Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une. Raphaëlle Giordano

Voici le genre de roman que je ne lis que très rarement (je crois que je ne pourrais pas d’ailleurs), pour moi c’est le vrai roman de gare, idéal pour un long voyage ou une après-midi sur la plage.

Ta 2e vie commence...L’histoire est très simple (voire pauvre) : Camille, trente-huit, a tout pour être heureuse mais pourtant elle est minée par les tracas quotidiens, l’impression de ne pas vivre la vie qu’elle désire, une légère déprime récurrente… Jusqu’à ce qu’elle rencontre Claude Dupontel, routinologue et oui ! Il va alors lui proposer un accompagnement pour l’aider  à retrouver le sourire et un épanouissement personnel. La partie romanesque a manqué pour moi d’envergure et d’ambition. Les « rebondissements » sont trop faciles et prévisibles et l’histoire n’est qu’un embryon d’intrigue. Il faut davantage penser ce roman en terme de livre de développement personnel.

C’est cet aspect qui m’a parfois dérangé : cette impression de lire un manuel théorique. les mots importants sont en gras suivis d’une explication qui est en réalité une définition. Je n’ai pas aimé la typographie : ces passages en gras pour les conseils de vie importants mais aussi les citations (comme s’il fallait se justifier), pas besoin de mettre en évidence ces éléments, le lecteur est assez grand pour percevoir l’essentiel !

« Il va falloir aussi apprendre à poser vos limites et à les exposer à votre entourage, poursuivit Claude. […] Encore faut-il ne pas confondre empathie sèche et empathie mouillée ! Avec l’empathie mouillée, vous prenez à votre charge le pathos de l’autre, vous absorbez ses émotions négatives et vous finissez par aller mal, vous aussi ! Avec l’empathie sèche, vous arrivez à entendre et compatir avec les problèmes de votre entourage, sans pour autant vous laisser contaminer par son humeur brutal. Cette sorte de bouclier de protection est très utile pour ne pas se laisser aspirer. » (p. 81)

Le thème m’a fait sourire : le problème de la routine… problème auquel nous sommes tous confrontés, pas toujours évident de s’en débarrasser (et puis ça peut être aussi confortable et rassurant). C’est là qu’est l’effet « manuel », des conseils donnés dans lequel j’ai perdu le romanesque.Ce qu’il faut retenir (et c’est une sage leçon) ce sont quelques unes des clés et astuces données pour repenser sa vie, sortir de sa morosité et de ses petites déprimes : voir le bon côté des choses, sourire, penser positif et oser sa vie et non la rêver.

Tous ces conseils de psychologie positive sont donc associés à un roman (malheureusement pas assez romanesque à mon goût) mais cela constitue un ouvrage idéal pour les vacances, il a le mérite de rappeler qu’en souriant et en s’accablant pas de tout, la vie est plus facile et plus belle.

Charlotte. David Foenkinos

Charlotte lectureQuel beau livre !

Une semaine que je l’ai terminé et je n’ai pas encore réussi à trouver les mots justes pour en parler. Je vais essayer ce matin.

Ce roman est bouleversant. Je dois reconnaître que je n’ai presque rien lu de David Foenkinos (hormis La Délicatesse il y a déjà quelques années) mais ici j’ai le sentiment d’avoir lu le genre de livre qui reste, un grand livre. Le style m’a plu, la langue est épurée, cinglante et sobre. Evidemment cela tient à la manière dont a choisi d’écrire l’auteur, une phrase par ligne.

« Pendant des années, j’ai pris des notes.

J’ai parcouru son oeuvre son cesse.

J’ai cité ou évoqué Charlotte dans plusieurs de mes romans.

J’ai tenté d’écrire ce livre tant de fois.

Mais comment ?

Devais-je être présent ?

Devais-je romancer son histoire?

Quelle forme mon obsession devait-elle prendre ?

Je commençais, j’essayais, puis j’abandonnais.

Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite.

Je me sentais à l’arrêt à chaque point.

Impossible d’avancer.

C’était une sensation physique, une oppression.

J’éprouvais la sensation d’aller à la ligne pour respirer.

Alors, j’ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi. » (p. 71)

Au départ cette écriture m’a un peu déstabilisée et puis très vite le rythme est pris et cela paraît naturel. L’émotion n’en est que plus intense (pour moi en tout cas). J’ai ressenti une forme de mélodie à la lecture, comme un battement, une pulsation, la nécessité d’être concis, l’urgence de vivre mais un besoin de prendre son temps et de respirer. Foenkinos intervient ponctuellement dans son récit (ce qui m’a surpris Charlotteparfois) pour une remarque sur ses recherches ou pour partager ses émotions et son ressenti.

