Novembre 2020

quelques temps en famille / envie de me recroqueviller / ma petite forme / une reprise confinée / changer de salle heure par heure / un lundi soir parfait avec les enfants / « maman, je ne m’habille pas comme je suis un dieu grec »…/ l’organisation m*** des écoles / quand mes compétences de lecture deviennent insuffisantes face aux questions de mon 4 ans « maman elle est où sa nageoire caudale ? et pourquoi la baleine ne mange pas avec ses fanons ? » /celui qui occupait mon bureau / son coup de cœur pour les Les Bizardos…/ week-end confinée et quel plaisir / lire, se poser, se reposer / 11 km dans une forêt silencieuse / son goût naissant pour les chevaliers / les couloirs et les escaliers du collège / ces parents si contestataires et qui veulent m’apprendre mon métier / un mercredi qui a la saveur d’un dimanche / mes 3e ou l’art de la paresse / mes vendredis soirs, thé, lecture et bonbon / des semaines en apnées /des larmes versées / penser heure par heure, jour après jour / et encore les parents d’élèves / la fatigue qui s’installe / retrouver la joie des stylos plume (eh se contenter de pas grand chose comme petite bonheur) / ces mercredis où j’essaie de tout faire / « Maman ?! Maman ?! Mais Maman ? » / mon pot de colle dès que je travaille / des copies et la joie des corrections / des semaines harassantes / des week-end que je voudrais plus longs / moment puzzle / leur coloriage / premiers sablés de l’hiver / savourer les petites joies / mon fils qui chaque soir m’offre un dessin / mes garçons qui prennent soin de moi / « maman va prendre ton livre, tu fais toujours les choses désagréables »… et le voir vider le lave-vaisselle du haut de ses 7 ans, mi-fière, mi-peinée / et cette fatigue sans fin / sortir le bonnet / compote de pommes à la cannelle / mon père Noël qui me gâte / courir / lire / jouer / respirer / les entendre parler de Noël, du sapin / leur (déjà) très grande impatience / préparer les petits mots du calendrier de l’Avent / penser aux festivités de décembre et laisser Noël s’installer peu à peu…

La Bruyère incendiée. Colm Toibin

La bruyère incendiée – Colm Toibin (Edition 10/18)

Voici une lecture que j’ai prise à la légère et qui je crois est plus que ce qu’elle n’y paraît. Au départ je lisais un peu distraitement, sans trop être dedans et puis d’un coup, le roman prend une autre ampleur. Du coup je me demande si je n’ai pas loupé des éléments importants ou des petits indices. A peine le livre terminé, j’ai regretté cette lecture, j’aurais voulu rester davantage avec les personnages (d’autant que la fin est une petite déception).

L’histoire se déroule en été. Chaque été, Eamon Redmond quitte Dublin avec sa femme Carmel pour aller dans la petite bourgade de Cush, dans leur maison de vacances, en bord de mer. Le roman commence par la dernière journée d’Eamon avant les vacances estivales, Eamon est juge et c’est sa dernière journée au tribunal, une journée durant laquelle il rend un jugement épineux. L’été sera propice à oublier ses affaires, la justice et ses engagements. Colm Toibin explore les souvenirs de cet homme âgé, au seuil de sa retraite. Les chapitres alternent entre les jeunes années d’Eamon, sa rencontre avec Carmel, et leur vie actuelle… La Bruyère incendiée c’est aussi les années qui ont passées, la mémoire défaillante ou bien les souvenirs indélébiles mais l’amour d’un homme pour sa femme. C’est doux, tendre, pudique, les personnages ne sont pas sondés en entier et c’est à la fois cette délicatesse de l’écriture que j’ai aimé mais qui m’a aussi frustrée, j’aurais aimé les découvrir davantage. Eamon est taciturne et assez silencieux, il se dévoile peu. Colm Toibin esquisse le portrait d’un couple en fin de vie mais aussi le portrait de l’Irlande car les engagements politiques du couple et les luttes nationalistes sont évoquées au fil de leurs souvenirs.

