L’autre Rimbaud. David Le Bailly

Je vais avoir du mal à parler de ce roman car je ne sais pas trop qu’en penser. Cela fait déjà deux – trois jours que je l’ai terminé, que j’y repense, que je rumine dessus mais mon avis ne parvient pas à se faire. Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé, mais je ne peux pas dire l’inverse non plus; ce ne fut pas le coup de cœur absolu. Je suis donc mitigée.

J’aime la problématique de départ, partir de cette photo de famille où le frère d’Arthur Rimbaud, Frédéric, son aîné d’un an, a été effacé. J’aime ce postulat, s’intéresser à celui qui a grandit avec le futur poète, à celui qui a partagé les bancs de l’école et sa chambre d’enfant, s’intéresser à celui qui a été effacé et que la famille Rimbaud a évincé. Et en même temps, ce frère est-il vraiment si intéressant ? Pour moi, le problème est là, sa vie fut triste, laborieuse, solitaire… pas grand chose d’intéressant. Et pourtant (oui je sais, je ne suis qu’en paradoxe), ce roman nous en apprend beaucoup sur la famille Rimbaud et notamment le personnage de la mère, femme forte au caractère très autoritaire. C’est elle la clé de voûte de la famille. Le père est absent, elle élève seule ses quatre enfants, Frédéric, Arthur, Isabelle et Vitalie. Elle les élève avec fermeté. Elle ne leur donne que peu de signes d’amour et de tendresse de sa part. C’est plutôt glacial comme atmosphère chez les Rimbaud. Peu à peu, elle exclut Frédéric de la famille, elle le rejette d’une manière peu reluisante. Elle l’exclura des décisions à prendre quant à l’héritage d’Arthur, elle ne l’invitera même pas à l’enterrement… Frédéric sera longtemps considéré comme un idiot. La mère est un personnage cruel et on comprend mieux les fuites d’Arthur Rimbaud. Ce livre permet de réfléchir à différentes questions : peut-on grandir dans l’ombre d’un frère brillant ? peut-on trouver sa place dans une famille qui te hait ? comment se libérer d’un joug familial si oppressant ? Ce livre vient compléter magnifiquement le roman de Sarah Cohen-Scali, Arthur Rimbaud, le voleur de feu mais il m’a aussi rappelé le roman de Philippe Besson qui raconte davantage la fin de la vie d’Arthur Rimbaud, Les jours fragiles. Philippe Besson

Hier c’était encore l’été…

mon jardin que j’aime tant / préparer mon cartable et appréhender cette reprise de juin / une reprise « étrange » / « mon ventre et moi on préfère plutôt jouer que dormir ». A ❤ / ambiance pesante / ne pas bien retrouver ses marques / sa rentrée « bis » en PS / « c’était drôle il y avait des croix partout » / fête des mamans / mon adoré qui prend un an / cette absence de rythme / passer nos mercredis au bois / celui qui était trop heureux d’être inscrit au tennis / et finalement reprendre complètement à l’école / ces dernières heures si longues au collège / compter les jours / si fier avec son dictionnaire / « moi je voudrais être paléontologue » et « moi je voudrais un aigle de sauvetage et puis j’aurais une pelleteuse et je creuserais pour montrer les animaux de dessous la terre »… écouter leur conversation en douce ❤ / celui qui tous les matins me dit que je sens bon / début des vacances et une semaine à préparer l’an prochain / ranger et trier / écharde dans les pieds et peinture dans les cheveux, vive les vacances ! / se reposer / les retrouver / soirée entre amis / nos salades de fruits / badminton au jardin / jouer aux aventuriers dans les bois / les grincheux du lundi / visiter le château de Versailles « Oh c’est beau » « il aime l’or le roi » « mais il est où son trône? » bonne question, si quelqu’un sait y répondre ? / double PAL / mon petit qui remarque quand je mets du vernis à ongle / notre apnéiste… du sommeil / culpabiliser et se demander comment on a pu ne rien voir / la tête dans les étoiles pour nos activités / l’entendre lire un album à son frère ❤ / face à l’océan / appréhender les vagues / château de sable et constructions imaginaires / nager, quel bonheur ! / triplette en nocturne / mes insomnies estivales qui me permettent de lire / regarder la mer la nuit / mon adoré et son cadeau surprise / la pluie basque / le crabe pêché par lui-même / nos footing alternés / celui qui « planchait » sur les vagues / « maman je nage et reviens », mon A. / circuit de sable / leur entente, leur complicité, leur tendresse, leur amour / nos meilleures années / ne pas se lasser de regarder les vagues / les gâteaux basques pour lesquels je craque / lire la nuit / « oh un caillou lunaire » mon A. / marcher tous les quatre / lire de bons matins / « viens on parle de nos métiers » … conversation entre un 4 ans et un 7 ans / jouer aux devinette en voiture « je vis dans la mythologie nordique, je suis le fils d’Odin, qui suis-je ? » mon 4 ans qui a impressionné ❤ / « à côté des montagnes on est minuscule. » I / mamie de Toulouse et les micromachines de papa / « mais pourquoi on mange beaucoup chez mamie ? » / randonnée dans les montagnes / poux, tiques, moustiques… rien ne nous sera épargnés / se rafraîchir avec l’eau des montagnes / et puis rentrer et retrouver notre douce maison / cette passion croissante / mécano géant / une nouvelle étoile / mettre à jour mon blog / bricoler encore et encore « on est en famille mais en famille spéciale bricolage »,mon I / lumbago / songer à la rentrée / ORL et neurologue pour mon apnéiste / ces annonces ❤ / les cousins chez mamie et papé / mes soirées avec mon adoré / passion jardinage / nos nouveaux habitants / les derniers jours de vacances sans les enfants / petits achats à la librairie /mettre de mots / courir pour se vider la tête / cacher les couleurs de l’été sous le masque / appréhender cette rentrée / ma salle que je n’aurai pas… / mettre la tenue de rentrée sans trop d’enthousiasme / retrouver mes fils, les entendre raconter leur séjour chez mamie et papé avec excitation et joie / remettre le réveil, c’est reparti…

