Le canapé rouge. Michèle Lesbre

Le canapé rougeJ’adore la plume de Michèle Lesbre que je trouve d’une pureté incroyable. Cependant la magie n’a pas totalement opéré. Séduite par la plume, que je trouve tellement fine, délicate, sensuelle, l’histoire ne m’a pas conquise. Je dois reconnaître que j’ai eu un peu de mal à accrocher. Je dois même reconnaître que je suis un peu embêtée pour écrire un article.

« Je ne l’avais jamais croisée dans le hall de l’immeuble, ni dans les escaliers. Je connaissais tous les autres habitants, du moins les noms et les visages, mais Clémence Barrot restait un mystère. » (p. 25). Trouvant un prétexte, la narratrice parvient à rencontre Clémence Barrot et à pénétrer dans son appartement. désormais elle viendra lui faire la lecture sur le petit canapé rouge. Davantage qu’une séance de lecture, les deux femmes se prêtent à des confidences et voyagent à travers leurs souvenirs, leurs peines et leurs doutes.

« Le canapé rouge et les portes closes de son appartement n’étaient qu’une apparence trompeuse, une lubie de vieille dame, une pose pour oublier les tracasseries physiques, les empêchements. Elle me manquait. Je trouvais en sa compagnie une complicité tout à fait singulière, malgré nos univers différents, notre différence d’âge. »

Un roman sur la vieillesse, la complicité, l’amitié, la vie, la tendresse…

L’enfant perdue. Elena Ferrante

L'enfant perdue J’attendais cet été pour ouvrir ce quatrième tome de la série. Comme un petit rituel estival… J’ai commencé cette série il y a quatre ans sur mon lieu de vacances et depuis chaque été j’ai lu un des tomes. Quel plaisir une fois encore de retrouver Elena et Lila !

Dans ce dernier tome, Elena et Lila sont adultes. Comme le sous-titre l’indique, il s’agit de suivre la maturité et la vieillesse des deux héroïnes. Elena est en passe de devenir une écrivain célèbre et reconnue. Sur le plan personnel et amoureux, c’est plus compliqué. Elle vit d’escapades avec son amant Nino Sarratore entre Naples, Florence et quelques excursions en France pour voir ses éditrices. Elle vit sa passion amoureuse en laissant ses filles Dede et Elsa à sa belle-mère ce qui entraîne une confrontation immédiate avec  la famille de Pietro. Au fur et à mesure du roman, la vie d’Elena se stabilise et elle trouve une forme d’apaisement. Elle s’installe à Naples dans son ancien quartier, Pietro se révèle finalement un père attentionné, Elena est indépendante et épanouie parvenant à renouer avec ses filles et à vivre de son écriture. Cependant le roman soulève aussi (de manière discrète tout de même) les difficultés d’être une femme écrivain en Italie entre jalousie, rôle de la presse et revenus aléatoires.

« A ce moment-là, que pouvais-je désirer de plus ? Mon nom, le nom d’une moins-que-rien, était définitivement devenu celui de quelqu’un. » (p.376)

Lila, qui cherche à rentrer en contact avec Elena, reste un personnage ambigu. Difficile de savoir ce qu’elle a derrière a tête. Elle essaie d’avertir Elena du caractère de Nino mais sans dire tout ce qu’elle sait. Elle est toujours dans l’arrière -plan d’Elena mais le drame ultime qui va bouleverser la vie de deux amies la remet au centre de l’intrigue et fait revenir l’histoire de deux poupées perdues de leur enfance.

Ce tome est beaucoup plus sombre que les précédents, il est marqué par la perte. Perte de l’enfant comme son titre l’indique, perte des proches (de nombreux personnages décèdent, d’autres partent en Amérique), et surtout perte des illusions. l’amour pour Nino se révèle décevant.

Je me suis délectée de ce roman mais je reconnais que je suis un peu triste de les quitter et de me dire que c’est terminé, elles ont traversé mes quatre étés et si vous n’avez pas déjà lu cette saga, je vous la conseille fortement. Et vous pouvez relire mes avis sur les premiers volumes : Le nouveau nom , L’amie prodigieuse et enfin Celle qui fuit et celle qui reste.

