Ton ombre est la mienne, Han Suyin

Ton ombre est la mienne

Philippe et son ami Jacques, docteur, viennent consulter un astrologue dans un village retiré du Cambodge. Ils ne veulent pas savoir ce que le destin leur réserve mais au contraire ils ont besoin des lumières de l’astrologue pour les éclairer sur le passé et plus précisément l’existence que fut celle de Sylvie, la petite sœur de Philippe. Sylvie fut recueillie à l’âge de cinq ans par une femme de ce pays, Maté, après le massacre de leurs parents par les Japonais en 1943. Douze ans après, Philippe parvient à la retrouver et tentera de lui ré-inculquer les mœurs occidentales. Éloignée de sa famille adoptive, Sylvie prend conscience des liens d’amour qui l’unissent à elle. Elle part. Philippe et Jacques la cherchent jusqu’au drame : Jacques la tue accidentellement lors d’une partie de chasse. Mais que faisait-elle ? pourquoi était-elle sous ce buisson ? qui (ou que) fuyait-elle ? où souhaitait-elle se rendre ? retournait-elle vers Maté ou voulait-elle retrouver Philippe ?

Ton ombre est la mienne lecture en coursC’est pour obtenir des réponses à toutes ses interrogations que Philippe et Jacques consultent l’astrologue, afin de comprendre la vie de Sylvie. Tour à tour les deux amis témoignent, l’astrologue faisant office de juge. Interviennent également Maté, son fils Rahit ou encore Anne, la femme de Philippe.

Vous l’aurez compris il s’agit d’un roman sans aucune action. Ton ombre est la mienne est un long dialogue souvent philosophique, mêlant les images et les mœurs orientales et occidentales.

Long week end, Joyce Maynard

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A coup sûr une auteur que je relirai car ce roman m’a séduit !

Adèle, mère silencieuse, un peu « éteinte », marquée par son divorce vit en retrait du monde. Seule la présence de son fils, Henry, treize ans, adolescent en plein questionnement et en pleine transformation, un ado solitaire, mal dans sa peau et manquant de confiance en lui, la force à sortir un peu. Et en cette veille de rentrée, il faut aller refaire la garde-robe de son fils qui grandit. C’est là, au supermarché, qu’Henry rencontre Franck, un « taulard en cavale ».

L’arrivée impromptue et inattendue de Franck, ce meurtrier en fuite, vient bouleverser le quotidien d’Adele et d’Henry. Le temps d’un long week end (six jours), sous une chaleur caniculaire, Franck devient leur hôte. Avec une écriture gracieuse et fine, on entre dans l’intimité de chaque vie. Chacun a un parcours particulier avec des fêlures, des envies et des espoirs parfois inavoués. Par le récit et le regard d’Henry, on découvre surtout le passé d’Adele et celui de Franck, leurs blessures et leurs peurs, des vies finalement assez complémentaires. Et si cette rencontre apportait à chaque membre de ce trio « le seul vrai brin de chance » (p. 182) de leur vie ?

Dans ce huis-clos, chacun se révèle et apprend à grandir c’est en cela que ce week-end est long par les marques et les souvenirs qu’il laissera en chacun. J’ai aimé les trois protagonistes, Franck, l’homme providentiel, musclé et protecteur, rassurant et tendre face aux deux êtres frêles qu’il retient. J’ai aimé l’humanité de chacun des personnages, leur fragilité aussi. Les dernières pages sont belles et émouvantes (j’ai versé ma petite larme tout de même). Ce qui ressort de cette histoire c’est l’amour, la force et la puissance de l’amour tout en s’interrogeant sur la question du pardon. Un roman très fort !

« Parfois je me demandais si le problème n’était pas qu’elle avait trop aimé mon père. J’avais entendu parler de cas de personnages qui ne se remettaient jamais de la mort ou du départ de quelqu’un qu’ils avaient trop aimé. On disait qu’ils avaient le cœur brisé. […] Est-ce que pour haïr quelqu’un comme elle semblait haïr mon père, il ne fallait pas d’abord l’avoir beaucoup aimé ? Comme dans le jeu de bascule : plus bas descend l’un, plus haut monte l’autre. J’ai fini par conclure que ce n’était pas d’avoir perdu mon père qui avait brisé le cœur de ma mère, c’était d’avoir perdu l’amour tout court. […] Ce qu’elle avait aimé, c’était l’amour. » (p. 39-40)

L’amie prodigieuse, Elena Ferrante

IMG_9473L’amie prodigieuse est une petite pépite qu’on est heureuse de découvrir, qu’on prend plaisir à lire mais qu’on est triste de quitter et de se dire que ça y est, on a découvert ce beau roman.