Lady Susan. Jane Austen

Lady Susan – Jane Austen (Folio)

L’article va être rapide car c’est une petite déception. Moi qui avait tellement envie de ce moment, un tout petit roman qu’on peut déguster en une après-midi autour d’un thé, se lover dans une atmosphère anglaise… mais non, j’ai trouvé ce récit brouillon. Il s’agit de lettres échangées entre plusieurs femmes, lady Susan, jeune veuve, se réfugie chez son beau-frère. Mais lady Susan semble être une coquette dénuée de scrupules, prêtes à tout (ou pas) pour conquérir son beau-frère. Chacun y va de son avis, de sa lettre… j’ai trouvé cela confus, je n’arrivais pas à cerner les personnages, à comprendre les relations entre eux, à trouver les personnalités des uns et des autres… J’ai parfois eu l’impression d’être dans Les Liaisons dangereuses mais beaucoup moins bien écrits (pardon Jane) et surtout en très très prude… trop de sous-entendus ou d’implicites, il y en avait tant que je ne comprenais même plus de qui il était question (sauf en relisant les pages d’avant plusieurs fois). Bref vous l’aurez compris, ce ne fut pas un succès et j’ai à peine lu les dernières pages.

La force de l’âge. Simone de Beauvoir

La Force de l’âge – Simone de Beauvoir (Folio)

❤ ❤ ❤ Simone de Beauvoir, un coup de cœur, une découverte il y a trois ans maintenant. Je n’osais ouvrir La Force de l’âge, de peur d’être déçue après avoir tellement aimé Mémoires d’une jeune fille rangée. Effectivement au début je n’ai pas retrouvé la saveur du premier volume de son autobiographie. La première partie de ce second tome débute en 1929, juste après son agrégation. Elle relate sa vie avec Sartre, leurs très nombreuses sorties dans les cafés parisiens, leurs vies (séparées) dans des chambres d’hôtel (elle est tellement heureuse d’avoir son indépendance) et leurs voyages, assez nombreux. Il ne se passe pas grand chose dans ces premières pages. Mais pourtant j’aime l’écriture de Beauvoir. Je suis fascinée de voir toutes leurs fréquentations, ce milieu qu’ils fréquentent. Et puis elle évoque son déni de réalité. Elle ne veut pas voir la montée du fascisme, elle ne veut pas voir que les tensions entre les pays se renforcent. Elle se voile la face et veut vivre pleinement sa vie toute une forme d’insouciance : « Olga […] me demanda un jour ce que ça signifiait au juste d’être juif. Je répondis avec autorité : « Rien. Les Juifs, ça n’existe pas : il n’y a que des hommes. » […] Je savais déjà à quels abus entraînent des notions telles que l’âme slave, le caractère juif, la mentalité primitive, l’éternel féminin. Mais l’universalisme auquel je me ralliais m’emportait loin de la réalité. » (p.191). Beauvoir évoque les marches, les randonnées qu’elle aime par dessus tout. Et puis elle raconte son désir d’écrire, les relectures des manuscrits de Sartre, elle raconte comment émerge des projets littéraires, ce qui ne la satisfait pas dans ses écrits : « J’avais écrit deux longs romans dont les premiers chapitres tenaient à peu près debout mais qui dégénéraient ensuite en un informe fatras. Je résolus cette fois de composer des récits assez brefs et de les mener d’un bout à l’autre avec rigueur » (p.255)

Et puis arrive l’inévitable. La guerre occupe toute la seconde partie du récit. Elle y retranscrit le journal qu’elle a tenu au moment de la déclaration de guerre et les mois qui ont suivi. L’impression que rien n’a réellement changé à part que les hommes partent, et puis progressivement le moral qui baisse, les cafés qui ferment, la vie culturelle qui diminue, les restrictions, les alertes, l’inquiétude pour Sartre… Elle part quand même plusieurs fois en « congés, franchit la ligne entre zone libre et zone occupée dans une forme d’insouciance, c’est notamment le cas lorsqu’elle raconte leur virée dans le sud de la France avec Sartre, à bicyclette, eux deux couchant dans les granges de ferme… J’ai aimé quand elle raconte pourquoi elle adopte le bandeau « Faute d’électricité, les coiffeurs travaillaient irrégulièrement, une mise en plis devenaient toute une affaire, aussi les turbans étaient-ils à la mode; […] je m’y ralliais définitivement. » (p.577). C’est une suite d’anecdotes personnelles sur ses conditions de vie, sur la guerre, sur Paris pendant la guerre. La guerre reste en arrière-fond, elle semble assez protégée. et je reste sidérée quand elle croise puis fréquente Giacometti, Michel Leiris ou encore Raymond Queneau.

