Couleurs de l’incendie. Pierre Lemaître

Couleurs de l'incendieQuel bonheur de retrouver Madeleine Péricourt et l’écriture de Pierre Lemaître!

J’avais adoré Au revoir là-haut, j’avais découvert une plume teintée d’humour, de légèreté, de sarcasme pour évoquer des sujets graves et sérieux. J’ai moins retrouvé cela dans ce roman mais tout de même, j’ai apprécié cette lecture. C’est plus l’intrigue qui m’a moins captivée. Néanmoins j’ai lu ce roman presque d’une traite donc c’est plutôt bon signe !

Le roman commence en 1927, on assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. On retrouve différents personnages d’Au revoir là-haut, j’ai apprécié les retrouver même si je reconnais que parfois j’avais du mal à resituer le personnage, à m’en rappeler et je trouvais que Pierre Lemaître ne redonnait que peu d’indices. Les romans gagnent certainement à être lus à la suite (et pas avec presque deux ans d’intervalle comme moi). Donc suite aux obsèques, c’est Madeleine, divorcée de d’Aulney-Pradelle, qui doit hériter de l’empire financier de son père. Cependant son fils, Paul, dans un geste tragique, inattendu et déroutant, va modifier les plans et le destin de sa mère.

C’est là que l’histoire s’enclenche et que Madeleine devient tout autre. Désir de vengeance, volonté de fer, manigances, corruption, déclassement, trafic d’influence, faillite, corruption,  le roman fourmille de rebondissements et c’est savoureux! La narration est menée à un rythme endiablé, il n’y a jamais de temps perdu, on reprend à peine son souffle, jubilatoire. Ce que j’aime aussi ce sont les personnages. Ils sont tous extrêmement forts, soit détestable, soit touchant… leurs traits sont campés avec force et ils possèdent une véritable individualité. Tandis que Madeleine apparaissait comme un être fragile dans Au revoir là-haut, elle acquiert ici un vrai statut, elle gagne en profondeur, en liberté et en dignité. Sa personnalité s’affirme. Seule, elle navigue dans cette crise des années 30 que peint l’auteur. Car Couleurs de l’incendie c’est aussi une fresque historique qui raconte l’affirmation du capitalisme, la montée du fascisme et la menace nazie qui s’apprête à gagner l’Europe. Plus j’écris et plus je me rends compte que ce roman est savoureux, que le ton truculent est un petit bonheur, que ce roman est un bonbon acide et doux à savourer pleinement.

 

L’enfant perdue. Elena Ferrante

L'enfant perdue J’attendais cet été pour ouvrir ce quatrième tome de la série. Comme un petit rituel estival… J’ai commencé cette série il y a quatre ans sur mon lieu de vacances et depuis chaque été j’ai lu un des tomes. Quel plaisir une fois encore de retrouver Elena et Lila !

Dans ce dernier tome, Elena et Lila sont adultes. Comme le sous-titre l’indique, il s’agit de suivre la maturité et la vieillesse des deux héroïnes. Elena est en passe de devenir une écrivain célèbre et reconnue. Sur le plan personnel et amoureux, c’est plus compliqué. Elle vit d’escapades avec son amant Nino Sarratore entre Naples, Florence et quelques excursions en France pour voir ses éditrices. Elle vit sa passion amoureuse en laissant ses filles Dede et Elsa à sa belle-mère ce qui entraîne une confrontation immédiate avec  la famille de Pietro. Au fur et à mesure du roman, la vie d’Elena se stabilise et elle trouve une forme d’apaisement. Elle s’installe à Naples dans son ancien quartier, Pietro se révèle finalement un père attentionné, Elena est indépendante et épanouie parvenant à renouer avec ses filles et à vivre de son écriture. Cependant le roman soulève aussi (de manière discrète tout de même) les difficultés d’être une femme écrivain en Italie entre jalousie, rôle de la presse et revenus aléatoires.

« A ce moment-là, que pouvais-je désirer de plus ? Mon nom, le nom d’une moins-que-rien, était définitivement devenu celui de quelqu’un. » (p.376)

Lila, qui cherche à rentrer en contact avec Elena, reste un personnage ambigu. Difficile de savoir ce qu’elle a derrière a tête. Elle essaie d’avertir Elena du caractère de Nino mais sans dire tout ce qu’elle sait. Elle est toujours dans l’arrière -plan d’Elena mais le drame ultime qui va bouleverser la vie de deux amies la remet au centre de l’intrigue et fait revenir l’histoire de deux poupées perdues de leur enfance.

