Douze nouvelles contemporaines

Douze nouvelles contemporainesVous savez que je ne suis pas très adepte des nouvelles mais cette fois-ci j’ai plutôt bien adhéré à ce recueil, que j’ai proposé à mes troisièmes d’ailleurs. Les nouvelles sont vraiment courtes et certaines, à chute, sont vraiment captivantes. Il y a bien sûr Pauvre Petit garçon ! de Dino Buzzati, nouvelle que j’adore pour sa chute justement mais aussi pour les questions qu’elle pose sur l’Histoire, un regard teinté d’humour… J’ai découvert également La Rédaction d’Antonio Skarmeta. Moi qui ai du mal à éprouver quelque chose pour les personnages d’une nouvelle, là ce ne fut pas le cas. Ce petit garçon m’a touché et j’ai admiré sa lucidité, sa clairvoyance et son courage lorsqu’il comprend l’objet réel du sujet de rédaction. C’est un très bel hommage à la résistance dans un pays totalitarisme.

Ensuite il y a quelques nouvelles qui dénoncent notre société de consommation comme Le Credo de Sternberg ou encore J’ai soif d’innocence de Romain Gary. Toutes les nouvelles ne sont pas aussi passionnantes, toutes ne se valent pas. Je suis restée un peu dubitative devant une d’entre elles, une autre m’a ennuyée.

Un dernier mot sur Le Reflet de Didier Daenincks que j’aime beaucoup et que les élèves aiment beaucoup. Après un portrait sans concession, la chute est exceptionnelle et permet d’amorcer un travail de réflexion autour des préjugés.

Lettre d’une inconnue. Stefan Zweig

Lettre d'une inconnue« C’est depuis cette seconde que je t’ai aimé. Je sais que les femmes t’ont souvent dit ce mot, à toi leur enfant gâté. Mais crois-moi, personne ne t’a aimé aussi fort – comme une esclave, comme un chien –, avec autant de dévouement que cet être que j’étais alors et que pour toi je suis restée. »

Je pense que c’est la troisième fois que je lis cette nouvelle de Zweig, sûrement une de mes préférées. Le temps d’une pause déjeuner, j’ai relu cette nouvelle et j’en ai été bouleversée.  Je ne me rappelais plus que c’était si beau. J’admire la sincérité de cette lettre bouleversante, j’aime cette passion éternelle sans aucune attente en retour, ce dévouement extrême. Et enfin j’aime cette plume, un petit bijou !

Rien n’est si beau que cet amour d’une enfant, que cet amour désintéressé . Petite fille, elle sacrifie tout pour son nouveau voisin, le célèbre écrivain R. Toute sa vie, elle restera fidèle à cet amour et à cet homme, sans jamais qu’il soupçonne quoi que ce soit. Elle vit pour lui et en fonction de lui toute sa vie. Comment ne pas avoir le coeur serré lorsqu’elle décrit que petite fille, elle dormait devant sa porte pour l’entendre rentrer ou qu’elle passait ses journées pour l’épier derrière le judas de se porte… Zweig décrit si bien l’amour, la psychologie et les tourments. Cette lettre est une lettre d’amour si tendre, si intense mais aussi si tragique. Une confession, une mise à nu libératrice…

Les Dents de la nuit. Sarah Cohen-Scali

Les dents de la nuitComme le sous-titre l’indique voici une anthologie « vampire », je l’ai proposée à mes quatrièmes qui ont beaucoup apprécié (moi aussi). Mes élèves rencontreront (normalement) Sarah Cohen-Scali en janvier et ils ont lu attentivement ce recueil tout en notant plein de questions pour l’auteur ; hâte de voir cette rencontre ! Ce que j’ai aimé dans cette anthologie c’est qu’on y trouve à la fois des nouvelles classiques (certains abrégées), Maupassant, Alexandre Dumas, Tolstoï, Bram Stoker mais aussi des nouvelles modernes, Stephen King par exemple. Cela permet de voir les grandes caractéristiques du genre, de repérer les héritages et de constater les évolutions du genre.

Le vampire est présent dans toutes les nouvelles mais sous différents aspects et c’est intéressant de voir comment un mythe évolue d’un texte à l’autre, ou d’un pays à l’autre. Mon coup de cœur va à La Morte, nouvelle fantastique de Maupassant. J’adore l’écriture de Maupassant et la chute est bouleversante, une vraie réflexion sur ce que nous sommes en réalité et ce qu’on veut montrer de nous. Le narrateur, amoureux, perd sa maîtresse. Inconsolable, il décide de se rendre au cimetière. la nuit tombe, il ne parvient pas à quitter ce lieu habitée par sa bien-aimée, il se retire alors dans un arbre pour y dormir. Mais lorsqu’il s’assoit sur une tombe, il constate qu’elle bouge… peu à peu toutes les tombes bougent et les cadavres sortent… magnifique chute que je vous laisse découvrir.