Je préfère les Mémoires mais je suis ravie d’avoir relu cette plume que j’aime tant, que je trouve légère mais élégante. Et vous pouvez retrouver deux autres de mes lectures : un texte autobiographique sur sa mère, Une mort très douce ou encore cette bande dessinée (que je conseille à mes élèves d’ailleurs car elle permet d’aborder Beauvoir), Simone de Beauvoir. Une jeune fille qui dérange. Et je laisse à Simone de Beauvoir, les mots de la fin mots que je trouve très justes : « Si je l’ai entrepris [mon récit], c’est en grande partie parce que je sais qu’on ne peut jamais se connaître mais seulement se raconter. » (p.419)

Swap 2020

Chaque année, la rentrée est synonyme de SWAP avec ma copine Romanza du blog http://plumedefeu.blogspot.com/ D’habitude l’été, on se fixe un thème, on s’envoie nos listes de livres mais cette année nous n’y avons pas réussi. On tenait quand même beaucoup à ce moment alors on s’était fixé sur début novembre. Et ce moment de douceur est tombé au bon moment. Exactement ce qu’il fallait pour égayer et ensoleillé ces journées assombries par les actualités pesantes. Un petit bol d’insouciance, d’autant que pour une fois, on n’avait pas de thème précis mais uniquement les livres qui nous faisaient envie depuis très, trop longtemps ! Donc le mot d’ordre était le plaisir !

Nous avions calé notre rendez-vous dimanche en fin de journée. Comme d’habitude c’est un moment de solitude que j’apprécie, comme d’habitude j’aime voir les petits paquets marqués avec des petits messages plus ou moins énigmatiques, comme d’habitude j’ai envie de tout lire et de tout dévorer tout de suite, comme d’habitude j’apprécie les choix qui sont fait pour moi et comme d’habitude j’ai conscience de la chance que j’ai d’avoir une amie si proche même si elle est si loin. Trêve de bavardage et quelques points sur les futures lectures : tout d’abord Jude l’obscur de Thomas Hardy, très très envie de le lire depuis des années, je pense qu’il ne fera pas long feu sur mes étagères. Ensuite une des mes autrices favorites, Simone de Beauvoir avec Les Belles Images. Je reste dans les autrices avec Le Malentendu d’Irène Nemirovski dont j’avais adoré Suite française. Je découvrirais Kate Chopin avec L’éveil mais aussi Colm Toibin avec La Bruyère incendiée. J’ai déjà ma petite idée de ma future lecture, je vous laisse deviner (attention ce n’est pas celle que l’on croit 😉 ) En plus de ces moments de lecture à venir, le colis contenait du thé (fleur d’oranger / violette) et sa petite coupelle, un petit hibou trop choupi, des bonbons (je n’ose ouvrir le paquet car je trouve l’emballage trop beau), du chocolat et un gâteau à la broche (beaucoup de gourmandise mais en ce moment il faut) et un savon qui a embaumé tous les livres.

Eden Springs. Laura Kasischke

Eden Springs – Laura Kasischke – Le Livre de Poche

Voici un court roman de Laura Kasischke, un roman basé sur un fait historique. Je la lis pour la deuxième fois après mon coup de cœur absolu pour Esprit d’hiver (lecture à laquelle je songe souvent avec délice tant j’avais aimé). Là, c’est très différent. Le récit n’en est pas moins glaçant pour autant.

