Sukkwan island. David Vann

Sukkwan islandJ’ai lu ce roman avec une tension permanente… c’est assez oppressant comme lecture et quelques instants après avoir lu les dernières pages, j’ai encore mon cœur qui palpite. Deuxième lecture  après Aquarium, j’apprécie de plus en plus cet auteur qui me surprend ! D’ailleurs, avez-vous d’autres lectures de cet auteur à me conseiller ?

Bon revenons à Sukkwan island… par où commencer… ? Jim décide d’emmener son fils de treize ans, Roy, passer une année dans une cabane isolée sur une île sauvage du sud de l’Alaska. Après de nombreux échecs personnels, il espère pouvoir se reconstruire et de créer un lien avec son fils qu’il connaît finalement si peu.  Jim et Roy vont devoir apprendre à vivre dans ce milieu hostile fait de forêt et d’animaux sauvages, et puis l’hiver approche, il faut se constituer des réserves de nourriture. Très vite ce huis-clos est pesant pour Roy (mais j’ai aussi ressenti cette lourdeur), il sent la fêlure en son père, s’en inquiète mais en même temps en est indifférent… Pourtant il se sent responsable. Roy soutient son père. C’est une épreuve éprouvante physiquement et moralement. Cette proximité gêne Roy, les confidences de son père sont désagréables et puis il est insaisissable et défaillant entraînant ce séjour dans un drame irrémédiable. Je ne dévoile rien mais le récit prend une tout autre tournure avec un tête à tête glaçant.

Sukkwan island 2« Tu sais, dit son père cette nuit-là tandis qu’ils attendaient le sommeil, tout est trop incontrôlable, ici. Tu as raison. Il faut être un homme pour supporter ça. Je n’aurais pas dû emmener un enfant avec moi.

Roy n’arrivait pas à croire que son père lui dise ça. Il ne ferma pas l’œil de la nuit. Il voulait partir. Il voulait s’échapper. Mais à mesure que les heures passaient, il savait qu’il allait rester. Il imaginait son père seul, il savait que son père avait besoin de lui. » (p. 86)

Voici un roman noir dont la lecture fait suffoquer, j’ai étouffé pendant cette lecture, j’ai frémi pendant ce récit, ce huis-clos, ce tête à tête glacial… Le personnage du père, Jim, m’a frappé par son inconscience, son irresponsabilité et ses faiblesses et ses tourments insolubles. Truffé d’égoïsme et d’ingratitude à l’égard de son fils, il se fait porter par celui-ci mais le père ne comprend que trop tard la place qu’il aurait dû occuper.

Sukkwan island, David Vann, édition Gallmeister, 2011

Thérèse Raquin. Emile Zola

Thérère RaquinThérèse Raquin et moi, c’est une grande histoire, une particulière. Conseillée par ma prof de français en seconde (la même qui m’a donné d’exercer ce métier et à qui je pense si souvent lorsque je réussis à captiver mes élèves), j’avais tout de suite adoré. J’avais découvert Zola en 4e avec Au bonheur des Dames, mais là ce fut le coup de foudre. Depuis Zola est devenu un de mes auteurs chouchous. J’ai souvent relu ce roman les années qui ont suivi cette découverte. Et là j’ai eu besoin d’y revenir. Quel plaisir de le retrouver ! J’ai parcouru les lignes avec plaisir, j’ai retrouvé les personnages avec joie, j’ai reconnu la petite mercerie lugubre et humide avec plaisir, j’ai frissonné lors de la scène de la barque ou celle de la morgue… cette relecture fut pleine de sensations !

Au fur et à mesure de cette lecture, je me souvenais de ce qui allait advenir, l’écriture de Zola me semblait si transparente, si limpide et pourtant si magistrale. Il sème de nombreux indices dans le texte (attention les notes de mon édition en dévoile aussi beaucoup !) mais finalement je les ai vu car je connaissais la suite. Zola, quel écrivain. C’est un roman très psychologique et les portraits des protagonistes sont fabuleux ! Dans ce roman, Zola met en scène un quatuor: la vieille Mme Raquin qui se dévoue pour son fils unique Camille, malingre et chérif, Thérèse la nièce fade et éteinte et puis l’ancien camarade Laurent, sanguin et brutal, qui aspire à ne rien faire.

« Thérèse, vivant, dans une ombre humide, dans un silence morne et écrasant, voyait la vie s’étendre devant elle, toute nue, amenant chaque soir la même couche froide et chaque matin la même journée vide. » (p. 45)

 Thérèse Raquin est un roman assez court mais très puissant, très violent. Les sentiments sont exacerbés. Il s’agit d’un drame passionnel, Zola fouille la noirceur, les personnages sont cruels, sauvages et avides. J’adore ce roman, sombre, vif, rapide, saisissant et ô combien dramatique !

