Le dimanche des mères. Graham Swift

Dimanche des mères1Le dimanche des mères, c’est la journée où les domestiques sont libres afin de pouvoir rendre visite à leur famille. C’est cette unique journée que raconte Graham Swift mais une journée particulière pour l’héroïne. Le 30 mars 1924, Jane, comme toutes les autres domestiques, est en congé. Mr et Mrs Niven la passeront sans elle. Jane, femme de chambre, a décidé de rejoindre son amant Paul. Mais Graham Swift ne raconte pas seulement la vie amoureuse de Jane. C’est une journée magnifique, un temps extraordinaire, une journée où la vie semble suspendue, c’est du moins de ce que j’ai ressenti lorsque Jane, notamment, décrit ses déambulations dans la maison vide, la liberté que lui offre cette unique journée où elle n’est plus une femme de chambre mais seulement une femme, une journée où elle aspire à une quête de liberté. Une journée qui lui offrira es portes de la liberté, une liberté qui avec sa passion des livres  » pour garçons »… car oui, Jane aime lire les romans d’aventures, des romans qu’elle emprunte à Mr Niven et qui alimente son imaginaire.

Le roman raconte cette unique journée, remémorée par Jane soixante ans plus tard dans ses moindres détails. C’est une journée qui la marquera à vie puisqu’elle marquera le début et la fin d’une nouvelle vie pour la jeune femme. Sa personnalité, ses désirs et ses passions se dessineront.

« La paix. Il en était ainsi chaque jour, mais la vérité banale du quotidien était encore plus vraie aujourd’hui que n’importe quand : jamais il n’y avait eu un jour comme celui-ci, jamais il ne pourrait revenir. » (p. 50)

Dimanche des mères2On ressent dans ce court roman une intensité dramatique, les émotions et les événements sont condensés en une journée, l’espace de quelques heures finalement mais quelques heures qui changeront à tout jamais le destin de Jane. L’écriture est gracieuse et sensuelle, le roman est lumineux (le soleil inonde la campagne anglaise) et Graham Swift décrit avec finesse et délicatesse les sentiments et les émotions de Jane. Il évoque également le plaisir de la lecture et celui de l’écriture.

« L’île au trésor, Jans ? Pourquoi diable voulez-vous lire ça ? Voyons, c’est pour les garçons ? […] Celui lui était parfaitement égal. Des bouquins pour garçons, des récits d’aventures. Des bouquins pour garçons, des récits d’aventures. Cela lui était parfaitement égal de ne pas lire des livres pour filles, quels qu’ils soient. Aventure. Ce mot surgissait souvent de la page, il lui faisait signe : « aventure ». (p.94)

Amours, Léonor de Récondo

AmoursUn coup de cœur. En l’ouvrant dimanche dimanche matin je ne me doutais pas que cette lecture allait être si belle.

8 heures à peine, il pleut, j’ouvre les volets, je laisse la fenêtre ouverte pour avoir ce vent frais et entendre la pluie puis je me glisse sous les couvertures avec mon thé… impossible de m’arrêter de lire. Ce huis clos me séduit, je veux en savoir plus. Mes contraintes familiales m’obligent à arrêter ma lecture en milieu de roman mais le soir c’est avec une tisane que je poursuis et achève cette lecture qui a pris un tournant surprenant (heureusement que je n’avais pas lu la quatrième de couverture avant). Dévorer un livre en une journée, cela faisait bien longtemps que ça ne m’était pas arrivé, quel délice !

La jeune Céleste est la bonne des Boisvaillants, Victoire et Anselme, un mariage râté, un mariage stérile… Anselme se rend souvent chez Céleste la nuit. La petite bonne conseillée par Huguette, une domestique plus expérimentée, subit « la tête haute ». Mais Céleste tombe enceinte: que faire ? comment réagir ? comment réagiront les Boisvaillants ? Une décision improbable aux conséquences inattendues sera prise : un secret, une révélation des corps, des désirs, un amour puissant… mais une impossibilité de vivre ainsi, les convenances, le conformisme l’empêchent mais on peut essayer.

La simplicité de Céleste, sa foi, son amour, son courage et son dévouement sont émouvants, j’ai pleuré dans les dernières pages, tellement belles, tellement poétiques mais tellement tristes. Victoire, quant à elle, a le « bon rôle » et ne mesure pas réellement les impacts de leur secret mais il faudra bien respecter la bienséance. Le couple de domestiques Huguette et Pierre est aussi touchant, surtout Pierre, sourd et muet mais qui finalement comprend bien les hommes et leurs émotions.

Que dire de plus ? J’ai tout aimé à commencer par l’édition (Sabine Wespieser) que j’adore, belle, élégante et sobre ; une intrigue simple « la promesse d’une vie où l’on pourrait s’aimer sans contrainte » (p. 189) ; des personnages qui se libèrent peu à peu ; une plume toute en finesse et en élégance. ❤ ❤ ❤

« Sous les tuiles en ardoise de la maison bourgeoise, quatre personnes sont couchées, seul l’enfant dort. Les autres gardent les yeux grands ouverts. Chacun dans sa pièce, chacun dans sa solitude profonde, hanté par des rêves, des désirs, des espoirs qui ne se rencontrent pas, qui se cognent aux murs tapissés, aux taffetas noués d’embrasses – métrages de tissu qui absorbent les soupirs pour n’en restituer qu’un écho ouaté. » (p. 218)

Les vestiges du jour, Kazuo Ishiguro

Vestiges du jourMe voilà bien embarrassée… J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce roman, j’avais des difficultés pour me concentrer et je crois que cela a fortement gâché ma lecture.

Mr Stevens est un majordome anglais dans une grande demeure, Harlington Hale. Alors qu’il vient de se voir accorder une semaine de congé, il décide de rendre visite à son intendante, Miss Kenton. Le trajet sera l’occasion de se remémorer son métier. Confession faite à un « vous » dont on ne sait pas très bien de qui il s’agit… Il raconte son métier, majordome dévoué, rigoureux plaçant la dignité au-dessus de tout. Bien que le récit se déroule en 1956 il peint les vingt années où il a travaillé et les changement, l’évolution d’un monde dans lequel les domestiques vont peu à peu disparaître. Il évoque aussi les prémisses de la seconde guerre mondiale et les grandes personnalités qu’il a servi dans le salon de son maître. J’ai eu assez peu d’attachement pour les personnages, seule la réflexion finale sur les chemins qu’on n’a pas suivi, m’a interpellée et peiné pour Mr Stevens.

« En un mot, la « dignité » n’est pas à portée de ce genre de gens. Nous autres Anglais bénéficions dans ce domaine d’un avantage considérable sur les étrangers, et c’est pour cette raison que lorsque vous pensez à un grand majordome, il est presque certain, par définition, qu’il doit s’agir d’un Anglais ». (p. 54)