Premier de cordée. R. Frison-Roche

Ce roman m’avait profondément marquée jeune ado. J’avais un souvenir fort de cette lecture et de cette ascension en montagne, dans la neige, la glace, le froid. J’ai pris beaucoup de plaisir à le relire (malgré quelques longueurs). Je me suis rendue compte que je n’avais gardé qu’une infime partie du roman en mémoire. L’ascension en montagne est finalement le point de départ de l’intrigue mais il y a tout une autre partie qui est intéressante : celle du dépassement de soi.

Je reprends : Jean Servettaz est guide de montagne à Chamonix, il emmène des clients faire des « grosses », c’est-à-dire faire des sommets très compliqués. Lorsque l’Américain insiste pour monter jusqu’aux Drux alors que Jean le déconseille à cause du temps, il y va avec son porteur George. Les deux hommes savent qu’il faut se dépêcher, l’orage arrive. « Le drame était sur la montagne, mais, impavide et souveraine, elle montait la garde sur les vallées alentour, insensible aux pensées des hommes qui gîtaient dans ses flancs, frileusement pelotonnés dans leurs cabanes de pierre. » (p. 39)

Le drame arrive. Jean est foudroyé au sommet, George au prix de sacrifices énormes redescend à Chamonix avec son client. Pierre Servettaz, le fils de Jean, et ses amis, sont prêts à prendre tous les risques pour aller chercher le corps de Jean, un des meilleurs guides de Chamonix. C’est alors qu’une deuxième ascension tout aussi dangereuse a lieu. Mais la montagne est dangereuse, impitoyable et imprévisible. Elle est tout aussi majestueuse que menaçante. Le roman est d’ailleurs aussi une ode à la nature, de nombreuses pages décrivent les sommets, la neige et son scintillement, les levers ou couchers de soleil… La deuxième partie du roman concerne la reconstruction de Pierre, sa faiblesse. C’est un roman sur la solidarité, la fraternité due à une passion commune mais aussi sur le dépassement de soi, la force qu’on a en soi de surmonter les épreuves. C’est un roman qui donne envie d’aller au grand air, de marcher, de se dépasser, d’être face aux sommets enneigés…

« La vie doit être une lutte continuelle. Malheur à ceux qui ne combattent pas ! qui se laissent aller aux choses faciles ! »