Que dire sur l’histoire ? Foenkinos part sur les traces de Charlotte Salomon, une artiste née en 1917 dans une famille juive de Berlin, elle se réfugiera dans le sud de la France après la nuit de Cristal en 1938 : une lignée marquée par le suicide, un don pour le dessin, une rencontre amoureuse, une douleur de vivre héréditaire, des grands-parents inquiétants, une passion pour la peinture mais la guerre, le nazisme et l’extermination des juifs… une vie brève, troublante, émouvante… comme si l’urgence était nécessaire.

Un roman qui m’a donc troublé et qui me laisse sans mot pour l’évoquer correctement, un conseil seulement lisez-le !

Charlotte, David Foenkinos, édition Gallimard, juillet 2014

Merci Bab pour ce joli prêt !

Les albums de mon grand

Mon grand a toujours lu, il a toujours aimé écouter des histoires ou se poser seul avec ses livres. En ce moment il aime beaucoup ses documentaires mais le soir, j’insiste on lit une histoire « pour pouvoir faire de jolis rêves après ». Il demande souvent de lui lire une histoire, il choisit alors seul dans sa bibliothèque mais il aime que je choisisse aussi. Il essaye de négocier « deux histoires » et dans ce cas, il me propose souvent « une toute petite » et « une grande ». Alors voilà la grande et la petite histoire qu’il a sélectionné :

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Satanés Lapins de Ciara Flood : M. Ours aime sa solitude et sa tranquillité mais voilà qu’une famille de lapins s’installe juste en face de chez lui. J’aime beaucoup les illustrations de cet album aux couleurs douces et surtout le message : on ne peut vivre qu’avec les autres et c’est bien plus agréable de partager. Le récit est tendre, drôle et évoque des valeurs essentielles à transmettre :  l’amitié, la solidarité et le partage. Mon grand adore la dernière page de cet album (que je ne montrerai évidemment pas), pour lui, elle incarne le bonheur absolu !

Son deuxième album (qu’il connaît par cœur à force de l’avoir lu et relu) fonctionne sur la répétition : Tout en haut de Mario Ramos. Il a celui-ci depuis ses 2 ans (à peu près) FullSizeRendersfdsmais il ne s’en lasse pas ! Il fait un peu parti de nos indispensables qu’on a emmené avec nous à chaque vacances. Il riait tellement si petit, maintenant il participe et fait tous les bruitages (son petit frère rit à son tour à la lecture de cet album).

L’intrigue est simplissime : le crocodile, la girafe et d’autres animaux tentent de grimper une pente verticale. Ils montent les uns sur les autres pour atteindre le FullSizeRenderfsdsommet, puis arrive le singe… Les illustrations sont colorées et fonctionnent parfaitement ! J’aime cet album parce que ça fait parti de ceux qu’il peut « lire » seul à son frère et qu’il « met en scène » avec ses figurines.

Tout en haut, Mario Ramos, Ecole des Loisirs

Satanés Lapins, Ciara Flood, Albums Circonflexe, fév. 2016

 

La cuisinière. Mary Beth Kane

La couverture m’avait tout de suite séduite ainsi que le postulat de départ, une histoire vraie et un portrait de femme au destin incroyable. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire La cuisinièrecette biographie romancée ; cependant je dois reconnaître que la seconde partie du roman m’a moins convaincue (celle où est évoquée sa vie de femme libre avec son conjoint qu’elle soutient quotidiennement). Le rythme y est moins dense, je ressentais moins d’empathie pour l’héroïne et surtout j’éprouvais une sorte de malaise : se remettra-t-elle à la cuisine alors qu’elle semble avoir conscience d’être porteuse de la typhoïde ?

Cette biographie raconte l’histoire de celle qu’on surnomma à la fin du XIXe siècle « La femme la plus dangereuse d’Amérique ». Immigrée d’Irlande, Mary Mallon s’installe à New York. Après avoir gagné sa vie comme blanchisseuse, elle développe ses talents de cuisinière et est engagée chez différentes familles bourgeoises. Malheureusement, beaucoup contracte puis meurt de la typhoïde. Mary résiste et ne développe aucun symptôme, résistance si incroyable qu’elle intrigue les médecins. De plus en plus  ils s’intéressent à son cas et finissent par être convaincus qu’elle transmet la La cuisinière en coursmaladie en cuisinant. Elle serait un porteur sain de la maladie, premier cas en Amérique. Très vite, elle devient un cas clinique, objet d’attention et de mépris.