Ce tome est beaucoup plus sombre que les précédents, il est marqué par la perte. Perte de l’enfant comme son titre l’indique, perte des proches (de nombreux personnages décèdent, d’autres partent en Amérique), et surtout perte des illusions. l’amour pour Nino se révèle décevant.

Je me suis délectée de ce roman mais je reconnais que je suis un peu triste de les quitter et de me dire que c’est terminé, elles ont traversé mes quatre étés et si vous n’avez pas déjà lu cette saga, je vous la conseille fortement. Et vous pouvez relire mes avis sur les premiers volumes : Le nouveau nom , L’amie prodigieuse et enfin Celle qui fuit et celle qui reste.

Les dames de Kimoto. Sawako Ariyoshi

La dame de Kimoto 1Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de littérature asiatique et plus spécifiquement japonaise. D’habitude je trouve leurs mots crus, parfois secs mais là ce fut tout le contraire. Sawako Ariyoshi use de mots doux et de délicatesse dans son expression. Elle insiste sur de nombreuses valeurs pour montrer l’importance de la tradition nippone dans l’éducation des filles (puisque le roman se concentre autour des personnages féminins).

Les dames de Kimoto raconte l’histoire de trois générations de femmes japonaises issues de cette famille ancienne et aisée. J’ai beaucoup aimé la relation entre Hana et sa grand-mère Toyono, cette grand-mère dévouée à sa petite fille mais surtout qui cherche à lui apprendre tous les codes, toutes les superstitions, tous les rites, toutes les coutumes nippones pour en faire une femme japonaise parfaite. Le mariage de Hana l’éloigne de sa grand-mère mais elle n’oublie jamais tout ce que la vieille femme a appris et tout ce qu’elle lui doit. Hana devra ensuite vivre dans la famille de son mari et élever ses enfants, notamment sa fille Fumio. A une époque charnière du Japon, à l’aube de la première guerre mondiale, Fumio refuse le rôle de femme soumise de sa mère. Fumio est une jeune fille brillante et rétive à l’apprentissage des arts traditionnels. Elle choisit ses études et milite pour la libération des femmes se mariant avec l’homme de son choix. Hana souffre de cette fille mais elle renoue et retrouve de l’apaisement avec sa petite-fille Hanako. Décidément les relations grand-mère petite-fille m’ont attendries.

La dame de Kimoto 2Ce roman retrace donc l’évolution de la condition féminine, du Japon traditionnel de l’ère Meiji de la fin du XIXe siècle jusqu’après la seconde guerre mondiale à travers la figure centrale de Hana. Une belle saga familiale nippone.

« Depuis plus de vingt ans,sa vie et celle de Hana ne faisaient qu’un. Mais à présent, elles ne seraient plus jamais unies, pas même dans le tombeau familial. Hana se sentait étroitement liée à sa grand-mère. La conscience de leur commun destin féminin les rapprochait plus que jamais. » (p.25)

Celle qui fuit et celle qui reste. Elena Ferrante

IMG_5287Aujourdhui j’ai tourné les dernières pages de ce troisième tome de L’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante. Après avoir lu L’amie prodigieuse il y a deux ans et Le nouveau nom l’été dernier, j’avais patienté pour lire le troisième tome cet été. De jolies retrouvailles… et déjà l’envie de lire la suite. Elena Ferrante a décidément le don de savoir terminé ses histoires pour donner de lire la suite.

Dans ce troisième volume on retrouve Lenu, bientôt mariée avec Pietro Airosa, un enseignant de l’université de Florence où elle compte s’installer après ses noces. Le quartier la rebute et elle est ravie d’en partir. Les affaires du quartier sont devenue une trame de fond dans ce tome, les évolutions politiques sont régulièrement évoquées comme les événements de 1968 et l’émergence des mouvements féministes ou protestataires. La première partie du roman m’a un peu laissée sur ma fin : Lenu face aux problèmes d’usine, Lila, assez absente ou distante de ce IMG_5460roman, les débuts de la lutte prolétaire de certains anciens du quartier. Lila et Lenu se croisent à peine dans ce roman, quelques rencontres, beaucoup de coups de téléphone et des pensées. Leur amitié doit évoluer. Elles ont du mal à se comprendre et ne parviennent pas à s’aider, à se parler, à s’expliquer. Lenu continue de vivre en pensant à Lila, en se comparant à elle. Entre réussite de son premier roman et maternité, Lenu mène sa vie sans trop savoir où aller. Plâne toujours l’ombre de Nino Sarratore, son aura, sa prestance, sa personnalité attirante. La deuxième partie est passionnante, j’ai eu beaucoup de mal à lâcher le livre dans les dernières pages. Lenu est face à un moment décisif de sa vie. Une écriture passionnante, haletante, IMG_8362un roman captivant et fascinant; bref vivement la lecture de la suite !!