Laura Kasischke choisit de raconter l’histoire d’une secte. Nous sommes au début du XXe siècle, aux Etats-Unis dans le Michigan, Benjamin Purnell décide de créer une communauté religieuse, il serait le prédicateur et avec ses groupies, ils attendraient la fin du monde dont ils seraient les derniers représentants. Peu à peu des adeptes arrivent de la planète entière. Ils vivent donc tous ensemble, le roi Ben construit des bâtiments pour accueillir les membres de sa communauté. Il promet la vie éternelle et tous s’habillent de blancs mais il leur offre aussi un parc d’attractions religieuses pour se divertir le dimanche. En tête de chaque chapitre, on trouve des extraits des journaux de l’époque, des témoignages. Le récit est pris en charge par Cora Moon, l’enseignante, elle a un regard un peu critique toutefois elle fait bien parti des membres et des groupies du roi Ben. On comprend aussi très vite que le roi Ben couche avec beaucoup des jeunes filles de sa communauté sur lesquelles il exercice une fascination incroyable et une emprise « à ses yeux, nous étions comme des fruits. A nos yeux, il était comme Dieu. » Son charisme lui permet tout. Dans cet environnement historique, Laure Kasischke rajoute une intrigue : la découverte d’un corps par un fossoyeur; un corps qui est officiellement celui d’une vieille femme de 68 ans mais lorsque le cercueil s’ouvre au moment de la mise en terre, le fossoyeur voit une jeune fille avec des marques autour du cou. L’atmosphère est troublante, le récit fragmentaire m’a un peu laissé sur ma fin. J’aurais aimé quelque chose de plus creusé, d’encore plus descriptif… bref je voulais en savoir plus. En conclusion, un bon roman que j’ai apprécié, mais qui ne restera pas dans ma mémoire, en revanche je me souviendrai de cette secte et des conditions de naissance du premier parc d’attraction. A noter, l’excellente postface de Lola Lafon !

Les Bizardos…

Les Bizardos / Les Bizardos rêvent de dinosaures – Janet et Allan Ahlberg – Folio Cadet

Pour une fois, je vous présente une lecture de mon fils. Il est en CE1, il lit bien et a toujours baigné dans les livres. Depuis 6 mois environ, le soir, après l’album que je lui lis, il avait le droit de regarder encore un livre seul avant d’éteindre sa lecture. Souvent, il regarde un documentaire. Cette année, je constate (au temps qu’il prend avant d’éteindre et parce qu’il m’en parle), qu’il lit vraiment et ne se contente plus de regarder les images. Parfois il « triche » même et lit un documentaire et un album. Je suis contente que lui vienne cette habitude de lire seul et dans sa tête (ce qui n’était pas le cas l’an passé). En journée, pour le moment, il prend encore des livres (albums ou documentaires) mais ne lit pas ou à peine ou seulement si son petit frère lui demande de lire. Vous l’aurez compris, il est peu tourné vers les romans. Je trouve que c’est difficile de trouver des romans intéressants, avec un niveau ni trop difficile, ni trop facile pour un niveau de CE1. Soit je tombe dans le nunuche qui ne l’intéresse pas, soit les lectures sont trop ardues et la taille des chapitres l’effraie.

Sur Instagram, j’avais repéré les illustrations des Bizardos, j’avais vu une édition en anglais mais j’ai commandé à mon librairie les deux romans français publié chez Folio Cadet. Je les ai cachés et sortis la semaine passée, Halloween se prêtant particulièrement bien à cette lecture mettant en scène des squelettes. Cette fois-ci c’est lui qui me lisait le roman. J’aime l’entendre rire et il a beaucoup en lisant. Il était tout fier de lui, fier d’enchaîner les chapitres avec autant de plaisir. Et finalement il a lu chaque soir un livre en entier. Il a beaucoup aimé l’histoire et les dessins. Ce fut une belle lecture, les illustrations sont colorées. Il y a de l’humour, il y a du vocabulaire (et ça j’aime que les livres pour enfant soit riche en vocabulaire) et l’histoire est originale. Si vous avez d’autres idées lecture pour lui, je suis preneuse ! Il aime les animaux, les livres avec des enquêtes, l’espace, la mythologie…

La Vallée perdue. Louis Bromfield

La Vallée perdue – Louis Bromfield – Stock (vieille édition mais tellement agréable à lire, ça faisait longtemps que je n’avais pas lu une vieille édition, ce fut un bonheur supplémentaire)

Voici un roman oublié, oublié sur mes étagères depuis bien longtemps, oublié aussi des éditeurs car il n’est malheureusement plus oublié mais si par hasard vous le croisez en brocante ou en bouquinerie, il ne faut pas hésiter. C’est un roman qui m’a fait un bien fou, il se dégage de cette nature une douceur de vie, un apaisement, un bien-être très agréable. L’écriture de Bromfield, auteur américain du milieu du XXe siècle, est fluide, simple mais assez poétique.

