Marivaux

Marivaux théâtre1Un peu de théâtre et du classique… replonger dans la littérature du XVIIIe siècle, c’est se replonger en pleine querelle des Anciens et des Modernes, c’est se replonger dans l’esprit philosophique, c’est se replonger dans la question de la Nature, c’est se replonger dans cette quête de vérité et cette démarche expérimentale.

Dans ces trois pièces, La Dispute, La Fausse Suivante et La Double Inconstance, trois comédies, j’ai retrouvé cet esprit mais j’ai découvert la plume de Marivaux. Une écriture particulière, une écriture qui délite un mot, une écriture qui avance en rebondissant sur une réplique.

Ma pièce préférée est La Dispute, pièce assez simple et très courte dans laquelle une expérimentation est menée. C’est une pièce qui interroge sur les rapports entre les hommes et les femmes avec un savoureux dispositif de théâtre dans le théâtre. Le Prince a élèvé à l’écart des enfants devenus hommes et femmes, il va leur rendre une liberté surveillée afin de voir si la « première inconstance » et la « première infidélité » viennent de l’homme ou de la femme. La naïveté et le narcissisme d’Eglé, les sauts de cabris d’Azor et de Mesrin sont jubilatoires : « Je ne connais pas vos personnes, mais je sais qu’il y en a trois que je ravis et qui me traient de merveille. » (p.23)Marivaux théâtre

La Double Inconstance et La Fausse Suivante sont des pièces plus complexes. On retrouve cet esprit du XVIIIe siècle et les personnages issus de la commedia dell’arte. J’ai beaucoup souri à la lecture de La Double Inconstance, La Fausse Suivante m’a moins plus. C’est une pièce qui travaille davantage sur le thème du double, tout le monde (ou presque) se moque de tout le monde et joue double.

Le parfum des fraises sauvages. Angela Thirkell

Le parfum des fraises sauvagesVoilà un petit roman que j’ai apprécié : léger, drôle c’est une petite comédie qui m’a fait beaucoup sourire. Mary Preston est invitée par sa tante à Rushwater House pour l’été. Voici une magnifique résidence dans la campagne anglaise (quel plaisir de retrouver la campagne anglaise !).

Dans la famille Leslie, il y a la mère, Lady Emily que j’ai adoré ! Elle oublie toujours tout, perd ses affaires, enchaîne les quiproquos ou les erreurs, manifeste son exubérance mais pour Mary il y a surtout les deux fils, David et John. La jeune Mary Preston tombe sous le charme du distrait David, artiste de la famille. Lorsqu’il lui fait la promesse de lui offrir des fraises des bois, quel émoi ! quel bouleversement dans son corps ! Mais il y a aussi le beau John, beaucoup plus posé, plus sérieux… entre les deux le cœur de Mary hésite… c’est drôle… jusqu’au moment du bal et à cette promenade au clair de lune…

« Non, la seule façon de manger des fraises des bois est de vivre dans un pays comme la Suisse où il y a des paysans pauvres mais cupides qui en ramassent des saladiers entiers pour que vous les dégustiez à l’heure du thé.

– J’adorerais les manger comme ça.

– Je vais vous dire. Je connais un endroit en ville qui reçoit des livraisons de fraises des bois par avion du Tyrol ou de je ne sais où deux fois par semaine. Allons-y déjeuner un jour.

– Oh ! David. (p. 110)

Le parfum des fraises sauvages. Angela Thirkell. Editions 10/18

Vacances anglaises, J. Connolly

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Que de légèreté et d’humour anglais dans cette comédie déjantée ! J’ai beaucoup souri et ri des situations cocasses ou des nombreux quiproquos. Une petite pépite d’humour noir ! Joseph Connoly a une écriture particulière pour le traitement des dialogues : du discours direct suivi d’un discours indirect libre qui permet d’avoir accès à la véritable pensée des personnages, la plupart du temps en contraste absolu avec le discours de façade qu’ils viennent de tenir ; des pensées sans filtre assez sarcastiques, un ton piquant et cynique, savoureux mélange !!