Thérèse Raquin, Emile Zola, édition Le Livre de Poche (1997)

Valet de pique. Joyce Carol Oates

Valet de piqueOh Joyce Carol Oates, une magicienne ! Une fois de plus, l’effet Joyce Carol Oates a fonctionné avec moi et à merveille ! Une fois de plus j’ai été embarquée dans ce roman, un thriller, une fois de plus j’ai été saisie et captivée, surprise et avide de lire.

Dans ce thriller, Oates brosse le portrait d’un écrivain, Andrew J. Rush, un homme touchant et affreux, un auteur de romans policiers perturbé par ses succès et dont la folie s’empare. La faute à son pseudo littéraire qui prend peu à peu trop de place prenant ainsi le pouvoir sur lui. Andrew Rush est un personnage touchant car un peu « pépère » avec ses vieilles manies et sa vie tranquille, cependant l’intensité est croissante et il ne faut finalement pas se fier aux apparences. Cet écrivain se révèle plus intéressant qu’il n’a en l’air. Son âme est torturée, en souffrance… Son pseudo littéraire représente la part sombre d’un individu, le mal. Sous pseudo il est l’auteur de romans policiers violents, vulgaires et immoraux mais pas seulement… J’ai été impressionné par l’excellence du récit qui montre comment le double d’Andy progresse dans sa vie, comment il détruit son quotidien et surtout comment la croissance de la paranoïa est racontée.

Oates dresse le portrait d’un homme atteint de folie et réfléchit à la question du mal. C’est saisissant et haletant, difficile à lâcher et à présenter sans dévoiler l’intérêt du récit. Donc mes excuses pour ce billet mal construit mais je ne veux pas trop en dire !

Une chose est sûre, lecture après lecture ma fascination et mon admiration pour cette auteur se confirme. Chaque fois, elle parvient à me séduire tout en adoptant des styles, fullsizerenderdes formes narratives et des thèmes très différents. Ce fut le cas avec ma toute première lecture d’Oates, Bellefleur (pas encore chroniquée) puis ensuite avec La légende de Bloodsmoor.  J’ai ensuite dévoré Nous étions les Mulvaney, qui restera un de mes grands souvenirs et un de mes coups de cœur éternels. De même pour Les Chutes mais aussi plus récemment Fille noire, fille blanche ou encore Mudwoman tout en oubliant d’autres (que je vois sur mes étagères mais dont j’ignore si j’avais un blog au moment de leur lecture…). En tout cas une auteur que je lis chaque année et dont je ne me lasse pas !

En attendant Bojangles. Olivier Bourdeaut

En attendant Bojangles 1Une lecture que j’attendais après avoir vu (sans lire) tant d’avis positif, une lecture dont j’avais réussi à me préserver de tout a priori, de toute chronique… Beaucoup d’impatience et d’excitation donc face à ce roman…

Dès le début, j’ai été surprise voire déstabilisée, sans trop comprendre ce qui me gênait, je n’accrochais pas trop, ne m’attachais pas, m’ennuyais un peu cherchant la splendeur et la majestuosité à laquelle je m’attendais (et tellement triste de ne pas trouver le coup de cœur que j’attendais).

Il m’a fallu attendre les dernières pages pour que mon cœur s’emballe, ça y est, l’amour, la folie, un somptueux amour, la magie était là, elle opérait sous mes yeux : les personnages ont vêtus à ce moment-là cette once de particularité qui fait la magie, celle qui rend les personnages uniques et attachants, cette magie qui fait pleurer mon cœur et mes yeux. En attendant Bojangles ne fut donc pas un coup de cœur mais un sacré coup au cœur.

En attendant Bojangles 2« En les observant, assis sous un olivier, rire et discuter en offrant leur visage blanc au soleil, je m’étais dit que jamais je ne regretterais d’avoir commis une folie pareille. Un si beau tableau ne pouvait être le fruit d’une erreur, d’un mauvais choix, un éclairage si parfait ne pouvait entraîner aucun regret. Jamais. » (p.122)

« Je l’avais écoutée me raconter une histoire très ordinaire. L’histoire d’un enfant charmant et intelligent qui faisait la fierté de ses parents. L’histoire d’une famille qui, comme toutes les familles, avait ses problèmes, ses joies, ses peines mais qui s’aimait beaucoup quand même. » (p.156)

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut, Folio, mars 2017