La Vallée perdue c’est l’histoire de Ronnie, le narrateur. Il passe ses étés dans cette vallée, dans la ferme de Clarendon avec son grand-père et sa tante Suzanne. J’ai beaucoup aimé le lien entre le grand-père et Ronnie, un lien de confiance, de complicité, de respect et de bienveillance. Chacun veille et apprend de l’autre. Ronnie a un ami plus âgé, Henry, avec qui il partage ses errances dans la jungle ou dans les prés, des heures de discussions à s’occuper de la ferme ou encore des soirées. Mais cet été-là, Ronnie apprend que « Henry s’est trouvé une poule ». Ronnie ne comprend pas cette expression. Plus qu’Henry, il questionne son grand-père qui plein de bienveillance envers Vinnie, accueille la nouvelle femme d’Henry avec hospitalité et sans aucun jugement. Au contraire avec Tante Suzanne, ils vont tenter de montrer à toute la vallée que sa réputation est erronée. Certes elle vient de la ville et non du petit village, mais c’est une femme courageuse qui participe aux travaux des champs et soutient Henry. Mais Ronnie est déçu, sa place de cœur auprès de son ami est prise. Cependant il apprend à la découvrir, et petit à petit il accepte la présence de cette femme car il voit son ami heureux et épanoui. C’est l’apprentissage de l’adolescence, petit à petit Ronnie découvre le monde des adultes : les préjugés, les rivalités… et puis les prémisses de la sensualité. Mais dans cette vallée, tout n’est pas doux. Quelques personnages viennent ternir ce petit monde.

« Sur l’aire, j’aidai Henry à empoiler les gerbes. Vinnie nous lançait du haut de la charrette. C’était un travail dur et sale, mais ça n’avait aucune importance. J’étais heureux d’être là, sur l’aire, et de travailler avec Henry. Et maintenant Vinnie ne semblait pas être entre nous. Tout à coup, elle semblait être un homme, un de nos bons amis. Nous étions trois camarades. » (p.68)

Un dernier extrait, le grand-père est un personnage très humain, très lucide, voici une des ces rares concernant l’éducation de son petit-fils (dont il est responsable car les parents de Ronnie sont décédés alors qu’il était en bas âge) : « Tu comprends, la vie que tu as mené jusqu’à présent a été un peu étroite, à l’école et dans la vallée. Ce sont des endroits charmants mais ils ont des limites. Ce sont de « petits mondes », complets en eux-mêmes, et le grand monde est tout à fait différent. » (p.156)

Des petits nouveaux !!