Arrêtée et exilée sur l’île de North Brother, elle se soumet à différents examens mais mène un combat pour sa liberté. Tout au long de cette partie, je me suis demandée si elle était consciente de véhiculer la maladie ou si elle était dans le déni. J’ai éprouvé de la sympathie pour cette femme forte, courageuse et déterminée qui refuse toutes les accusations. Mise en quarantaine, elle est éloignée de son conjoint, Alfred Briehof, et de ses amies. Ce isolement renforce le sentiment de malaise que j’ai éprouvé, elle est un cas de la science, presque une bête de foire pour certains. Ce destin de « Marie Typhoïde » est incroyable, j’ai été sidérée de voir comment elle est traitée mais je n’ai pu m’empêcher d’éprouver aussi ce malaise devant son obstination à vouloir cuisiner. Evidemment d’autres paramètres expliquent ce déni partiel: l’insalubrité de New York, un problème de classe sociale, d’éducation, un tact défaillant chez les médecins… tout ceci se ressent parfaitement dans ce roman très bien écrit.

Les albums de bébé brun

Ce sont les vacances scolaires, j’ai donc mes deux enfants à la maison, mes paquets de copie, mes séquences à préparer, je n’ai donc que très peu de temps pour moi et je lis malheureusement très peu (quelques pages au petit déjeuner et quelques lignes le soir avant de vite sombrer dans les bras de Morphée) en revanche je lis beaucoup d’albums avec les enfants.

Mon bébé brun a 13 mois, il adore regarder ses livres, appuyer sur les boutons des livres musicaux, soulever les volets ou toucher les textures dans certains de ses livres. Il a déjà ses goûts bien marqués et revient souvent sur deux albums cartonnés qu’il feuillette et qu’il me tend régulièrement pour lire. Les deux ont pour thème les chouettes (c’est drôle, c’est l’animal qu’on avait choisi pour la naissance son grand frère) et il a reçu les deux du père Noël (comme quoi, il choisit bien !)

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Bébés chouettes est un album de Martin Waddell pour le texte et Patrick Benson pour les illustrations. Un grand coup de cœur pour les illustrations d’un graphisme magnifique et original pour un livre jeunesse ! Trois bébés chouettes attendent le retour de leur maman partie leur chercher à manger. Ils s’inquiètentFullSizeRender;n;n de ne pas la voir revenir, que c’est long surtout pour Lou qui ne cesse de vouloir sa maman. C’est dur la séparation ! Mon petit bonhomme regarde les chouettes, les montre et semble soulagé lorsque la maman revient.

Le deuxième coup de cœur de mon bébé brun est l’album de Chris Haughton, Un peu perdu. Le graphisme est très différent, beaucoup plus simple et épuré mais mon bébé adore et montre toujours le bébé chouette. Bébé chouette dort en haut de son nid mais tombe. Aidé de l’écureuil, il part à la recherche de sa maman. Il adore la première « petite page » avec la chute et le « boing boing ». C’est un album très chouette à lire, on peut faire des gestes pour montrer la taille. La structure répétitive fonctionne à merveille avec les bébés et mon petit bonhomme adore la répétition de « non non ». FullSizeRenderlkkjJ’ai l’impression qu’il est inquiet et en tout cas il dit « maman » dès qu’il voit la maman chouette à la dernière page. La lecture de cet album fait rire mon bébé et c’est trop mignon ! Sûrement une des premières histoires où il éprouve différentes émotions !

Deux albums qui traitent du thème de la séparation… En écrivant ceci je me rends compte que mon bébé est en plein dans la phase « collé à maman » et je pleure dès qu’un « pseudo inconnu » s’intéresse à moi ! En tout cas il est bien content quand les chouettes retrouvent leurs mamans !

J’espère revenir ce week-end avec le billet de ma lecture en cours (que j’adore) ou le billet de deux albums de mon grand (plus dur comme choix !)