« Nous avions toutes deux besoins d’une épaisseur nouvelle et de corps, mais nous nous étions trop éloignées l’une de l’autre et n’arrivions plus à combler ce manque. » (p. 407)

Celle qui fuit et celle qui reste, Elena Ferrante, Folio

L’amour dans l’âme. Daphné du Maurier

J’ai adoré ! Quel bonheur de découvrir ce roman paru en 1950 sous le titre La chaîne d’amour (d’ailleurs ce titre est parfaitement adapté, c’est vraiment l’idée d’une chaîne qui unit cette lignée… cela dit, le titre L’Amour dans l’âme est également totalement cohérent avec l’intrigue).

l'amour dans l'âme 1Dès les premières lignes, j’ai été plongée dans cette histoire (ce que les pages suivantes ont vite confirmées), une magnifique fresque familiale comme je les aime. Ce fut une lecture immersion, un véritable bonheur à lire.

Daphné du Maurier nous entraîne auprès d’hommes et de femmes installés à Plyn, un port de la côte sud des Cornouailles. La mer est un personnage à part entière de cette famille, tant elle attire, fascine, rebute, captive, effraie chaque membre. Elle a un impact sur chacun d’eux. Sur quatre générations, on découvre la famille Coombe, des navigateurs, des charpentiers de marine, des notaires, des femmes fortes. Alors évidement le décor était là pour me séduire : la Maison de Lierre isolée, un peu à l’écart du village de Plyn, la Cornouailles, des falaises balayées par le vent, la mer en contre-bas… Mais ce n’est pas seulement le décor qui m’a plu, ce sont surtout les différents personnages de cette lignée.

J’ai tout particulièrement aimé le personnage de Janet Coombe qui vit pour la mer : « Janet Coombe se tenait debout sur la colline surplombant Plyn, le regard fixé sur le port.[…] Il semblait à Janet que la colline était devenue son univers, un petit monde d’ineffable l'amour dans l'âme 2clarté où tous les troubles du cœur venaient s’estomper et mourir. » (p.11). Cette jeune femme, qui rêve de devenir un garçon pour pouvoir voguer sur les flots, a un caractère bien affirmé, elle est entière, déterminée mais sait se montrer sensible et tendre avec son mari, Thomas, ou encore ses enfants. Elle tisse un lien particulier avec Joseph en lequel elle se reconnaît. La mer semble vibrer en eux, je ne sais comment dire mais j’ai aimé ce que Janet dégageait, c’est un personnage fort qui restera gravé dans ma mémoire. Et puis sa relation avec son fils Joseph est unique, obsédante, viscérale. Christopher, son petit-fils, est également un personnage que j’ai beaucoup apprécié (bon en fait ils ont tous leur particularité et je crois que je les ai tous beaucoup aimé…). Personnage tourmenté et inquiet, il a un parcours compliqué et semé d’embûches. Dans ses égarements et tergiversations, je l’ai trouvé très attendrissant. Et puis je ne puis m’empêcher de penser à Jennifer, personnage qui gagne en intensité au fil de sa vie.

Daphné du Maurier dresse donc ici une splendide peinture de la passion humaine, le destin des membres de la famille Coombe si ancré à la mer.

« Janet, Joseph, Christopher, Jennifer : ils demeuraient tous unis par un étrange et même amour, par un même esprit d’inquiétude et de souffrance, par une semblable et intolérable passion pour la beauté et l’indépendance. Ils avaient tous rêvé de mystérieuses aventures et de chemins inconnus, mais n’avaient trouvé de paix qu’à Plyn et les uns par les autres. » (p.445)

L’amour dans l’âme, Daphné du Maurier, édition Le Livre de Poche (janvier 2014)

 