Il s’agit d’une plongée dans l’Italie des années 50. Dans un quartier populaire de Naples vivent les deux héroïnes, Lila et Elena (qui mène le récit). Elles se rencontrent sur les bancs de l’école primaire et on les suit jusqu’à l’adolescence. Le récit nous fait sentir la chaleur écrasante de l’Italie, le poids du quartier et des traditions et l’importance du passé mais aussi l’opposition entre le quartier où l’on s’applique à reproduire ce qu’on a connu enfant et le reste de l’Italie qui tend vers la modernité. On sent aussi les rivalités entre les familles et les unions.

Elena Greco est la fille du portier de la mairie et Nina Cerullo, la fille du cordonnier. Tout les oppose. Lila est petite, menue mais fougueuse, arrogante, déterminée parfois allant jusqu’à être méchante ; quant à Elena, elle est calme, posée, réservée et souvent gênée. Chaque héroïne a su me charmer à sa façon. Elena (appelée Lenu) est fascinée par son amie. Cette admiration se confine en compétition et rivalité. Toutes deux très intelligentes, leur institutrice, Mme Oliviero, les pousse à poursuivre au-delà de l’école primaire. Cependant Lila devra suivre la voix qui lui est tracée et se mettra à travailler rapidement tandis qu’Elena poursuivra ses études jusqu’au lycée. Ainsi les deux amies suivent des chemins différents, elles s’éloignent puis se retrouvent au quartier le temps de vacances ou le temps d’un été. En réalité, chacune admire l’autre et rêve d’être à sa hauteur. A leur manière, elles tentent aussi de s’émanciper l’une de l’autre. Dans ce roman il est beaucoup question aussi de l’opposition entre ce quartier populaire où l’on parle un dialecte tout en travaillant et l’Italie des bourgeois, celle hors du quartier où l’on parle justement « italien » en se détendant.

J’ai tout aimé ! C’est une fresque vibrante et vivante, avec de nombreux personnages cependant le récit y est mené parfaitement avec fluidité et délice. Je suis très frustrée voire énervée pour la dernière page, je suis restée bouche béé : comment va réagir Lila ? Quelle sera la réaction de Stefano ? Que dira Marcello ? Et que va-t-il advenir de Nino et d’Elena ? Je serai bien restée en leur compagnie, moi. Vivement que je lise la suite !

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Pause thè vert et gâteau basque

« J’expérimentai pour la première fois la force d’attraction que mon corps exerçait sur les hommes, mais surtout je me rendis compte que Lila agissait comme un fantôme exigeant, non seulement sur Carmela mais aussi sur moi. Dans une circonstance comme celle-ci, si j’avais dû prendre une décision dans le désordre total de mes émotions, qu’est-ce que j’aurais fait ? Je serais partie en courant. Et si j’avais été avec lila ? Je l’aurais tirée par le bras en murmurant « On s’en va » et puis comme d’habitude je n’aurais pas bougé, simplement parce qu’elle aurait décidé de rester, comme elle le faisait toujours. En revanche, en son absence, après une brève hésitation je m’étais mise à sa place. Ou plus exactement, je lui avais fait de la place en moi-même. » (p.120)

« C’était une vieille crainte, une crainte qui ne m’était jamais passée : la peur qu’en ratant des fragments de sa vie, la mie,,e ,e perde en intensité et en importance. Et le fait qu’elle ne me réponde jamais accentuait cette inquiétude.  » (p. 271)

Juillet 2016

tourner une page / rester dans la résistance, quitter Guy Môquet pour rejoindre Jean Moulin / faire ses adieux et ne pas avoir trop de regret …(hormis pour mes cours jetés par mon cher remplaçant GRRRRRR ça m’apprendra à dépanner !!) / Maman on n’a plus de miel, tu pourras demander aux abeilles de nous en refaire ? / foot et wok avec nos chers voisins / le footing, deviendrait-il mon rituel du week-end ? /  merci Lola pour ces 3 belles années avec mon grand, merci de l’avoir accompagné, d’avoir ri, souri, joué, parfois consolé et souvent câliné ma crevette d’amour / un peu bloquée pour lire /