Mars 2016

IMG_0738mon grand et ses lettres/ « Madame je n’ai pas aimé votre attitude pendant ma commission éducative » … et on s’étonne que le monde ne tourne pas rond / des planches qui me captivent / ta si chère côte de bœuf du vendredi / coup de déprime / envie d’un petit ciné / pluie & déluge / mon petit chez l’ophtalmo (encore) / FullSizeRendersortir écœurée de classe / fatiguée / débout tout seul !! / tisane, doliprane, miel… état grippal et angine / 3 ex-collègues dans une brasserie / premier week-end de soleil, ça sent le printemps / gagner une sortie « pour aller voir des animaux » / « c’est trop chouette d’aller au zoo » « ça me fait tellement plaisir » / des câlins, des bisous et des remerciements à n’en plus finir / mon grand qui ne sait comment nous remercier et dire son bonheur / reconnaissance /  IMG_0766un dimanche matin fenêtre ouverte et livre sous la couette / laisser traîner les copies / écosser les petits pois en amoureux / que c’est agréable ce soleil! / entendre les petits oiseaux / toi qui pleures tant devant ce film / de l’excellence en classe / IMG_0767ton col claudine, ma jupe à fleur et un hamburger / échange de livres / îlot et pédagogie différenciée / lire quelques pages dehors / un projet et une idée fille qui tranquillement fait son chemin / un petit café volé / crêpes en famille / te préparer ton costume / « Maman j’ai un rouge sur la jambe »/ bulletin (oups bilan périodique) à refaire / grève de l’école… galère de garde / « – Elle est bonne la quiche, j’y ai mis tout mon amour. – Mais tu en as mis combien ? » / Cyrano, Le Cid, Tom Sawyer, des séquences à monter / mon fils qui me réclame des entrées / petits bonheurs et fil à linge / soleil du samedi, on profite / lire seule /  penser au salon du livre, ne pas y aller, petit pincement au cœur / Ah les beaux jours ! / ce jour que tu attendais tant : tes 4 ans, joyeux anniversaire mon grand / lhjghggun petit frère qui applaudit et souffle tes bougies / grands-parents et arrière grands-parents / planter nos tomates /  ne pas se lasser de souffler tes bougies / tricycle pour l’un, vélo pour l’autre / bébé brun qui grandit drôlement / vacances (avec des tonnes de copies) / ce soleil ❤ / déprime qui me poursuit / toujours cette envie d’un ciné de filles / les sourires de tous ces enfants et un poisson d’avril sur notre porte

Titus n’aimait pas Bérénice. Nathalie Azoulai

Je sens que je vais très mal parler de ce roman. Plusieurs jours que j’attends pour l’écrire sans oser vraiment me lancer… je m’excuse d’avance pour ce billet.

Titus n'aimait pas Bérénice

J’avais tellement entendu parler de ce roman sans rien en lire de peur qu’on me dévoile quelque chose, j’avais réussi à me préserver de tout « résumé, billet, article ». Je ne sais pas à quoi je m’attendais (rien, je crois) mais je fus surprise. J’en ressors avec l’envie de lire du théâtre, d’explorer cette langue si riche, d’entendre des alexandrins…

Lorsque Titus quitte Bérénice, celle-ci trouve refuge dans la lecture de Racine. Elle part alors sur les traces de Racine pour comprendre son chagrin. C’est alors que la grande histoire prend le pas sur la petite.

« Ce soir-là, en rentrant chez elle, elle cherche toutes les pièces de Racine que sa bibliothèque contient (…). Elle trouve une façon de vivre, une routine sonore, une gestuelle. Elle se prépare une tasse de thé, elle lit à haute voix, pendant des heures. Elle ne sait pas spécialement dire des alexandrins mais elle s’applique. (…) Ensuite elle murmure les vers car elle a toujours besoin que ses lèvres claquent, bougent dessus, qu’il y ait un contact entre eux, l’air et la chair. Ses yeux ne lui suffisent pas, elle a besoin de les mâcher. » (p. 14)

Le roman bascule dans la biographie romancée, j’ai adoré découvrir les années de jeunesse de « Jean », sa formation à Port-Royal et sa relation avec la langue.Gare & Racine

« Ce qui compte, reprend le maître, c’est de faire voyager les anciens jusqu’à nous, de profiter de ce qu’ils ont à nous apporter, de les connaître de l’intérieur et de fouiller leurs textes comme de la matière. C’est ainsi qu’on apprend à modeler le nôtre. » (p. 38)

Peu à peu, on voit comment Racine s’est construit, comment il a basculé vers le théâtre (alors que rien ne l’y poussait), comment il a façonné sa langue et comment il élaborait ses pièces. Son parcours est flamboyant, rivalisant avec Corneille mais côtoyant Louis XIV dont il se fera un allié, il gravit les marches du monde théâtral et ses pièces rencontrent un grand succès. Ce que j’ai aimé c’est la réflexion sur la langue, voir comment il la travaille, apprend des auteurs antiques, travaille et travaille encore avec persévérance pour atteindre une fluidité verbale.

« On a besoin de l’antithèse parce qu’on a besoin de la symétrie, mais moi, je rêve d’une antithèse cruciale, qui dirait le cœur des hommes, pas seulement le choix qu’ils doivent faire à un monstre donné, mais la croix qui les traverse, le conflit, leur nature profonde. » (p. 130)

Titus n’aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulai, Folio, déc. 2016