J’ai aussi apprécié lire des nouvelles plus modernes, avec un rythme très différent et une vision du vampire plus inscrite dans notre société. La nouvelle Processus de sélection d’Ed Gorman m’a particulièrement plu (ainsi qu’aux élèves), parce que oui, les vampires ont besoin de recruter ! Ce fut aussi Le Choc de Sarah K. m’a également bien marquée.

Voici une anthologie bien agréable à lire ! Des vampires il y en a plein, alors plongez-vous dans cette lecture, vous verrez que Dracula n’est pas seul !

 

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme. Stefan Zweig

Vingt-quatre heures de la vie d'une femmeJ’ai besoin de relecture en ce moment. Quel bonheur de retrouver Zweig ! Cette nouvelle doit faire partie d’une des premières que j’ai lue de lui et je dois reconnaître que ce n’est pas celle que je préfère, j’en avais gardé un souvenir plus intense mais je suis heureuse de l’avoir relue (du coup j’ai envie de relire Zweig maintnant, c’est malin !)

Stefan Zweig est un génie de la description des émotions et des sentiments. En quelques mots, les personnages ont toute une constitution, une psychologie, une humanité, un présent, un passé. On plonge dans l’univers des passions et de l’intimité des personnages. Il n’y a rien de trop, c’est une bribe de vie qui nous parvient mais une bribe tellement intense, tellement dense, tellement passionnelle ! Sa prose est souple, légère, poétique, délicate. J’ai corné un bon nombre de pages.

Dans une pension de famille de la Côté d’Azur, c’est le scandale. Mme Henriette, la femme d’un client, s’est enfuie avec un jeune homme qu’elle ne connaît que depuis une journée… Seul le narrateur tente de comprendre cette femme « il était absolument impossible qu’une honnête femme, après simplement deux heures de connaissance, filât ainsi au premier coup de pipeau. Voici que je m’amusai à être d’un autre avis. » (p.22). Le narrateur est alors bientôt soutenu par Mrs C…, une vielle dame anglaise très distinguée qui se met à lui faire une confession toute surprenante. Elle raconte alors la désillusion de sa vie mais la passion intense d’un jour, un amour fugace, un abandon absolu pour un homme dévoré par la passion du jeu ! Stefan Zweig est un admirable conteur.

« Cette pauvre Mme Henriette n’est certainement pas une héroïne : elle n’a même pas une nature d’aventurière et elle n’est rien moins qu’une grande amoureuse. Autant que je la connaissance, elle ne me paraît qu’une femme faible et ordinaire, pour qui j’ai un peu de respect parce qu’elle a courageusement suivi sa volonté. » (p. 28)

« […] il ne se passe pas une journée, à peine une heure, sans que je pense à cet événement; et vous pouvez en croire la vieille femme que je suis, si je vous dis qu’il est intolérable de rester le regard fixé, sa vie durant, sur un seul point de son existence, sur un seul jour. Car tout ce que je vais vous raconter occupe une période de seulement vingt-quatre heures, sur soixante-sept ans. » (p.37)

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme. Stefan Zweig. Le Livre de Poche (édition 2001)

La mort à Venise. Thomas Mann

La mort à VeniseJe vais avoir du mal à parler de cette nouvelle car j’ai eu du mal à la lire. C’est une nouvelle dans laquelle il ne se passe pas grand chose : un vieil écrivain, Aschenbach, en plein renommée, décide de se rendre à Venise. Il y croise le regard d’un beau Polonais,  un jeune adolescent, Tadzio, dont il tombe éperdument amoureux. Malgré l’épidémie de choléra qui sévit à Venise, il décide de rester dans cette ville qui se vide de ses touristes.

« Il ne s’était pas attendu à la chère apparition ; elle venait à l’improviste et il n’avait pas eu le temps d’affermir sa physionomie, de lui donner calme et dignité. La joie, la surprise, l’admiration s’y peignirent sans doute ouvertement quand son regard croisa celui dont l’absence l’avait inquiétée, et à cette seconde même Tadzio lui sourit, lui sourit à lui, d’un sourire expressif, familier, charmeur et plein d’abandon, dans lequel ses lèvres s’entrouvrirent lentement. C’était le sourire de Narcisse penché sur le miroir de la sourire, ce sourire profond, enchanté, prolongé. (p. 90)

IMG_5114Il faut lire cette nouvelle en ayant en tête la mythologie. Les références à la culture hellénistique sont très nombreuses et même si le sujet traité ressemble de très près au roman de Sandor Marai, Le Premier Amour , le traitement est totalement différent. Ici l’écriture est très complexe, tout est dans le détail, dans l’analyse psychologique et les multiples interférences culturelles. C’est une langue savante qui est utilisée (ce qui m’a parfois perdue d’ailleurs mais que j’ai aussi beaucoup admirée).