un brunch divin, une réception grandiose Merci ! / un dimanche tellement agréable / des adieux mais savoir qu’on se reverra de l’autre côté de la frontière ! / trois filles pour une demi-finale / un concert de klaxon qui met du baume au cœur / savoir se retourner / dormir sur le ventre / des biberons avec du lait de farine / piscine, barbecue, enfants heureux… un soir de finale / vous voir rire / passage chez papé et mamie / retrouver mes Caroline et voir que mon fils adore / premiers biberons / un dimanche à travailler / les spaghetti bolognaise de Davy pour une fête nationale, un bouquet final qui endort mon grand / courir dans les bois avec mon fils en draisienne courage maman ! / ses expressions toutes faites qui me font craquer / l’horreur à nouveau… / toi à Berlin / des arrières grands-parents heureux / la bassine de mon enfance qui reprend du service / chaud, très chaud / deux jours interminables / mon grand qui m’use / recevoir les faire-parts de naissance, il n’y a plus qu’à envoyer ! / dîner féminin sur une péniche / vos siestes ensemble / préparer les valises / des problèmes de colis !!! /

quand mon fils me parle des jeux de plage rangés depuis un an… impressionnée par sa mémoire / une route en deux étapes / premier verre, le « pitchouli » des vacances / courir le long de la mer / « tu t’es mis un couteau dans le pied » / des progrès pour tenir son crayon / mon fils qui s’émerveille de tout: maman j’ai de la chance, j’ai vu un camion poubelle et un hélicoptère de pompiers ! / j’attrape mes pieds / carottes, courgettes, haricots verts, poireaux : déjà les premières purées de mon bébé brun / l’atmosphère basque / apéro / prendre son temps / Gâteau basque Pariès / des retrouvailles qui ne se feront pas / quelques bêtises comme profiter d’une sieste pour jouer avec le prohinel en pensant que c’est le brumisateur / la galère des siestes / le cinéma du dimanche /20160717_160138

Comme des enfants, Alison Lurie

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Pour un week-end prolongé, Anna a invité deux couples d’amis, Celia et Dan Zimmern ainsi que Honey et Bill Hubbard dont les fillettes, Mary-Ann et Lolly, sont ses élèves. En effet, Anna dirige une école « progressiste ». Ce week-end est l’occasion de se réunir mais surtout de se dévoiler. En effet, isolé, ce petit monde à part, c’est un week-end hors-du-temps que nous propose Alison Lurie dans cette campagne reculé. L’auteur étudie les travers de la société américaine par le biais de ses personnages. On n’échappe ni aux remarques sexistes des personnages masculins (parfois drôles), ni aux réflexions sur l’éducation ou l’école et encore moins aux remarques des enfants sur ce monde d’adultes où règnent la tromperie et la superficialité.Ce regard est surtout ce qui m’a plu dans ce roman, un roman pas si naïf. C’est Mary-Ann, 9 ans, qui prend souvent en charge le récit et les observations qu’elle fait sont tout à la fois puériles et justes. Les adultes s’obstinent à cacher la vérité aux enfants, à ne boire que lorsque les fillettes dorment (du moins le croient-ils) ou encore à comparer une bagarre enfantine à une bagarre violente entre hommes ivres et jaloux ! Ces adultes se comportent finalement « comme des enfants » avec leurs jeux non-anodins à l’opposé des jeux d’imagination et de fantaisie des fillettes.

« Je me demande de quel droit je suis là dans le Westchester à diriger une école pour des enfants privilégiés de familles bourgeoises, à les emmener voir des dinosaures et visiter des biscuiteries, alors qu’il y a dans ce pays des enfants qui ne savent pas lire et qui ne mangent pas à leur faim. […] A d’autres moments, à la récréation, je regarde par la fenêtre, et je me dis qu’un jour, quand je serai morte peut-être, un des enfants que je vois là en train de jouer changera le monde grâce à ce qu’il a appris à Eastwind. » (P. 67)

« Regardez les femmes que nous connaissons, elles ont presque toutes été élevées avant le Dix-Huitième Amendement. Dans l’ensemble, elles n’ont guère de plomb dans la cervelle, elles sont comme des enfants en fait, c’est le résultat de l’éducation qu’elles ont reçue. Quand elles ont pu voter et porter des jupes courtes et le reste, c’était trop tard pour elles. Peut-être qu’elles voudraient bien être comme les hommes, mais elles ne savent même pas ce que ça veut dire. » (p. 152)

Je ne peux ni dire que j’ai adoré ni que je n’ai pas aimé. Le plus gros défaut, pour moi, est le manque d’empathie envers les personnages. Les gros défaut sont tracés mais très peu les qualités. Le petit Lennie est présenté comme un enfant turbulent, pénible, désagréable avec les fillettes envers qui il n’a que de mauvaises intentions néanmoins je n’ai pas éprouvé de peine pour Mary-Ann ou Lolly ou de colère contre Lennie. Dommage…

Pour finir une jolie métaphore de la vie… :