Les souvenirs. David Foenkinos

Les souvenirs.JPGJuin a rimé pour moi avec panne de lecture. Je n’y arrivais pas… je lisais mais sans ressentir le plaisir de lire, je n’étais pas immergée dans mon roman et du coup je n’étais pas satisfaite de ma lecture, je n’allais donc que très peu vers mon roman. J’ai donc abandonné mon roman et je me suis tournée vers Les Souvenirs de David Foenkinos. Ce n’est pas un auteur que j’ai beaucoup lu (hormis La délicatesse et Charlotte plus récemment), mais je l’ai souvent entendu et je le trouve très agréable à écouter. Quand j’ai croisé ce roman sur les rayons d’une grande librairie d’occasion, j’ai justement saisi l’occasion.

J’ai débuté doucement cette lecture. Comme s’il fallait que je retrouve mes réflexes de lectrice… j’ai tâtonné laissant venir tranquillement le plaisir de lire. C’est un roman qui m’a porté le temps d’un week-end caniculaire, c’est un roman dont j’ai dégusté l’histoire et dans lequel j’ai admiré certaines phrases que j’ai trouvé splendides « Vous êtes si belle que je préfère ne jamais vous revoir. » « Le cœur a quitté le corps avec politesse. » « Elle était encore une femme parmi les trois milliards de femmes ; une anonyme de ma vie. » « Il y a quelque chose de si émouvant à la première apparition d’une personne qui va compter dans votre vie. »

C’est un tendre récit sur les souvenirs d’un jeune homme. Foenkinos a une écriture pleine de délicatesse, de douceur et d’émotions. Ce n’est pas spécialement un roman joyeux puisqu’il s’agit d’un jeune garçon qui se remémore les bons souvenirs passées avec son grand-père avant que ce dernier ne rende l’âme. Le narrateur grandit, la vie continue malgré les êtres perdus. Dans ce roman, pointe donc la nostalgie de l’enfance perdue mais également une réflexion sur l’amour. Un amour se forme alors qu’un autre se déforme…

« Il aimait être un homme, il aimait la vie ; il ne voulait pas boire avec une paille. Et moi, j’aimais être son petit-fils. Mon enfance est une boîte pleine de nos souvenirs. Je pourrais en raconter tellement, mais ça n’est pas le sujet du livre. Disons que le livre peut commencer ainsi, en tout cas. Par une scène au jardin du Luxembourg où nous allions régulièrement voir Guignol. » (p. 11)

La mort à Venise. Thomas Mann

La mort à VeniseJe vais avoir du mal à parler de cette nouvelle car j’ai eu du mal à la lire. C’est une nouvelle dans laquelle il ne se passe pas grand chose : un vieil écrivain, Aschenbach, en plein renommée, décide de se rendre à Venise. Il y croise le regard d’un beau Polonais,  un jeune adolescent, Tadzio, dont il tombe éperdument amoureux. Malgré l’épidémie de choléra qui sévit à Venise, il décide de rester dans cette ville qui se vide de ses touristes.

« Il ne s’était pas attendu à la chère apparition ; elle venait à l’improviste et il n’avait pas eu le temps d’affermir sa physionomie, de lui donner calme et dignité. La joie, la surprise, l’admiration s’y peignirent sans doute ouvertement quand son regard croisa celui dont l’absence l’avait inquiétée, et à cette seconde même Tadzio lui sourit, lui sourit à lui, d’un sourire expressif, familier, charmeur et plein d’abandon, dans lequel ses lèvres s’entrouvrirent lentement. C’était le sourire de Narcisse penché sur le miroir de la sourire, ce sourire profond, enchanté, prolongé. (p. 90)

IMG_5114Il faut lire cette nouvelle en ayant en tête la mythologie. Les références à la culture hellénistique sont très nombreuses et même si le sujet traité ressemble de très près au roman de Sandor Marai, Le Premier Amour , le traitement est totalement différent. Ici l’écriture est très complexe, tout est dans le détail, dans l’analyse psychologique et les multiples interférences culturelles. C’est une langue savante qui est utilisée (ce qui m’a parfois perdue d’ailleurs mais que j’ai aussi beaucoup admirée).