 

La Peur et autres récits.

La PeurVoici un recueil de nouvelles (nouvelles à chute, nouvelles réalistes et fantastiques). J’utilise cette année ce recueil avec mes 4e et j’en suis plutôt satisfaite. Autant vous prévenir j’utilise très peu les appareils didactiques donc je ne sais pas ce que ça vaux en revanche j’ai lu les différentes nouvelles et eux aussi !

Pour la lecture nous n’avons pas respecté l’ordre proposé par le recueil, on a commencé avec les nouvelles réalistes : L’Ivrogne de Guy de Maupassant (ce qui a fait le lien avec La Parure étudiée en classe). C’est la nouvelle qui nous a le moins plu, la chute est sanglante et l’atmosphère pesante : l’alcoolisme et la violence du personnage ont perturbé mes élèves. Ils étaient très mal à l’aise et ne savaient pas trop comment comprendre cette nouvelle. En revanche ils ont été saisi par La Peur d’Irène Nemirovski, ils ont aimé la plume. Petit détail, ils ont aimé quitté le XIXe siècle et découvrir un texte réaliste du XXe siècle. Cette lecture a confirmé mon amour pour cette auteur et sa plume, c’est beau et gracieux !

On a ensuite lu des nouvelles à chute : Cauchemar en jaune de Frederic Brown (un succès à chaque fois), moins appréciée fut la nouvelle d’Annie Saumont La Femme du tueur ; même si la touche humoristique a fonctionné, ils m’ont pas aimé l’écriture (la vulgarité notamment) mais ils ont trouvé que sa brièveté extrême empêchait d’entrer dans l’histoire.

Concernant les nouvelles fantastiques, nous étudions en classe la nouvelle de Dino Buzzati, Le Veston ensorcelé. Ils apprécient mais cela pose question : l’argent facile engendre-t-il toujours des conséquences néfastes ? comment auraient-ils réagi à la place du héros ? Pendant les vacances ils doivent lui les trois dernières nouvelles. Personnellement j’ai adoré La Main de Maupassant, le récit enchâssé est palpitant et effrayant… J’avais un très bon souvenir du Portrait ovale d’Edgar Allan Poe mais je dois dire que ma relecture m’a déçue. Dernière nouvelle où le cœur bat la chamade, La Disparition d’Honoré Subrac de Guillaume Apollinaire !

Un recueil où chacun peut trouver une nouvelle adaptée et dans lequel on passe d’une émotion à une autre.

La Peur et autres récits. 8 nouvelles fantastiques, réalistes, à chute. Flammarion, étonnants classiques. Avril 2015

Sarrasine. Balzac

SarassineBon vous allez rire et vous moquer mais j’ai été cruellement gêné dans ma lecture par un truc très bête : impossible de me mettre en tête que Sarrasine est un homme ! Je m’étais imaginée qu’il s’agissait d’une courtisane ou d’une artiste. La couverture m’a sûrement induite en erreur. Bref petit détail mais qui m’a gêné tout de même profondément dans ma lecture (du moins au début) !

Sarrasine est donc un jeune sculpteur qui tombe éperdument amoureux de la mystérieuse Zambinella qu’il a entendu chanter à Rome. Ca c’est pour le récit enchâssé (qui m’a beaucoup plus passionné !), l’intensité dramatique est croissante, quelle chute finale !

Dans cette nouvelle, de la jeunesse de Balzac (publié en 1830), on trouve des thèmes de contes obscurs et un goût pour le fantastique : l’opéra, l’Italie, les amours étranges… un univers et une atmosphère de mystères, de séduction et de silence.

Les classiques sont tout de même si particuliers… j’ai aimé retrouvé une écriture si précise, si fine, du vocabulaire si riche et des phrases si travaillées. Quel délice de se replonger dans un classique. Les premières pages sont haletantes avec le parallèle établi entre la danse des morts et la danse des vivants (ce thème si fantastique) mais les dernières pages sont tout aussi surprenantes, c’est effectivement sublime !

« Au monstre près, tous les sentiments humains ne se dénouent-ils pas ainsi, par d’atroces déceptions ? »

Sarrasine, Honoré de Balzac, Le Livre de Poche, Libretti (2009)