En cas de forte chaleur. Maggie O’Farrell

En cas de forte chaleur1Juillet 1976, il fait chaud, très chaud, le Parlement du Royaume-Uni prend des mesures drastiques afin de limiter la consommation en eau. Voici le cadre de ce roman, roman que j’ai lu dans la torpeur de ces dernières journées donc une lecture « de saison », une lecture idéale que j’ai beaucoup aimé. De Maggie O’Farrell je n’avais lu que L’étrange disparition d’Esme Lennox, un très bon souvenir de lecture. Des années plus tard je la retrouve donc avec grand bonheur.

Ce roman parle aussi d’un thème cher à mon cœur, la famille. La famille Riordan étouffe sous la chaleur mais ce sont les secrets et les mensonges qui l’asphyxie aussi. Le père Robert Riordan ne rentre pas de sa sortie quotidienne, très vite sa femme Gretta s’inquiète. Elle prévient ses enfants, Michael Francis, Monica et Aoife. Éloignés, ils se réunissent dans la maison londonienne et commencent à chercher leur père. Les enfants tentent de retisser des liens qui n’existaient plus et à Gretta de s’interroger : comment peut-on être si proche enfant et si éloigné adulte ? Comment les liens ont-ils pu se distendre ? Cette canicule fait resurgir les rancœurs et les conflits. J’ai beaucoup aimé les personnages des enfants. Tous trois très différents, ils ont suivis des voies particulières pourtant chacun est à un moment décisif de sa vie. Petite préférence pour Aoife, la benjamine, la mal-aimée, celle qui se sent inférieure, celle qui a un secret lourd.

Pour retrouver leur père, ils doivent être à nouveau soudés et c’est leur difficulté, Michael Francis en a marre de prendre en charge sa famille. Les deux sœurs ont un lien brisé, on ne comprend que peu à peu ce qui a pu les séparer. Il ne faut pas oublier le personnage de la mère, assez discret mais elle aussi à ses mystères. La recherche du père va emmener la fratrie sur leur terre natale, l’Irlande. Mais c »est surtout l’occasion de discuter, de s’ouvrir, de se confier et enfin de se pardonner.

« Gretta n’arrive pas à croire que cette époque puisse être révolue. Pour elle, c’estEn cas de forte chaleur2 encore d’actualité, ça le sera toujours. Ses trois enfants ont déposé quelque chose de leur vie dans les briques, le ciment et le plâtre de cette maison.
Elle ne parvient pas à croire qu’ils sont partis. Et qu’ils sont revenus. Quant à l’absence de Robert, Gretta n’est même pas capable de la concevoir. Elle a tellement l’habitude de l’avoir près d’elle qu’elle n’accepte pas l’idée de sa disparition. »

En cas de forte chaleur est donc un roman idéal pour l’été, un roman dans lequel on se glisse avec bonheur, à mettre dans vos valises si vous avez la chance d’être bientôt en vacances.

En cas de forte chaleur, Maggie O’Farrell, Editions 10/18

 

Les trois lumières, Claire Keegan

Les trois lumières

Un court roman où plane une sensation de mystère, comme si l’histoire était nappée de brumes, de douceur, de délicatesse, de secrets… beaucoup de suggestions, presque de la pudeur, de la retenue dans les mots de Claire Keegan.

Dans la campagne irlandaise, une jeune fille est confiée à un couple de fermiers qu’elle ne connaît. Sa mère, fatiguée par une énième grossesse, la laisse pour l’été. Il y a d’abord la séparation avec son père, les questions qu’elle n’ose lui poser, viennent ensuite les questions de la femme auxquelles elle n’ose répondre… J’ai senti un lien tendre avec son père mais une incompréhension, un dialogue inexistant, une tendresse et une complicité qu’elle ne s’autorise pas mais dont elle rêve et dont elle a besoin. Avec ce couple, cette jeune fille découvre le bonheur d’être aimée, elle est enfin considérée et cet été-là elle découvre le bonheur d’avoir un foyer. Petit à petit, chacun se découvre, des liens se tissent, un secret se dévoile… les dernières pages sont belles, émouvantes, magnifiques… une preuve d’amour, une rencontre inoubliable

Que dire de plus ? de la tendresse, de la délicatesse, de la douceur… un petit coup de cœur pour ce doux roman

« Maintenant que mon père m’a déposée et qu’il est rassasié, il lui tarde d’allumer sa clope et de s’en aller. […] Je le regarde reculer, tourner dans le chemin et s’éloigner. J’entends le claquement des roues sur la grille pour le bétail, puis le changement de vitesse et le bruit du moteur qui remonte la route par laquelle on est arrivés. Pourquoi est-il parti sans même me dire au revoir, sans jamais préciser qu’il reviendrait me chercher ? L’étrange brise fétide qui balaie la cour semble plus fraîche maintenant, et de gros nuages blancs se sont accumulés de l’autre côté de la grange. » (p. 19-20)

L’histoire de Chigago May, Nuala O’Faolain

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C’est un livre bien à part que j’ai achevé, à la fois roman, biographie, documentaire… un savoureux mélange, mélange aussi des supports puisque le récit est ponctué d’illustrations (photographies, extraits de journaux, etc.).

Nuala O’Faolain raconte l’histoire d’une jeune irlandaise pauvre et perdue qui quitte, en 1890, son île natale pour l’Amérique. Chigago May est le nom d’emprunt de May Duignan, personnage réel au destin rocambolesque. C’est après avoir lu les mémoires rédigées par May (sous le nom de Mary Churcill Sharpe) en 1928 que l’auteur décide de faire des recherches sur cette femme devenue une criminelle célèbre. Elle cite d’ailleurs de temps à autre cette autobiographie.

May est une femme aux mille visages et aux multiples surnoms. Tour à tour fille de joie, arnaqueuse, criminelle, elle baigne dans le milieu du crime. Mais au delà de l’histoire de May, c’est aussi ce milieu qui est décrit. On erre dans les ruelles sombres, on découvre les prisons, on visite les maisons closes. May parcourt les milieux du crime, Chigago, New York, Détroit, Londres, Paris… J’ai adoré le chapitre sur Chigago, cette ville dominée par la pègre, la corruption, les drogues… Nuala O’Faolain a fait de véritables recherches et a mené un travail d’historienne approfondi et précis bien qu’on sente une certaine sympathie envers May. Elle mêle des faits historiques avérés à des suppositions romanesques (en précisant toujours lorsqu’elle imagine) et parfois elle insère quelques souvenirs personnels ou quelques comparaisons avec sa propre vie (elle aussi, irlandaise immigrée aux États-Unis) c’est peut-être ces apartés que j’ai le moins apprécié car ils m’ont semblé déplacé, un peu « hors-sujet ».

L’histoire de Chigago May est une œuvre magnifique d’une grande sensibilité et dans laquelle l’auteur ne porte aucun jugement sur May. Je me suis laissée surprendre par cette lecture, j’espère qu’il en sera de même pour vous.