 

Un été sans les hommes. Siri Huvstedt

Un été sans les hommes1Bon ben voilà petite déception… je crois que j’attendais trop de ce livre. Quand il est sorti, il y a plusieurs j’avais flashé sur la couverture et puis j’ai entendu la sortie en poche, et puis j’ai d’autres coups de cœur. L’autre jour, à la bibliothèque, il était à côté des bornes de prêt avec une affiche « les coups de cœur de votre été », allez hop ni une ni deux je l’embarque au milieu des albums pour enfants.

Une semaine après, je peux dire que je suis déçue. L’histoire ne m’a pas convaincue ou plutôt la construction de l’histoire. La narratrice, Mia, est incapable de supporter la liaison de son mari Boris alors elle quitte New York et rejoint sa mère qui vit dans une maison de retraite. Là tout en fréquentant les dames âgées, elle ouvre un atelier d’initiation à la poésie et accueille sept adolescentes. Un été tout féminin donc entre des adolescentes à la recherche d’elles-mêmes, les petites vieilles de la maison de retraite, les confidences de sa maman, la voisine délaissée un peu paumée perdue avec ses enfants et les lettres de Boris qu’elle reçoit, Mia observe. Entre tout cela quelques pages difficilement identifiable, une alternance narration classique et échanges d’e-mails,  des considérations philosophiques ou encore réflexions sur la féminité. Je me suis parfois ennuyée.

Un été sans les hommes2

« Il est impossible de deviner l’issue d’une histoire pendant qu’on la vit ; elle est informe, procession rudimentaire de mots et de choses et, soyons francs : 

on ne récupère jamais ce qui fut. La plus grande partie en disparaît. Et pourtant, comme je m’efforce, assise ici à mon bureau, de le faire réapparaître, cet été pas seulement lointain, je sais que des tournants ont été pris qui ont affecté la suite. » (p. 48)

 

La petite fille de Monsieur Linh. Philippe Claudel

La petite fille de Monsieur Linh 1Soudain une envie de relire ce roman découvert il y a dix ans. Le temps d’un week end je l’ai emmené dans ma valise et quel bonheur ! Je me souvenais de l’intrigue dans les grandes lignes mais surtout que cette histoire m’avait bouleversée.

« C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. » Ainsi commence La Petite fille de Monsieur Linh. Aujourd’hui je comprends que ce n’est pas tant l’histoire qui est bouleversante mais c’est aussi l’écriture, la prose, la plume, une narration si simple, si épurée, si poétique, si légère…

Ce vieil homme est tellement attachant, l’histoire est bouleversante et je n’ai pu m’empêcher de pleurer. J’ai aimé ce vieillard qui s’occupe si tendrement, si passionnément de sa petite fille, ce lien est si beau, elle est sa raison de vivre. Ce vieillard , qui quitte son cher pays pour la protéger car il doit vivre pour elle, est si courageux. Il arrive dans un pays inconnu, déraciné, mélancolique. L’exil est cruel, il laisse derrière lui une terre, ses racines, des souvenirs, des odeurs (magnifiquement transcrite). Il est un immigré, regardé comme tel dans cette grande ville qui lui fait peur. L’espoir renaîtra sur un banc, face à un manège, il rencontre un gros homme. Sans comprendre la langue l’un de l’autre, ces deux êtres fragiles se comprennent et tissent un lien fort.