Honoré et moi. Titiou Lecoq

Je suis ravie d’avoir découvert cette biographie romancée, j’en ai appris énormément sur Balzac. Titiou Lecoq s’intéresse à ce grand écrivain mais s’intéresse surtout à son intime, à son existence « Il existe un Balzac qui m’émeut et m’interroge infiniment plus que la figure du demi-dieu. Comment ne pas aimer un homme qui a cherché tous les moyens imaginables de faire fortune et ‘est révélé le roi de la foirade ? » (p. 13). Elle explique donc la vie ratée de Balzac, lui qui accumulai mauvais choix, erreurs, déconvenue, faillite et autre souci…

Lui qui ne rêve que de fortune et de gloire est pourtant critiqué par les journalistes, mal vus des cercles littéraires du XIXe siècle, rejeté des « intellectuels »… il passe sa vie à courir après l’amour et l’argent. Cette obsession de l’argent et de l’acquisition, il en fera un des éléments fondateur de ses romans. J’ai découvert un Balzac débordant d’imagination, il fourmille d’idées : exploitation de mine d’argent, rachat d’un journal, tentative d’éditeur, cultivateur d’ananas, épicier des lettres…. il ose tout ! Il se passionne pour la décoration, achète sans compter miroir, bougeoir et tapis. C’est une ruine sans fin qui lui impose d’écrire sans cesse. D’où le côté travailleur de Balzac, il est obligé d’écrire la nuit en buvant du café pour tenir, pour écrire de nouveaux textes, pour reprendre ses romans et proposer des rééditions, ce côté est connu mais j’ignorais son côté « entrepreneur ».

« Pour Balzac, ce n’est jamais fini. Un roman n’est toujours qu’à un certain état d’inachèvement. IL est éternellement perfectible. Et quand on le presse, il ne change pas sa méthode de travail. Il se fait simplement installer un lit dans l’atelier de l’imprimeur pour ne pas perdre de temps. » (p.144)

Son obsession du travail cache en réalité une souffrance (enfin c’est ce que j’ai ressenti à la lecture de cette biographie). C’est un homme finalement assez seul, pas d’ami fidèle, des amours sans réellement passion hormis Mme Hanska, son Eve, son étoile polaire mais qui vit en Russie. J’ai ressenti un vide affectif important. Il souffre également de son physique tant critiqué et moqué dans les journaux, car il ressemble davantage à un épicier avec son gros ventre qu’à un homme de lettres. Il m’a fait de la peine, alors que le mariage tant attendu avec Mme Hanska se réaliste, il agonise. J’ai beaucoup aimé ce roman et la conclusion sur la nécessité de vivre et d’être libre de toute convenance.

Cette biographie est donc un petit bijou de découverte sur ce géant de la littérature. Titiou Lecocq y apporte un style moderne, un style parfois surprenant, des expressions très modernes et du vocabulaire parfois familier qui m’ont fait sourire ou bien m’ont déstabilisé. Cette biographie est donc ludique (peut-être que je la proposerais à mes élèves), elle démystifie complément le grand écrivain et le fait voir sous un jour plus humain.

Mon désir le plus ardent. Pete Fromm

Une claque ce roman ! C’est une ode à l’amour, une ode à la tolérance, une ode à la bienveillance… j’ai à peine pu le quitter une fois commencé. Je n’avais encore jamais lu Pete Fromm et pour une première, je peux dire que je fus séduite !

Tout commence au bord d’une rivière, Maddy est guide de rafting. J’ai aimé cette univers, ce lien avec la nature, ces rapides descendus au petit matin, il se dégage une fraîcheur de cet univers. Maddy rencontre Dalt, l’amour, le grand… un mariage loin des convenances mais proche de leurs rapides et puis une vie. Les chapitres sont courts, entre chaque chapitre quelques années passent et la vie cabosse un peu plus ce couple. Ainsi on suit cette histoire d’amour absolu, au fil des pages se dessine le parcours de ce couple, de cette famille, une vie de veinards, une vie de superhéros comme le disent les personnages eux-mêmes. Mais c’est surtout une vie de courage qu’ils mènent. J’ai trouvé Dalt très attachant, tellement amoureux et tellement fidèle, il est d’une tendresse folle. Bien que j’ai versé quelques larmes (je suis une grande sensible), il n’y a pas de pathos excessif, c’est savamment dosé et c’est ça qui en fait une leçon de dévouement et d’amour.