La fortune des Rougon. Emile Zola

La fortune des RougonEn ce moment, j’aspire à lire des auteurs classiques, cela me manque. Emile Zola est un de mes romanciers préférés et cela fait plusieurs mois qu’il me tente. J’ai lu beaucoup des Rougon-Macquart mais je n’avais (bizarrement) jamais lu La Fortune des Rougon, pourtant premier volume de cette histoire familiale. Autant le dire tout ce suite, ce n’est pas mon préféré, trop « politique » pour moi. En revanche ce que j’aimé, c’est découvrir la racine familiale. Ce roman inaugure donc le cycle et on comprend parfaitement comment germent diverses perversions dans cette famille : jalousie, avidité, ambition démesurée, cruauté, orgueil…

IMG_2528L’histoire se déroule à Plassans, quelques jours après le coup d’état de Napoléon III. Les bourgeois sont terrorisés par quelques bandes insurrectionnelles qui errent. Pierre Rougon va en profiter pour se forger sa réputation. C’est lui le personnage central de ce roman, « cet ogre, ce brigand, ce gueux » (p. 62) « accus[é] de manger des petits enfants tout crus. » Voilà tout est dit pour ce personnage, machiavélique et impitoyable. Marié à Félicité, c’est un couple prêt à tout sacrifier et à sacrifier tout le monde pour acquérir fortune et gloire. Le roman est assez sombre : ce sont des coups bas, des mensonges, des trahisons, des manipulations, des « affaires » pour parvenir à ses fins… un monde politique peu reluisant…  mais finalement réaliste et encore actuel. Heureusement quelques scènes magnifiques viennent rehausser la couleur de ce roman, des scènes et des personnages beaucoup plus sains, beaucoup plus humains. J’ai trouvé la scène d’ouverture magnifique, l’errance des amoureux sous leur pelisse, ces fantômes blottis l’un contre l’autre à la nuit tombé… je voyais la scène, ce défilé des amoureux cachés, lovés, se chuchotant des mots doux : « on dirait les invités d’un bal mystérieux que les étoiles donneraient aux amours des pauvres gens » (p.28). Parmi ces amoureux, Silvère Mouret et la jeune Miette… une autre scène d’amour enfantine que j’ai IMG_2533trouvé somptueuse c’est lorsqu’ils se retrouvent autour d’un puits, le jeu de miroir, les déformations, les reflets de la lune, les ondulations de l’eau, « ce bienheureux trou, avec ses glaces blanches et son écho musical » (p.254)… des rencontres tellement touchantes, Zola exprime leur liaison enfantine avec une poéticité et une tendresse infinie entre ces deux êtres qui sont entiers.

La fortune des Rougon permet donc de comprendre l’origine du cycle, de comprendre d’où vient la tare initiale qui sera transmise de génération en génération ; Zola y parle de Pascal (un des rares non pervertis) ou encore de Gervaise, issue de parents alcooliques et qui commence déjà à boire… bref j’ai envie d’aller lire ou relire quelques autres tomes de ce chef d’oeuvre !

La Fortune des Rougon, Emile Zola, Le Livre de Poche, 1971

Le nouveau nom. Elena Ferrante

Un an après avoir aimé L’amie prodigieuse, me voici retrouvant Lila et Lenu. Très vite Le nouveau nomtout m’est revenu et j’ai plongé dans ce nouveau pan de leur amitié (et j’ai déjà hâte de me précipiter sur la suite, j’attends avec impatience sa sortie en poche [d’ailleurs quelqu’un connaît la date ?]). Ce tome est centré sur la nouvelle vie, on quitte l’enfance et l’adolescence. Chacune prend sa route, c’est une phase importante de leur amitié : Lila s’est mariée avec Stefano Caracci. Mais le soir de son mariage elle comprend que son mari l’a trahie en s’associant avec les Solara. Donc, le mariage à peine consommé elle comprend son erreur. La vie avec Stefano est désagréable. Bien que goûtant au luxe et à une vie plus confortable, elle conserve son caractère bien entier :  excessive, caractérielle et exigeante…. Quant à Lenu, elle continue à se comparer à Lila, à essayer de se surpasser, à essayer d’être remarquée et remarquable quoiqu’elle ait conscience que cette concurrence lui est nuisible et qu’elle doit prendre ses distances Le nouveau nom 2avec Lila. Elle étudie alors avec avidité.