DSC07478Pour résumer brièvement : Elisabeth et Howard Street sont un couple aisé voisins de Dotty et Brian qui, eux, rencontrent de grosses difficultés financières mais Dotty désire mener la vie d’Elisabeth quoiqu’il arrive. C’est pour cela qu’elle réserve la même semaine, dans la même bourgade anglaise qu’Elisabeth et pense-t-elle dans le même grand hôtel. Ce sera sans compter sur Brian qui louera finalement une caravane. Tout ce petit monde installé,  les mensonges s’enchaînent de toute part. Howard prétexte un excès de travail pour rester avec l’objet de ses désirs, Zouzou. Elisabeth emmène alors une amie Melody, mère célibataire et sa fille Dawn à la place de son mari. Pour Elisabeth, tout va bien, elle enchaîne session de shopping, massage et coupes de champagne. Dotty, elle, multiplie les mensonges pour cacher sa situation. Brian se morfond. A cela s’ajoute une galerie de personnages croisés dans l’hôtel : John et Lulu, un jaloux fou et une femme ravissante ; un dragueur professionnel, Miles ; Colin, l’adolescent à la testostérone en émoi. On suit aussi les aventures de Katie (la fille d’Elisabeth et de Howard) en vacances à Chigago, une fille libérée et puis Norman, l’employé de Howard, un brin amoureux et fauché. Dans ce roman, chaque personnage trompe l’autre. Désirs, libido, adultère, tromperies… un cocktail où les péripéties et les rebondissements affluent. Ce roman pourrait paraître déprimant puisque tous les rapports humains présentés sont fondés sur le mensonge et le sexe mais que c’est drôle !

Un exemple de dialogue avec le discours de façade et celui pensé :

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« -Oh Elisabeth, j’ai oublié de te dire – Colin nous rejoint dans une demi-heure, quelque chose comme ça – ça ne pose pas de problème, j’espère ? Il avait sa leçon de guitare, alors je lui ai laissé un mot.

– Bien sûr que ça ne pose pas de problème, fit Elisatbeth avec enthousiasme. Cela fait des siècles que nous n’avons pas vu Colin – n’est-ce pas Howard ? » Tu aurais pu peut-être me prévenir avant Dotty, tu ne crois pas ? Je veux dire, j’aime beaucoup Colin – ne te méprends pas – mais j’ai déjà dressé la table (et de manière assez somptueuse, je dois dire) pour six, et maintenant il va falloir que je foute tout ça en l’air pour mettre un couvert de plus. » (p. 29)

Le songe d’une nuit d’été, W. Shakespeare

image1Songe d'une nuit d été

Que j’aime lire du classique pour retrouver la beauté de la langue, ce travail, ces belles tournures un peu désuètes mais tellement savoureuses !

C’est une comédie assez compliquée mais un joli voyage aux frontières du réel et de la poésie. Quatre personnages et des amours contrariées : Lysandre aime Hermia promise à Démétrius, lui-même aimé d’Helena. Le tout pendant la préparation du mariage de Thésée et d’Hippolyte pour laquelle une troupe de théâtre d’artisans répète. Tout ce petit monde se retrouve de nuit (propice aux songeries et aux fantaisies) dans une forêt enchantée où Obéron, le roi des elfes, et Titania, la reine des fées, se querellent. Pas toujours simple de suivre. Que les « artisans-acteurs » sont drôles quand ils répètent leur pièce et notamment lorsqu’ils préparent le prologue détruisant l’illusion théâtrale afin de ne pas heurter les sensibilités féminines.

Une dimension onirique, des références à l’Antiquité mais aussi au moyen-âge avec les nombreux filtres, une comédie fantasque sur la sincérité et la fidélité de l’amour.

« Lysandre: Qu’y a-t-il mon amour ? Pourquoi votre joue est-elle si pâle ? Pourquoi les roses se fanent-elles là si vite ?

Hermia: Peut-être faute de pluie ; et je pourrais bien en faire tomber par un orage de mes yeux. » (p. 120)