Je sais que je ne dis pas grand chose mais je ne veux rien dire, je ne veux pas vous dévoiler ni la magie de ce roman, ni le coeur de l’intrigue. Un dernier mot pour tenter de vous convaincre (en espérant que ce soit déjà le cas) : j’aime les livres qui font vivre sa vie autrement, qui font sentir différemment le quotidien, qui font prendre conscience de quelque chose, qui te donne de la force ou de l’énergie, et il en fait partie. Une leçon de courage, une leçon d’amour, une leçon de dévouement, une leçon de tendresse , une leçon de vie tout simplement.

« On va désirer à peu près tout ce que l’univers peut nous offrir avant d’avoir fait notre temps. On a même pris un peu d’avancer. Ce que j’aimerais savoir, c’est : veux-tu vraiment m’épouser ? » (p. 45)

Les Willoughby. Lois Lowry

C’est un roman assez étrange, je me suis sentie malmenée : au démarrage, je ne comprenais pas les intentions des personnages qui semblaient égoïstes, méchants, dépressifs… en un mot : inintéressants. J’ai poursuivi ma lecture et finalement ils se révèlent très différents.

Les Willoughby, ce sont quatre enfants, quatre enfants Tim, les jumeaux Barnaby A et Barnady B et Jane, quatre enfants abandonnés par leurs parents; c’est aussi un enfant dans un panier sur un perron de porte, un vieillard millionnaire vivant dans un taudis, une nounou cuisinière… un mélange savoureux (mais déroutant au départ).

L’écriture est très particulière : c’est truffé de références à la littératures anglaises, plus ou moins explicites : Heidi, Jane Eyre, Mary Poppins… et ça c’est très agréable ! C’est ce côté parodie qui m’a incité à poursuivre ma lecture. Et j’ai bien fait. A cela s’ajoute un humour noir et des personnages désopilants auxquels ils arrivent des aventures loufoques et des rebondissements improbables.

« Il était une fois une famille appelée Willoughby : une famille vieux jeu, avec quatre enfants. […] Ils habitaient une maison haute et étroite dans une ville ordinaire et faisaient le genre de choses que font es enfants dans les histoires vieux jeu. Ils allaient à l’école et au bord de la mer. Ils fêtaient leurs anniversaires. De temps en temps, on les emmenait au cirque ou au zoo, même si ça ne les intéressait pas tellement, sauf les éléphants. » (p. 10)

Circé. Madeleine Miller

Madeleine Miller propose dans ce roman un voyage au cœur de la mythologie. De Circé, je ne connaissais pas grand chose, hormis lorsqu’elle transforme les compagnons d’Ulysse dans L’Odyssée. Cette lecture fut donc une belle découverte. J’ai donc appris la naissance de Circé, fille de Persé et d’Hélios, son enfance est plutôt difficile, ignorée par son père, moquée par ses frères et sœurs, elle ne trouve pas sa place, elle ne sait pas réellement qui elle est. Et puis la rencontre avec Promethée lui permet de découvrir les pharmaka : « Ces fleurs jaunes qui poussent grâce ai sang versé par Chronos et qui changent toute créature en son moi véritable. » (p. 93). Ce don pour les potions et la sorcellerie devient salvatrice.

Dans ce roman qui est un véritable voyage littéraire, on rencontre Jason, Médée, celle qui deviendra la terrifiante Scylla. Un des chapitres que j’ai particulièrement aimé ce fut celui avec le Minotaure, le fils de Minos. La relation entre Dédale et Circé est longuement évoquée, c’est un des personnages récurrents de la vie de Circé. Au fils des rencontres avec les mortels ou des oppositions avec les dieux et déesses, notamment Athéna, Circé améliore ses potions et s’isole sur son île d’Aeaea.

« Laissez-moi vous expliquer ce que la sorcellerie n’est pas : ce n’est pas un pouvoir divin, qui vient en un clin d’œil, d’une simple pensée. Elle nécessite d’agit, de manipuler, de planifier, rechercher, fouiller, sécher, couper et moudre, bouillir, parler et chanter. et même après toutes ces étapes elle peut échouer, ce qui n’arrive pas aux dieux. » (p. 124)

Les pages que j’ai adorées c’est toutes celles concernant Ulysse, la deuxième partie du roman est extraordinaire. L’arrivée d’Ulysse, les premiers jours passés avec lui, ses récits… ce sont des pages tellement agréables. J’ai découvert cette histoire du point de vue de Circé (puisque c’est elle la narratrice), elle l’observe, le regarde, elle est fascinée par lui, elle apprend de lui, elle grandit. On découvre Circé, femme, maîtresse, épouse. Je ne dis rien de plus mais tout ce qui suit le départ d’Ulysse m’a totalement surprise. Ulysse n’est apparu sous un autre jour, ce fut un ravissement de lire ça et puis Télégonos, sa relation avec lui, Télémaque, Pénélope… quel plaisir de croiser tous ces personnages !

