LambeauxComment parler de ce roman ? Tout en douceur mais tellement fort et puissant… Tellement beau… Tellement humain… Les mots de Charles Juliet me sont allés droit au cœur.

« Ni l’une ni l’autre de tes deux mères n’a eu accès à la parole. Du moins à cette parole qui permet de se dire, se délivrer, se faire exister dans les mots. Parce que ces mêmes mots se refusaient à toi et que tu ne savais pas t’exprimer, tu as dû longuement lutter pour conquérir le langage. […] Tu songes de temps à autre à Lambeaux. Tu as la vague idée qu’en l’écrivant, tu les tireras de la tombe. »

Dans ce roman autobiographique, Charles Juliet a voulu rendre hommage à ses deux mères : celle qui lui a donné le jour et celle qui l’a élevé. Il donne la parole à ses mères et leur parle directement, le texte est parsemé de « tu », ce qui m’a donné l’impression que le personnage était proche une moi, une proximité s’installe ainsi entre nous et le personnage de la mère. Charles Juliet dresse le portait sensible d’une femme qui se sacrifie pour sa famille, ses enfants mais dont les grossesses répétées et la solitude l’entraînent vers une mélancolie profonde. Peu à peu elle tombe dans une dépression puis un désespoir existentiel. C’est alors que l’enfant, le dernier-né, l’auteur est confié à une nourrice. C’est elle qui l’élèvera comme son propre fils. Dans ce récit, Charles Juliet mesure la chance qu’il a eu. Il donne la parole à ses deux mères, si opposées mais en même temps si proche.

Les mots sont simples mais la plume est poétique. J’aime ces tutoiements aux personnages, j’aime cette utilisation de l’article défini pour désigner les personnages. Allez, Je vous livre quelques passages (j’ai eu du mal à faire une sélection et j’ai corné de très nombreuses pages).

« Tournent les saisons, passent les années.

Tes rapports avec le père se sont compliqués. Tu t’emploies à donner entière satisfaction, travailles autant que tu le peux, mais il semble que ce ne soit jamais assez. » (p.42)

Je vous laisse avec ces sublimes lignes sur l’amour de l’école et la tristesse de la mère qui ne peut poursuivre ses études, elle dont la famille de fermiers ne juge pas l’intérêt de scolariser leurs enfants :  « C’est alors que tu ne peux plus te cacher ce que jusque là tu as obstinément refusé de voir : tu vas quitter l’école pour n’y jamais revenir. Pour ne plus jamais rencontrer celui dont tu as tant reçu. Ne plus jamais passionnément t’abandonner à l’étude. et ce monde que tu vénères, ce monde des cahiers et des livres, ce monde auquel tu donnes le plus ardent de toi-même, ce monde va soudain ne plus exister. Tes muscles se raidissent, es mains se nouent âprement dans ton dos, mais tu ne peux rien contre ce sentiment d’effondrement qui te submerge, et à ta grande honte, deux lentes traînées brillantes apparaissent sur tes joues. » (p.19)

L’an prochain, c’est sûr, je proposerai ce roman à mes élèves car je le trouve d’une grande sensibilité.

J’ai envie de lire cet auteur, vous ne conseillez quoi d’autre ?

2 commentaires sur « Lambeaux. Charles Juliet »

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