Les dames de Kimoto. Sawako Ariyoshi

La dame de Kimoto 1Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de littérature asiatique et plus spécifiquement japonaise. D’habitude je trouve leurs mots crus, parfois secs mais là ce fut tout le contraire. Sawako Ariyoshi use de mots doux et de délicatesse dans son expression. Elle insiste sur de nombreuses valeurs pour montrer l’importance de la tradition nippone dans l’éducation des filles (puisque le roman se concentre autour des personnages féminins).

Les dames de Kimoto raconte l’histoire de trois générations de femmes japonaises issues de cette famille ancienne et aisée. J’ai beaucoup aimé la relation entre Hana et sa grand-mère Toyono, cette grand-mère dévouée à sa petite fille mais surtout qui cherche à lui apprendre tous les codes, toutes les superstitions, tous les rites, toutes les coutumes nippones pour en faire une femme japonaise parfaite. Le mariage de Hana l’éloigne de sa grand-mère mais elle n’oublie jamais tout ce que la vieille femme a appris et tout ce qu’elle lui doit. Hana devra ensuite vivre dans la famille de son mari et élever ses enfants, notamment sa fille Fumio. A une époque charnière du Japon, à l’aube de la première guerre mondiale, Fumio refuse le rôle de femme soumise de sa mère. Fumio est une jeune fille brillante et rétive à l’apprentissage des arts traditionnels. Elle choisit ses études et milite pour la libération des femmes se mariant avec l’homme de son choix. Hana souffre de cette fille mais elle renoue et retrouve de l’apaisement avec sa petite-fille Hanako. Décidément les relations grand-mère petite-fille m’ont attendries.

La dame de Kimoto 2Ce roman retrace donc l’évolution de la condition féminine, du Japon traditionnel de l’ère Meiji de la fin du XIXe siècle jusqu’après la seconde guerre mondiale à travers la figure centrale de Hana. Une belle saga familiale nippone.

« Depuis plus de vingt ans,sa vie et celle de Hana ne faisaient qu’un. Mais à présent, elles ne seraient plus jamais unies, pas même dans le tombeau familial. Hana se sentait étroitement liée à sa grand-mère. La conscience de leur commun destin féminin les rapprochait plus que jamais. » (p.25)

A Mélie, sans mélo. Barbara Constantine

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Voici un roman bien sympathique, léger et optimiste. Le thème, le lien entre une grand-mère et sa petite fille, m’a parfois rappelé de Le livre d’un été deTove Jansson cependant ce ne sont pas différentes anecdotes qui s’enchaînent, il y a davantage un fil conducteur.

Mélie, vieille femme dynamique, va recevoir pour la première fois sa petite fille, Clara, le temps des vacances d’été. Occultant un problème de santé, elle décide de profiter de son été et surtout de créer des souvenirs impérissables à sa petite-fille, l’essentiel pour elle.

« Elle a envie de ne penser qu’à Clara, sa petite-fille. C’est la première fois que Fanette la laisse ici toutes les vacances. Elle ne veut pas en perdre une miette. Et si sa vie doit s’arrêter bientôt, elle veut d’autant plus en profiter pour passer le plus de temps possible avec elle. » (p. 48)

Cet été sera alors une parenthèse enchantée pour Clara… faire des balades en vélo, observer une araignée tisser sa toile, chanter sous la pluie, pêcher avec les mains, regarder les bambous pousser… une vie douce, paisible, hors du temps… s’endormir sur les transats, prendre son temps et puis accueillir sa fille Fanette, le grincheux Marcel, meilleur ami de son défunt mari, le médecin Gérald, le parrain musicien Bello, le courageux Antoine… une galerie de personnages, familles et amis, qui se retrouvent le temps d’une soirée, de quelques jours… beaucoup d’amour (à tous les âges) et si cet été, le dernier peut-être, était celui du grand amour !

Ce roman est un puits de tendresse, de générosité et d’humanité. Cette grand-mère est celle qu’on aimerait tous avoir ou retrouver, je voudrais avoir à nouveau 10 ans et être si insouciante et s émerveillée de tout. C’est une grand-mère qui prend le temps de montrer la magie de la vie, une grand-mère drôle et patiente, une grand-mère attendrissante.

Aucun pathos dans ce récit mais cette insouciance que j’ai particulièrement aimé, j’ai admiré la capacité de la grand-mère à ne (re)garder que les choses positives de la vie. Une lecture qui met du baume au cœur et qui rappelle que le plus important ce sont les moments partagés avec les gens qu’on aime.

« Et depuis Mélie savoure. Respire. Vit chaque seconde, comme si c’était la dernière. Simplement. Sans mélo. De toute façon, ce n’est pas son genre, à Mélie, le mélo… Alors là… Elle se dit qu’elle n’a pas grand-chose à léguer. Pas de fortune, pas de biens. Mais elle connaît la force de la patience. Et puis surtout regarder, écouter, sentir… Alors, elle voudrait lui apprendre, tout ça, à Clara. Lui fabriquer plein de souvenirs. Des tas de souvenirs ! Des beaux ! Des rigolos !

Alors ? Qu’est-ce qu’elle t’a laissé, ta grand-mère, Clara ? Du fric ? Un grand appart, une super bagnole ?

Non. Juste des souvenirs. Mais des… uniques, des qui ne s’oublient pas. » (p. 50)

Le livre d’un été, Tove Jansson

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Ce petit roman de Tove Jansson fut un régal. Les chapitres sont assez courts ; chacun peut être lu de manière indépendante puisqu’il raconte une anecdote vécue pendant les vacances d’été entre Sophie et sa grand-mère sur une petite île finnoise. Leur relation est tendre et complice, j’ai ressenti l’amour existant et unissant ces deux femmes. Des instants de vie drôle et émouvant qui vont de l’observation des oiseaux à l’exploration de la maison du nouveau voisin. La grand-mère est espiègle, un peu fantasque, parfois fragile mais elle veille sur Sophie. Elle lui offre des promenades, des baignades, des parties de pêche dans lesquelles Sophie apprend le respect de l’autre et de la nature si importante pour la grand-mère.

Ayant moi-même passé des vacances d’été en Finlande il y a plus de dix ans, j’ai revu ces paysages, ces îles mais aussi j’ai ressenti ce calme ambiant et cette tranquillité qui m’avaient marquée. Un livre d’une douceur et d’une tendresse infinies, lisez-le !