Brooklyn. Colm Toibin

Je vais essayer de ne pas faire comme sur la 4e de couverture et de ne pas en dire trop (ou de ne pas dire le principal !). Ce roman fut très agréable à lire même si l’histoire est triste (peut-être pas la lecture idéale en été).

Nous sommes dans les années 50; Eilis est une jeune Irlandaise. Prise en main par le père Flood, Elle se retrouve à New York où elle suit des cours du soir de comptabilité. Elle est logée chez Mme Kehoe qui loue plusieurs chambres à d’autres filles dans sa vaste demeure. La journée elle travaille comme vendeuse dans une petite épicerie mais les dimanches ont le goût salé, les soirées ce sont les cancans et les rumeurs de ses « amies » de chambre et puis surtout il y a la découverte de l’Amérique, de la mode américaine, de la vie américaine… et puis il y a le premier amour, Tony. Et puis un drame…

C’est un récit plein de rebondissements et de découverte, il y a des moments savoureux comme le récit de la traversée de l’océan, un délice, un de mes chapitres préférés. L’Irlande est toujours présente et évoquée, c’est bien la question de l’immigration que traite Colm Toibin. J’ai trouvé Eilis très touchante car elle est tiraillée entre sa nouvelle vie à New York et ses racines irlandaises, sa famille. J’ai senti qu’elle ne savait pas choisir, que les décisions qu’elle prend sont contradictoires car elle est seule. Elle ne se confie ni à Tony, ni à ses amies, ni à sa mère, ni à Jim… elle garde pour elle ses sentiments, ses doutes, ses craintes, ses espoirs et elle souffre de cette solitude. J’ai trouvé qu’Eilis manquait de liberté, sa vie est guidée par le souci de choisir les meilleures options possibles quitte à oublier ce que souhaiterait son cœur.

Le Chœur des femmes. Martin Winckler

Le choeur des femmesVoilà un livre que j’avais acheté sans savoir de quoi il parlait (et je l’ai ouvert sans même jeter un œil à la 4e de couverture). Deux ans qu’il patientait sur mes étagères… mais pourquoi l’ai-je fait tant attendre ? C’est un livre si essentiel, si important ! Toutes les femmes, toutes les filles devraient le lire !

Le sujet est original (et je crois bien rarement traité en littérature) : Jean Atwood, interne des hôpitaux, major de sa promo, doit passer six mois dans une unité bien particulière, l’unité 77, service de gynécologie, dirigée par Barbe-Bleue, Franz Karma, un barbu, « Médecin de la femme ». Le jeune docteur Atwood qui se destine à la chirurgie gynécologique est en colère, persuadée de qu’elle sait tout voire qu’elle en sait plus que son chef, un généraliste en plus ! Jean Atwood arrive avec son arrogance et toutes ses certitudes, celles qu’opérer, soigner un corps ne nécessite pas d’écouter. Les premières consultations (où elle ne fait qu’observer) sont infernales pour elle : Karma écoute les femmes s’épancher sur leurs vies sans même les ausculter… il n’impose rien, il ne réclame rien, il écoute en faisant « mmmm » et en demandant à la fin à Atwood si elle a des questions. Karma passe ses journées à écouter tous les récits et toutes les questions, il ne considère pas les femmes comme un corps à soigner ; il laisse la patiente décrire les symptômes qui lui semblent importants sans décider « arbitrairement » d’attacher de l’importance à l’un plutôt qu’à l’autre. A l’opposé d’Atwood… Finalement entre ces deux personnages très complexes un lien va se tisser, il va peu à peu lui ouvrir les yeux, la faire devenir « autre », Atwood perçoit une autre manière d’exercer la médecine gynécologique, une médecine dans laquelle la patiente est considérée, pas seulement soignée. C’est ce que j’ai aimé dans ce roman, les personnages ne m’ont finalement que « peu » intéressés, en revanche les pages de consultation, les pages où Karma explique sa conception de la médecine ainsi que les valeurs qui commandent ses relations avec ses patientes; j’ai trouvé ça bouleversant.