Les deux amies se croisent régulièrement ou au contraire s’évitent. Leur amitié est en accordéon. Le temps d’une pause estivale, on les retrouve à la plage mais entre la sage et timide Lenu et l’affranchie Lila, les histoires de cœur prennent le pas sur leur histoire d’amitié qui demeure sulfureuse voire destructrice. J’ai aimé voir l’évolution d’Elena, obstinée et déterminée, elle se libère quelque peu grâce à ses études. J’aime ces deux femmes-ado au caractère si tranché, j’admire Lenu et sa soif d’apprendre. Les 500 et quelques pages ont défilé sans que je m’en rende compte rencroisant tous les personnages du premier tome, notamment Nino Sarratore qui a un rôle prépondérant auprès de deux petites napolitaines mais aussi Enzo, Carmen et quelques nouveaux personnages comme Pietro. Pour finir, je crois que j’ai encore mieux aimé que le premier tome ! Que j’étais bien dans ce roman !

Le nouveau nom, Elena Ferrante, édition FOLIO 2017

Le Quinconce. Charles Palliser

IMG_0644 J’ai commencé ce roman tout en sachant que je n’avais pas la suite sous la main, je n’aime pas cette sensation et j’espérais bien que la fin ne soit pas trop abrupte… Réponse en fin d’article 😉

Dès le début j’ai été conquise par l’atmosphère, l’Angleterre, le XIXe siècle, un petit village perdu… Comment aurais-pu résister ? L’intrigue démarre tout de suite.

Le jeune John Huffam est élevé modestement par sa mère mais surtout celle-ci semble le tenir à l’écart de la société. Entouré de sa mère et de sa nourrice, l’intransigeante FullSizeRenderBisett, Johnnie n’a presque aucun contact avec des enfants de son âge. Un jour, désobéissant aux ordres maternelles, il rencontre Henrietta, la fille des châtelains du domaine voisin Hougham. Tout démarre, événements étranges, personnages troublants, quête de la vérité ! John comprend que son lignage (dont sa mère refusait de parler) est lié à celui de ces châtelains. Sa mère semble terrorisée et ne préfère pas trop fouiller le passé par crainte que l' »ennemi » ne s’en mêle. Têtu et effronté, John décide tout de même de continuer à fouiller son passé, il part à la quête de son identité !

« Le passé excitait de plus en plus ma curiosité. D’où venais-je ? Où ma mère avait-elle vécu ? Elle abhorrait les questions que je lui posais à ce propos, et jamais elle ne m’avait mis au fait de rien, sinon de ceci, qu’elle avait grandi à Londres. » (p. 82)

IMG_0680Le Quinconce est une fresque familiale dans laquelle je n’ai lu que le premier tome. Dans ce tome, les jalons de l’intrigue sont posés. L’intrigue se noue et peu d’éléments sont dénoués mais on sent qu’il y a des indices pour la suite. L’intrigue sera complexe à n’en pas douter. Maintenant grand dilemme pour moi : est-ce que je commande la suite ou est-ce que je laisse mon imagination travailler ?

Le Quinconce, Tome I, Charles Palliser, éditions Libretto, janvier 2015

Mai en automne, Chantal Creusot

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« Au début des années cinquante, sur le côtes du Cotentin, vivaient à la lisière d’un bois, dans une sombre maison délabrée, une femme et son enfant. Jamais personne ne leur rendait visite. » Ainsi débute Mai en automne. J’ai tout de suite ressenti de la douceur dans l’écriture, une forme d’apaisement dans le récit et pourtant en poursuivant le roman j’ai constaté que la vie des personnages n’est pas toujours si douce. J’ai adoré l’écriture : douceur et sérénité associées à un peu de mystère. Des phrases que j’ai dévorées, délicieuses et poétiques « L’été s’achevait dans la douceur d’un ciel encore bleu » (p. 220).

Dans une petite ville du Cotentin, à l’aube des années 40 jusqu’à la fin 50, la vie des différents protagonistes défile sous nos yeux.dsc00180 C’est donc sur une vingtaine d’années que s’étend cette saga provinciale. Le roman présente une dizaine de destinées issues de différentes classes sociales, le récit passe d’un personnage à un autre ignorant ce qu’il advient du premier qu’on retrouvera quelques pages ou chapitres plus tard. On suit donc une servante ingénue Marie Granville et son fils, Julien, l’avocat Jacques Laribière, le médecin Vuillard et sa fille Marianne, les libraires Lamaury… Cette fresque défile : pleurs, rires, union, disparition, doute, naissance, espoir, décès… mais malgré cela peu de place aux sentiments dans cette société régie par un carcan encore lourd. Ce sont les figures de femmes qui dominent, des femmes souvent fragiles, effacées ou marquées par le malheur, des femmes peu épanouies, des bourgeoises sages et fidèles mais heureusement la nouvelle génération féminine arrive, plus assurée, désirant s’affirmer et à la recherche de l’indépendance.

