j’avais découvert une plume teintée d’humour, de légèreté, de sarcasme pour évoquer des sujets graves et sérieux. J’ai moins retrouvé cela dans ce roman mais tout de même, j’ai apprécié cette lecture. C’est plus l’intrigue qui m’a moins captivée. Néanmoins j’ai lu ce roman presque d’une traite donc c’est plutôt bon signe !

Le roman commence en 1927, on assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. On retrouve différents personnages d’Au revoir là-haut, j’ai apprécié les retrouver même si je reconnais que parfois j’avais du mal à resituer le personnage, à m’en rappeler et je trouvais que Pierre Lemaître ne redonnait que peu d’indices. Les romans gagnent certainement à être lus à la suite (et pas avec presque deux ans d’intervalle comme moi). Donc suite aux obsèques, c’est Madeleine, divorcée de d’Aulney-Pradelle, qui doit hériter de l’empire financier de son père. Cependant son fils, Paul, dans un geste tragique, inattendu et déroutant, va modifier les plans et le destin de sa mère.

C’est là que l’histoire s’enclenche et que Madeleine devient tout autre. Désir de vengeance, volonté de fer, manigances, corruption, déclassement, trafic d’influence, faillite, corruption,  le roman fourmille de rebondissements et c’est savoureux! La narration est menée à un rythme endiablé, il n’y a jamais de temps perdu, on reprend à peine son souffle, jubilatoire. Ce que j’aime aussi ce sont les personnages. Ils sont tous extrêmement forts, soit détestable, soit touchant… leurs traits sont campés avec force et ils possèdent une véritable individualité. Tandis que Madeleine apparaissait comme un être fragile dans Au revoir là-haut, elle acquiert ici un vrai statut, elle gagne en profondeur, en liberté et en dignité. Sa personnalité s’affirme. Seule, elle navigue dans cette crise des années 30 que peint l’auteur. Car Couleurs de l’incendie c’est aussi une fresque historique qui raconte l’affirmation du capitalisme, la montée du fascisme et la menace nazie qui s’apprête à gagner l’Europe. Plus j’écris et plus je me rends compte que ce roman est savoureux, que le ton truculent est un petit bonheur, que ce roman est un bonbon acide et doux à savourer pleinement.

 

Swap 2019

IMG_0750Chaque année, avec ma chère et tendre Romanza du blog Près de la plume,  nous organisons notre SWAP de rentrée, d’automne, de vacances… bref en septembre et octobre on s’organise un petit rendez-vous pour venir nous rebooster en cette période souvent difficile. On parvient à se retrouver un petit créneau similaire pour ouvrir nos paquets. Auparavant on avait défini un thème, cette année, c’était La littérature, au-delà de la réalité… les contes, les récits merveilleux ou fantastiques… toute littérature qui se risque à développer un univers bien particulier.

Mercredi dernier, après de multiples rebondissements de créneaux, nous avons finalement trouvé un petit moment d’ouverture simultanée. Dès l’ouverture du paquet, je suis heureuse. Elle soigne ces emballages ❤ et tout est fait avec amour. Un mot m’attendait, il me guidait dans l’ouverture des différents paquets, sur chacun d’eux un verbe inscrit qui menait à un autre… j’ai adoré !

Au fur et à mesure, ce ne fut que joie. La sélection des ouvrages est PARFAITE ! Quant aux différents petits cadeaux, de la tisane, du chocolat, une tasse trop mignonne, des carnets, des marques-pages, une bougie, un joli magnet et du masking tape rose pailletée, c’était parfait aussi ! Un brin girly et de quoi profitez de cette saison automnale ! Et oui la saison des plaids, des tisanes, des bougies et des lectures au coin du feu va commencer ! j’ai hâte de passer de douces soirées à lire! Parlons donc des livres : j’ose avouer, je n’ai jamais lu Harry Potter, j’ai vu quelques unes des adaptations mais je n’ai jamais lu le roman. Honte à moi, mais bientôt j’aurais comblé cette lacune. Vient ensuite la dystopique La servante écarlate de Margaret Atwood. J’avais commencé la série et puis je m’étais dit que j’aimerais mieux lire d’abord! Ce sera bientôt chose faite. Je trouve l’édition, Robert Laffont, très agréable en plus. Ensuite un conte qui m’a l’air tout doux Une petite princesse de Frances Hodgson Burnett, une princesse qui devient une servante misérable. Et enfin La passe-miroir, les fiancés de l’hiver de Christelle Dabos. Cela semble être un coup de cœur général, j’espère à mon tour plonger dans ce roman ! Alors elle n’est pas belle cette sélection ? Il n’est pas parfait ce colis ?

 

Simone de Beauvoir. Une jeune fille qui dérange

Simone de BeauvoirL’an passé, vous le savez, j’ai découvert (ou redécouvert plutôt) les Mémoires d’une jeune fille rangée, un énorme coup de cœur qui s’est confirmé au fil de mes différentes lectures. Cette bande dessinée de Sophie Carquain et d’Olivier Grojnowski ne reprend pas les mémoires mais s’en inspire largement pour raconter la vie de Simone de Beauvoir. La trame est similaire puisqu’elle découvre l’enfance de Beauvoir jusqu’à la rencontre avec Sartre, voire un peu au-delà. J’ai trouvé que la formation et l’éducation de Beauvoir sont particulièrement bien rendues et on comprend comment la jeune Beauvoir s’inscrit en décalage de son époque et des principes de ses parents. La bande dessinée montre clairement comment elle s’affirme peu à peu, comment elle prend son indépendance face à ses parents et face à son milieu et comment elle compte mener sa vie de femme.

J’ai aimé retrouver ce personnage, cette personnalité en construction et cela m’a donné envie de lire la suite de son autobiographie, La force de l’âge qui est sur mes étagères depuis l’an passé.

Cette bande dessinée est une belle oeuvre, une jolie approche pour se replonger et se remémorer les mémoires mais aussi une belle première approche, je pense particulièrement à mes élèves de 3e. Cette bande dessinée est une manière agréable de compléter une étude d’un extrait des Mémoires et de leur donner envie de lire les Mémoires.

Les dessins sont soignés, tout en noir et blanc. Chaque chapitre commence par une citation extraite des œuvres de Beauvoir. On croise Zaza, Sartre, on suit les années difficiles, puis les années à la Sorbonne. Les traits de Simone de Beauvoir s’affinent au fur et à mesure des pages, on voit nettement les évolutions de son visage et on reconnaît bien ses traits une fois l’adolescence passée.