Ce roman aborde donc la question du traitement réservé au corps de la femme par les médecins : l’indifférence, la luxure, des violences psychologiques ou des violences obstétricales, des IVG, la contraction, l’intersexualité… L’auteur, médecin généraliste et féministe, vulgarise de nombreuses questions et propose une vision bienveillante, à l’écoute de la femme, une médecine faite pour la femme… oublier par exemple les étriers et autres postures adoptées pour le confort du médecin.

Malgré quelques invraisemblances romanesques ou plus exactement des hasards bien commodes en fin de roman, j’ai adoré cette lecture, c’est une lecture nécessaire et je vous la recommande vraiment ! C’est une lecture qui questionne, qui fait réfléchir, qui fait apprendre, qui fait s’éveiller sur le rapport entre soin et patient et qui fait réfléchir à notre lien avec notre gynéco… une très belle surprise donc !

« Je me tourne vers la patiente et je m’ouvre à ses plaines, à ses peurs, à ses pleurs, ses espoirs, ses désirs, ses échecs, ses plaisirs, je me fonds dans son air, son couplet, sa ballade, son chant solo montant du chœur des femmes. »

Les Oiseaux. Du Maurier

Les oiseauxCe recueil contient trois nouvelles fantastiques de Daphné Du Maurier,  la plume de Du Maurier y est délicieuse de précision et de tension, les récits sont à la limite du récit d’épouvante : on a froid dans le dos.

Tout d’abord Les Oiseaux, nouvelle rendue célèbre par l’adaptation cinématographique d’Alfred Hitchcock (que je n’ai pas encore osé re-regarder) mais le cinéaste a fait de nombreuses modifications. Le récit de Du Maurier est véritablement oppressant et angoissant (moi qui ai peur des oiseaux, les descriptions des attaques d’oiseaux furent un supplice à lire. Pour autant Du Maurier n’a pas comme unique volonté de décrire une attaque d’oiseaux, les références et les parallèles avec la seconde Guerre Mondiale sont extrêmement intéressants et j’ai trouvé que ces analogies avec les attaques aériennes subies par Londres permettent à cette nouvelle de n’être pas qu’un récit fantastique. Mais quel frisson que ces oiseaux qui plongent sur les hommes, qui pénètrent dans la ferme de Nat et qui réduisent sa famille à un huis-clos dans le salon, fenêtres et portes obstruées… un confinement en entendant les bruissements des ailes des oiseaux, en entendant les becs des oiseaux frappés contre les linteaux en bois… atroce !

La lecture de la deuxième nouvelle, Le Pommier, fut moins éprouvante (en tout cas pour moi). On retrouve la figure de l’analogie. C’est une nouvelle triste évoquant le deuil. Un homme a perdu sa femme. Du jour au lendemain, il voit un pommier dont la silhouette ressemble à sa défunte épouse renaître à la vie. Cette figure du pommier est obsédante… il ne supporte plus sa vue, il est incommodé par l’odeur du bois de pommier que son domestique met dans sa cheminée, il déteste le goût des pommes que sa cuisinière lui prépare… ce pommier l’obsède et l’empêche de vivre… il doit y remédier.

Troisième et dernière nouvelle, Une seconde d’éternité, (titre que j’adore) : j’ai lu cette nouvelle d’une traite, happée par le désir de savoir et de comprendre… car oui, c’est une nouvelle dans laquelle il faut accepter de ne pas comprendre grand chose jusqu’à la dernière ligne ! Une nouvelle à chute rudement menée. Mme Ellis vit dans une banlieue bourgeoise de Londres avant la Seconde Guerre mondiale, en 1932. Tout repose sur un problème de perception : qui est cette Mme Ellis ? a-t-elle l’esprit aussi sain que ce qu’elle prétend ? qui pourrait être à l’origine du complot dont elle parle ? Le dénouement est inattendu et oblige à une relecture de la nouvelle. Palpitant !

Trois nouvelles très différentes qui abordent de manière originale le fantastique, trois nouvelles que j’étudierai à la rentrée avec mes 4e ! Hâte qu’on frissonne ensemble devant Les Oiseaux !