« Cependant Solange n’espérait plus sa visite. Assise sur un escabeau, absorbée par la lecture d’un magazine, le sentiment d’une présence lui fit lever les yeux. Il se tenait à quelques mètres d’elle. Elle ne l’avait pas entendu entrer. L’appréhension la rendit muette. Simon était revenu sans préméditer sa conduite, contre son émotion, avec cette bravoure de désespérance. » (p. 51)

 

L’amie prodigieuse, Elena Ferrante

IMG_9473L’amie prodigieuse est une petite pépite qu’on est heureuse de découvrir, qu’on prend plaisir à lire mais qu’on est triste de quitter et de se dire que ça y est, on a découvert ce beau roman.

Il s’agit d’une plongée dans l’Italie des années 50. Dans un quartier populaire de Naples vivent les deux héroïnes, Lila et Elena (qui mène le récit). Elles se rencontrent sur les bancs de l’école primaire et on les suit jusqu’à l’adolescence. Le récit nous fait sentir la chaleur écrasante de l’Italie, le poids du quartier et des traditions et l’importance du passé mais aussi l’opposition entre le quartier où l’on s’applique à reproduire ce qu’on a connu enfant et le reste de l’Italie qui tend vers la modernité. On sent aussi les rivalités entre les familles et les unions.

Elena Greco est la fille du portier de la mairie et Nina Cerullo, la fille du cordonnier. Tout les oppose. Lila est petite, menue mais fougueuse, arrogante, déterminée parfois allant jusqu’à être méchante ; quant à Elena, elle est calme, posée, réservée et souvent gênée. Chaque héroïne a su me charmer à sa façon. Elena (appelée Lenu) est fascinée par son amie. Cette admiration se confine en compétition et rivalité. Toutes deux très intelligentes, leur institutrice, Mme Oliviero, les pousse à poursuivre au-delà de l’école primaire. Cependant Lila devra suivre la voix qui lui est tracée et se mettra à travailler rapidement tandis qu’Elena poursuivra ses études jusqu’au lycée. Ainsi les deux amies suivent des chemins différents, elles s’éloignent puis se retrouvent au quartier le temps de vacances ou le temps d’un été. En réalité, chacune admire l’autre et rêve d’être à sa hauteur. A leur manière, elles tentent aussi de s’émanciper l’une de l’autre. Dans ce roman il est beaucoup question aussi de l’opposition entre ce quartier populaire où l’on parle un dialecte tout en travaillant et l’Italie des bourgeois, celle hors du quartier où l’on parle justement « italien » en se détendant.

J’ai tout aimé ! C’est une fresque vibrante et vivante, avec de nombreux personnages cependant le récit y est mené parfaitement avec fluidité et délice. Je suis très frustrée voire énervée pour la dernière page, je suis restée bouche béé : comment va réagir Lila ? Quelle sera la réaction de Stefano ? Que dira Marcello ? Et que va-t-il advenir de Nino et d’Elena ? Je serai bien restée en leur compagnie, moi. Vivement que je lise la suite !

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Pause thè vert et gâteau basque

« J’expérimentai pour la première fois la force d’attraction que mon corps exerçait sur les hommes, mais surtout je me rendis compte que Lila agissait comme un fantôme exigeant, non seulement sur Carmela mais aussi sur moi. Dans une circonstance comme celle-ci, si j’avais dû prendre une décision dans le désordre total de mes émotions, qu’est-ce que j’aurais fait ? Je serais partie en courant. Et si j’avais été avec lila ? Je l’aurais tirée par le bras en murmurant « On s’en va » et puis comme d’habitude je n’aurais pas bougé, simplement parce qu’elle aurait décidé de rester, comme elle le faisait toujours. En revanche, en son absence, après une brève hésitation je m’étais mise à sa place. Ou plus exactement, je lui avais fait de la place en moi-même. » (p.120)

« C’était une vieille crainte, une crainte qui ne m’était jamais passée : la peur qu’en ratant des fragments de sa vie, la mie,,e ,e perde en intensité et en importance. Et le fait qu’elle ne me réponde jamais accentuait cette inquiétude.  » (p. 271)