Ca fait très longtemps que je ne vous ai pas présenté mes petits nouveaux ! Faut dire que j’achète beaucoup moins de livres qu’à une époque mais quand même, de temps en temps un petit par-ci par-là. Bon hier, je m’étais décidé à me faire plaisir ! Depuis début octobre, je m’étais dit « aux vacances, je vais à la librairie et je craque. » Bon ben voilà hier, journée sans mes enfants, j’avais bien bossé, c’était le moment idéal. Me voilà partie sous la pluie avec mes jolies bottes pour une balade jusqu’à la librairie de ma petite ville. Petit détour avant chez le fleuriste pour acheter une nouvelle plante… J’arrive donc avec ma plante sous le bras, mes bottes ruisselantes et mon manteau dégoulinant… et c’est parti pour une exploration de la librairie. J’avais un roman bien en tête : Betty de Tiffany McDaniel. Depuis septembre, je le vois chez plein de blogueuses, toutes en parlent avec enthousiasme, François Busnel encense ce roman donc je l’ai pris en premier. Ensuite je n’avais rien de précis en tête, j’ai croisé sur des étagères une couverture qui m’a attirée, en m’approchant j’ai vu qu’il s’agissait d’un roman de Laura Kasischke, depuis que j’ai lu Esprits d’hiver je m’étais promis de la relire. J’ai parcouru la 4e de couverture et hop un deuxième roman, Eden Springs, une histoire d’adolescentes et d’une communauté religieuse. Complètement par hasard, je suis tombée sur En nous beaucoup d’hommes respirent de Marie-Aude Murail, roman que j’avais voulu lire à sa sortie en broché. L’édition du Livre de Poche est très jolie et j’ai hâte de le lire. Et puis ensuite j’ai voulu quelques romans plus cours (j’ai beaucoup de pavés dans ma PAL et ce n’est pas toujours évident de trouver le temps de les lire, j’aime alterner les formes de romans). Simone de Beauvoir m’a fait de l’œil, je voulais Les Belles Images mais il y avait La femme rompue, j’ai pris sans hésiter. J’ai hâte de relire Simone de Beauvoir ❤ Il en fallait bien un petit dernier, ce fut Les Sœurs aux yeux bleus de Marie Sizun (somptueuse couverture !), la suite de La gouvernante suédoise que j’avais beaucoup aimé. Avec ma plante et mes cinq romans, je suis donc rentrée et en arrivant, j’ai constaté que je n’avais choisi que des autrices ! Très contente de mon craquage et de mes choix. Y a-t-il que vous connaissez ? Certains vous attirent ?

La Vie d’Arséniev. Ivan Bounine

La Vie d’Arséniev – Ivan Bounine –
Le Livre de Poche

Ca faisait bien longtemps que je n’avais pas lu de littérature russe et ça m’a fait beaucoup de bien. Je n’ai jamais lu Ivan Bounine, ce fut donc une première. Je commence à découvrir cette plume par ce roman d’inspiration autobiographique. En effet, Ivan Bounine choisir de décrire sa jeunesse russe passée à la campagne à travers le personnage d’Arséniev. C’est dans une région reculée qu’il grandit, dans la région des steppes, une région où la nature est rude, dépouillée, une région où l’enfant grandit de manière solitaire dans un univers infini. Mais pour autant il se nourrit de littérature. L’écriture est tellement belle, tout semble poétique, léger et doux. Avec rigueur, Bounine convoque des souvenirs et fait appel à sa mémoire pour transcrire une Russie telle qu’il la connaissait enfant ; il cherche à être fidèle dans la transcription de ce monde qui disparaît peu à peu. Bounine, c’est la Russie impériale qui s’effondre à l’image de son père qui ruine la famille et perd peu à peu le domaine. Pour autant Bounine ne le juge pas, ce père aimant et cultivé mais oisif et joueur.

Il évoque ses liens avec ses frères et sœurs mais aussi ses rencontres sentimentales et ses années de lycée. Le personnage d’Arséniev est marqué par ses lectures et il fait part de ses interrogations sur le sens de l’écriture. Il admiratif de Pouchkine dont des vers sont présents dans le roman, mais il évoque aussi Tolstoï ou encore Gogol. J’ai aimé ce lien tissé entre les grands auteurs russes. Et puis il y a le grand amour de sa vie, Lika, un amour épuisant, exigeant, intense et dure, et qui valent des lignes magnifiques de doute et d’amour.

« Le jour où je quittai Kamenka, sans savoir que c’était sans retour, le jour où on m’emmena au lycée par une route que je ne connaissais pas encore […], ce jour-là je ressentis pour la première fois la poésie des grands chemins à l’abandon et l’âme de ce lointain passé russe qui entrait maintenant dans la légende. »

La Vie d’Arseniev est un récit poétique magnifique ; il nous embarque en Russie, il y a une âme dans ce roman et Ivan Bounine est un auteur dont la plume est lumineuse. D’ailleurs, pour mon prochain tour en librairie, vous avez une de ses œuvres à me conseiller ? Et avant un dernier petit extrait pour, je ‘espère, finir de vous convaincre de lire ce roman :

« Mon intérêt restait centré essentiellement sur moi-même, sur ma personne; les autres m’intéressaient-ils vraiment, malgré toute l’attention que je leur portais pour les étudier? Eh bien, pensais-je, pourquoi ne pas écrire tout simplement un récit sur moi-même ? »