Sans dévoiler la fin percutante, j’ai été frappé par l’inhumanité avec laquelle il est traité. Emmené à l’hôpital, personne ne lui explique, personne ne prend le temps de savoir ce qu’il ressent. Ce vieil homme au cœur tendre se retrouve isolé, enfermé dans sa langue dans l’impossibilité de communiquer et le gros homme lui manque trop…

La petite fille de Monsieur Linh 2Magnifique, magique, poétique, intense, touchant… ❤

« Le vieil homme s’approche de la fenêtre. Le vent n’agite plus le grand arbre, mais la nuit a fait éclore dans la ville des milliers de lumières qui scintillent et paraissent se déplacer. On dirait des étoiles tombées à terre et qui cherchent à s’envoler de nouveau vers le ciel. Mais elles ne peuvent le faire. On ne peut jamais s’envoler vers ce qu’on a perdu, songe alors Monsieur Linh. » (p. 128)

La Petite fille de Monsieur Linh, Philippe Claudel, Le Livre de Poche, mai 2008

La formule préférée du professeur. Yogo Ogawa

Voici un livre dont les thèmes fondamentaux n’avaient a priori rien pour me plaire : les mathématiques et le base-ball cependant La formule préférée du professeur évoquait une histoire humaine, un professeur qui s’attache terriblement au fils de son aide-ménagère jusqu’à revivre grâce à ce lien, grâce à cette nécessité de transmettre. C’est cet aspect qui m’avait intéressé.

Formule préférée du professeur

Tous les trois, l’aide-ménagère d’une trentaine d’année, le fils (presque adoptif) surnommé par le professeur Root (Racine) de dix ans et le vieil homme fragile et sensible d’une soixantaine d’années forment un trio atypique. Suite à un accident, ce vieil homme a une mémoire limitée au quatre-vingts dix dernières minutes. La vie de ce mathématicien s’est arrêtée depuis ce choc en 1975. Habillé de notes et de rappels sur sa veste, il vit reclus dans son labo avec ses chiffres, ses formules et ses calculs. Cette mémoire égarée et fugitive l’a contraint à vivre isolé dans sa petite bulle cependant son aide-ménagère, nouvellement nommée, se fait une place et pas seulement, j’ai trouvé qu’elle lui permettait une ouverture au monde. Peu à peu le mathématicien sort de son isolement et de son silence. Avec douceur, patience, tendresse et gentillesse, elle gagne sa confiance. Le professeur invite alors son fils et très vite une relation filiale s’établit. Il partagent la passion du base-ball et le professeur transmet son amour des théorèmes, des chiffres, des formules qui, pour lui, décrivent le monde. La mère et le fils se mettront à appréhender les mathématiques afin de tenter de découvrir la formule préférée du professeur.

« Je plaçai le 10 à l’écart, alignai les chiffres de 1 à 9, entourai le 5. Le 5 était sans doute au centre. Il y avait quatre chiffres avant et quatre chiffres après.

A ce moment-là je fis pour la première fois de ma vie l’expérience d’un instant miraculeux. Dans un désert cruellement piétiné, une rafale de vent venait de faire apparaître devant mes yeux un chemin qui allait tout droit. Au bout du chemin brillait une lumière qui me guidait. Un lumière qui me donnait envie de suivre le chemin pour m’y plonger toute entière. Je compris alors que je recevais une bénédiction qui avait pour nom étincelle. » (p. 77)

Formule préférée... Cabourg

Plein de chiffres, de formules et de calculs mais tout cela évoque des sentiments, ses souvenirs, ils sont ramenés à des émotions et finalement ces mathématiques servent à créer un lien affectif entre ces trois êtres unis par un amour singulier.

« Il [le professeur] avait beau le féliciter et le féliciter encore, cela ne suffisait pas. Il voulait absolument faire comprendre au garçon maigrichon à tête plate se trouvant devant lui à quel point la formule qu’il avait inventée était belle. » (p. 82)

« Il traitait Root comme un nombre premier. De la même manière que pour lui les nombres premiers constituaient la base sur laquelle s’appuyaient tous les nombres naturels, il pensait que les enfants étaient un élément indispensable pour nous, les adultes. Il croyait que c’était grâce aux enfants qu’il existait ici et maintenant. » (p. 176)

La formule préférée du professeur, Yogo Ogawa, Babel, janvier 2008