« J’ai toujours pensé que la plus grande partie de la vie, c’est comme de marcher dans une épaisse forêt. Tenez, les bois, là-bas. (Par delà le chemin et les champs, elle désignait au creux de la vallée un bouquet touffu d’arbres verts, le long de la rivière.) C’est continuellement envahi par les buissons et les ronces. Et gorgé d’eau par endroits, un vrai marécage. On a un mal fou à s’y frayer un chemin. Et la vie, c’est comme ça, un fouillis confus, une multitude de sensations, d’émotions violentes, de gens qui se collent à vous. » (p. 293)

La valise de livres de mes loulous

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Pour mes loulous, même en vacances on emporte des livres. Pour le trajet, il y a toujours un sac de livres dans la voiture (qui y reste en permanence d’ailleurs). Mais depuis que mon grand est né, j’ai toujours pris en plus des jouets et des jeux de société, des livres. Je privilégie les petits formats (question de place évidemment) et j’essaye de varier les styles tout en respectant ses goûts et le « thème » (Ici thème été/vacances /voyage). Souvent il participe à la sélection mais là j’ai prélevé dans sa bibliothèque des livres en cachette.

Tout d’abord pour mon grand l’indispensable livre d’activités (gommettes, coloriages…) pour les jours de pluie. Ensuite plusieurs histoires pour le grand ainsi que pour le petit. Tout en haut de Mario Ramon, mon fils la connaît par cœur et le petit éclate de rire lorsqu’il prononce les différentes onomatopées ! Ce sera donc pour une lecture partagée.  Petite Lune que j’aime beaucoup, la tendre histoire de Nours qui ne veut pas véritablement aller se coucher. Le grand classique Petit poisson blanc de Guido van Genetchen que j’ai pris plus spécialement pour mon bébé brun. Deux histoires que j’ai choisi pour leurs thèmes : une histoire de voyage avec Le loup qui voyageait dans le temps et une histoire de vacances avec Pouf et Noiraud campeur (dans laquelle mon grand retrouvera les petits amis malicieux de Caroline). Enfin une belle histoire d’amitié avec Sa majesté Perlin Pin Pin et l’indispensable documentaire sur les Dinosaures (sa grande passion depuis plusieurs mois). J’ajouterai sûrement un livre en tissu pour mon bébé brun !

Et vous quels livres emportent vos enfants en vacances ?

Une nuit d’orage, G. Bornais

Une nuit d'orage

Après quelques pages plutôt difficiles pour entrer dans ce roman, j’ai pris le temps d’apprécier cette lecture et cette histoire.

Dans un petit village de la France rurale des années 60, Manuel est de retour après vingt-quatre ans d’absence. Mais il a la volonté de rester discret. On ressent son appréhension à revenir proche de son village natal d’où la peur de se montrer. Manuel se fait embaucher dans une ferme et renoue avec Petit Père qu’il présente comme un vieil ami qu’il a attendu à sa sortie de prison. Ensemble ils font des parties de pêche mais surtout Petit Père peint. Et puis la situation se dégrade tout d’abord par des ennuis de santé…

Manuel est un homme simple à l’âme tourmentée. Il souhaite retrouver la paix et cela passe pour lui par l’acceptation de son passé. Renouer avec ce passé est important pour lui cependant dans ce village où tout le monde se connaît et où les rumeurs vont bon train, il n’ose pas. Il a peur des rancœurs éternelles et des potins continuels. On découvre les causes de cette appréhension tout doucement jusqu’au revirement final en cette fameuse nuit d’orage, les éléments se déchaînant, les villageois également jusqu’à une étonnante révélation. Le mystère demeure donc sur le lien entre les deux hommes, sur ce passé mais on voit une tendre affection et des liens sincères se créer.

Une nuit d’orage est donc une histoire de famille, une histoire de secrets de famille comme je les aime ; c’est aussi une histoire d’amitié et de fraternité masculines, ce dont je n’ai pas l’habitude mais qui fut fort agréable.

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« Avec elle puis sans elle, Manuel avait cru se reconstruire une existence et il n’avait fait que courir et rebondir, espérant et se décevant au même rythme, trouvant le sommeil quand il était épuisé, l’insouciance quand il rencontrait une femme ou se faisait un copain, mais jamais le repos.

Cette nuit-là, la fatigue ne lui ferma pas les yeux. Sa quiétude bouillonnait. En six jours, il avait retrouvé Petit Père, l’avait perdu aussitôt, retrouvé à nouveau, et il s’était réconcilié avec ces terres qu’il avait abandonnées sans les avoir jamais travaillées. » (p.71)